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On peut quitter une planète en ruine sans réussir à prendre congé de ce qu’on y a perdu. Avec Discovery, Metalite poursuit la fiction d’Expedition One et place ses survivants devant un problème embarrassant : leur avenir a encore la mémoire du passé. Entre solidarité, mondes numériques et promesses de renaissance, les Suédois dessinent une aventure dont les passages les plus intéressants ramènent le grand spectacle de science-fiction à des sentiments beaucoup moins lointains.
La nouvelle planète devait tout arranger. Une Terre condamnée derrière soi, des horizons disponibles devant, et enfin la possibilité de recommencer. Puis les lumières vacillent. Des souvenirs disparaissent. Le réseau qui devait unir les consciences se dérègle. Dans le livret de Discovery, le progrès a un nom, EQL1PSE, et une fâcheuse tendance à transformer la promesse d’harmonie en problème collectif. Il reste à comprendre ce qui, chez les humains, résiste aux mises à jour.
Ce cinquième album prolonge une histoire déjà engagée, autant dans la fiction que dans le parcours de Metalite. Le projet prend forme à Stockholm en 2015 autour d’Edwin Premberg et de la chanteuse Emma Bensing. Heroes in Time paraît en 2017 ; Erica Ohlsson arrive pour Biomechanicals en 2019, avant A Virtual World en 2021 et Expedition One en 2024. La science-fiction appartient donc depuis longtemps au vocabulaire du groupe. Avec Discovery, elle devient aussi un moyen de parler d’attachement, de manque et de la difficulté à faire confiance.
Our Time Has Come ouvre cette perspective de reconstruction. Edwin Premberg précise que ce prologue se situe encore en 2055, au moment de l’arrivée sur la nouvelle planète ; le récit passe à 2058 dès le deuxième titre. Cette charnière donne son sens à l’ouverture : on y célèbre la possibilité d’un lendemain avant d’en découvrir les complications.
In Case Of Emergency ramène aussitôt l’enjeu à hauteur d’une personne. À travers le vide, la nuit ou les dimensions, quelqu’un promet de répondre à un appel. Les images cosmiques amplifient un engagement très simple : tu peux compter sur moi. Premberg décrit lui-même une assise rythmique lourde et des guitares martelées. Le contraste est intéressant sur le papier : une musique pensée pour frapper porte ici une promesse de protection. L’urgence du titre n’oblige pas les paroles à verser dans la catastrophe permanente.
Avec Into The Maze, le danger devient concret. Une cage d’ascenseur, des engrenages, des portes qui s’ouvrent sur un espace hostile : le texte prend le temps d’installer un seuil et de le faire franchir. Premberg cite l’influence de The Maze Runner. Mais l’intérêt du morceau tient aussi à sa logique de survie : avancer devient la seule façon de sortir. Le passage de la peur à la détermination reste classique ; au moins s’appuie-t-il sur une situation, plutôt que sur une simple collection de mots héroïques.
Cyberspace change le rapport au décor. Les pixels, les niveaux et les écrans de chargement appartiennent à un espace que le narrateur collectif revendique avec plaisir. Cette exaltation du numérique complique utilement la lecture du concept. Metalite ne raconte pas seulement une technologie menaçante : ses personnages veulent aussi explorer ce qu’elle rend possible. La tension entre ces deux attitudes vaut mieux qu’une morale sommaire sur les dangers des machines.
C’est dans cet ensemble que vient se glisser The Metal Elite. Le morceau assume un autre point de ralliement : le groupe, la scène et son public. Premberg en parle comme d’un engagement total dans la performance, nourri par le lien avec la salle. On peut y reconnaître une parenté avec la solidarité du récit, sans devoir inventer un épisode supplémentaire des aventures des Cinq Commandants. Cette parenthèse rappelle surtout à quoi servent souvent les grands refrains du genre : faire prononcer les mêmes mots à des inconnus.
Neon Rain introduit des traces que l’enthousiasme ne suffit plus à effacer. Les circuits sont fracturés, les fantômes persistent et les blessures restent présentes. Le texte privilégie l’accumulation d’images à l’explication des événements : des rues obscures, de l’acier froid, une marche qui continue. Sa fonction apparaît surtout atmosphérique. Il apporte un coût humain à la traversée, même si ses visions dystopiques pourraient appartenir à bien d’autres fictions.
Echoes Of You resserre le propos avec davantage de netteté. Une voix s’adresse à quelqu’un qui ne répond plus ; les souvenirs occupent l’espace laissé vacant par une relation. Le texte ne permet pas, à lui seul, de trancher entre séparation et disparition définitive. Il n’en a pas besoin. Le manque suffit. C’est l’un des passages où le cadre futuriste devient le plus perméable : même sous un autre ciel, certaines absences continuent à organiser la vie. Les étoiles, jusque-là chargées de promesses, ne savent plus éclairer le chemin.
Puis Starchild fait entrer une figure de réparation. L’enfant venue des étoiles rend fertiles les terres arides à la vie et transforme ce qui paraissait épuisé. Le livret la présente comme un être issu de la lumière et du code. On peut donc lire sa bienveillance comme une réponse au pouvoir centralisateur d’EQL1PSE : la rencontre entre humain et machine pourrait encore produire autre chose que du contrôle. Le texte, lui, procède par images de conte. Il propose une présence rassurante davantage qu’un personnage aux intentions complexes.
Wings Of Fire prolonge cet appel à se libérer ensemble. Le vocabulaire des chaînes brisées, du ciel à rejoindre et de la flamme intérieure est familier au power metal. Metalite ne le renouvelle guère ici. Sa force éventuelle repose sur l’adhésion à une idée commune, pas sur une sophistication des symboles. Ce registre a sa place, à condition de ne pas confondre la simplicité volontaire d’un hymne et la profondeur d’un texte.
L’enchaînement avec Captive In The Past devient alors particulièrement parlant. Les paroles viennent contredire la facilité de l’envol : on a quitté la Terre, on se bat, on cherche un nouveau départ, et pourtant l’ancien monde reste là. Le refrain répète l’impossibilité d’effacer le passé. Cette insistance peut se lire comme la forme même de l’enfermement. C’est ici que Discovery trouve son sujet le plus convaincant : la distance parcourue ne mesure pas le chemin intérieur accompli. Cette lecture relie les chansons sans prétendre que chacune constitue une scène d’un scénario parfaitement continu.
Supremacy Of One replace ensuite l’espoir entre les mains d’une protectrice venue d’ailleurs. Gardienne, guide, puissance bienveillante : les correspondances avec Starchild sont fortes, même si les paroles ne suffisent pas à établir formellement leur identité. Le titre laisse aussi affleurer une question intéressante. Comment concilier la liberté promise à tous avec le salut confié à une seule figure ? Le texte choisit la confiance. Le contraste entre cette confiance et la faillite initiale du réseau mérite néanmoins de rester ouvert.
Enfin, Triforce rassemble courage, sagesse et puissance dans un imaginaire de fragments à réunir. La référence à The Legend of Zelda est confirmée par Premberg, qui précise que ce morceau constitue un hommage extérieur à l’intrigue principale. Il serait donc abusif d’en faire la résolution officielle du conflit d’EQL1PSE. Sa présence éclaire plutôt les goûts qui nourrissent Metalite : la technologie et les mythes peuvent partager le même terrain de jeu.
Sur le plan musical, il se dessine une proposition cohérente : du power metal mélodique ouvert aux synthétiseurs, aux programmations et à l’efficacité pop. La production est signée Edwin Premberg, le mixage et le mastering Jacob Hansen. Premberg et Robert Örnesved tiennent les guitares, Robert Majd la basse, et Erik Junttila Johansson la batterie. Ce dernier a rejoint le groupe en 2024.
Pour Erica Ohlsson, la chanteuse, on ressent bien les superpositions vocales des refrains et le registre plus doux d’Echoes Of You ; On retiendra notamment l’ampleur mélodique de Starchild. Ces observations éclairent un choix central : la voix sert de point d’accès humain à un environnement très électronique. Elles ne font toutefois pas l’unanimité sur la variété de l’interprétation. De plus, les différences d’un morceau à l’autre restent trop limitées. Puissance et nuance sont bien deux questions distinctes.
Les guitares ne se résument pas non plus à une présence décorative dans le solo d’In Case Of Emergency ; Dans Captive In The Past, il y a une belle articulation entre synthétiseurs, riffs et passages solistes. Pour la batterie, on constate une seconde partie plus appuyée dans Wings Of Fire et un bref passage de blast dans Supremacy Of One. Ce sont des points précis à confronter à l’écoute, plutôt que des raisons de distribuer automatiquement des brevets de virtuosité. La présence et le rôle détaillé de la basse de Majd restent insuffisant par rapport au reste.
Cette même prudence vaut pour la production. On a un son dense et très construit, mais divergent sur le bénéfice musical de cette finition. Dans les arrangements, on constate trop souvent une écriture répétitive ; L’enjeu critique est donc clair : les couches supplémentaires donnent-elles du relief aux chansons, ou renforcent-elles surtout leur impact immédiat ? Une appréciation de la compression, de la largeur stéréo ou de la séparation instrumentale exigerait de revenir au son lui-même.
L’originalité la plus défendable de Discovery se situe ainsi dans les relations entre ses thèmes. Le secours promis par In Case Of Emergency, l’absence d’Echoes Of You et l’enfermement de Captive In The Past forment une ligne sensible au milieu des images de code et de galaxies. Le livret fournit toutefois une architecture plus détaillée que plusieurs chansons. Quant aux paroles, elles alternent situations évocatrices et formules héroïques très usuelles. Le projet gagne à être abordé comme un ensemble de chansons reliées par un imaginaire, avec des échappées assumées, plutôt que comme un récit dont chaque articulation serait démontrée.
Avec ses douze titres et une durée d’environ quarante-six minutes, Discovery constitue un nouveau chapitre de Metalite, solidement rattaché à ses préoccupations antérieures. Son univers donne surtout envie de vérifier comment les refrains portent ces contradictions : croire au futur, tendre la main, puis découvrir que l’on emporte encore ses blessures. Pour entrer dans le disque, In Case Of Emergency, Echoes Of You et Captive In The Past offrent trois portes complémentaires. L’écoute pourra ensuite décider de l’attachement. Et si les chansons tiennent leur promesse, il restera une manière très concrète de soutenir cette aventure : le disque, les plateformes officielles et la scène.
