Salut et merci de prendre un peu de temps pour répondre à mes questions ! Pour commencer, vous pouvez nous donner votre état d’esprit Hellfest ?

Fred : Pour commencer, il faut savoir que c’était notre premier Hellfest sur le site, puisqu’on avait joué déjà pour le off, pour le Cult et pour la prod du Hellfest, on a joué pour plusieurs Warm-up. Donc, on avait tout fait mais pas encore le site. Et là, ça a été notre premier Temple, vendredi à 12h50 et c’était génial à vivre. Il y avait plein de monde, on s’est éclatés, les gens répondaient présents. C’était du circle pit, wall of death et slam, c’était fantastique. En plus, dans la Temple qui est black metal… tu vois, c’était un peu hallucinant.

Antoine : Pour le coup, comme je disais, le Fest, déjà de base, c’est super. C’est vrai que c’est un objectif que beaucoup de groupes se donnent. On est arrivé là, sur scène avec un confort de préparation qui était vraiment hyper intéressant, donc, on a su garder la confiance directement. On est arrivé sur scène tout sereins. Finalement, que ce soit au niveau du matos ou du public aussi, on était serein. Il y avait beaucoup de monde, ça nous a énormément motivés.

F : Oui et alors là, le public est incroyable. Tu vois que les gens sont contents : ils s’amusent, ils sont là pour découvrir et pour soutenir, et c’est absolument fantastique, ça !

Justement, pour ceux qui ne connaissent pas forcément ACOD, si vous deviez résumer les grandes lignes du groupe, que diriez-vous ?

F : Pour faire simple, on est un groupe de black metal né en 2006 à Marseille. On a sorti cinq albums studio et trois EPs. On fait du black death, on va dire orchestral, un petit peu épique, dantesque. Et on va sortir un nouvel album début 2024.

Quel groupe faut-il voir aujourd’hui au Hellfest ?

F : Pantera ! Un peu obligatoire, c’est le groupe de mon enfance !

De ce que vous avez vu, il y a eu des déceptions ?

F : Non, pour moi, la vraie déception, c’est l’absence de White Ward. Puisqu’ils sont ukrainiens, ils n’ont pas pu venir à cause de la guerre.

A : Je n’ai pas eu de déception particulière. Je suis resté sur Altar et Temple. J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de metal moderne, surtout. Et c’est vrai que pour le coup, c’était très sympa, je n’ai pas vraiment eu de déception.

F : Ah ben les mecs, ils se préparent hein ! Quand tu fais le Hellfest, il y a tellement de monde que tu ne peux pas arriver comme ça, tu te prépares. C’est la grosse rencontre metal…

Les grosses têtes d’affiche sont attendues au tournant !

F : Après, les déceptions, c’est sur une grosse tête d’affiche… l’année passée, j’ai été très déçu par Guns N’Roses…

Non, c’était génial l’année passée les Guns ! Bon, c’est un de mes groupes préférés, je ne suis peut-être pas objective.

F : C’est aussi un de mes groupes préférés et j’ai été déçu… Et les grosses têtes d’affiche, malheureusement, elles sont compliquées à remplacer et puis… ils vieillissent (rires).

Qu’est-ce qui vous inspire vous musicalement ?

F : Ce qui nous inspire musicalement, c’est la scène black metal et death metal des années 80/90. Des groupes comme Morbid Angel, Dissection, les grosses pointures du style ! Et puis après, en général, Antoine comme moi, on est très friands de musique de films. C’est pour cela qu’il y a beaucoup d’éléments de ce genre dans la musique que l’on fait et même, on découpe notre histoire de façon un petit peu cinématographique.

En termes de création, comment créez-vous un album ? Votre processus créatif se passe comment ?

F : Alors, Jérôme (basse) s’occupe de créer toute la musique et moi je m’occupe de faire les paroles. On est accompagnés d’Antoine, Romain et Nico en live. Il nous faut une personne qui ait une vision globale musicale et une autre pour celle de l’histoire. Après, on travaille ensemble. Évidemment, on a souvent des discussions, sur des points de détail, tous ensemble pour tout ce qui est composition. Mais ça va très vite, c’est un bon processus de création pour nous.

Donc plutôt tous ensemble ou chacun de son côté ?

F : Chacun de son côté ! Moi j’écris, et ça m’est arrivé là, pour une chanson qui va sortir dans le prochain album, de me mettre dessus une nuit et j’ai terminé au matin, je voyais le soleil se lever. Et je l’ai noté « nuit du 12 au 13 je sais plus quel mois », ma femme est descendue en me disant « mais t’as écrit toute la nuit ? »

Je suis sûre que c’est une très bonne imitation (rires).

(Rires)

A : Je préfère être de mon côté en ce qui me concerne. C’est vrai qu’il y a certains groupes qui sont incapables de composer ensemble. Après, dans un groupe comme ACOD, on a vraiment Fred et Jérôme qui sont impliqués à la base. Le fait que ce soit Jérôme, le bassiste, qui gère vraiment la composition de A à Z, et nous qui finissions s’il y a des choses à corriger, cela assure une cohérence. Lui, il a vraiment dans sa tête le titre directement. Il essaie de faire ressortir ça au maximum et nous on va améliorer un peu derrière ce qui doit être changé. Mais la vraie base, c’est lui qui va la poser, lui qui crée les orchestrations, qui écrit les parties de basse, puis Fred vient greffer ses paroles dessus directement. Voilà.

F : Je le fais à la fin. Quand toutes les chansons sont faites. Moi, j’attends d’avoir toutes les chansons, même si je sais au début ce qu’il y aura dans mon histoire.

Et tu lui dis avant, tu lui donnes une grande thématique ou rien du tout ?

F : Il connaît l’histoire, il sait comment ça va se passer. Puis là, pour le dernier album de la trilogie, on sait de toute façon que ça va mal finir, évidemment. Mais comment, ça… (rires)

Et quand on existe depuis une quinzaine d’années, que l’on a sorti plusieurs albums, on fait comment pour rester cohérents, pour faire la même chose, sans trop refaire la même chose ?

F : Ah ben, il faut se renouveler. Le premier album de la trilogie était peut-être un peu moins orchestral et on est parti ensuite dans le 2e sur quelque chose de beaucoup plus orchestral et beaucoup plus sombre. On a ajouté des éléments narrés en français. Il y a du dialogue aussi, on essaie de donner une autre dimension à la musique. On est vraiment parti d’une base musicale, on va dire (sinon Jérôme va se vexer, il va me dire « attends mec, c’est quoi ces conneries ? » (rires)) et on étoffe. Et pour finir, sur les prochains albums, on va avoir des petites surprises musicales !

C’était prévu dès le départ, la trilogie ?

F : C’était prévu dès le départ et là on a fait l’EP qui est sorti récemment. C’est un spin-off. On sortira l’album en 2024, qui ne sera pas le dernier de la trilogie mais qui en sera inspiré. Il y a deux personnages principaux, l’un est une sorcière. Et ça sera basé sur elle et sur sa sororité de sorcières. Et ça fait beaucoup de « s » à prononcer (rires).

Oui, pas simple (rires). Bon et on veut savoir : qui est la femme qui vous a inspiré la sorcière (rires) ?

F : Ah ! Ah ! Non pas d’inspiration (rires) mais vous saurez tout sur elle à la fin de la trilogie. Il y aura le texte explicatif avant, la petite notice explicative de toute l’histoire avant la sortie du dernier album.

Quand on est un groupe français dans une musique de niche, en France en tout cas, comment fait-on dans l’industrie musicale aujourd’hui ?

F : On se démerde ! Mais je vais te dire, c’est comme pour tout le monde. Surtout pour les grands, hein. Il y a eu le COVID et on a vu que ce n’était pas les petits groupes ou même les groupes émergents qui galéraient le plus. C’est les groupes qui vivent de ça. Quand tu ne tournes pas et que tu ne vends pas de merch, tu fais quoi ? Au final, nous, les petits, ça nous a permis de pouvoir bosser. Alors c’est vrai qu’on est dans une musique en France qui est compliquée, et même dans le monde entier, hein. Parce que bon, c’est une passion, le metal. Personne ne se dit qu’il se lance dans le metal pour gagner des millions… Tu te mets à la guitare, à la batterie ou à gueuler car c’est une passion.

A : En tout cas, personnellement, j’ai l’impression que le metal est beaucoup plus mis en avant qu’il y a des années en arrière, ça se démocratise un peu. C’est vrai que même au Hellfest, on commence à voir des gens qui n’écoutent pas spécialement de metal de base et qui viennent découvrir et qui ressortent de là en ayant passé un super moment.

Oui, c’est un peu le point névralgique entre le mélange des festivaliers cette année, dans les discussions !

A : C’est vrai qu’à la base, il y a beaucoup de personnes qui ne voulaient pas venir avec moi à des concerts de metal et une fois qu’ils sont venus, ils ont adoré. Ça peut faire peur au premier abord, mais finalement, dès qu’ils y accèdent, ils restent.

Comment vous êtes-vous préparés justement ? Vous vouliez faire découvrir ? Vous aviez préparé une setlist pour l’occasion, je suppose…

F : Oui, bien sûr. Mais t’es obligé en fait de créer ta setlist pour qu’elle soit cohérente. Il faut des titres accrocheurs, et on n’a pas pu jouer tous les singles qu’on avait dans nos 40 minutes. Donc, tu présentes surtout le dernier album qui est sorti, on a un peu laissé le spin off, c’était un peu à part, ça ne se prêtait pas trop au live et on s’est dit « bon, on va faire les titres accrocheurs, les titres qui plaisent ».

A : Voilà, on a bien sélectionné en gardant quand même toujours l’introduction et le premier titre. Il y a certains titres qu’on va garder mais on peut remettre des morceaux en fonction des dates.

F : Oui mais on va toujours quand même respecter l’histoire qu’on raconte, respecter le déroulé de l’histoire.

L’esthétique est quelque chose d’important dans le metal. Comment arrivez-vous à jouer dessus dans un gros festival comme le Hellfest et à transmettre l’esthétisme aux festivaliers ?

F : Ben en fait… c’est tout bête mais, quand tu regardes le groupe arriver sur scène, même si on n’a pas une scénographie monstrueuse, il faut que ça se voie sur ta gueule. On a des cottes de mailles, on est en cuir, on est tout dégueu (rires). Il faut que tu viennes transmettre ça au public, qu’il comprenne que tu viens des abysses. Et moi, je sais que ça fait beaucoup… et puis ça se joue dans le regard aussi. C’est comme quand j’arrive, je regarde, et je n’essaie pas de capter tout le monde évidemment, mais j’essaie vraiment de prendre les gens dans les yeux. Et de leur transmettre quelque chose à la fin du dernier titre.

En live, je sais que je suis avec eux parce que je joue vraiment le truc. Alors, il y en a à qui ça plaît et d’autres à qui ça ne plaît pas. J’ai des gens qui m’ont dit avoir les larmes aux yeux. Et par contre, il y en a d’autres qui me disent « les mecs, c’est quoi ce truc de théâtre à la con, là ? ». Je comprends mais c’est un parti pris : on essaie vraiment de vivre complètement notre musique. Il y a des groupes qui vont tourner leurs guitares et nous ben, on vit pleinement le truc !

Avez-vous une anecdote rigolote que l’on n’a pas captée pendant le live au Temple ?

F : J’ai jeté une bouteille sur le guitariste qui ne l’a même pas vue, mais elle était vide. Je l’avais dans les mains, il était là, tout droit devant moi. Il n’a même pas capté…

A : Moi, c’est avec Jérôme, qui est très grand et assez imposant, dès qu’on fait les échanges entre guitaristes, des fois, je ne fais pas attention et je prends un mur en face de moi (rires).

F : Ah oui, alors aussi, j’adore les micros filaires, et j’arrache toutes les pédales. Et j’ai le câble qui traîne et j’ai les câbles de pédales qui viennent avec moi ! Romain vient, je le vois qui revient et il est perdu ! Après, on ne vit pas tous la même pression sur scène. Antoine et moi, on n’est pas stressés. On a une petite appréhension certes, mais pas de stress. Et faire des petites conneries comme ça, des petites blagues, ça détend l’atmosphère et après tu fais un show à la hauteur des répétitions !

La suite, c’est quoi du coup ?

F : La suite, c’est un album en 2024 avec un spin-off de notre histoire. Ensuite la tournée : Nantes, Normandie, Marseille et une tournée avec des groupes mais je ne peux pas encore en parler ! Et l’enregistrement du dernier album en novembre ! On va ne faire que bosser !

Pour terminer, j’aime bien demander aux groupes avec un peu de background : qu’est-ce qui vous rend les plus fiers ?

F : Franchement, le concert d’hier, j’en suis vachement fier, parce qu’on a bossé comme des fous et là, on est récompensés. Et puis sur le festival, les gens nous ont suivis, nous ont arrêtés, c’était super. Et le soir, je suis rentré, je ne captais pas bien ici mais le soir ça n’arrêtait pas. Je répondais mais j’ai dû arrêter. Même sur les stories du groupe, ça partait dans tous les sens ! Toi aussi, t’as reçu plein de messages ?

A : Oui, on m’a même arrêté sur le site du festival pour prendre des photos, des gens m’ont dit qu’ils avaient adoré.

L’avantage de jouer au Hellfest, c’est que ça donne beaucoup de visibilité.

F : Oui, c’est sûr. Et le Temple est à l’entrée en plus…

Et le Temple met une ambiance de fou ! Avant de partir, vous nous conseillez quoi en ce moment, à écouter, à part ACOD ?

F : White Ward, le groupe qui n’est pas venu !

A : Du metal moderne français !!!

Super, merci beaucoup en tout cas et bonne fin de fest =)