Déjà le dernier jour. Si la fatigue commence à se faire sentir, elle est vite balayée par une programmation de premier ordre. Des vétérans du thrash aux légendes du black metal, avant un final spectaculaire, l’Alcatraz 2025 s’achève en beauté.
À une heure quasi matinale, Flotsam and Jetsam ne dispose évidemment pas d’un temps de jeu très conséquent. Les Américains vont donc à l’essentiel en proposant une setlist largement resserrée autour de leurs deux albums de référence, Doomsday for the Deceiver et No Place for Disgrace. L’ouverture avec Hammerhead, plage inaugurale du premier opus et classique absolu du thrash metal, donne immédiatement le ton. Son riff est devenu une référence à lui seul et conserve aujourd’hui encore toute sa force. Le groupe terminera son passage avec la plage titulaire de No Place for Disgrace, bouclant ainsi un set court mais particulièrement efficace.
Nous tentons ensuite une incursion sous le chapiteau de l’Helldorado pour assister à la prestation de Gutalax. Tentons est bien le mot, car l’endroit est littéralement pris d’assaut : impossible de pénétrer à l’intérieur tant la foule est dense ! Nous nous contenterons donc d’une dizaine de minutes observées depuis l’extérieur, davantage pour le spectacle que pour la musique — à l’image, sans doute, d’une bonne partie de l’assistance. Fidèle à sa réputation, le groupe tchèque multiplie les facéties : rouleaux de papier toilette lancés dans tous les sens, chanteur arborant une lunette de WC autour du cou et ambiance générale aussi absurde que bon enfant. Musicalement, il y a sans doute mieux à raconter ; visuellement, en revanche, c’est toujours aussi amusant.
Kerry King poursuit ensuite l’après-midi en alternant compositions issues de son projet solo et incontournables du répertoire de Slayer. Avec un line-up quatre étoiles comprenant notamment Mark Osegueda (Death Angel) au chant, le groupe fait le travail avec puissance et professionnalisme. Alors que l’on aurait pu s’attendre à voir Kerry King s’appuyer massivement sur son glorieux passé, le guitariste choisit au contraire de mettre largement en avant From Hell I Rise, unique album publié sous son nom à ce jour. Les clins d’œil à Slayer restent donc relativement mesurés : quatre reprises seulement figurent au programme, parmi lesquelles les incontournables Raining Blood et Black Magic, ce dernier faisant toujours son petit effet auprès des amateurs de thrash old school. Un concert solide, porté par des musiciens irréprochables.
L’un des moments les plus attendus de la journée est sans conteste la prestation de Michael Schenker consacrée à son répertoire avec UFO. Le guitariste allemand revisite ainsi une période particulièrement faste de sa carrière, celle durant laquelle il participa à l’écriture de quelques-unes des plus belles pages de l’histoire du hard rock. Les classiques s’enchaînent : Doctor Doctor, Lights Out, Rock Bottom ou encore le sublime Love to Love. Rien que l’énoncé de ces titres suffit à faire rêver plusieurs générations de fans. Au chant, Erik Grönwall (ex-H.E.A.T., ex-Skid Row) accomplit un travail remarquable et se montre parfaitement à la hauteur du défi. Quant au dernier morceau du concert, Too Hot to Handle, il est dédié à deux figures incontournables d’UFO aujourd’hui disparues : Pete Way et Paul Raymond, respectivement bassiste légendaire et claviériste/guitariste rythmique du groupe. Un bel hommage pour conclure un excellent moment de nostalgie.
Nous restons ensuite sur la Prison Stage pour Dimmu Borgir. Dès le début du concert, Shagrath annonce la couleur : le groupe proposera un mélange d’ancien et de nouveau matériel. Une très brève panne de son vient perturber les premiers instants de la prestation, mais l’incident est rapidement réglé. Fidèle à lui-même, Shagrath soigne également son apparence scénique, apparaissant d’abord coiffé d’un chapeau avant d’opter pour une capuche très conforme à l’imagerie sombre du groupe.
Concernant la promesse de mêler ancien et nouveau répertoire, le constat est nuancé. Si les morceaux récents sont bien présents, c’est surtout dans les arrangements symphoniques que se ressent l’évolution du groupe. La dimension orchestrale, devenue de plus en plus importante au fil des années, occupe une place prépondérante et confère à l’ensemble un caractère grandiose qui continue de séduire les foules.
Emperor prend ensuite possession de la Swamp Stage. Comme toujours, les Norvégiens impressionnent par leur maîtrise et leur professionnalisme. Le regard est souvent attiré par Secthdamon, dont le jeu de basse particulièrement énergique contraste avec l’attitude beaucoup plus posée de Samoth à la guitare. Entre headbangings furieux et moulinets de cheveux exécutés avec une régularité quasi mécanique, le bassiste semble vivre chaque seconde du concert avec une intensité remarquable. La prestation est excellente de bout en bout, servie par un répertoire qui demeure l’un des plus influents de toute l’histoire du black metal. Pourtant, malgré toutes ses qualités, le concert ne déclenche pas tout à fait l’enthousiasme démesuré que l’on pouvait espérer. Très bon, assurément. Inoubliable, peut-être un peu moins.
L’honneur de clôturer cette édition 2025 revient à Machine Head. Robb Flynn entre immédiatement en interaction avec le public : « Are you here for old school Bay Area thrash metal? » demande-t-il à une foule déjà acquise à sa cause. Une entrée en matière quelque peu amusante lorsqu’on sait que Machine Head évolue depuis longtemps dans un registre qui dépasse largement le simple cadre du thrash metal, intégrant selon les époques des éléments groove, néo metal ou encore metalcore. Peu importe : Flynn possède toujours un charisme considérable et une énergie communicative. Les consignes fusent : « If someone falls, pick him up! » lance-t-il avant de provoquer plusieurs vagues de sauts collectifs au sein du public. Le frontman remue littéralement la foule et démontre qu’il n’a rien perdu de son sens du spectacle.
La setlist navigue entre différentes périodes de la carrière du groupe : quelques morceaux récents côtoient des titres plus anciens, tandis que certains passages aux accents presque metalcore mélodiques rappellent combien Machine Head a toujours refusé de s’enfermer dans un style unique. Entre deux chansons, Flynn multiplie toutefois les interventions, parfois un peu longues et très américaines dans leur forme. Le public semble néanmoins apprécier. L’émotion prend le dessus lorsque le frontman évoque Ozzy Osbourne. Il raconte notamment l’importance qu’a eue le chanteur de Black Sabbath dans sa jeunesse, se remémore l’achat de ses premiers disques et rend hommage à l’ensemble des guitaristes ayant accompagné le Prince des Ténèbres au fil des décennies. Il explique également avoir été profondément touché en apprenant la tragique disparition d’Ozzy quelques temps plus tôt.
Le spectacle monte encore en puissance lors des derniers morceaux. D’immenses cubes gonflables apparaissent dans la foule, tandis que confettis et effets pyrotechniques accompagnent plusieurs titres. Malgré les nombreuses références au « old school » répétées tout au long du concert, Robb Flynn semble avoir une définition très personnelle du terme, certains morceaux mis en avant relevant davantage des différentes évolutions stylistiques du groupe que de ses racines thrash proprement dites.
La conclusion, en revanche, met tout le monde d’accord. Davidian déclenche une véritable déflagration collective avant qu’un monumental Halo, issu de The Blackening, ne vienne clore cette édition de l’Alcatraz de la plus belle des manières, à la hauteur des attentes.
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