Champ de Foire, Colombier-Saugnieu (FR)
Date 3 et 4 juillet 2026
Groupes (3 juillet) Sierra Veins, Kanonenfieber, Revnoir, Imminence, Psykup, Queensrÿche, Heart Attack, Goatfather
Groupes (4 juillet) Shaârghot, The Browning, Wind Rose, Knuckle Head, Insomnium, Calva Louise, Smash into Pieces, Imparfait, After the Outbreak, 111
Chroniqueur Ségolène Cugnod
Photographe Ségolène Cugnod
https://planerfest.com/

En ce début juillet 2026, il fait beau et chaud en région lyonnaise. Le temps idéal pour un petit festival en famille ou entre amis ; ça ne pouvait pas mieux tomber, le Plane’R Fest prenant place à ce moment-là ! Cette année, comme toutes les autres, l’association organisatrice Mediatone reste fidèle à ses valeurs et habitudes en misant sur l’éclectisme de l’affiche. Celle-ci rassemble un total de 18 groupes de sous-genres divers et variés, français pour plus de la moitié d’entre eux, locaux pour trois, certains adeptes d’une approche audacieuse de leur style basée sur le mélange de (multiples) genres. Le tout dans un esprit festif et estival qui promet une bonne tranche de fun partagé !

Comme chaque année, le Terminal 1 ouvre ses portes aux passagers dès 18 h 30. À cette heure où le soleil est encore haut dans le ciel, le moment est idéal pour embarquer aux côtés de Goatfather dans une petite épopée au cœur du Sud sauvage à la sauce à l’américaine. Pour sûr, nos locaux s’en chargent très bien. Gros riffs, rythmique puissante, voix rocailleuse et basse bien lourde, tous les éléments incontournables du stoner rock sont réunis pour un set qui prend alors des airs d’excursion dans les marais de la Louisiane. Tout du long, les quatre musiciens partagent leur univers avec beaucoup d’application, sans en faire trop ni pas assez. Le guitariste lead, Pierre Baluze, connaît son sujet sur le bout des cordes ; la bassiste Violeine montre une puissance de jeu qui n’a d’égale que la délicatesse de ses mains et assure aussi aux chœurs, bien que sa voix soit un peu noyée dans le brouillard psychédélique du mix. Cerise sur le space cake, tous quatre affichent une complicité aussi solaire que la météo ! L’ensemble n’a certes rien de particulièrement original et se parcourt assez vite ; ceci dit, un tel style, qui se fait rare à l’affiche du Plane’R Fest, apporte une certaine fraîcheur à celle de cette édition 2026. À la fin du set, Olaf Greuntsson annonce The Devil Made Me Smoke His Bong, un morceau qui, comme l’indique son titre, parle « de weed et de Satan », celui-ci concluant de manière plaisante un set qui l’a tout autant été.

Après cette première ouverture en bonne et due forme, vient le temps de la seconde, celle du Terminal 2 ; cela se passe avec Heart Attack. Si, à première vue, un tel nom peut évoquer un groupe de hard ou de glam rock, les Cannois ne peuvent pourtant pas s’en situer plus loin. C’est en effet une bonne grosse tranche de thrash metal moderne et mélodique que ces messieurs nous servent, qui accroche tout de suite l’oreille externe et interne grâce à une écriture très intelligente et ciselée, marquée par de nombreux penchants groove inspirés des maîtres du genre tels que Lamb of God, voire death mélodique par moments. Ces influences ressortent entre autres dans la voix grave du bassiste William Ribeiro, qui complète à merveille celle du frontman Kévin Geyer. Ce dernier ne se prive pas d’alpaguer les spectateurs à tire-larigot, qui se lancent dans les premiers circle pits et autres mouvements de foule du fest, avant de s’accroupir pour se préparer à sauter, sans rechigner s’il vous plaît, sous les invectives du frontman — « tu auras tout le temps d’avoir mal aux genoux ! ». Il annonce ensuite un morceau en évoquant son clip tourné sur la tour Eiffel, que les spectateurs sont nombreux à avoir regardé au vu des multiples réactions dans l’audience. Ce titre, Defeat the Veil, outre son refrain ultra catchy, nous offre une superbe démonstration des talents de shredder d’Antoine Chapet. Ce dernier ne se gêne d’ailleurs pas pour descendre de scène et jouer au milieu des circle pits ! Plus tard, il introduit un des morceaux qui suivent par le riff d’Iron Man de Black Sabbath… un hommage à Ozzy ?

Heart Attack termine avec Negative Sun, durant lequel la chanteuse lyrique Audrey Dandeville rejoint le groupe sur scène pour un featuring décalé qui évoque immédiatement le duo entre Gojira et Marina Viotti. Cet ultime titre conclut un set mené par des musiciens à l’énergie flamboyante, celle du sud de la France dont ils sont originaires, et qui achève de mettre tout le monde dans le bain. La Riviera française peut être fière !

Sur une affiche rassemblant des groupes modernes et émergents pour la majorité d’entre eux, Queensrÿche fait figure d’exception de par son statut de groupe historique. En ce début de soirée, les vétérans américains du heavy metal progressif proposent une setlist axée en majorité sur leur période 80’s, qui débute par un extrait de l’EP éponyme sorti en 1983, Queen of the Reich. En ce qui concerne la suite, le cultissime Operation: Mindcrime y occupe une place prépondérante, suivi de près par Rage for Order. Quarante ans ou plus après leur sortie, les morceaux n’ont pas pris une ride, de même que les membres les plus anciens du groupe Michael Wilton et Eddie Jackson n’ont rien perdu de leur verve. À coup sûr, ils ont une sacrée expérience à revendre et ils savent y faire ! Leurs comparses arrivés plus tard ne déméritent pas non plus, à commencer bien sûr par le frontman Todd La Torre. Quatorze ans après son intégration au sein de Queensrÿche, l’homme au t-shirt Behemoth a démontré depuis un moment maintenant qu’il n’a rien à envier à son illustre prédécesseur Geoff Tate, autant en matière de technique vocale que de charisme et de présence scénique. Sa voix claire et puissante résonne jusqu’au bout du terrain, son sourire radieux illuminant la prestation. Mike Stone, le visage caché par du tissu au début, ne tarde pas à tomber le masque pour mieux laisser son jeu de scène s’exprimer. Alors que le soleil commence à décliner à l’horizon, Queensrÿche l’accompagne sur fond d’une ambiance délicieusement rétro et empreinte de nostalgie qui parle aux plus old-school d’entre nous. Certains regretteront, peut-être, le manque de modernité et de surprise dans une setlist révélatrice de la tendance qu’ont certains groupes fondateurs à se reposer sur les valeurs sûres de leur grande époque… Dans tous les cas, Queensrÿche se montre un groupe accessible qui mène son set avec force entrain, set qui trouve sa conclusion sur l’emblématique Eyes of a Stranger ainsi que quelques mots d’amour de Todd La Torre à l’égard du public, à qui il affirme « You are wonderful! » ainsi qu’un magistral « We are one! ».

Aux environs de 21 heures, Psykup prend le relais sur le Terminal 2. Au vu du style que le groupe revendique, qu’il nomme lui-même « autruche-core », autant dire qu’il avait de quoi susciter la curiosité ! Cela étant, les quelques extraits que j’ai pu écouter avant le festival ne m’ont guère accroché l’oreille ; reste donc à tester le rendu live… Ce que propose Pyskup, à peu de chose près, évoque fort System of a Down, le côté décalé et décomplexé en première ligne — au passage, j’ai à ce moment une pensée pour ceux de nos camarades qui sont au concert du groupe au Stade de France. Malheureusement, ledit côté décalé et décomplexé a du mal à produire son effet sur moi, ce pour quoi je mets en cause l’effet « fourre-tout » d’une musique dans laquelle les musiciens rassemblent de nombreux styles très différents, qui manque toutefois de l’imagination nécessaire à tous les faire cohabiter sans se marcher dessus. Le groupe, faut-il tout de même le reconnaître, brille par sa capacité à rassembler et créer l’enthousiasme, de même que le duo de voix entre le chanteur Matthieu Romarin et le guitariste et membre fondateur Julien Cassarino, qui fonctionne très bien.

Après avoir conquis le Hellfest en 2025, Imminence passe à l’attaque sur le terrain du Terminal 1, plus petit et intimiste mais non moins acquis à sa cause. La sensation suédoise du « violincore » compte parmi les groupes qu’il me tardait le plus de voir au Plane’R Fest… et, paradoxalement, ceux dont j’appréhendais le plus la prestation, la faute à une production studio policée au point d’en paraître glaciale et dure et à un genre qui me laisse sceptique de manière générale. Autant dire qu’au vu de tout cela, je partais peu convaincue… et qu’au vu de ce qui se produit sur scène, je suis très agréablement surprise. Premier point, et non un des moindres : le violon est bel et bien au premier plan, sans pour autant se retrouver noyé dans la masse sonore des guitares sous-accordées ni surexploité, le groupe l’imposant comme une véritable signature plutôt qu’un gimmick outrancier. Celui qui le tient entre ses mains, le frontman Eddie Berg, fait usage de toutes ses cordes avec la maestria qui leur est due. Ses parties vocales se distinguent, entre autres, par de nombreux passages en chant clair ; ce dernier sonne juste et sans excès, notamment en matière d’effets sonores hormis sur certains passages, heureusement peu nombreux — à l’inverse de certains chanteurs de metalcore à peine capables de tenir la note en live et se reposant sur l’autotune. Histoire de démontrer encore davantage sa maîtrise, il va jusqu’à assurer le chant et le violon en même temps sur le refrain de Heaven Shall Burn !

Autre bonne surprise : bien loin de la froideur associée, à tort ou à raison, à la Scandinavie et à une production clinique, tous les membres du groupe livrent des performances aussi investies et expressives les unes que les autres ; Eddie Berg en premier, comme lorsqu’il lève son archet tel un chef d’orchestre, ou bien le guitariste Alex Arnoldsson qui se paie un moment solo à l’avant de la scène en passant l’archet sur les cordes de la guitare.

Bien qu’actif depuis plus de quinze ans, Imminence a vu sa carrière prendre un coup de boost avec la sortie de son album The Black en 2024 — et celle de sa réédition The Return of the Black l’année suivante —, ce dernier est d’autant plus mis en avant dans la setlist qui en comprend sept extraits. Parmi eux, l’instrumental L’appel du vide amorce la fin du set ; à ce moment, Eddie Berg annonce le retour imminent — sans mauvais jeu de mot — du groupe en France, prévu pour début 2027, avant d’adresser de chaleureux remerciements à un public qu’il a été de tout évidence heureux de retrouver. God Fearing Man puis l’éponyme The Black amènent enfin une fort belle conclusion à ce set qui cimente Imminence dans son statut de future tête d’affiche. On a hâte de son retour !

Vient ensuite le tour d’une autre sensation du metalcore, française celle-ci, de faire vibrer le Terminal 2 ; il s’agit de Revnoir. En l’espace de seulement trois ans, le groupe s’est imposé comme une des étoiles montantes les plus brillantes de la scène aux côtés d’autres groupes français, tels Novelists ou Ashen, jusqu’à faire sold-out à La Maroquinerie ou au Marché-Gare et à se produire sur une des main stages du Hellfest à peine quelques semaines plus tôt. Sur ce point, les musiciens montrent bien vite à quoi ils doivent cette ascension fulgurante. Pour sûr, ces quatre-là ne manquent pas de passion, qu’ils insufflent à chaque instant de leur prestation et transmettent aux spectateurs les plus réceptifs. Le frontman Maxime Rodriguez-Medallo, parmi eux, sait y faire pour lancer des walls of death et autre circle pits. Sa puissance et sa versatilité vocales le distinguent aussi ; un passage en spoken word en français au milieu d’un morceau, très bien écrit et dans lequel il met toute son émotion, produit son effet. D’après mes camarades de Bastringue Corp, cela proviendrait de l’héritage de Fauve, collectif ayant connu un succès éphémère dans les années 2010…

Ces atouts jouent en faveur de Revnoir, qui, en outre, distille un metalcore somme toute très calibré pour parler au plus grand nombre et auquel manque son petit grain de folie. Au-delà de ces considérations, passer après la grosse vague Imminence, très similaire, risquait fort de desservir l’effet « wow ». Cela ne m’empêche pas d’adresser en esprit de respectueux et sincères encouragements à Revnoir, un groupe qui en a dans les tripes et mérite d’aller loin.

Trois mois après sa mémorable prestation à l’Inferno, je ne pensais pas retrouver Kanonenfieber si vite, dans ma région qui plus est, encore moins à l’affiche du Plane’R Fest, qui ne se distingue pourtant pas par sa programmation black/death metal. Tout comme en avril dernier à Oslo, je suis ravie d’observer le groupe allemand pousser toujours plus loin son sens de la mise en scène, surtout depuis les modestes débuts que je lui ai connus en 2022 : cette fois-ci, il profite de jouer sur une scène de grande taille et en extérieur pour dégainer un attirail scénique impressionnant et digne d’un film historique. Après la désormais classique ouverture Menschenmühle, accompagnée de jets de flammes du plus bel effet, Noise dégaine le canon à neige pour faire régner l’hiver glacial sur le Plane’R Fest le temps du dyptique Der Fusilier I & II ; l’occasion pour nous autres photographes de saisir quelques plans d’anthologie. Encore plus impressionnant, la proue de navire de guerre qui sert de décor à l’interprétation des morceaux de l’EP U-Bootsman, une de mes productions préférées du groupe. En l’espace de ces quelques morceaux, Kanonenfieber démontre une énième fois qu’il possède tous les atouts pour s’adresser à un grand nombre, y compris aux non adeptes de metal extrême, à savoir : le sens de la mélodie et du rythme, une direction artistique qui tient plus que bien la route, mais aussi, et peut-être surtout, un thème universel. Qui, en effet, n’a pas connu la Première guerre mondiale, même sans l’avoir connue ? L’immersion, déjà presque totale, atteint son paroxysme sur Der Maulwurf, durant lequel Noise se met en scène « creusant » une tranchée et qui retranscrit la tragédie des hommes qui se sont littéralement tués à cette tâche. Du côté des spectateurs, dont je peux affirmer sans sourciller qu’ils sont nombreux à avoir attendu Kanonenfieber et ce moment, ces derniers répondent en reprenant le refrain en chœur, les poings levés vers le ciel nocturne, et s’imaginant, peut-être, au cœur de l’enfer de la Grande Guerre.

Tout a l’air parfait… à un détail près, et non des moindres : au devant de la scène, encore plus depuis le pit, et même en prenant de la distance, le son est tout simplement calamiteux. En particulier, la batterie est tellement surmixée qu’il en devient presque impossible de comprendre ce qui se passe ; pour le coup, les talents de Hans n’aident pas !

Une fois habitués, heureusement, et grâce au sens du rythme sus-mentionné dont fait preuve Kanonenfieber, l’heure de set file à une vitesse folle, et nous voilà bientôt rendus à Ausblutungsschlacht, extrait du dernier album Die Urkatastrophe. Ce titre rendant hommage aux milliers de vies perdues lors de la bataille de Verdun, suivi de l’instrumental acoustique Als die Waffen kamen, amène une conclusion aussi mélancolique que magistrale à un show qui a tenu toutes ses promesses.

Après la tempête vient le calme, et le moment pour Sierra Veins de clore la soirée avec un peu de darkwave/synthwave qui fait bouger le body. Le genre ne comptant ni parmi mes spécialités ni celles du webzine, je ne saurai en livrer une analyse détaillée ; toutefois je tenterai au mieux de retranscrire ce qui en ressort. Dans une atmosphère de boîte de nuit underground aux lumières monochromes, Anneliese Morel jongle entre le micro et les machines pour livrer une performance habitée et ultra immersive, dont la noirceur mêlée d’élégance dénote d’un vécu certain… Seule dans sa bulle de prime abord, la bruitiste prend pourtant son public par la main pour l’entraîner dans sa danse, qu’elle mène à grand renfort de messages prônant la résilience (« take back control », « I’ve never been broken », etc.). Réceptif, ce dernier se laisse entrer dans une transe qui ne le quitte pas tout du long des cinquante minutes que dure le set… et qui ne cesse pas une fois ce temps écoulé, les spectateurs en réclamant davantage ! Sierra Veins ne se fait pas prier pour répondre à cette demande et interprète un dernier titre. Histoire d’ajouter au sens de la mise en scène, elle va jusqu’à exécuter ce dernier tour de piste avec une machine à fumée sur les épaules, pour un effet spectaculaire !

Après quoi, vient le moment de redescendre sur Terre… et de filer dans son lit, histoire d’être en forme pour le lendemain !

Concerts favoris : Heart Attack, Imminence, Kanonenfieber.

Une nuit et une matinée plus tard, le temps de recharger toutes les batteries — et, pour certains, de profiter du Diskopéro —, voilà le Plane’R Fest d’attaque pour une nouvelle journée aux têtes d’affiche très attendues. Celle-ci débute sous un grand soleil avec un autre groupe local, 111, dont le nom se prononce « cent-onze » et s’écrit « avec un 1, un 1 et un autre 1 », comme l’explique sa chanteuse et bassiste Emma Cordenod. Derrière ces trois chiffres, les musiciens, au même nombre, proposent un combo musical pour le moins éclatant, entre punk, rock, pop, noise, aussi un peu de stoner… Ce set voit aussi le retour — très attendu — des jeux de mots sur le nom de la commune, courtoisie de la frontwoman — « T’es chaud, Montcul ? », ou (face aux réactions timides du public) « T’es mou, on dirait que t’as cinquante ans et que t’es ménopausée ! ». Cinquante ans, c’est justement l’anniversaire qu’elle s’apprête à fêter cette année ; elle profite de l’occasion pour évoquer son vécu en tant que femme au sein d’une scène pas toujours très ouverte d’esprit et prodiguer un conseil à celles — et ceux — présents, à savoir : s’en battre les steaks du jugement des autres. Pour le coup, on sent bien que c’est l’expérience qui parle ! Une bien sage parole que le trio applique à lui-même et sa prestation, qu’il vit à fond sans se soucier du reste. Jules Barras et Yvain Poncet, batteur et guitariste de leur état, assurent aussi des parties vocales, faisant ainsi de 111 un groupe qui tient ses engagements féministes : ici, hommes et femmes sont égaux et complémentaires, tous exploités à leur juste valeur ! À leurs côtés, le Plane’R Fest passe un moment sympathique et sans prise de tête, idéal pour se mettre en jambe sans brusquerie.

Comme le veut l’usage au Plane’R Fest, l’honneur d’ouvrir le Terminal 1 revient au groupe lauréat du tremplin ; cette année, l’heureux élu s’appelle After the Outbreak, jeune figure émergente du metalcore lyonnais. Le groupe pratique un style qu’il n’hésite pas à qualifier de « metalcore pouêt-pouêt », démontrant ainsi un certain sens de l’autodérision, style qui lui a permis d’effectuer son petit bout de chemin dans la scène, à l’instar de ses concitoyens de Resolve ou de Revnoir… et, comme pour ce dernier la veille, ce qui se déroule sur scène ne m’emballe pas plus que ça. La cause est la même, à savoir une musique très ancrée dans les codes du genre — structures pop, refrains clean, etc. — au point d’en venir rapidement à tourner sur elle-même — et, dans son cas, les influences Fauve en moins pour se démarquer. De même, l’apparent manque d’alchimie n’aide pas à rentrer dedans, les musiciens gardant une certaine distance vis-à-vis du public ainsi qu’entre eux. Cela s’observe plus particulièrement dans le duo vocal masculin que forment Kev et Tib, ces derniers étant souvent éloignés l’un de l’autre — preuve en est que j’ai bien du mal à cadrer les deux sur un même plan. Si cet avis n’engage que son autrice, les spectateurs en partagent un bien différent, motivés à se lancer dans les premiers mosh pits et slams du jour. De tout évidence, After the Outbreak sait parler à son public ; somme toute, ce qu’il y a de plus important.

Derrière son nom pour le moins original, Imparfait nous réserve bien des surprises. Ça, l’originalité n’est clairement pas ce qui lui manque ! Le duo devenu trio joue à fond la carte de l’éclectisme au travers d’un style à la fusion du metal et du hip-hop à la manière du neo metal des années 90-2000, mêlé à un esprit très punk et rock’n’roll nerveux et rebelle. De prime abord, une telle combinaison peut — voire est vouée à — dérouter l’auditeur non averti, tout comme elle comporte son lot de risques, le premier étant celui de s’éparpiller. Cependant, le groupe tient à bout de bras ses deux fils conducteurs que sont, la basse bien « noisey » de Bruno Veron qui sert de colonne vertébrale aux morceaux d’un côté, une bonne grosse envie d’en découdre de l’autre ! Cette diversité qui caractérise Imparfait transparait dans toute sa splendeur au travers de la performance de la frontwoman Prisca Kalengay. La dame déborde de charisme et démontre qu’elle possède plus d’une corde vocale à son arc, switchant sans relâche entre rap et cris bien énervés ainsi que quelques passages en chant mélodieux, parfois sur un seul titre, se baladant d’un bout à l’autre de la scène et du set. Le batteur, Léo Louvigné, apporte quant à lui une plus-value considérable de par son jeu très efficace. La setlist, comme le groupe le précise sur ses réseaux sociaux, fait depuis un an la part belle aux nouveautés, laissant envisager un nouvel album à sortir prochainement, ce qui, à n’en pas douter, fait le bonheur des connaisseurs. Entre deux, des titres tels l’hymne rebelle On crie encore (à l’américaine), La fête est finie ou le récent single Paye Paye produisent leur effet, pour le moins percutant. Fort de sa singularité qui le distingue, Imparfait s’impose comme une des, si ce n’est la révélation de ce Plane’R Fest 2026, dont la suite de la carrière promet de repousser les limites.

Après Imminence la veille, vient le tour de Smash into Pieces d’apporter une nouvelle touche suédoise au Plane’R Fest et son affiche très française, pour ce qui constitue sa première prestation à un festival dans notre pays, comme le rappelle le frontman Chris Adam Hedman Sörbye au début du set. Présenté comme adepte d’un metal « moderne », quoi que l’on puisse mettre dans cette appellation, le groupe en propose une version qui porte la signature scandinave, c’est-à-dire chargé en éléments electro, voire disco. Le tout, pour un résultat qui donne autant envie de se trémousser que de secouer la tête, ce dont ne se privent pas les festivaliers ! Autre élément contribuant à cet aspect rétro-futuriste : le batteur APOC a.k.a Apocalypse DJ — a.k.a Isak Snow ? — en costume d’androïde. Si les membres mobiles ne manquent ni de présence ni d’enthousiasme, c’est bien lui qui mène le show depuis le fond de la scène, dont les interventions en voix robotique façon « glitch dans la matrice » rythment les pauses entre les morceaux. Quelques influences étrangères au genre viennent s’inviter sur certains moments, pop pour certains, voire country pour l’un d’eux, ce qui crée un décalage surprenant, mais qui nuit à la cohésion de l’ensemble…

Du point de vue du son, les guitares et la basse se voient mises un peu en retrait, en soutien à la voix de Chris Adam Hedman Sörbye, quant à elle au premier plan — malgré quelques fulgurances çà et là. Le frontman plaisante beaucoup avec les festivaliers, comme lorsqu’il clame que tout le monde est réuni ici pour faire la fête « comme en 1999 », clin d’œil appuyé à l’eurodance ayant dominé les années 90. Son humour et son accessibilité contribuent à renforcer le capital sympathie du groupe et à redynamiser un set qui a pour défaut de s’étirer un tantinet en longueur. Avant le dernier titre, le chanteur prend un moment pour remercier le public d’avoir répondu présent « sous ce putain de soleil » — en rappelant au passage l’importance de mettre de la crème solaire — ainsi que les équipes techniques, avant d’exprimer son sincère souhait de revenir bientôt. On l’espère pour lui et pour le reste de la team Smash into Pieces !

Avec Calva Louise, nous avons encore une fois affaire à un groupe qui fait de la rencontre entre les univers son principal atout. En fait de rencontre, il s’agit plutôt d’un choc tant celle-ci est explosive ! Ce choc est autant culturel que musical, les trois membres du groupe étant originaires de pays, voire continents, différents, comme le rappelle la frontwoman Jess Allanic : France et Venezuela pour elle, France pour le bassiste Alizon Taho, Nouvelle-Zélande pour le batteur Ben Parker. Au milieu de tout cela, metal, pop-electro, (post-)hardcore et même folk latino, ainsi qu’anglais et espagnol, se rejoignent dans un joyeux mic-mac organisé ! En plus de l’ouverture, Calva Louise fait aussi preuve du sens de l’équilibre dans le travail de ses morceaux, de sorte qu’à aucun moment le mélange des genres ne paraît excessif ou mal balancé. À elle seule, Jess Allanic cristallise celui-ci ; il n’y qu’à voir la manière dont elle passe en un tournemain du piano à la guitare, d’une langue à l’autre et, surtout, de l’un à l’autre parmi tout ce qu’il est possible d’exprimer par la voix, entre chant pop un peu sucré et scream féroce et nerveux. Cette dualité dans l’approche, de même que son look tout en dentelle blanche et maquillage coloré, a de quoi évoquer Karoline Rose Sun « Brutal Pop », mais aussi les idols japonaises et coréennes. Entre deux titres, la jeune femme, avec beaucoup d’émotion, exprime sa reconnaissance de pouvoir se produire sur des scènes de festivals et toucher un large public. Soit dit en passant, elle en profite pour sensibiliser celui du Plane’R Fest aux violents séismes ayant touché le Venezuela fin juin, tout en déplorant l’inaction du gouvernement du pays face à l’ampleur de la catastrophe, portant ainsi la voix de nombreuses victimes et de leurs proches. Parmi eux, les membres du groupe de neo metal Van Der Dijs, ayant péri dans l’effondrement du bâtiment où ils répétaient. « Le metal, c’est notre langue universelle », déclare Jess avant d’annoncer un morceau en leur hommage.

Le show se déroule à l’image du style du groupe, dans une ambiance détonnante et déjantée. L’alchimie est bien présente, autant avec le public qu’entre les trois musiciens, inséparables depuis dix ans et qui jouent en synchronisation les uns avec les autres, sans une note ni un geste à côté. De tout évidence, Calva Louise possède un univers d’une très grande richesse et qui a beaucoup à dire, pour peu que nos oreilles y soient ouvertes.

Alors qu’il n’est pas encore 20 h et que la soirée débute tout juste, Insomnium prend possession du Terminal 1 — un créneau assez atypique pour un groupe dont le nom évoque le sommeil et auquel les ambiances nocturnes se prêtent mieux. Sous la douce lumière du soir, les quatre Finlandais délivrent leur death metal mélodique empli d’onirisme et de mélancolie à un public qui les attendait. De prime abord, l’ambiance induite par un tel style incite davantage à se laisser aller à la rêverie et à l’introspection plutôt qu’à l’agitation ; ceci étant dit, le groupe sait se montrer offensif quand il le veut — un bon signe d’enthousiasme. Cela se vérifie, entre autres, sur Lilian, titre de milieu de set sur lequel le frontman Niilo Sevänen réclame un grand circle pit tout en mettant au défi les spectateurs français de « faire mieux » que ceux des Pays-Bas, où le groupe s’est produit quelques semaines plus tôt. L’homme affiche une excellente forme physique et surtout vocale, son chant guttural se faisant particulièrement rageux ; vu comme cela, lorsqu’il affirme qu’il est très heureux d’être ici, il ne peut que dire vrai ! Ses comparses partagent le même enthousiasme, à commencer par ceux de longue date : Markus Hirvonen, précis derrière les fûts, et Ville Friman — qui tient la guitare en l’absence de Markus Vanhala pour cause de soucis de voyage —, lui aussi très en (sublime) voix. Tomy Laisto, pour sa première année en tant que membre à part entière du groupe, joue le jeu à fond derrière ses lunettes de soleil.

Au niveau de la setlist, Insomnium n’y a pas encore intégré d’extrait de son album à paraître à l’automne prochain. En revanche, il nous réserve tout de même une petite surprise, qui arrive juste après Mortal Share, lorsque Niilo Sevänen annonce Lose to Night, que le groupe joue pour la première fois en France selon ses dires. Par la suite, le quatuor revient à ses classiques — et au calme — jusqu’à l’enchainement de fin de While We Sleep et Heart Like a Grave. Valeurs sûres parmi les valeurs sûres d’Insomnium, ces deux-là font mouche comme à chaque fois et amènent le set vers une conclusion emplie d’émotions et de sensation d’apaisement, qui achève de sceller la symbiose entre le groupe et des festivaliers qui n’ont eu de cesse de montrer leur loyauté. Pour un peu, on se laisserait presque partir au pays des rêves…

Knuckle Head, ou « Red Dead Redemption en version metal » ; c’est en ces termes qu’un spectateur du premier rang résume ce qui nous attend pour la suite. Dès les premières secondes, le batteur Jock Alva annonce la couleur, faisant son entrée en scène vêtu d’une robe de chambre, une cigarette dans une main et une bouteille de whisky dans l’autre, dont il puise une généreuse gorgée au goulot ! Une fois installés, lui derrière ses fûts, son binôme Jack Crowes derrière un micro orné d’un crâne d’animal cornu, les deux hommes entrent dans le vif du sujet avec le très catchy et hypnotique Ritual, extrait de leur dernier album Holsters and Rituals (2022). Autant dire que l’on comprend tout de suite ce que le gars du public voulait dire ! Knuckle Head se présente comme un duo de choc à la personnalité bien établie, venu servir une recette à base de dark country, stoner rock et heavy metal, qui sent fort et bon la rouille, le bourbon et le soleil du Texas. Pour cela, nul besoin pour eux de s’embarrasser d’un attirail scénique encombrant : une petite collection de guitares — tout aussi photogéniques les unes que les autres — et un set de batterie minimal sur lequel taper au maximum suffisent amplement. Le tout, couplé à l’attitude déjantée de deux musiciens qui ont une sacrée énergie à partager avec leur public… ainsi qu’un peu de leur whisky ! Seul bémol, le son ressort assez brouillon, ce qui, en soi, correspond assez bien à l’atmosphère évocatrice d’un western occulte, mais ne met pas en valeur les différentes guitares. Entre deux titres, Jack Crowes complimente le sens du déguisement de certains festivaliers, parmi lesquels un homme déguisé en père Noël ; « J’ai même vu Jésus ! », affirme-t-il en riant. À son tour, Jock Alva vient au micro pour déclarer d’un ton (faussement ?) gêné que ce public est l’un des plus solaires qu’il ait jamais vu. En réponse, celui-ci se lance dans de nouveaux circle pits qui soulèvent des nuages de poussière, parachevant l’impression d’être dans le désert du grand Ouest américain — façon flammekueche alsacienne. Merci Knuckle Head !

Après avoir retourné la Temple au Hellfest et la Faster Stage au Wacken l’an dernier, les Italiens de Wind Rose remettent ça en terres lyonnaises, bien décidés à servir une bonne dose d’epicness à leur public français. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela ne loupe pas : sitôt passées l’intro instrumentale Of Ice and Blood et les premières notes de Dance of the Axes, c’est un véritable raz-de-marée, musical, humain — et de pioches gonflables — qui s’abat sur le Plane’R Fest… ainsi que dans le pit photo ; pour le coup, un gros big up aux licornes qui font leur maximum pour rattraper les slammeurs ! Pour ma part, après le petit stress des premières minutes, je n’ai aucun mal à rentrer dans l’ambiance, embarquée avec les autres spectateurs dans l’univers du groupe. Pour cause, simple s’il en est : bien loin de se résumer au « gimmick » de sa direction artistique très poussée, Wind Rose sait proposer des morceaux très bien écrits et calibrés pour accrocher l’oreille, qu’il interprète avec une maîtrise et une joie qui se ressentent à chaque instant. La plupart d’entre eux, de par leurs aspects folk et épiques, évoquent des groupes tels Ensiferum et Turisas ; d’autres au riffing plus bourrin lorgnent du côté d’Amon Amarth — Trollslayer et The King Under the Mountain, pour ne citer qu’eux. Aussi, ils donnent l’occasion au frontman Francesco Cavalieri de démontrer l’étendue de sa palette vocale lors de passages plus agressifs… surprenant !

Outre son ambiance, le show de Wind Rose brille aussi par son rythme, porté par une setlist qui fait la part belle aux morceaux les plus efficaces, qu’il s’agisse de ceux du dernier opus, Trollslayer, ou des classiques tels Mine Mine Mine!. Ce qui aide bien, c’est que, comme le rappelle très justement Francesco Cavalieri, ses camarades et lui préfèrent passer plus de temps sur scène à jouer de la musique qu’à faire traîner les pauses entre les morceaux en longueur. Certaines têtes d’affiche du Hellfest devraient en prendre de la graine ! Dans de telles conditions, que pourrait-on espérer de plus ? Un meilleur son, peut-être…

Plus tard, alors que le groupe arrive à la fin de Gates of Ekrund, celle du show approche ; le frontman annonce alors un morceau dédié au public, sans qui « il n’y aurait pas de dwarf metal, pas de festivals, pas de bière et pas de fun ! », morceau qui n’est autre que Together We Rise. Le fun et l’esprit festif, voilà ce qui distingue Wind Rose des autres groupes inspirés par J.R.R. Tolkien à l’approche plus terre-à-terre, auquel s’ajoutent l’indéfectible jovialité et les sourires éclatants des musiciens ! Ceux-ci, au passage, expriment une affection toute particulière pour leur public français, dont le chanteur dit qu’il a quelque chose de « spécial ». Cette ambiance atteint son paroxysme lors des deux titres de conclusion. Ces deux-là, on ne les présente plus : il s’agit bien évidemment des deux « big bangs » Diggy Diggy Hole et Rock and Stone, le second ayant droit à sa mini prolongation en version disco. Ainsi le set de Wind Rose s’achève-t-il, dans la joie, la bonne humeur et une apothéose de levers de mains et de pioches… et sur une petite danse !

La clôture du Terminal 2 revient aux Américains de The Browning et à leur style « electronicore »,  mêlant deathcore et musique électronique… dont, autant le dire tout de suite, je sais d’avance que je ne serai pas cliente. Effectivement, le mélange, bien qu’indéniablement maîtrisé, sonne très agressif et difficile à déchiffrer à mes oreilles ; pour cette raison, je choisis de me mettre à l’écart de la scène après mon temps de prise de vue et observe donc à distance l’ambiance de boîte de nuit façon dark science fiction qui se dégage du show et de l’alchimie entre The Browning et son public.

Dernier groupe de cette édition 2026 du Plane’R Fest, et non des moindres — et très attendu pour ma part — ; j’ai nommé Shaârghot. Nos petits Français sont devenus grands, jusqu’à faire sold-out sur la Temple au Hellfest 2025. Leur secret : prendre tout ce que les fans aiment dans le metal indus et le servir à sa juste dose… en particulier tout ce que le genre comprend de plus énervé et vindicatif. Prenons Ministry, Combichrist, Static X, Dope et consorts ; Shaârghot, c’est un peu de tout cela à la fois, le tout enrobé dans une esthétique cyberpunk qui a fière allure. Let Me Out fait office d’ouverture ; sur ce premier morceau, en accord avec son titre, le groupe ouvre les vannes et lâche la bête sur le Champ de Foire, bien accompagné dans sa tâche par deux performers en costumes de mantes religieuses mutantes. Kill Your God puis Life and Choices suivent et terminent de nous immerger dans le bain (électrique). Comme pour The Browning quelques minutes plus tôt, l’atmosphère ressemble à celle d’une boîte de nuit dans un film de dark science fiction ; cependant elle a ceci de différent que l’esprit de fête y est plus présent, moins que l’agressivité brute. De sorte que, d’un point de vue strictement personnel, j’y trouve davantage mon compte, même totalement ! Du côté des spectateurs, de tout évidence, il en est de même : toujours en forme malgré l’heure tardive et les prestations précédentes, les voilà partis pour des circle pits et slams à gogo, de même qu’ils sautent comme des puces entre autres pendant Great Eye, un des moments forts du set.

L’heure tourne et, aux environs d’1 h 30, après les dernières notes de l’incisif Break Your Body, voici que retentit une voix robotique disant « The show is over. If you want one more song, press 1. » Même sans clavier sous la main, les spectateurs se débrouillent pour presser la touche ; Shaârghot s’exécute alors et leur offre, ainsi qu’au show, une conclusion digne de ce nom avec Something in my Head.

Concerts favoris : Insomnium, Knuckle Head, Wind Rose, Shaârghot.

C’est sur cette note, et toujours dans la bonne humeur générale, que s’achève l’édition 2026 du Plane’R Fest. Une fois de plus, l’événement aura tenu toutes ses promesses, en matière de découvertes, surprenantes pour certaines, comme d’émotions pures entre rires et larmes. L’organisation était aussi au poil et, en dehors d’une gestion du son un poil hasardeuse, impossible de trouver quoi que ce soit à lui reprocher. Encore merci Mediatone pour l’accréditation, et à la prochaine !