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Il y a des groupes récents derrière lesquels se cachent des musiciens qui, eux, ont déjà quelques kilomètres au compteur. Nekrodawn en fait clairement partie. Formée en 2022 à Dalarna, en Suède, la formation revient deux ans après Sculpted by Torture avec son deuxième album, Covenant of Carnage, attendu le 21 août 2026 chez War Anthem Records. Douze morceaux pour un groupe bien décidé à perpétuer l’héritage du death metal suédois tout en lui apportant une approche plus moderne, sombre et agressive.
Et lorsqu’on regarde les quatre noms derrière Nekrodawn, on comprend rapidement que l’on n’a pas affaire à des nouveaux venus. Au chant et à la guitare, Jonas Kjellgren possède un CV particulièrement fourni. On l’a notamment retrouvé chez Carnal Forge, Centinex et Scar Symmetry, entre de nombreux autres projets. Il occupe une place centrale sur Covenant of Carnage, puisqu’il en assure la production, le mixage et le mastering.
À ses côtés, Johan Jansson tient la basse et assure les chœurs. Lui aussi a largement bourlingué dans l’underground suédois, avec notamment Centinex et Interment à son actif. Derrière les fûts, Henrik Axelsson est notamment passé par The Crown et a joué en live avec Hypocrisy. Enfin, Mika Lagrén, arrivé chez Nekrodawn en 2024, est un ancien guitariste de Grave. Réunir autant d’expérience au sein d’un groupe formé seulement quelques années auparavant donne forcément envie de savoir ce que les quatre hommes peuvent en tirer.
Et puis il y a la première chose qui vous saute à la gueule lorsqu’on ouvre le press kit : cette pochette. Une vision rougeoyante, guerrière et apocalyptique qui donne déjà une petite idée de l’ambiance avant même d’avoir entendu la moindre seconde de musique. Derrière cette illustration se cache l’artiste australien Mitchell Nolte, et son nom est loin d’apparaître ici par hasard. En fouillant dans son travail, on tombe rapidement sur quelques très belles références. Nolte a notamment signé l’artwork de La Grande Mascarade d’Aborted, celui de Necro Sapiens de Baest, ainsi que plusieurs autres réalisations pour ces derniers. On retrouve également sa patte sur une réédition de The Isle of Disenchantment de Psycroptic, sur des travaux pour Dødsengel et de nombreuses autres formations. Même Sabaton figure dans son portfolio avec l’EP Weapons of the Modern Age. Un CV particulièrement fourni qui permet de mieux comprendre pourquoi l’aspect visuel de Covenant of Carnage accroche immédiatement le regard.
Avec un tel line-up et un artwork pareil, il ne reste plus qu’à voir si la musique est à la hauteur.
Neath Skies of Iron ne perd pas de temps en présentations. Pas d’introduction : les riffs déboulent immédiatement, accompagnés de gros roulements de toms, avant que la voix ne fasse à son tour son entrée. Et il ne faut franchement pas longtemps pour comprendre d’où viennent les quatre musiciens. Personnellement, lorsque je reçois un press kit, j’aime toujours commencer par écouter quelques minutes avant de lire la moindre information sur le groupe. Ici, inutile d’aller chercher le pays d’origine au fond d’une biographie : la Suède s’entend immédiatement. Le grain des guitares, les riffs, cette lourdeur particulière… Nekrodawn porte clairement cet héritage dans son ADN.
Massacre Eternal enfonce encore un peu plus le clou. Les guitares se mettent davantage à hurler, mais l’ensemble reste posé, propre et parfaitement maîtrisé. Pas besoin d’empiler artificiellement les idées : le groupe sait exactement où il va et laisse ses riffs faire le travail. Et à ce stade, l’album commence déjà sérieusement à me parler.
Mais mon premier véritable coup de cœur arrive avec Covenant of Carnage. Quelques roulements ouvrent le morceau et puis… plus rien à négocier : c’est un Stridsvagn 122 qui vous arrive en pleine gueule. Le morceau se met en mouvement et devient progressivement un véritable rouleau compresseur. Les guitares prennent le relais, la section rythmique écrase tout et cette sensation typique du death metal suédois finit par vous rentrer directement dans les veines.
C’est exactement le genre de morceau qui donne envie de secouer la tête sans même s’en rendre compte. Quelque part entre la lourdeur de Grave, l’identité immédiatement reconnaissable façonnée par Entombed et l’agression frontale d’un Vomitory, Nekrodawn ne cherche pas à cacher ses racines. Et pourquoi le ferait-il ? Sur Covenant of Carnage, toutes ces sensations semblent se rejoindre. Ça cogne, ça transpire, ça donne envie de bouger et, surtout, ça fout une sacrée branlée.
Liberty’s Pyre ne fait absolument pas retomber la pression. Les riffs continuent de pleuvoir et, arrivé à ce quatrième morceau, une évidence commence sérieusement à s’imposer : cela faisait longtemps que je n’avais pas pris une telle claque avec un groupe de death aussi récent. Tout paraît naturel, sans besoin d’en faire des tonnes ou de chercher à moderniser artificiellement une recette qui fonctionne déjà parfaitement. Les riffs parlent d’eux-mêmes et Liberty’s Pyre s’installe immédiatement parmi mes favoris de l’album.
Feeding the Greed Machine choisit pourtant de nous laisser quelques secondes de répit. Une guitare relativement tranquille s’installe et le morceau monte doucement en puissance. On se dit presque que Nekrodawn va enfin nous laisser souffler. Mauvaise idée. Paf ! Un nouveau coup en pleine figure. La batterie se met à marteler, les guitares suivent et cette petite montée crescendo n’aura finalement servi qu’à rendre l’impact encore plus violent.
Arrive alors Crowned Devourer et la même question commence à trotter dans la tête : vont-ils enfin essayer de nous amadouer ? Une introduction plus délicate ? Quelques secondes véritablement calmes ? Pour une fois, le morceau semble presque vouloir nous faire croire que oui. Le riff s’installe progressivement, le chant se fait plus lourd et l’atmosphère laisse entrevoir quelque chose d’un peu différent.
Mais non.
Quelques instants plus tard, Nekrodawn appuie de nouveau sur l’accélérateur et tout nous revient dans la tronche. Batterie, riffs, puissance : la machine repart comme si elle n’avait jamais ralenti. Et le plus impressionnant, c’est qu’après six morceaux, cette formule fonctionne toujours. Crowned Devourer rejoint même Covenant of Carnage et Liberty’s Pyre parmi mes favoris.
Condemned to Existence surprend d’entrée avec un chant plus aigu, presque torturé, qui tranche avec ce que l’on avait entendu jusque-là. Le morceau se montre également plus lourd et un poil plus lent, comme si Nekrodawn décidait enfin de desserrer légèrement l’étau sans perdre en intensité. Et puis il y a ce solo de guitare, qui vient apporter une nouvelle respiration au milieu de toute cette masse.
Claws of Pestilence poursuit le carnage sans véritablement bouleverser ce qui a été établi jusqu’ici. À ce stade, Nekrodawn n’a plus vraiment besoin de prouver quoi que ce soit : les fondations sont posées, le son est reconnaissable et l’album avance avec une belle cohérence.
Et puis arrive Incarnate Doom.
Un riff semble d’abord résonner au loin. Quelque chose approche. Quelques secondes plus tard, les grosses guitares surgissent comme une charge de cavalerie déboulant à travers les plaines suédoises. L’impact est énorme. Les contretemps viennent ensuite bousculer la marche tandis que la voix passe davantage au premier plan.
Mais c’est surtout la suite qui fait basculer le morceau dans une autre dimension. Les voix donnent par instant cette impression de chœurs imposants que l’on pourrait retrouver dans le black metal, apportant soudainement une ampleur presque solennelle à l’ensemble. Au milieu de toute cette violence, Nekrodawn parvient à créer quelque chose de véritablement imposant, presque majestueux. Sublime. Mon titre préféré de l’album.
Thy Spineless ne cherche pas à reproduire exactement cet effet. Cette fois, le carnage arrive plus lentement. Nekrodawn prend davantage son temps pour installer son attaque, mais la destination reste exactement la même. La montée est différente, l’impact demeure intact et le résultat donne encore une fois un morceau magnifique.
Restent Drones of Deceit et Desolation Reigns pour achever Covenant of Carnage. Et peut-être que le meilleur compliment que je puisse leur faire est finalement très simple : lorsque le douzième morceau se termine, j’ai déjà envie de revenir au premier.
Car Covenant of Carnage fait partie de ces albums qui rappellent pourquoi le death metal suédois possède une identité aussi particulière. Nekrodawn ne cherche pas à effacer les traces laissées par ses prédécesseurs : le groupe assume cet héritage, le digère et l’utilise pour construire quelque chose de terriblement efficace. Les riffs sont énormes, la batterie cogne comme il faut, les guitares hurlent lorsque c’est nécessaire et le chant donne encore davantage de poids à l’ensemble.
Certains morceaux se détachent particulièrement, avec Covenant of Carnage, Liberty’s Pyre, Crowned Devourer et surtout l’impressionnant Incarnate Doom, mais c’est véritablement l’album dans son ensemble qui fonctionne.
Pour moi, Covenant of Carnage se place clairement dans le haut du panier des sorties death metal de 2026. Une grosse claque, à découvrir absolument pour les amateurs du genre.
Envoyez ça à votre pote amateur-trice de death metal. Moi, c’est déjà fait.
