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Plus de quarante ans après ses débuts dans l’underground californien, Ruthless prouve qu’il n’a rien perdu de son mordant. Avec Curse Of The Beast, le groupe de Sammy DeJohn délivre un heavy metal traditionnel, puissant et sincère, nourri par Judas Priest, Accept, Metal Church et le meilleur de l’US Metal des années 80. Pas de révolution ici, mais une exécution solide, des riffs inspirés et surtout une conviction intacte.
Quarante ans de heavy metal
Fondé au début des années 80 à Los Angeles, Ruthless s’est rapidement fait remarquer avec l’EP culte Metal Without Mercy en 1984, suivi de Discipline Of Steel en 1986. Après une longue période d’activité plus discrète, le groupe est revenu avec They Rise en 2015, Evil Within en 2019 puis The Fallen en 2024.
Toujours emmené par Sammy DeJohn, Ruthless est resté fidèle à son ADN : un heavy metal américain sombre, musclé et mélodique. Je rappelle d’ailleurs cette continuité stylistique ainsi que l’importance de la tournée européenne effectuée avec Jag Panzer, après The Fallen, pendant laquelle j’ai assisté à leur show au Pitcher29 à Düsseldorf.
Une bête nourrie au metal old school
Après l’introduction inquiétante The Blood Moon, la chanson-titre Curse Of The Beast pose immédiatement le décor : riffs épais, batterie martiale, guitares jumelles et refrain taillé pour le live. L’album navigue intelligemment entre heavy metal classique, US power metal et quelques accélérations presque thrash.
Raging Violence est l’un des morceaux les plus agressifs du disque, tandis que Berserker possède tous les ingrédients d’un futur hymne de concert, Suffocating Fear apporte davantage de mélodie et quelques couleurs NWOBHM. Sign Of The Cross et Killed By Fate démontrent, de leur côté, la capacité du groupe à rester efficace jusqu’en seconde moitié d’album.
Les guitares de Glen Paul et David Servantez constituent l’un des grands points forts de l’ensemble : riffs tranchants, harmonies et solos restent toujours au service des compositions. La basse de Sandy K. Vasquez et la batterie de Joseph Aghassi apportent quant à elles une base particulièrement solide.
La voix de Sammy DeJohn reste immédiatement identifiable. Râpeuse, puissante et parfois agressive, elle possède cette patine que seules plusieurs décennies de heavy metal peuvent apporter. DeJohn ne cherche pas à reproduire artificiellement sa voix des années 80 : il utilise aujourd’hui ses aspérités comme une force. Sur Berserker, son chant devient presque un cri de guerre. Mais sur les passages plus sombres de l’album, il adopte au contraire une approche plus menaçante, parfaitement adaptée à l’univers du disque.
L’imagerie de Curse Of The Beast reste résolument metal : loups-garous, guerre, violence, peur, prophéties, religion et mort. La chanson-titre raconte notamment l’histoire d’un homme condamné à devenir une créature meurtrière la nuit, avant de retrouver son humanité et de devoir faire face aux conséquences de ses actes. Derrière le thème fantastique apparaissent donc des notions de perte de contrôle et de culpabilité. Berserker plonge dans l’imagerie guerrière viking, tandis que Raging Violence adopte un ton beaucoup plus contemporain en évoquant la brutalité et le chaos du monde moderne. Les paroles ne cherchent pas systématiquement une profondeur philosophique, mais elles participent efficacement à l’atmosphère sombre et cohérente de l’album.
Produit, mixé et masterisé par Ron Sandoval, Curse Of The Beast bénéficie d’un son puissant et actuel sans perdre son caractère old school. Les guitares restent épaisses, la batterie naturelle et dynamique, tandis que la voix conserve suffisamment de présence sans écraser l’ensemble. C’est probablement l’une des principales réussites de l’album : Ruthless ne cherche pas à reproduire artificiellement 1986, mais à faire vivre l’esprit de 1986 en 2026.
Soyons clairs : Curse Of The Beast ne révolutionne pas le heavy metal. Et ce n’est absolument pas son objectif. Son originalité réside davantage dans sa capacité à mélanger heavy traditionnel, US power metal et agressivité thrash tout en conservant une véritable personnalité. Même la reprise finale de Metal Gods de Judas Priest apparaît comme une déclaration d’amour assumée aux racines du groupe. Ruthless connaît parfaitement son territoire et préfère l’exploiter avec conviction plutôt que de courir derrière les tendances.
Conclusion : la bête est toujours vivante
Curse Of The Beast est avant tout un album de musiciens qui croient encore profondément au heavy metal. Les riffs sont nombreux, les solos inspirés, Sammy DeJohn possède toujours cette voix immédiatement reconnaissable et la production offre juste ce qu’il faut de modernité à une musique profondément enracinée dans les années 80. Ruthless ne réinvente pas le genre. Il rappelle simplement pourquoi ce genre fonctionne toujours aussi bien lorsqu’il est joué avec passion.
Ce nouvel opus mérite clairement une écoute… et probablement une place dans la collection. Un heavy metal authentique, solide et sans compromis. La bête mord toujours…
