À l’heure où septembre commence doucement à refermer la longue saison des festivals, il reste encore quelques occasions de prolonger l’été. Et pas forcément sous une tente, les pieds dans la boue ou devant une affiche composée de groupes déjà croisés trois fois depuis juin. Ces vendredi 18 et samedi 19 septembre, le Golden Age Rock Festival revient au Centre culturel de Chênée avec une programmation qui, certes, regarde largement dans le rétroviseur, mais possède un argument de poids : l’exclusivité, plusieurs des groupes annoncés ne passant pratiquement jamais chez nous.
Black ’N Blue, Starz, Coney Hatch, FM, Demon, Vardis ou encore Tyla’s Dogs D’Amour : autant de noms qui parleront probablement davantage à celui qui conserve religieusement ses vinyles des années 70 et 80 qu’à celui qui suit assidument es dernières tendances de la scène metal. C’est justement dans ce côté old school que réside l’intérêt de ce Golden Age Rock Festival, cinquième du nom.
Pas besoin, d’ailleurs, de remonter toute l’histoire du festival pour comprendre de quoi il retourne. Depuis sa première édition en 2019, le GARF aime aller chercher quelques formations que les affiches européennes ont laissé de côté depuis un moment, voire que notre continent n’a jamais vraiment eu l’occasion d’accueillir. Pour son édition 2026, il pousse assez loin le principe.
VENDREDI : AVANT TOUT DU ROCK’N’ROLL
Il faudra être à Chênée dès 16 h 30 vendredi pour voir les Liégeois de Chilly Pom Pom Pee ouvrir les débats. Le groupe pratique un rock sans prétention ni complication excessive, nourri de classic rock et de blues, qui devrait parfaitement remplir son rôle de groupe là pour échauffer les esprits.

Une heure plus tard ou presque, The Mercury Riots fera traverser l’Atlantique au festival. Le trio californien évolue dans un registre hard rock très direct, qui mêle l’énergie du rock américain à quelques racines blues. Pas nécessairement le nom le plus connu de cette affiche, mais peut-être, justement, l’une de ses découvertes potentielles.

Vardis, à 19 h 10, offre un franc retour au début des années 80. Le trio mené par Steve Zodiac fait partie de cette multitude de groupes apparus avec la NWOBHM qui n’ont jamais connu la trajectoire d’Iron Maiden, Def Leppard ou Saxon. Cela étant, résumer Vardis à cette étiquette serait un peu rapide : son heavy metal conserve une solide dose de boogie et de rock’n’roll. If I Were King, Gary Glitter Part One, Silver Machine ou encore Love Is Dead devraient rappeler que la NWOBHM savait se définir par autre chose qu’une course au riff le plus tranchant.

La suite de la soirée sera presque une affaire de famille. Matty James Cassidy & The Real Villains disposeront d’une heure à partir de 20 h 40 avant que leur leader ne retrouve Tyla’s Dogs D’Amour à 22 h 30.

À partir de ce moment, l’atmosphère promet de changer. En effet, les Dogs D’Amour n’ont jamais vraiment ressemblé aux groupes de glam auxquels on les associe parfois. Dans leur meilleur registre, les Britanniques évoquent plutôt un improbable croisement entre les Rolling Stones, Hanoi Rocks et un groupe de blues qui aurait passé un peu trop de temps au comptoir. Tyla reste évidemment le personnage central de cette histoire et des morceaux comme How Come It Never Rains, Satellite Kid ou I Don’t Want You to Go conservent ce mélange de mélancolie et de rock’n’roll déglingué qui faisait le charme du groupe à la fin des années 80.
Rien que pour voir ces groupes à quelques kilomètres de Liège, cette première journée possède déjà un intérêt certain.

SAMEDI : LES CHOSES SÉRIEUSES COMMENCENT TÔT
Le samedi sera nettement plus chargé, avec huit groupes et plus de onze heures entre l’ouverture des portes et les dernières notes de Black ’N Blue.
Black Case aura la difficile mission de réveiller les premiers arrivés dès 12 h 15. Mystery prendra la suite à 13 h 15 avant que SteeLover ne monte sur scène à 14 h 35. Ce troisième groupe, originaire de Liège, fait partie des vétérans du hard rock belge et ne vient pas simplement célébrer le passé. Ayant sorti cette année un nouvel album, Devil’s Highway, cette apparition à domicile constituera évidemment une belle occasion d’en présenter quelques extraits.

À 16 heures, Demon nous emmènera une nouvelle fois du côté de la NWOBHM. Le groupe de Dave Hill a toujours occupé une place assez particulière dans cette scène. Dès Night of the Demon et surtout The Unexpected Guest, Demon s’est montré capable de dépasser les frontières heavy metal pour aller chercher des arrangements plus progressifs et des atmosphères parfois assez éloignées des codes du genre. Plus de quatre décennies après Don’t Break the Circle, le morceau reste évidemment incontournable en concert.
C’est tout de même à partir de 17 h 25 que le samedi prendra une tournure particulièrement intéressante.
CONEY HATCH : FRICTION QUARANTE ANS PLUS TARD… OU PRESQUE
Coney Hatch n’est pas exactement le genre de groupe que l’on croise chaque été entre le Graspop et l’Alcatraz. Les Canadiens débarquent au début des années 80 avec un premier album produit par Kim Mitchell de Max Webster. Le groupe enchaîne rapidement avec Outa Hand en 1983 puis Friction en 1985, tout en partageant notamment l’affiche avec Iron Maiden et Judas Priest.
Par la suite, à l’instar de beaucoup de formations de cette génération qui n’ont pas franchi le cap séparant le succès d’estime de l’explosion internationale, Coney Hatch disparaît progressivement des radars, ce qui rend sa présence à Chênée d’autant plus intéressante.
Carl Dixon et ses compagnons consacreront une large part de leur passage à Friction. Cet album fête cette année ses 41 ans — manquant de peu le compte rond. Ses extraits les plus culte, tels This Ain’t Love, She’s Gone ou Fantasy, devraient encore parler aux amateurs de hard mélodique canadien.
Si certains connaissent davantage Carl Dixon pour ses années passées avec The Guess Who ou April Wine, c’est bien Coney Hatch que l’on vient voir ici.

FM ET UN PREMIER ALBUM QUI REFUSE DE VIEILLIR
Autre anniversaire, rond celui-là : Indiscreet, le premier album de FM, fête cette année ses quarante ans.
À 19 h 15, FM viendra célébrer cet opus qui l’avait placé, dès 1986, parmi les grands espoirs britanniques de l’AOR ; un disque particulièrement soigné, quelque part entre Foreigner et Survivor, mais surtout porté par la voix de Steve Overland. Quarante ans plus tard, celle-ci reste d’ailleurs l’un des principaux atouts du groupe.
Avec le temps, FM aurait facilement pu devenir un de ces groupes se reposant sur le facteur nostalgie. Il n’en est rien : depuis sa reformation, le groupe a repris un rythme discographique particulièrement soutenu et Brotherhood, sorti en 2025, montrait que la formation avait encore beaucoup à offrir.
Le passage du groupe à Chênée offrira tout de même au festival une occasion de retourner aux sources en 1986, puisque Indiscreet sera à l’honneur, avec les titres emblématiques que sont That Girl, Other Side of Midnight, American Girls, Frozen Heart… Pour qui aime l’AOR britannique, que demander de mieux ?

STARZ : LE GROUPE QUE L’EUROPE A PRESQUE OUBLIÉ D’INVITER
Après cela, se produira l’une des véritables curiosités de ce GARF.
Starz existe depuis le milieu des années 70, a sorti quatre albums chez Capitol, tourné avec quelques poids lourds et bénéficié du management de Bill Aucoin, à l’époque aussi manager de Kiss. Pourtant, si vous demandez autour de vous combien de personnes ont déjà vu Starz se produire sur une scène européenne, les mains ne devraient pas être très nombreuses à se lever.
Le groupe fondé par Michael Lee Smith et Richie Ranno appartient à cette catégorie, pour le moins étrange, des formations dont le nom est régulièrement cité lorsque l’on retrace la généalogie du hard rock américain, mais dont la carrière n’a jamais atteint le niveau de reconnaissance attendu. Des titres comme Detroit Girls, Cherry Baby ou Rock Six Times ont pourtant marqué les esprits à l’époque, en tout cas assez pour que des musiciens de la génération suivante revendiquent une certaine influence de Starz sur leur propre musique.
Le passage de Starz à Chênée, annoncé comme sa première apparition en Europe continentale, n’a donc rien d’anodin. À lui seul, voilà le genre de concert qui justifie l’existence d’un festival comme le GARF.

BLACK ’N BLUE : PORTLAND S’INVITE À CHÊNÉE
Tout ce que nous venons de dire à propos de Starz pourrait aussi s’appliquer à Black ’N Blue.
Sur le papier, le groupe américain possédait tous les atouts pour réussir au milieu des années 80 : un contrat chez Geffen, des refrains taillés pour les radios américaines, le look qui allait avec et même Dieter Dierks — l’homme derrière une bonne partie des grandes années de Scorpions — aux commandes du premier album. Les titres Hold On to 18, School of Hard Knocks, Without Love, Miss Mystery, entre autres, ont connu un certain succès… Black ’N Blue possédait largement de quoi se faire une place dans le hard US des eighties, tout en devant faire face à une concurrence féroce.
Quatre albums paraîtront entre 1984 et 1988 avant que l’histoire ne s’interrompe une première fois. L’un de ses guitaristes, Tommy Thayer, connaîtra par la suite une carrière autrement exposée puisqu’il finira par enfiler le costume du Spaceman chez Kiss.
Toutefois, il paraîtrait injuste de résumer Black ’N Blue à « l’ancien groupe du guitariste de Kiss ». Jamie St. James en demeure la voix et, pour les amateurs de hard US des années 80, pouvoir entendre ces morceaux sur une scène belge constitue déjà une excellente raison de rester jusqu’à minuit. D’autant que la venue du groupe à Chênée est annoncée comme une exclusivité européenne !

DES DINOSAURES ? PEUT-ÊTRE. ET ALORS ?
Il semble facile de regarder l’affiche du Golden Age Rock Festival et d’y voir essentiellement une réunion de vétérans venus se replonger dans leurs souvenirs en entraînant le public avec eux et entretenir la nostalgie. En vérité, son principal intérêt réside ailleurs.
En effet, entre les festivals qui misent sur les têtes d’affiche incontournables et ceux qui défrichent les nouvelles scènes, ne reste finalement qu’assez peu de place pour ces groupes « intermédiaires » ; en d’autres termes, ceux qui ont sorti de très bons disques il y a trente ou quarante ans, possèdent encore un public, mais ne traversent plus assez souvent l’Atlantique ou la Manche pour intégrer les grands circuits européens. Ce sont ces groupes que le GARF va chercher.
Certains artistes auront peut-être perdu quelques cheveux depuis les pochettes de leurs albums des années 80. Certains spectateurs public aussi. Reste à savoir si les riffs, eux, ont pris des rides.
Réponse vendredi et samedi à Chênée.
Vendredi 18 septembre
16h30 – Chilly Pom Pom Pee
17h45 – The Mercury Riots
19h10 – Vardis
20h40 – Matty James Cassidy & The Real Villains
22h30 – Tyla’s Dogs D’Amour
Samedi 19 septembre
12h15 – Black Case
13h15 – Belgian Mystery
14h35 – SteeLover
16h00 – Demon
17h25 – Carl Dixon’s Coney Hatch
19h15 – FM
20h50 – Starz
22h30 – Black ’N Blue
Prévente : 38 € le vendredi – 58 € le samedi – 68 € le pass deux jours.
