Nous n’avons pas toujours réussi à nous mettre d’accord, Paul et moi, sur les concerts auxquels nous allions assister ce samedi. Aussi vous proposerons-nous plus d’une fois des comptes-rendus sans photos et, à l’inverse, quelques séries de clichés dépourvues de commentaires. Rassurez-vous toutefois : nos divergences n’ont jamais été irréconciliables et nous sommes tout de même parvenus à partager une bonne partie de cette deuxième journée de festival.
Première étape pour moi avec Knife sur la plus petite des trois des scènes couvertes, la Morgue. Les Allemands pratiquent un thrash metal old school qui ne cherche ni à réinventer la roue ni à moderniser à tout prix une formule éprouvée. Comme Baest, que nous retrouverons plus tard dans la journée, ils ont rapidement réussi à se faire une place sur la scène européenne. La raison est simple : lorsque les chansons sont bonnes et interprétées avec suffisamment de conviction, les débats sur l’originalité deviennent soudainement secondaires. Knife l’a parfaitement compris et délivre une prestation énergique, directe et sans fioritures.
Changement radical d’ambiance sur la Prison Stage avec Evergrey. Le groupe suédois bénéficie d’une solide réputation et suscite souvent un enthousiasme presque unanime chez ceux qui le suivent depuis longtemps. Je serai cependant la voix dissonante. Objectivement, je n’ai rien à reprocher à la prestation : les musiciens sont impeccables, le son est excellent et les compositions interprétées avec professionnalisme. Arrivé en cours de set sur des morceaux fortement marqués par les penchants progressifs du groupe, je peine à entrer dans le concert. Les deux titres plus anciens joués en fin de prestation, A Touch of Blessing et King of Errors, légèrement moins orientés prog, retiennent davantage mon attention, sans toutefois provoquer le déclic espéré. Une très bonne prestation, certes, mais qui me laisse relativement extérieur.
Retour à des sonorités plus brutales avec Baest sur la Swamp Stage. Les Danois ont connu une ascension remarquablement rapide et il est difficile d’y voir autre chose que la conséquence logique de leurs qualités. Sur le papier, ils n’ont pourtant rien inventé. Leur death metal puise largement dans des influences connues et identifiables. Ceci dit, ils le font si bien qu’ils finissent par se distinguer de la masse. Qu’est-ce qui sépare un groupe générique d’un groupe qui marque les esprits ? Ce petit quelque chose que tout le monde perçoit instinctivement mais que personne ne parvient réellement à définir.
Sur scène, Baest déborde d’énergie et de conviction. Le frontman Simon Olsen dégage une sympathie immédiatement communicative lorsqu’il s’adresse au public, sans pour autant multiplier les interventions entre les morceaux. Quant aux chansons, elles font mouche les unes après les autres. Riffs, breaks, accélérations : tout semble tomber juste. Plus intéressant encore, on retrouve régulièrement dans leur musique quelque chose qui évoque le heavy metal traditionnel, aussi bien dans certaines constructions rythmiques que dans le riffing lui-même. Cette caractéristique discrète mais récurrente contribue peut-être à donner à Baest sa personnalité particulière parmi les groupes pratiquant un death metal pourtant très classique dans son approche.
Le groupe interprète notamment un morceau ultra rapide en compagnie du chanteur de Coffin Feeder, puis présente un titre issu de son nouvel album attendu pour le 15 août, dans lequel ces fameuses structures héritées du heavy metal apparaissent une nouvelle fois de manière évidente. Le dernier single en date est également de la partie avant qu’un ultime morceau ne provoque un impressionnant circle pit dont la vitesse de rotation mérite à elle seule d’être mentionnée. Une excellente prestation.
Sur la petite scène de la Morgue, je profite ensuite de Wytch Hazel, un groupe pour lequel j’éprouve une affection toute particulière. Toujours vêtus de blanc de la tête aux pieds, les Britanniques livrent un concert agréable mais manquant légèrement de magie à mon goût. Les compositions conservent évidemment tout leur charme, mais l’alchimie qui opère sur disque peine cette fois à se matérialiser totalement sur scène. Un bon moment malgré tout, mais sans doute pas à la hauteur des attentes que j’avais placées en eux.
Retour ensuite sur la Prison Stage pour Nailbomb. Dès les premiers morceaux, Max Cavalera taquine l’assistance un peu trop calme à son goût. « This is a metal show! Open the pit! Open the fuckin’ pit! », lance-t-il à la foule, visiblement déterminé à faire monter la température. La musique de l’unique album studio, Point Blank (1994) conserve toute sa brutalité industrielle, ainsi que son côté hardcore très marqué. Mission accomplie : les pits finissent par s’ouvrir et l’ambiance grimpe progressivement d’un cran.
La journée se termine pour moi avec Nasty Savage, véritable plongée dans les origines du thrash metal américain. Certains titres remontent pratiquement aux débuts du groupe, comme ce morceau issu de la démo de 1983 qui conserve encore de fortes racines heavy metal et témoigne d’un thrash alors en pleine gestation. Nasty Ronnie s’amuse à maintes reprises à hurler « Nasty », à quoi l’assistance répond « Savage » avec enthousiasme et l’on comprend rapidement que les Floridiens disposent encore d’un solide noyau de fidèles. Le concert se conclut dans une ambiance particulièrement chaleureuse. Les traditionnels cris de « We want more! » résonnent avec une force et une sincérité rarement entendues durant cette édition de l’Alcatraz. Il faut dire qu’il reste encore quelques minutes au compteur, ce qui transforme le rappel en faux suspense. Peu importe : le groupe revient pour un dernier morceau, Metal Knights, sous les acclamations du public et quitte la scène sur une note triomphale.
Assister à un concert de Doro, c’est un peu comme revoir une vieille copine : à chaque fois, on sait que l’on aura plaisir à se retrouver et que l’on passera un excellent moment, sans la moindre déception. Déjà, c’est avec plaisir que l’on constate le retour de Nick Douglas à la basse, absent depuis quelques années. Comme d’habitude, c’est lui qui présente Doro au début du concert : « Please welcome the undisputed queen of metal, Doro Pesch! » Le set s’ouvre sur Time for Justice, l’un des morceaux phares du dernier album en date, Conqueress – Forever Strong and Proud. La part belle est aussi, bien évidemment, faite aux classiques de l’époque Warlock, parmi lesquels Burning the Witches ou la ballade Für immer. La reprise de Breaking the Law, de Judas Priest, est devenue au fil du temps un incontournable des setlists de Doro, dans sa version remaniée qui voit le premier couplet interprété en acoustique, façon ballade, avant de monter progressivement en puissance et d’exploser par la suite. Quant à l’ultime classique All We Are, désormais annoncé par le riff d’intro de For Whom the Bell Tolls de Metallica, il clôt le set de façon aussi magistrale qu’habituelle.
Si Extreme a connu un franc succès avec l’album Pornograffitti et la ballade More than Words en 1990-1991, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis lors et il est surprenant de voir le groupe placé aussi haut sur l’affiche. Si le show démarre plutôt bien au son de It (‘s a Monster), il devient vite ennuyeux, la faute à plusieurs démonstrations instrumentales qui ne nous emballent guère. Il est également étonnant qu’un groupe dont le statut n’est plus tout à fait celui qu’il était autrefois décide de trier les photographes sur le volet et n’en admette que cinq dans le photo pit. Du jamais vu. Nous nous passerons donc d’images et irons voir ailleurs si le rock n’est pas plus hard et le metal plus heavy.
Fleuron du metal alternatif des années 1990, Helmet fait toujours mouche et semble avoir su attirer un nouveau public puisque la moyenne d’âge sous le chapiteau chauffé à blanc de l’Helldorado pourrait nous faire croire que nous sommes remontés dans le temps, une trentaine d’années en arrière. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça s’agite dans tous les sens dans le public : entre pogos et crowd surfing, ce concert est sans doute l’un des plus animés auxquels nous aurons assisté durant cet Alcatraz. Côté setlist, sans grande surprise, les albums Betty et Meantime sont mis en avant, ce dernier se taillant la part du lion avec cinq titres interprétés, dont le fameux In the Meantime en guise de conclusion. Magnifique !
Pour terminer ce samedi en beauté, nous passons voir Obituary sur la Swamp Stage. Quelle apothéose ! Le temps n’a aucune prise sur ces vétérans qui continuent à pulvériser les masses à coups de riffs bien gras, de headbangings furieux, de compositions catchy en diable et de prestations énergiques de très haut vol. Un concert ultra-jouissif, ce dont nous nous doutions à l’avance, mais qui a, de surcroît, surpassé nos attentes. Un immense bravo aux Floridiens !
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