Der Weg einer Freiheit, Toward the Throne
MJC Ô Totem, Lyon (FR)
Date 25 février 2026
Chroniqueur Ségolène Cugnod
Photographe Ségolène Cugnod
https://ototemlive.com/

En septembre dernier, une poignée de semaines après la sortie de son superbe nouveau brûlot Innern, Der Weg einer Freiheit faisait la faveur d’un concert de présentation à nos voisins grenoblois, date que beaucoup d’entre nous autres lyonnais avons malheureusement manquée. Par chance pour nous, en cette douce fin février 2026, le groupe bavarois donne une nouvelle série de concerts en France, laquelle débute du côté de la capitale des Gaules, à la MJC Ô’Totem de Rillieux-la-Pape plus précisément ; l’occasion parfaite de rattraper le coup. Voir une des plus belles sorties de la scène black metal atmosphérique représentée dans l’ambiance intimiste d’une salle moyenne, que pouvions-nous espérer de mieux ?

À cette question, Toward the Throne offre une excellente réponse. Venu en renfort sur cette petite tournée avec, lui aussi, un nouvel album à promouvoir, intitulé Midnight et dont la sortie officielle est prévue pour deux jours plus tard, le groupe originaire de Colmar le joue ce soir dans son intégralité à deux titres près. Les musiciens font leur entrée sur fond de l’introduction de The Void: Road from Chaos, le frontman Gauthier « Unna » Ressel récitant un texte au micro à voix basse, le tout sur une scène à l’éclairage tamisé, propice à une ambiance chargée en mystère… mystère qui ne tarde pas à laisser place à une explosion en puissance, plus qu’une montée, lorsque ce dernier s’empare de sa basse et en fait résonner les premiers échos ! Le morceau éponyme de l’album suit, qui en dévoile un peu plus sur l’évolution qu’a connue Toward the Throne depuis la sortie de son premier opus Vowed to Decline en 2021. Clairement, le jeune quatuor a gagné en maturité au fil du chemin parcouru et le démontre en livrant une proposition musicale très aboutie, qui trouve son identité dans un mix où death et black metal rencontrent des atmosphères progressives à penchants symphoniques. Un tel mélange a de quoi susciter l’appréhension à première vue tant il semble chargé, cependant le groupe sait trouver l’équilibre entre epicness et subtilité ; un équilibre qu’illustrent bien des morceaux tels 7Hate, l’un des plus « calmes », ou A Poisonous Flower in the Desert qui fait montre d’un bon usage de l’acoustique.

Au-delà du savoir-faire en matière technique, les musiciens ne mettent pas l’émotion de côté, et celle qu’ils insufflent à leur prestation donne tout son relief à celle-ci. Tous quatre sont théâtraux, commencer bien sûr par Unna, dont la gueule d’ange prend des expressions démoniaques. Jérémy Binsinger et Fabrice Zuchowicz se montrent des guitaristes passionnés et l’expriment à leur manière, l’un hargneux, l’autre rêveur. Julien Boguet, lui, ne cache pas son enthousiasme derrière la batterie ni derrière ses camarades. Ils n’oublient pas non plus leur premier album, auquel ils rendent hommage au travers de deux titres, Still, Denial et The Ashes of Pain. Enfin, Caught Between Breaths conclut ce set qui, selon mes estimations, a constitué une découverte — positive, je l’espère — pour un bon nombre des spectateurs présents, et de quoi donner envie d’acheter l’album Midnight en avant-première… en tout cas, je ne me priverai pas de le faire à la sortie !

Sorti en septembre dernier, l’album Innern de Der Weg einer Freiheit a produit son effet chez les rédacteurs de Metal Alliance Mag amateurs de black metal atmosphérique ; à ce titre, il allait de soir que j’avais hâte de le voir représenté sur scène. The Host of Seraphim de Dead Can Dance accompagne l’entrée en scène des quatre Allemands ; ces derniers ouvrent ensuite le set par les deux premières pistes du nouvel album, Marter puis Xibalba, dont les montées en puissance illustrent à la perfection le virage progressif pris par le groupe au fil des années. Après quoi, le compositeur et leader historique Nikita Kamprad prend le temps de quelques mots — certains en français — pour remercier le public lyonnais d’être au rendez-vous pour ce passage du groupe dans sa ville — le quatrième depuis 2014 selon ses dires —, public qu’il se montre ravi de retrouver. S’ensuit un retour dans le passé de quelques années avec Immortal, extrait du précédent album Noktvrn sorti en 2021. Dès ce début de set, deux constats sautent aux yeux comme aux oreilles : premièrement, les morceaux passent très bien l’épreuve du live, le mérite revenant aux performances de leurs interprètes, tous à fond dans leur rôle. Parmi les quatre, Alan Noruspur, recruté au poste de bassiste quelques mois avant la sortie d’Innern, se montre particulièrement investi bien qu’arrivé le dernier, faisant corps avec son instrument au point d’avoir l’air de danser avec lui et articulant les textes. Deuxièmement, dans une salle de cette taille, le son ressort particulièrement dense et le micro très, voire trop saturé, au point qu’une sensation d’oppression peut se faire ressentir, qui diminue quelque peu en s’éloignant de la scène… gare à ceux qui auraient oublié leurs protections auditives ! Cette saturation sonore, je me dois de le reconnaître, impacte négativement mon expérience du concert, et c’est tant bien que mal que je tente d’en faire abstraction…

« Il y a quelques mois, nous avons sorti un nouvel album, déclare Nikita Kamprad vers le milieu du set. « Qui en a entendu parler ? » En réponse à cette question, de nombreuses mains se lèvent dans le public. L’extrait qui suit, Eos, l’un des plus beaux morceaux de l’album en question, reçoit un accueil enthousiaste, à grand renfort d’acclamation et d’autres mains levées — bien plus nombreuses, cette fois ! Suit Monument, autre retour à Noktvrn ; en revanche, Ruhe, pourtant annoncé sur la setlist, n’est pas joué. Alors que le temps file et qu’il ne reste qu’une poignée de titres à jouer avant la fin du set, le frontman dit, à propos du prochain, que « celui-là, vous le connaissez sûrement ». Il s’agit d’Aufbruch, issu de l’album Finisterre (2017), sur lequel les passages en chant clair ressortent à merveille. Enfin, Forlorn, dernier titre d’Innern aux accents post et prog rock, amène au set une conclusion paisible et émouvante.

En dépit des quelques problèmes de son l’ayant impacté, ce concert confirme le statut, d’étoile montante à suivre pour Toward the Throne, de joyau du black metal atmosphérique et progressif pour Der Weg einer Freiheit, que je serai d’ailleurs ravie de retrouver à l’Inferno début avril. En espérant un retour prochain sur nos terres…