Metal Alliance Mag : Bonjour ! Merci beaucoup d’avoir accepté cette interview avec Metal Alliance Mag, nous sommes très heureux de vous recevoir. Tout d’abord, comment allez-vous ?

Apostle : Bonjour ! Merci à TOI de nous recevoir, nous sommes honorés et très heureux d’être ici. Nous sommes actuellement chez Michael – notre bassiste – en train de manger de la pizza post-vernissage.

Metal Alliance Mag : Avant d’aborder sérieusement A Splinter in the Infinite Noumenon – votre tout nouvel album sorti chez Terminus Hate City le 5 juin dernier –, j’aimerais revenir dans le temps et explorer la genèse d’Apostle. Comment est-ce que vous êtes entrés dans le monde de la musique extrême/alternative, et avez-vous joué dans d’autres groupes avant Apostle ?

Michael : Pour moi, ça a commencé avec ma grande sœur qui m’a introduit au punk rock, ce qui m’a éventuellement mené à du hardcore plus lourd et à du screamo, et c’est parti de là. J’ai aussi trouvé une communauté à laquelle je m’identifiais, puis j’ai commencé à jouer de la musique à l’école secondaire avec des amis. Mon premier vrai groupe était avec Evan au début des années 2000, ça s’appelait She Came From Above. Quand j’ai déménagé à Chicago au début des années 2010, j’ai commencé à jouer avec mon cousin Joe Crutchfield dans un groupe nommé The Captain Hates The Sea. Depuis ce dernier, on a formé un projet appelé Corral (avec des membres de The Captain Hates The Sea et Danny Kulasik comme autre membre à plein temps). En même temps, je jouais dans des groupes instrumentaux comme Ormen Lange et ensuite Faade avec mon bon ami et musicien Kevin Richter. Le batteur de Faade Teddy Schrishuhn est éventuellement devenu le batteur de Corral aussi. En revenant à Atlanta, j’ai rejoint Apostle en automne 2018, et puisque j’étais de retour, j’ai aussi joué avec l’éphémère mais très fun One Hundred Million Dollars (aussi avec Evan à la batterie), également dans le side project FNTM avec Evan et Eric Wilson à la basse, une légende de la scène d’Atlanta.

Murice : Pour moi, ça a commencé en 2004. Ayant grandi au Sud comme enfant noir, j’ai été élevé dans l’église. Aussitôt que ma mère m’a dit que je ne devrais jamais écouter du metal à cause de son caractère pervers et démoniaque… j’ai naturellement dû aller checker ça. J’étais en quatrième année quand mon ami Justin m’a laissé lui emprunter son Zune (un baladeur numérique) pendant un weekend, sur lequel j’ai découvert un morceau appelé Coming Undone Wit It, une collaboration entre Korn et Dem Franchize Boyz d’Atlanta. Je n’ai jamais regardé en arrière depuis. En sixième année, je suis allé pour la première fois à la salle 7 Venue à Douglasville, ce qui coïncide avec ma découverte de Slipknot, Disturbed, Bleed For My Valentine, etc. L’année d’après, j’ai commencé à prendre au sérieux la guitare et le chant. En huitième année, j’ai commencé un groupe avec des jeunes de mon église. En neuvième année, j’ai créé mon premier groupe d’école secondaire, après avoir gagné assez de confiance à la voix et à la guitare. Ce dernier s’appelait Wings of Carious, on passait la majorité de notre temps à fumer de la weed. Après tout ça, j’étais juste un gars dans des groupes. J’ai créé mon premier groupe sérieux, Ladybird, avec mon meilleur ami Kristian, c’était un projet de grind chaotique où j’ai gagné la majorité de mon expérience. C’est sans mentionner le projet de shoegaze Loam que j’ai commencé plus tard et le collectif de post-rock Hallowed. Tout cela m’a mené à Apostle.

Evan : De la même manière que Murice, j’ai commencé par le nu metal au collège, avec des groupes comme Korn, Incubus, Deftones, Limp Bizkit, Linkin Park… il m’est impossible de renier l’importance de ces groupes. Depuis là, j’ai découvert le skate punk avec le Punk-O-Rama’s d’Epitaph Records et les compilations de Fat Wreck Chords. A l’école secondaire, sur les radios de Hot Topic, j’ai découvert beaucoup de groupes de Trustkill et Ferret Records, principalement Poison The Well, Shai Hulud, Hopesfall, Eighteen Visions, Every Time I Die et – bien sûr – Converge, et du death metal comme The Black Dahlia Murder (RIP Trevor) et Between the Buried and Me. Ensuite, j’ai pris un gros virage et ai quasi exclusivement écouté du jazz et du jazz fusion pendant la majorité de ma vingtaine. Et quand j’ai cru en avoir marre de la musique extrême, j’ai découvert Weekend Nachos et Wound Man, ce qui a ravivé mon amour pour cette musique rapide et agressive. Cela m’a mené à du metal extrême inspiré du black comme Cult Leader, Knelt Rote et Infernal Coil. Ces groupes m’ont directement ouvert la porte au black metal, ce qui est à peu près tout ce que j’écoute ces jours-ci, à part le jazz. Et Kurt Vile. Bref, j’ai aussi joué dans de nombreux groupes durant l’école secondaire, et, comme Michael l’a mentionné, She Came From Above était assez important, il s’agissait de mon premier projet sérieux. Fast forward en 2017 où je co-fonde Apostle, et ça a été mon bébé depuis.

Metal Alliance Mag : Depuis quand êtes-vous un groupe à part entière et comment s’est formé ce qu’est Apostle aujourd’hui ? Pourquoi ce nom ?

Evan : Apostle a été formé en 2017 après que plusieurs de nos projets se soient terminés. Originellement, le groupe était composé de Cameron Austin à la basse et à la voix, Murice à la guitare et à la voix, ainsi que moi à la batterie. En 2018, Murice a brièvement quitté le groupe, Michael a alors rejoint à la guitare et nous avons sorti l’album Sufferer. En 2019, Murice est revenu en tant que guitariste lead et à la voix, on a ainsi sorti I Have Tried To Speak Through The Soil In My Mouth et avons aussi fait un split avec le duo Floorless. En 2022, Cameron ayant quitté le groupe, Michael est passé à la basse pendant que Murice est devenu chanteur principal tout en restant guitariste lead. Avec cette nouvelle itération du groupe, nous nous sommes poussés encore plus loin et avons commencé à amasser de l’élan localement, ce qui résultat en notre signature sur Terminus Hate City, un label d’Atlanta géré par Jay Crash. En décembre 2023, nous avons sorti l’EP Liminal, que nous avons rincé en live, puis en automne 2024 nous avons commencé à planter les graines de ce qui deviendrait A Splinter in the Infinite Noumenon. On en est là aujourd’hui.

Le nom venait originellement du fait qu’on était jeunes, énervés et qu’on traversait une période philosophique de questionnement de la foi, de la spiritualité et du sens plus généralement. Bien que la signification du nom reste encore intacte, cette dernière a pris un sens plus profond – et on l’espère plus sage et mature – au fur et à mesure que nous grandissons et vivons davantage de choses.

Michael : Pour moi, j’ai toujours interprété le terme « apôtre » comme quelqu’un qui est envoyé et dont le but est de transmettre un message. Bien que nous ne soyons pas chrétiens ou un groupe religieux, je pense qu’Apostle est un moyen pour nous d’établir une connexion avec les gens, via des émotions et des sentiments qu’il n’est pas toujours facile de partager, mais nous traversons tous la vie et pouvons ainsi tous pleurer et guérir ensemble. Il s’agit d’une expérience complète pour moi.

Metal Alliance Mag : Quelle était l’intention originelle derrière le groupe, est-ce que cette dernière a changé au fil du temps ? Qu’en est-il de la manière dont vous approchez la musique ?

Evan : Je pense (et j’espère que je parle pour les autres) que l’intention originale avec toute entreprise musicale – que ce soit en live ou en studio – est de s’exprimer d’une manière créative qu’il serait impossible d’extérioriser autrement. Dans ce sens-là, rien n’a changé pour nous. Mais, comme tout (et avec le temps), la relation s’approfondit et prend un sens plus grand au fur et à mesure qu’on traverse la vie et qu’on canalise ces expériences dans quelque chose de cathartique. De notre point de vue créatif et musical partagé, l’approche musicale est restée la même, même si l’on espère quand même s’améliorer à nos instruments et s’exprimer mieux d’album en album.

Murice : Je veux juste rocker.

Michael : Je veux, moi aussi, juste rocker.

Evan : Voilà, exactement ce qu’ils viennent de dire.

(Rires)

Metal Alliance Mag : Votre musique peut être définie comme un mélange éclectique de hardcore chaotique, de post-black, de sludge et de shoegaze. Récemment, j’ai même vu quelqu’un décrire votre son comme du « mathgaze », ce qui est à la fois drôle et assez correct. Musicalement, quelles sont vos influences ? De plus, quels groupes ont, diriez-vous, formé le plus Apostle ?

Evan : Il y en a un certain nombre en terme d’inspiration personnelle, et ils ne sont pas seulement limités au metal ou à la musique extrême. Cependant, en terme de son, nous sommes clairement dans la même veine que les Français de Plebeian Grandstand et Mourir, Portrayal of Guilt et Yellow Eyes, respectivement d’Austin et de New York, ainsi que Wiegedood de Belgique, même si notre son ne dérive pas directement de ces groupes. En effet, nous occupons cette frange sonore bizarre où le post-black metal rencontre des éléments de post-rock atmosphérique et de shoegaze, ainsi qu’un élément chaotique qui souligne le tout. Que t’appelles ça hardcore, mathcore ou même mathgaze (rires), on n’y pense pas trop. Notre mission principale est simplement de créer quelque chose de viscéral, urgent et cathartique, quelque chose avec lequel les gens – nous l’espérons – pourront se connecter à un niveau émotionnel profond.

Michael : Une des meilleures choses avec Apostle est, je pense, que nous avons une grande variété d’influences, donc je pense que ça varie de personne à personne. J’ai grandi en écoutant du pop punk et du punk rock, et tire ainsi de l’influence de genres et d’artistes très différents. Depuis que j’ai repris la basse, je suis particulièrement influencé par ce qu’a fait Brian Cook sur ses projets (Botch, These Arms Are Snakes, Russian Circles, Sumac), il sait exactement comment servir le morceau et faire en sorte que la basse se ressente et s’entende bien. Même chose avec Glassjaw, surtout le ton de la basse sur Material Control, ou encore les trucs groovy que J-Dilla a fait sur des albums comme Donuts. Je me sens connecté au groove que des artistes comme lui et Madlib amènent si bien et la manière dont ils utilisent des samples dans leur musique. Je prends aussi de l’influence dans At The Drive In et l’énergie qui en ressort – encore plus en live, ou des groupes comme Poison The Well, The Secret Out Of Italy, As Cities Burn, etc.

Murice : Il y en a beaucoup trop pour tout citer, mais des groupes ou albums qui ont été intégraux à mon approche dans Apostle sont Degradation de Coke Bust, Songs to Scream at the Sun de Have Heart, The Blind Hole de Dead in the Dirt, Wars and Rumors of Wars de The Chariot et Sexless/No Sex d’Iron Lung.

Metal Alliance Mag : Le 5 juin sortait votre deuxième album, A Splinter in the Infinite Noumenon, via le label Terminus Hate City. Quel a été la réponse du public jusqu’à maintenant ?

Evan : Jusqu’à maintenant, la réponse est incroyablement positive. En ligne, dans la vraie vie et tout ce qu’il y a entre deux, les gens semblent vraiment s’y être identifiés à l’album au même niveau viscéral que nous, que soit en l’écrivant ou en jouant les morceaux en live. L’album en soi est vraiment le résultat de notre sang, de notre sueur et de nos larmes, c’est quelque chose qui se sent dans la musique et les paroles. Ainsi, la réponse générale du public a été que les gens – que ce soit nos amis ou des inconnus – reconnaissent qu’il y a un aspect émotionnel, cru et authentique dans notre musique ; nous sommes très reconnaissants de réaffirmer cela et que cette connexion soit réciproque.

Michael : La réponse du public a été une leçon d’humilité, je suis très reconnaissant que l’album ait pu toucher autant de gens. L’élément le plus important pour moi est d’amener ces sons aux gens tout autour du monde. Apostle est ainsi quelque chose de tellement thérapeutique pour moi, je veux que les gens soient capables de s’y identifier, j’espère donc que l’album les aide à traverser peu importe ce à quoi ils font face. La musique m’a personnellement aidé à travers beaucoup de choses dans ma vie ; en transmettant tout cela aux autres, je veux juste payer cette dette et rendre un peu ce qu’elle m’a donné.

Metal Alliance Mag : Quand avez-vous commencé à composer ce qui deviendrait A Splinter in the Infinite Noumenon et comment s’est passé le processus ? Avez-vous rencontré des embûches sur le chemin ?

Evan : On a commencé à planter les graines de ce qui deviendrait le sol fertile de A Splinter in the Infinite Noumenon en été 2024. Actuellement, notre processus de composition – que nous avons établi pendant la période de Liminal – se fait assez organiquement et collaborativement. En gros, la majorité de la composition est faite dans notre espace de répétition quand nous sommes tous ensemble. Pendant que Murice et Michael écrivent les riffs sur leur propre temps – ce que nous jammons la prochaine fois que nous nous voyons –, les plans des morceaux sont principalement établis quand nous sommes tous ensemble dans la même pièce. Ensuite, nous travaillons les détails et les améliorations chacun de notre côté. Cependant, les morceaux continuent d’évoluer et de grandir bien après les avoir enregistrés. Pour moi, je travaille des idées qu’on retrouve sur l’album à chaque fois que je répète. Ainsi, il y a toujours un élément d’improvisation à notre jeu, cela n’altère pas tellement ce qui est sur l’album mais – je l’espère – reste de goût, musicalement parlant.

Michael : Un des plus grands challenges quand nous avons dû quitter notre local de répétition – que nous avions depuis longtemps et qui avait la climatisation – et rapidement trouver une solution (ce que nous avons fait), est que le nouvel endroit était à l’extérieur et sans clim’, alors qu’il fait très chaud en été à Atlanta. En été 2025, au moment où on mettait les touches finales aux morceaux avant d’entrer en studio, c’était juste de la torture de supporter cette chaleur. Cependant, on savait que cette souffrance transparaîtrait dans l’album. En y repensant, c’était le seul moment où je ne me réjouissait pas de répéter et jouer avec les autres, ce qui était assez difficile pour moi. (Rires)

Metal Alliance Mag : Peu après la sortie de votre nouvel album, vous avez joué un vernissage pour célébrer sa sortie. Comment ces morceaux se transposent-ils en live et comment était-ce d’enfin pouvoir révéler ces compositions au public, surtout dans votre ville natale d’Atlanta ?

Evan : C’était sacrément cathartique. Il y a encore quelques améliorations à faire, ce qui n’est pas étonnant puisqu’il s’agit de nouvelles compositions, mais j’ai l’impression que nous n’avons jamais aussi bien joué ces morceaux. De ce qu’on entend sur l’album aux répétitions jusqu’au vernissage, je ne pense pas que nous aurions pu les jouer mieux. La chose la plus importante est que l’âme des morceaux ait été bien vivante cette nuit-là, et je pense que c’est tout ce que nous pourrions espérer.

Michael : Le vernissage était juste génial. Pouvoir jouer avec de grands amis comme Lazer/Wulves, Palaces et Leafblower a rendu cette soirée tellement positive et fun. Chaque groupe était incroyable, le public et l’énergie étaient vraiment bien. La bière que nous avons faite en collaboration avec la Little Cottage Brewery est partie hyper vite. Tout simplement une nuit pleine d’amour, c’était génial de partager cela avec la ville et tout le monde présent. Je pense que l’album se transpose très bien en live ; pour en être sûr nous avons fait venir sur scène notre ami et producteur Connor Ray pour jouer la deuxième couche de guitare à la fin d’At Ease, histoire de rendre la clôture de l’album et du concert encore plus spéciale.

Metal Alliance Mag : Que signifie ou représente le titre de l’album, et quelle est l’idée générale derrière celui-ci ?

Evan : Le titre de l’album fait référence à une citation du grand Carl Jung : « L’humanité est un éclat/une écharde dans la déité infinie ». Cependant nous avons choisi le mot « noumenon » au lieu de « deity » car nous pensions qu’il représentait quelque chose de plus amorphe et indescriptible, tout en maintenant son essence originale et le sentiment de la formulation de base.

Cet album est doté d’une sorte de double sens. Nous pouvons imaginer l’humanité comme cet éclat – un fragment du tout, une partie de la somme totale –, ou même comme une extension. Ou, nous pouvons aussi imaginer l’humanité comme étant juste cela, une écharde, une sorte de nuisance superficielle dans la chair de ce grand être en dehors de nous. Ce n’est pas pour dire que nous voyons l’humanité négativement ou comme un objet cosmiquement insignifiant ou intrusif ; cependant, il y a l’implication d’une tragédie si l’on adopte la deuxième perspective. En tant qu’humains – bien que nous ayons réalisé beaucoup d’accomplissements scientifiques, technologiques, médicaux, culturaux, etc –, nous sommes fondamentalement imparfaits de par notre humanité. Et en contraste avec ces accomplissements, nous nous sommes mutuellement fait des choses horribles, historiquement et présentement, ici repose la tragédie dont on parle. Comme l’a dit un jour Martin Luther King Jr. : « Quand nous regardons l’Homme moderne, nous devons faire face au fait qu’il souffre d’une pauvreté de l’Esprit qui contraste fortement avec son abondance scientifique et technologique. Nous avons appris à voler dans l’air comme les oiseaux, nous avons appris à nager dans la mer comme les poissons. Et pourtant, nous n’avons toujours pas appris à marcher la terre en tant que frères et sœurs ». L’éclat/l’écharde représente à la fois le don divin d’être capable de créer et d’aimer, mais également la malédiction mortelle de destruction et de haine. En un mot : dualité.

Metal Alliance Mag : Puisqu’il s’agit d’un album très chargé émotionnellement et introspectif, quelles sont vos influences en matière de paroles et de philosophie ?

Murice : Philosophiquement, je rebondis sur des systèmes et rassemble ce qui résonne avec mon usage personnel. Tout est permis, car que ce soit Feldenkrais, l’hindouisme ou le concept de Design humain, ce ne sont que des outils pour atteindre le même but, tous contiennent une part de vérité et sont des ondulations qui remontent à un ancêtre commun. Cependant, en terme de paroles, quand j’ai dit que j’ai grandi dans l’église, je voulais dire que ma grand mère était (et est toujours) pasteure dans une église pentecôtiste en Alabama. Cela veut dire que j’ai grandi avec des gens passionnés qui savaient contrôler une audience avec leur voix. A cela s’ajoute les dynamiques de « reading-the-room » que j’ai apprises en jouant à l’église où nous allions. Egalement les cadences que j’entendais sur les morceaux de rap, de soul, de gospel, de RnB et de reggae dont je m’entourais, et m’entoure actuellement. Toutes ces influences m’ont rendu avide pour la poésie de la vie. A chaque fois que j’entendais quelque chose qui me faisait ressentir ce que je cherchais, j’essayais toujours de garder ce feeling et de l’appliquer à ce que je savais.

Metal Alliance Mag : A la suite de la question précédente, quel est le but de l’art, selon vous ? Qu’essayez-vous de transmettre avec votre musique ?

Murice : J’essaie de transmettre une tranche de ma vie à un certain moment. Toute la douleur que j’ai traversée, je veux transmettre qu’il est possible de la traverser et que le but de l’art est de montrer aux gens, via l’album, un instantané de tout ça. Parfois, j’ai l’impression de ne pas apporter assez en terme de sonorités pour faire compétition avec Fabio (l’artiste ayant réalisé les visuels du groupe), mais ce n’est pas un gros problème.

Michael : Pour moi, je pense que le but de l’art est de connecter les gens, d’utiliser la musique comme moyen de se relier aux autres dans la communauté, mais également de nous aider à se sentir davantage proche de quelqu’un ou de quelque chose. La musique est de la thérapie pour moi, surtout en jouant sur scène avec Apostle. L’énergie et l’émotion qui résulte d’un set est tout simplement incomparable à ce que j’aie pu ressentir ailleurs, et j’aimerais partager cela avec les gens qui viennent nous voir. Je veux que quiconque qui traverse quelque chose de difficile sache que vous n’êtes pas seuls à avoir ces émotions et ces sentiments ; il y a une lumière au bout du tunnel, n’oubliez surtout pas cela. Les défis auxquels nous faisons face, bien qu’extrêmement difficiles, nous aident aussi à grandir et à devenir plus forts.

Metal Alliance Mag : La première chose qui m’a initialement attiré à cet album est sa couverture, cette dernière est vraiment époustouflante et reflète parfaitement l’aspect éclectique et étrange de votre musique. De plus, je trouve que cela montre à quel point vous vous êtes investis dans la vision/direction artistique de cet album, par exemple avec les illustrations uniques à chaque single. Pour un groupe comme vous, quelle rôle joue l’identité visuelle ?

Evan : Tout d’abord, nous voudrions donner tout le mérite à notre ami Fabio Rincones ; il est non seulement un maître dans son domaine, il est aussi très important de par son amitié, son inspiration et son intuition. Nous ne nous sommes pas encore rencontrés dans a vraie vie, puisque nous sommes basés aux Etats-Unis et lui en Espagne, mais nous nous sentons absolument connectés par les ficelles de l’art, de l’amitié et d’un profond respect, d’une admiration et compréhension de chacun en tant qu’humains. En bref, nous adorons ce gars et sommes incroyablement reconnaissants de pouvoir travailler avec lui et le connaître comme nous le connaissons. Fabio, si tu lis cela, t’es le meilleur, mon pote. Cependant, tu devrais déjà le savoir car nous te le disons à chaque occasion possible.

En vrai, l’aspect visuel joue un rôle vital puisqu’il s’agit de ce qui accompagne la musique. Ce dernier peut représenter des paroles, des thèmes ou significations plus profondes qu’il serait difficile d’articuler et évoquer en mots. Un de mes musiciens préférés, Vindsval (de la formation énigmatique et phénoménale qu’est Blut Aus Nord), l’a résumé de la meilleure manière dans une interview récente : « Pour l’Artiste qui a passé des mois à former chaque détail de son travail, le format physique n’est pas une alternative. Plutôt, il s’agit de la clé, le chemin royal qui permet à l’auditeur de vraiment voyager avec la musique. Il donne à l’album toute sa profondeur, son poids, son sens et sa cohérence, offrant la musique comme l’expérience immersive complète qu’elle est sensée être. C’est pourquoi nous nous dévouons pour chaque note, chaque image, chaque détail. C’est pourquoi nous travaillons ».

Michael : Son rôle est immense. Depuis qu’on a commencé à travailler avec Fabio, on aime à dire qu’il est le quatrième membre du groupe grâce à l’aisance dont il fait preuve pour prendre nos premières démos, avec les paroles et les thèmes qui s’y rattachent, et créer des visuels si incroyables. En faisant un album, c’est global, l’art joue un aussi grand rôle que le reste. C’est ce qui complète le cercle, pour ainsi dire.

Metal Alliance Mag : Si vous deviez recommander un morceau à quelqu’un qui cherche à découvrir Apostle, lequel serait-il ?

Evan : Dans notre itération et trajectoire sonore actuelle, je dirais Oscillating Polarities de notre dernier album. Pour moi, ce morceau contient chaque aspect d’Apostle actuellement, tout en faisant hommage à d’où on vient. On retrouve les mélodies magnifiques et « serpentesques » au début, la férocité du riffing et de la batterie au cœur du morceau, le drum beat à la post-rock qui mène à une des parties les plus chaotiques du morceau, lequel finit avec une des montées les plus chargées émotionnellement et cathartiques de l’album également. Outre le fait qu’il s’agisse de mon morceau préféré que nous ayons jamais composés, c’est mon préféré à jouer et je pense qu’il incorpore chaque aspect sonore pour lequel ce groupe est connu, et qu’il continue à raffiner.

Murice : Soit Starve de Liminal ou Oscillating Polarities du dernier album. Je pense qu’ils font un boulot pour montrer tout notre spectre.

Michael : Bon sang, c’est une très bonne question, mais difficile car nous avons un long répertoire au fil des années. Cependant, je dirais quand même Oscillating Polarities car elle couvre assez bien un large spectre de ce qu’est Apostle.

Metal Alliance Mag : Avez-vous des plans de tournée dans le futur proche ? Nous adorerions vous voir en Europe, surtout ici en Suisse !

Evan : Absolument, on ADORERAIT jouer en Europe éventuellement. Nous avons établi quelques connexions en Allemagne, en Espagne et en France (on espère en Suisse désormais !), alors nous continuerons à se concentrer sur cela, à construire un réseau au-delà de l’Atlantique pour potentiellement créer un itinéraire de tournée un jour. Même jouer des dates de festival par-ci par-là en Europe serait un vrai rêve. Alors si tu as des leviers… je rigole (rires). Cependant, nous gardons la foi que cela arrivera un jour. Jusqu’alors, nous continuerons à faire de petites dates dans notre région, nous préparons actuellement une tournée d’une semaine pour l’année prochaine, quand nous aurons réussi à synchroniser nos emplois du temps.

Michael : Le but est d’étendre notre portée. Personnellement, un des éléments sur ma bucket list musicale est de jouer en Europe et au Japon avec Apostle, alors ce serait génial de pouvoir y aller. Actuellement, nous avons quelques dates dans notre région cette année mais regardons déjà vers 2027 et au-delà.

Metal Alliance Mag : Pour finir l’interview, j’aimerais vous demander de citer chacun 4 albums qui vous ont influencés le plus, que ce soit du hardcore/mathcore ou pas, et un petit commentaire qui explique pourquoi.

Evan : Très bonne question. Même si je n’écoute plus tellement de hardcore/mathcore ces temps, j’aimerais lister quatre albums qui m’ont formé en tant que musicien. Dans aucun ordre particulier :

  1. Cult Leader – Lightless Walk. Un album très sale qui m’a exposé au côté plus « blackened » du grind (ou peu importe de quel genre on le considère) tout en étant un album émotionnellement et spirituellement chargé. En bref, une véritable porte d’entrée dans les formes plus extrêmes du metal.
  2. Tony Williams Lifetime – Believe It. Un des albums de jazz fusion les plus importants jamais écrits. Tony Williams est mon héros, carrément, il est ma plus grande source d’inspiration en terme de batterie ; tout simplement le GOAT. Je pourrais parler de lui pendant des années, je lui dois beaucoup dans la manière dont j’écoute et approche mon instrument.
  3. Blut Aus Nord – Memoria Vetusta II: Dialogue with the Stars. Comme Tony Williams, Vindsval (l’homme et l’esprit derrière ce groupe) est aussi un de mes héros musicaux. Cet album en particulier est un des meilleurs en terme de black metal atmosphérique. Il arrive, en particulier, à atteindre des hauteurs triomphantes grâce à son riffing, son atmosphère, l’esprit des morceaux. Un album à 11/10, à prendre sur une île déserte, qui ne contient aucuns morceaux à passer, je ne m’en lasserai jamais. Egalement, cet album est un des seuls (si ce n’est le seul) qui rendent la batterie programmée non seulement musicale, mais humaine. Une preuve de plus attestant le génie de Vindsval.
  4. Paysage d’Hiver – Nacht. Un autre fabuleux album de raw black/black atmosphérique. Même si pas tous les fans ne sont d’accord, c’est mon album préféré que Wintherr ait fait dans sa déjà iconique et consistante discographie. L’album est composé de quatre morceaux que j’aime à penser comme chaque phase de la nuit (puisque « nacht » signifie cela), les quatre phases étant le crépuscule, minuit, l’heure des sorcières et l’aube. Bref, c’est juste mon interprétation personnelle. Cependant, chaque morceau englobe l’énergie de ces phases. Sans parler de la musique en elle-même, il s’agit d’un album incroyablement introspectif, réflexif et sombre. Tobias Möckl est un de mes nombreux héros musicaux.

Murice :

  1. Helpless – Debt. Un de ces albums que j’aurais voulu avoir écrit en premier, ou avoir été dans le groupe.
  2. Full of Hell/Merzbow – Split. Cet album a complétement changé la donne pour moi et était tellement en avance sur son temps.
  3. Weekend Nachos – Worthless. Cet album est sorti à un moment où je n’écoutais plus beaucoup de hardcore, mais c’est un essentiel. De l’agression pure, mais pas de l’agression maléfique.
  4. Nails – Abandon All Life. De l’agression pure. Et maléfique aussi.

Michael : Personnellement, mes quatre albums de hardcore (ou adjacents) préférés seraient ceux-là, dans le désordre.

  1. Poison The Well – Tear From The Red. Je connais beaucoup de gens qui diraient The Opposite of December, bien que je sois d’accord qu’il s’agisse d’un album fabuleux. Cependant, sortir Tear From The Red juste après, ça m’a mis une claque. Les tons, les mélodies, la voix, tout est à un autre niveau.

  2. The Secret – Luce. Je me souviens quand quelqu’un m’avais piraté une copie de cet album, j’ai été époustouflé. Je n’avais jamais entendu quoi quoi ce soit de comparable auparavant, cela a ouvert mes yeux à quel point le hardcore peut être chaotique et magnifique à la fois.
  3. Comeback Kid – Wake The Dead. Cet album comment avec le bon niveau d’énergie et arrive à le maintenir morceau après morceau, avec tellement de moments et paroles mémorables. Il a certainement formé mon regard vis-à-vis de la musique.
  4. Botch – American Nervoso. Le premier morceau, Hutton’s Great Heat Engine, m’a directement accroché. Tout est tellement lourd, et la basse de Brian Cook est toujours parfaite.

Metal Alliance Mag : Merci beaucoup pour cette interview, c’était un plaisir ! Je vous souhaite le meilleur dans vos projets futurs, et de nouveau un grand bravo pour ce superbe album. Auriez-vous un mot de fin pour nos lecteurs ?

Apostle : Merci à TOI de nous avoir donné cette opportunité et de continuer à nous donner une raison de créer la musique que nous faisons. Nous sommes honorés et humbles de savoir que des gens comme toi et d’autres se sont sentis connectés, d’une manière émotionnelle, à A Splinter in the Infinite Nounemon. Nous espérons pouvoir amener ces morceaux et leur catharsis aux terres européennes un jour. Jusque-là, prenez-soin de vous. Merci encore.