Judas Priest, Airbourne, Beyond the Black, Nestor, Phil Campbell's Bastard Sons, The Gems
SparkassenPark, Mönchengladbach (DE)
Date 25 juillet 2026
Chroniqueur Oli de Wacken
Photographe Thierry Montrieux
https://www.radiobob.de

Le SparkassenPark, stade de hockey de Mönchengladbach, en Allemagne, accueille pour la troisième fois le BOBfest. Idéalement situé pour permettre aux fans belges et néerlandais de s’y rendre sans devoir parcourir de longues distances, il est doté d’un très vaste parking lui permettant un accès direct et rapide. Lorsque nous arrivons à midi, le public est déjà présent en nombre, si bien que tous les groupes pourront bénéficier d’un parterre plus que fourni, et toujours réceptif à des ambiances musicales variées bien qu’affichant globalement une belle cohérence stylistique.

L’honneur d’ouvrir les festivités revient à The Gems. Guernica Mancini (chant) et Mona “Demona” Lindgren (guitare), toutes deux ex-Thundermother, en connaissent un rayon en matière de hard rock catchy et de compositions dotées de bons refrains. Elles se permettent de se donner en spectacle en utilisant l’avancée de scène et les côtés de scène, rare pour un groupe de début de journée. Leur hard rock est certes fidèle aux racines du genre, mais aussi agrémenté d’un rien de hair metal et d’un soupçon de classic rock, avec une Guernica qui se positionne dans la tradition des chanteuses rock 80’s, tant au niveau du timbre vocal, à la fois agressif et velouté, que de l’attitude. The Gems fait mouche de bout en bout et receuille un beau succès en 35 minutes que l’on n’a pas eu le temps de voir passer !

La chaleur commence sérieusement à se faire sentir et nous voilà confrontés à un dilemme : nous tartiner de crème solaire au risque de finir complètement collants ou accepter de cuire lentement comme des homards. Nous choisissons finalement la première option, qui devient soudain beaucoup plus supportable lorsque Phil Campbell’s Bastard Sons investit la scène pour nous abreuver d’un hard rock évidemment très motörheadien, comme l’illustre le premier titre interprété, le bien nommé We Are the Bastards. Mené par Todd (guitare), Tyla (basse) et Dane (batterie) Campbell, accompagnés du chanteur Julian Jenkins, du groupe de heavy/thrash britannique Fury, le quatuor fait la part — très — belle au répertoire de Motörhead, avec notamment le formidable Born to Raise Hell que Motörhead avait malheureusement pris l’habitude de négliger en live, et le furieux Killed by Death pour conclure une quarantaine de minutes totalement jouissives. Nous apprécierons particulièrement le timbre légèrement rocailleux sans être trop éraillé de Julian, ainsi que son look de « total rocker » qui sied particulièrement à l’univers tant musical qu’au côté « historique » de la formation, qui, au-delà de la disparition de Phil Campbell et de Lemmy, entretient la flamme du hard rock au sens premier du terme et honore la mémoire d’un père tout court et d’un autre, spirituel. Très bonne prestation.

Changement total d’ambiance avec Nestor. Visuellement, les Suédois semblent surgir tout droit d’un clip diffusé sur MTV en 1986 : vestes à franges, vestes militaires lacées, épaulettes, coiffures impeccables… toute l’imagerie AOR est là. Musicalement, le groupe alterne avec bonheur entre AOR lumineux et hard rock mélodique plus musclé. Les claviers occupent une place centrale, le claviériste étant d’ailleurs installé bien en évidence au milieu de la scène plutôt que relégué dans un coin. Au moment d’interpeller la foule d’un enthousiaste « Are you ready for Judas Priest? », auquel répond un tonitruant « Yeah! », le chanteur enchaîne avec un amusant « We are too! », comme s’il partageait avec le public son impatience de voir arriver la tête d’affiche. Unchain My Heart fait mouche, Caroline déclenche immédiatement les chants du public grâce à son refrain irrésistible, tandis que les morceaux les plus heavy arrivent progressivement en fin de concert.

Avant le dernier morceau, le frontman annonce simplement : « A special late eighties song… 1989. » Nous ne saisissons pas l’intégralité des paroles de cette chanson, mais son titre parle de lui-même. N’en déplaise aux détracteurs, cette musique n’a rien de passéiste. Bien au contraire, elle demeure parfaitement intemporelle, et Nestor vient une nouvelle fois de le démontrer.

Pendant ce temps, le soleil poursuit sa course et l’immense ombre de la scène recouvre désormais une bonne partie de la fosse. Ironiquement, ce sont désormais les spectateurs installés dans les gradins qui doivent composer avec une chaleur devenue inconfortable.

C’est dans cette fraîcheur retrouvée que nous suivons le set de Beyond the Black. Si les compositions du groupe de Jennifer Haben doivent beaucoup à Within Temptation, parler systématiquement de metal symphonique lorsqu’il s’agit de s’exprimer au sujet d’un groupe « à chanteuse » constitue souvent un raccourci fâcheux. Dans le cas de Beyond the Black, par exemple, les orchestrations ne sont que peu présentes, au profit des guitares et d’un son heavy qui leur est associé et qui est particulièrement mis en avant. La prestation du groupe, qui jouit d’un grand succès en Allemagne, est irréprochable, et si l’on peut regretter le côté un peu clinique et trop étudié de certaines compos, des refrains tels que celui de Shine and Shade regagnent notre attention, un peu émoussée par moments.

Airbourne et son hard rock festif et ultra efficace, ou la garantie de passer un très bon moment. En effet, si le premier album des Australiens, Runnin’ Wild, a mis tout le monde d’accord en 2007 avant que les suivants ne proposent toujours plus ou moins la même chose, ce petit quelque chose et cette niaque… en moins, leurs concerts n’en restent pas moins toujours de purs moments de rock’n’roll bourrés de fun et d’énergie. En entamant le set avec Gutsy, single extrait de l’album à paraître fin août, la bande à Joel O’Keeffe met tout le monde d’accord d’entrée de jeu, avant d’enfoncer le clou avec Too Much, Too Young, Too Fast, extrait du fameux Runnin’ Wild.

Avez-vous remarqué que les groupes sont souvent flattés de partager l’affiche avec des légendes, surtout quand celles-ci ont bercé leur jeunesse ? Ainsi, non sans un brin d’humour, Joel y va de sa petite anecdote : « À treize ans, j’ai entendu Judas Priest pour la première fois, et j’ai décidé que cela ne valait plus la peine de continuer l’école. Je voulais monter sur scène et jouer de la guitare. » Un peu plus tard, il rendra, lui aussi, hommage à Lemmy, à Motörhead et à Phil Campbell avant de lancer le bien nommé Alive after Death, encore un titre à retrouver sur le prochain album. « Judas Priest vient de Birmingham. Voici une chanson pour un autre gars de Birmingham…« . Sur ces quelques mots retentissent les premières notes de Paranoid, de Black Sabbath, en hommage à Ozzy, avant un enchaînement sur Runnin’ Wild pour terminer un concert plus qu’enthousiasmant.

Judas Priest vient conclure ce BOBfest 2026 en beauté. Si le groupe a récemment célébré les trente-cinq ans de Painkiller (1990), il revient en 2026 pour une tournée plus classique. Le concert de jour est d’ailleurs le premier de la tournée Faithkeepers, et présente son lot de classiques entre lesquels sont intercalés quelques titres extraits des derniers albums studio. On retrouve ainsi Halls of Valhalla, extrait de Redeemer of Souls (2014), Lightning Strike, de Firepower (2018) et Panic Attack, du petit dernier Invincible Shield (2024). Les tenues de scène de l’ensemble du groupe, cuir et clous, et Rob Halford, en forme et très en voix, qui arpente toujours la scène de son air impérial et faussement hautain, constituent un tout, constitutif de l’entité Judas Priest, qui confère à la musique sa dimension toute particulière et la magnifie encore davantage. La setlist, en plus de mettre à l’honneur les derniers albums et d’égrener les classiques, contient, comme toujours, quelques surprises bienvenues. Cette fois, nous avons le plaisir de découvrir Steeler, extrait de British Steel (1980), joué en live pour la première fois en Europe, et Delivering the Goods, extrait de Hell Bent for Leather que le groupe n’a plus joué en Europe depuis une éternité. Le titre éponyme sera lui aussi interprété, comme de bien entendu, en rappel, juste avant Living after Midnight, qui conclut le concert de Judas Priest ainsi que le BOBfest de façon magistrale.

Fort de cette très belle réussite, nul doute que le BOBfest est dorénavant sur de très bons rails. Il ne reste plus qu’à lui souhaiter de poursuivre sur cette lancée avec une édition 2027 tout aussi exemplaire.

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