Départ avec mon camarade depuis Lausanne le vendredi précédant le festival afin d’être sûr de ne pas arriver en retard. Qu’est-ce qu’on a bien fait ! Nous avons mis plus de 7 heures pour rejoindre Munich. Petite schnitzel, petites binches en ville, avant d’aller se pieuter pour attaquer le festival en pleine forme.
C’est notre première fois au Backstage de Munich, alors on se met en route assez tôt, comme ça, si on se perd, on a toujours le temps de retrouver notre chemin. Finalement, c’est tout facile à trouver. La première impression du lieu est assez étrange : on se croirait à mi-chemin entre un square et un labyrinthe. En fait, il y a, dans ce lieu, cinq salles disséminées à droite à gauche, que l’on doit rallier en sortant quelques minutes. Les chemins sont bordés de plantes et d’arbustes, c’est original et, en plus, ça donne un vent de fraîcheur tout à fait sympathique. C’est très particulier mais, une fois qu’on s’y fait c’est plutôt agréable. Merci aux copains suisses-allemands qui nous on fait le tour du propriétaire ! A peine 1h30 après l’ouverture des portes, la grande salle (Backstage Werk) était déjà bien remplie pour accueillir Koldbrann, un groupe de black metal norvégien qui célèbre ses 25 ans d’existence. Ils ont joué un set rempli de nouveaux morceaux commençant par Ingen Sånsel, Et Uomtvistelig Falsum, I Unaturens Vold et Forstanden Seiler sin egen Sjø, suivis de morceaux de leur premier album Koldbrann et Kaosmanifest. Ils ont clôturé leur show avec Moribund, Djevelens treskeverk, Total Sjelelig Bankerott et, finalement, Inhumanitær inngripen. Ce premier concert a donné le ton pour le week-end : de la pure folie avec un soupçon de puissance. Ces norvégiens sont excellents, leur musique est méga agressive, sans fioriture : du trve black metal comme on en fait plus.
Ce premier concert à peine terminé, il a fallu courir au Backstage Club (la plus petite des trois salles utilisées) pour voir le tout premier concert des jeunes de KYI. Comment dire ? Je crois que le mieux c’est de dire qu’ils n’ont pas eu les genoux qui tremblent. Une prestation maîtrisée de bout en bout avec un set plus rempli que leur EP Vargant Circle. Leur prestation fut accompagnée d’un jeu de scène pour le moins étonnant. Entre deux chansons, les guitaristes et le bassiste se sont tournés vers le fond de la scène et la chanteuse Ynoxia est allée chercher une figurante qu’elle a amenée en laisse jusque sur le devant de la scène. La figurante était seins nus et la chanteuse les a recouverts de cire fondue et de faux sang (en faisant bien attention de ne pas en mettre sur les cheveux de la figurante). Ensuite, elle s’est agenouillée pendant bien quatre chansons et est ensuite sortie de scène accompagnée de la chanteuse. Pendant qu’elle était là, la figurante n’a pas bougé d’un iota. Je sais pas comment c’est possible de pas au moins bouger la tête, sur la musique de KYI. C’est méchant et pesant. Je dois dire que ce concert fut très intense et, à la fin, la chanteuse a poussé des hurlements à vous donner des frissons. Franchement, c’était incroyable, un groupe qui pourrait bien avoir de l’avenir.
Ensuite, moins de cinq minutes plus tard, Urgehal est venu, a vu et a tout déchiré. Précédemment splitté, le groupe s’est reformé pour commémorer les vingt ans de leur cinquième album Goatcraft Torment. C’est on ne peut plus simple… ils l’ont joué quasi en entier (manque juste Et steg nærmere Lucifer). Dès la première seconde du concert, le chanteur a dit les mots magiques « This is Satanic Black Metal » et tout est allé à vau-l’eau. C’est tellement malsain comme musique, tellement agressif. C’est en grande partie pour eux que j’ai voulu aller au Dark Easter Metal Meeting et qu’est-ce que ça a valu le coup ! Pas de blabla inutile, seulement de la haine pure et dure répandue pendant les cinquante minutes du concert. Je crois pouvoir affirmer que toute la salle l’a pris en pleine face et que personne n’en est sorti indemne. C’est pour moi l’un des concerts les plus bluffants que j’aie eu la chance de voir. Les mecs sont des légendes qui interprètent un album mythique, et ils l’ont fait à la perfection.
Après cela, petite visite à la Backstage Halle pour voir Sakis Tolis, projet solo du chanteur de Rotting Christ. Je suis sorti un peu déçu de son concert, il chante bien, il joue bien mais je ne croche pas du tout à ce projet. Il a fait des titres comme My Salvation, We the Fallen et d’autres, ainsi que deux reprises de Rotting Christ : Tou Thanatou et Holy Mountain. Le final fut Live With Passion – Die With Honor (chanson pas incroyable mais le titre me plait bien) complété par une reprise de Daemonia Nymphe Nocturnal Hecate. J’ai eu le sentiment que pas mal de monde avaient commencé à regarder le set et qu’un certain nombre n’était pas allé au bout.
Une fois cela terminé, j’ai couru comme rarement pour voir mon groupe du festival : Vinterland ! C’est juste exceptionnel d’avoir un groupe pareil sous les yeux et surtout un groupe qui fête les trente ans de son premier… et unique album Welcome to my Last Chapter qu’ils ont présenté en intégralité (exception faite de So far Beyond, morceau instrumental). S’il y a bien un groupe que je ne pensais jamais voir, c’est eux. Je sais que ces dernières années pas mal de groupes se sont reformés pour un anniversaire ou autre chose, mais là… c’était magique. Leur melodic black metal est à tomber par terre ! Sans même de corpse paint, les Suédois se sont approprié la scène et n’en ont fait qu’une bouchée. Ils ont régné en maître absolu sur les planches du Backstage Werk et m’ont époustouflé. La fin avec A Winter Breeze et Wings of Sorrow… j’ai pas les mots.
J’étais rempli d’une émotion particulière après ce show, à mi-chemin entre l’extase et la plénitude… sauf celle de l’estomac qui criait famine. J’ai alors profité du fait que le Backstage Club était plein pour Nornír (excellent groupe de black metal allemand) pour aller manger une bonne saucisse avec le poto. Malgré un service un peu lent, c’était nickel chrome. Pour compenser la salitude de la bratwurst, une bière s’imposait.
Pour donner suite à cet intermède gustatif, Firespawn s’est dressé sur la scène tel un géant Suédois venu rendre hommage à l’un des plus grands hommes de la scène, L. G. Petrov, le défunt (et légendaire) chanteur d’Entombed. Il a passé le concert à fixer le public, étant en portrait sur le drapeau du groupe. Au milieu du concert, le vocaliste Jörgen Sandström a amené sur le devant de la scène la veste à patch de L. G. Petrov, c’était intense comme moment. Toute la salle dégageait un drôle de sentiment, il y avait une forme de recueillement et en même temps, c’était tout de même un concert de death metal alors ça tapait fort. Pour sûr, ils ont joué The Gallows End, Full of Hate, All Hail et Lucifer has spoken. Dans l’ensemble, ce fut une prestation remarquable, qui a donné une saveur un peu différente de tout le black metal vu jusqu’àlors. Je pense que L. G. Petrov aurait apprécié, le groupe a vraiment fait un bon concert, avec un public au rendez-vous.
Dans un élan patriotique, j’ai voulu aller voir ce que pouvait proposer Schammasch et j’ai été hypnotisé. Ce quintet bâlois a offert une prestation mémorable au public de la Backstage Halle. Ils n’ont joué que cinq titres, tout en utilisant la durée complète de leur temps de scène, dans l’ordre : They Have Foud Their Master, Golden Light, A Paradigm of Beauty, Metaonia et I Hail You, Old Ocean. Entre leur musique très introspective et leurs masques énigmatiques, ces gars savent captiver le public. J’ai été happé et je n’ai pas pu me décoller de la scène. C’était un moment hors du temps et de l’espace qui valait vraiment le détour. Les gars ne bougent pas énormément sur scène mais savent tout de même bien l’occuper. Avec un peu de fumée, le tout devient absolument poétique et délicieux… autant pour les oreilles que pour les yeux.
J’étais déjà aux anges alors que la soirée était loin d’être finie. La tête d’affiche de ce premier jour, Blackbraid, a absolument tout pété. Commençant avec Celestial Bloodlust de leur récent EP (dont vous pouvez retrouver ma chronique ici). Le groupe mené par Sgah’gahsowáh a enchainé avec Wardrums at Dawn on the Day of my Death, The Spirit Returns, The Wolf that Guides the Hunters Hand, The River of Time Flows Through Me, The Dying Breath of a Sacred Stag, Twilight Hymn of Ancient Blood, As the Creek Flows Softly By, Sacandaga puis Barefoot Ghost Dance on Blood Soaked Soil avant de quitter la scène en héros. Ils sont revenus faire un petit bout de A Song of Death on Winds of Dawn sauf que le rappel a été tellement long que le public (moi y compris) a cru que le concert était fini. Quelle claque ! Je l’ai prise de plein fouet celle-là. Tous les membres semblent habités par cette musique dévastatrice. En plus d’en mettre plein la tronche, c’est fait avec élégance et mélodie. Ce groupe est juste mortel pour tous les fans de musique atmosphérique, ceux qui veulent être plongés dans un univers assez différent du black metal traditionnel, sans pour autant vouloir quelque chose de totalement opposé, Blackbraid vous donnera à coup sûr un gros coup sur la cafetière. Au moment de la dernière chanson, le chanteur a sorti une flûte et la salle a littéralement poussé un cri de joie à vous décoller les tympans. C’était un bonheur merveilleux. Une tête d’affiche qui tient son rang et qui a un avenir radieux se profilant !
Dur de prendre la relève après ça. Pourtant ce fut la tâche de Secrets of the Moon dans la Backstage Halle. Ils étaient là à l’occasion du vingtième anniversaire de leur album Antithesis. J’avoue ne pas être un spécialiste du groupe alors je ne saurais pas vous donner les titres qu’ils ont joués, à part Lucifer Speaks, dernier titre interprété. Globalement, c’était très bien, un peu plus calme que Blackbraid mais pas lent pour autant. C’était probablement la première et dernière fois que j’avais l’occasion de les voir, puisqu’ils arrêteront en fin d’année (à moins qu’ils ne se la jouent comme Kiss qui revient souvent faire une ultime tournée d’adieu). Leur black metal n’est pas bien rapide mais il ne s’arrête jamais. C’est intense et, quand ça speed, c’est plutôt de très bonne facture. C’est à la fois dommage de découvrir ça à l’aube de sa fin et, en même temps, l’album qu’ils ont joué le plus (je présume), ou en exclusivité est vachement bon et les plus récents ont une énergie différente qui me plaît moins. Alors c’était plutôt très bien comme ça.
Pour terminer cette magique première journée, Unleashed s’est présenté avec une setlist recouvrant leur carrière de fond en comble. Sans intro, la bande menée par Johnny Broken Bone Hedlund (qui, malgré le fait qu’il boitait bas, a tout donné) a commencé par mon titre préféré To Asgard We Fly suivit de Destruction (of the Race of Men). Don’t Want To Be Born est venu ensuite, avec Hammer Batallion, To my Only Son, Hold Your Hammer High, No Sign of Life, The Long Ships Are Coming, War Comes Again, The Immortals, The Dark One, Into Glory Ride, The Hunt for White Christ et, bien évidemment Death Metal Victory pour finir. Ces titres ont inspiré quelques pogos, chose absente du festival jusqu’à ce moment-là. Malgré le fait que leur musique sente le vieux death suédois, la recette est toujours aussi efficace. Après tout… c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleurs soupes, n’est-ce pas ? Un statut de légende absolue qui n’est pas volé mais qui n’est pas non plus la seule raison de leur présence en tête du festival.
Pour résumer ce premier jour au Dark Easter Metal Meeting, je dirais que j’en ai pris plein la tronche tout au long de la journée, qu’il y a plein de suisses(-allemands), ce qui, malgré le dépaysement, donne le sentiment d’être comme à la maison. L’ambiance est juste géniale, les gens sont super sympas, laissent passer pour aller prendre les photos (ouais, il n’y a pas de photo-pit dans les Halle et Club). En plus, le service au bar est hyper efficace, du coup, y’a pas trop à attendre.
Le deuxième jour commence, lui aussi, sur les chapeaux de roues, avec Lik et leur death metal incisif et dévastateur. Actuellement en tournée pour promouvoir leur dernier opus Necro (dont vous pouvez également lire ma chronique), le groupe a proposé un set équilibré entre nouveautés et classiques, composé de : Decay, War Praise, Serum 141, Morgue Rat, Decay, Funeral Anthem, Dr. Dushanka, Ghoul, They, Worms Inside, Le Mort(e) Homme et To Kill. Un concert franchement extrême en tout point. L’ambiance était top, largement méritée par rapport à l’énergie dépensée par le quatuor stokholmite. Une performance toute en énergie. Je les ai manqué deux fois en festival, je dois avouer que je le regrettais déjà mais, en voyant leur prestation, je m’en veux !
Après cette claque de départ, les premiers pas de Schreigarm sur scène ont eu une saveur particulière. Forts de deux albums studio, ils ont livré une prestation de haut vol avec Darkness Shall Reign, Winds of the Ancient Pantheons, Whispers of the Blackened Woods, Oath of the Gods, When the Ravens Flow Through My Veins, Mara Comes, Nine Days on the Gallows Tree et The Mysteries of Fate. Eux aussi ont eu le droit à une performance artistique pendant leur concert. Sur la pochette de leur second album, on peut voir Mara qui est venue mystifier le public du Dark Easter. Malgré quelques difficultés techniques en début de concert, le trio n’a pas fait dans la dentelle et a donné une prestation qui restera pour moi un des moments fort du festival. Une atmosphère mystérieuse s’est abattue sur Munich. La musique du duo ukrainien basé à Berlin s’oriente vers l’atmospheric black metal avec un côté pagan pas piqué des hannetons. Sous la protection d’Odin, le groupe va faire de grandes choses.
De retour au Backstage Werk pour Enthroned, j’ai eu la chance de voir beaucoup de morceaux de leur dernier album Ashspawn (chroniqué par mes soins ici). Ils ont fait Raviasamin, Deathmoor, Ashspawn, Hosanna Satana, Rites of the Nothern Fullmoon, Through the Cortex, Sightless, Basilik Triumphant et Of Featers and Flames. Ils n’ont quasiment fait que des titres enregistrés avec Nornagest, chose plutôt cool. J’ai beaucoup aimé l’intensité qu’ils ont mis dès l’entame. Ils n’ont, je crois, pas arrêté une seconde d’envoyer des blasts et des riffs assassins pendant cinquante minutes. Les Belges ont absolument tout déchiré et prouvent, si besoin est, qu’ils savent absolument tout faire dans la brutalité et la violence.
Ensuite, petite curiosité helvétique avec un groupe au nom imprononçable, j’ai nommé Vollmondprozession. Ils ont joué Lazarus, Die Drei Orden, Morgenstern Luzifer, Gral und einsamkeit, Das Pilgregrab, Über dem Tempel, Kreuz am Berg, Flannzeichen et Schwertleite. Le Backstage Club était plein comme un œuf pour leur concert, c’est pourquoi les photos ont été faites du mieux possible mais ne sont pas terribles, navré. Le chanteur m’a fait penser à Allan Garner de Hangover, il a une voix d’ange quand il veut et une voix absolument démoniaque le reste du temps. Leur jeu de scène était des plus minimalistes, collant à la pesanteur de leur musique. C’était très lourd, triste par moment, mais ça fait du bien de quitter momentanément la brutalité pour quelque chose de plus touchant. Je dirais que c’est une expérience que je revivrais très volontiers en live mais que, sur album, je suis moins fan.
L’émotion ça creuse, non ? Alors, petite pause pendant Thyrfing pour aller manger un bon wrap au poulet avec le copain. Nous aurions bien voulu aller voir ce que ça donnait mais, avec le programme qui nous attendait, il fallait bien aller manger quelque chose. Au lieu d’un digestif, on est allé voir Ruïm, groupe fondé par Blasphemer (ex-Mayhem). C’était sa première fois avec Ruïm sur sol allemand et j’ai la sensation que le public germanique en réclamait encore. Le groupe a joué les cinq premiers titres de l’album Black Royal Spritism – I. O Singo da Igreja d’affilé puis a fait un truc magnifique : ils ont invité Nornagest d’Enthroned pour interpréter les titres I Am Thy Labyrinth et Fall of Seraphs (de Mayhem) avant que Blasphemer ne reprenne le chant pour le final avec O Sino da Igreja. Ce concert a été fort plaisant à regarder. J’ai découvert le groupe grâce à sa présence sur l’affiche du festival et j’en suis devenu fan. La prestation du quatuor m’a mis KO debout. Tout était conforme à mes attentes, sauf le featuring qui m’a, comme pour beaucoup, ravi. Un groupe à ne surtout pas manquer si l’occasion se présente. Il tourne très peu et pourtant cette musique mériterait vraiment d’être plus défendue en live.
Plus direct et ultraviolent, 1914 a plongé le Dark Easter dans une atmosphère de tranchée. Le groupe a ouvert avec FN .380 ACP#19074 qui a vu le chanteur plein de rage entrer sur scène un drapeau ukrainien à la main, le visage et les habits pleins de terre ou de sang. Ils ont ensuite interprété Vimy Ridge (In Memory of Filip Konowal). Ils continuent avec trois titres de leur dernier opus 1914 (The Siege of Przemysl), 1916 (The Südtirol Offensive) et 1917 (The Isonzo Front). Au milieu de tout cela, le chanteur a fait tout un laïus pour expliquer que parler de la Guerre en Ukraine n’était pas du bla bla politique mais que c’est un moyen de sauver la liberté des peuples, et que si l’Ukraine tombe, l’Europe tombera. Ils ont fini avec Passchenhell, pendant laquelle le chanteur est venu marcher au travers de la foule avec son air menaçant. Il a beau ne pas être un colosse, il vaut mieux, à mon avis, éviter d’aller l’embêter. La musique du groupe a un côté terriblement lourd par moment et explose d’un seul coup et tout devient alors incontrôlable. Je sais pas comment mais, par phases, le chanteur peut rester immobile alors que tout incite à un tournage de cervicales plus que soutenu. Ce groupe est merveilleux, permettant de se préparer au mieux pour la suite avec Whoredom Rife.
Le groupe norvégien propose un black metal sans concession. Ils ont commencé avec Curse of the Moon, puis Den vrede makt, suivis de quelques titres avant de finir avec Beyond the Skies of God. Leur prestation a rendu les gens fous, l’ambiance bouillante contrastait beaucoup avec la froideur de leur musique. J’avais eu la chance de les voir au Musigburg en décembre dernier, sans K.R qui était malade. Les voir avec lui a donné une tout autre dimension à ce qui est pour moi un des meilleurs groupes dans ce domaine. Ils créent un mur de son terrible qui ne rompt pas du début à la fin de la représentation. La Norvège aura définitivement fait forte impression sur les terres munichoises.
Avant même la fin de Whoredom Rife (que je regarde depuis la porte, ne pouvant faire autrement), je me dirige vers la sortie pour ne pas manquer une seconde dans le photo-pit de Triptykon, légende absolue du metal helvétique et international. Ils sont venus pour commémorer les vingt ans de Monotheist, album de Celtic Frost. Le groupe mené par Tom G. Warrior a joué les titres suivants : Progeny, Ground, A Dying God Coming Into Human Flesh, Goetia et Altar of Deceit (de Triptykon), Sorrows of the Moon, Aurorae (dernier titre qui n’est pas de Celtic Frost), Circle of the Tyrant, Domain of Decay et Synagoga Satanae. A l’avis général, le groupe a fait une prestation bluffante et a marqué les esprits en bien. C’est vrai que les quatre musiciens sont bons et que leur musique est légendaire mais, sans vouloir cracher dans la soupe, je trouve que leur musique est vraiment datée et que, avec tout le respect dû au génie Tom Warrior, sur scène il ne bouge pas des masses. J’ai un peu le sentiment que si on enlève le logo de Celtic Frost, il n’y aurait pas autant d’engouement. Je ne dis pas que c’est pas bon, mais que ce n’est pas ce que j’ai préféré dans ce festival. Pour la légende, je suis très heureux d’avoir pu shooter Triptykon et de les avoir vu une (seconde) fois performer des titres de Celtic Frost. C’est vrai que le groupe a une aura particulière, qui s’est ressentie dans le public.
Dans une veine plus expérimentale, j’ai été voir les Grecs de Hail Spirit Noir et le voyage aura été total. J’avais écouté un album avant de venir et hésitais à y aller. Des fois, le live fait mentir les albums. Je trouvais que ça avait un peu l’air d’un metal pour les bobos qui veulent se croire rebelles. Et, finalement, j’ai trouvé que c’était très intéressant et que leurs albums mériteraient une seconde écoute. Ils ont joué les titres suivants : Starfront Promenade, I Mean Your Harm, The Cannibal Tribe came from the Sea, Oi Magoi, Against the Curse, We Dream, Crossrads, Fossil Gardens et Haire Pneuma Skoteino. Je dirais sobrement que leur musique part dans tous les sens avec des sonorités étranges et originales. C’était le premier concert du chanteur et il a été plus qu’au top. J’avais derrière moi un gars qui connaissait toutes les paroles par cœur et il me semble que, l’un comme l’autre, ont dit exactement la même chose, en même temps. C’était vraiment un chouette moment.
Il était déjà l’heure du dernier groupe et ce ne fut nul autre que Grave, venu ressusciter des morceaux de Corpse et des premiers Grave. Ils ont commencé par Deformed, Day of Mourning, Morbid Way to Die, For Your God, Christi(ns)anity avant de faire Black Dawn, Life in Disgrace et Rise Again (pour la première fois depuis des lustres) de Corpse, projet antérieur à Grave. Ils ont mis un terme au festival avec : Into the Grave, Extremely Rotten Flesh, Brutally Deceased, You’ll Never See et pour terminer And Here I Die. Ces derniers titres ont mis une ambiance de malade dans le festival avec un public aux anges pour ce dernier acte qui a mis à l’honneur le passé glorieux d’un pionnier du death metal. C’est pour moi, le meilleur moyen de finir un festival. Il s’agit toujours d’un moment un qui donne un peu de nostalgie et finir en apothéose comme ça… c’est le pied ultime !
Ce deuxième jour aura été marqué par des groupes extraordinaires autant des plus jeunes en pleine ascension que des groupes aguerris, voire légendaires. Cela aura conclu un festival plus qu’exceptionnel.
Dans l’ensemble, le Dark Easter Metal Meeting est un festival adressé aux connaisseurs de la musique, pas aux touristes qui veulent simplement profiter de l’ambiance et ça, ça me parle bien. Je dirais aussi que le son est véritablement excellent, que la disposition des salles est très cool même si quelque peu déroutante de prime abord. Un truc vraiment sympa, c’est qu’il y a beau avoir deux scènes qui jouent en même temps, c’est souvent assez facile de choisir laquelle aller voir (bien que le fait de ne pas aller voir Thron m’a fendu le cœur mais… le premier concert de Schreigarm m’a fait trancher). Un autre truc de dingue, c’est le fait que le festival attire des événements exceptionnels. Je ne sais pas comment fait le programmateur mais il a un secret fou pour attirer les raretés et les premières.
Le festival a une réputation solide, ayant fait sold out chaque année depuis 10 ans et je comprends pourquoi. Je recommande chaleureusement ce festival à tous ceux qui aiment vraiment la musique extrême et underground. Que vous soyez germanophone ou non, l’anglais est parlé couramment là-bas et il est très facile de discuter avec un peu tout le monde. Si on est observateur, certains artistes trainent sur le festival quand ils ne jouent pas mais c’est pas évident de les démasquer car, la plupart du temps, ils sont sans leur corpse paint. Pour conclure, je voudrais souligner l’efficacité et la ponctualité des scènes et des groupes qui ont chaque fois permis de voir les sets en entier (même si, parfois, partir à la dernière chanson permet d’être sûr d’avoir une place dans la salle suivante). Un grand merci à Michael et son équipe pour ce merveilleux week-end et merci à vous d’avoir lu l’article.

