En ce mois de septembre, votre fidèle serviteur vous embarque dans un trip norvégien dont il rentrera certainement transformé. The Graveyard Gig 2026 m’a fait confiance pour vous mettre l’eau à la bouche et croyez-moi, va falloir avoir le cœur bien accroché parce que la programmation est juste royale.
Le vendredi propose la Cérémonie Infernale, soirée de lancement du Graveyard Gig 2026, avec au programme Stigma Diabolicum et, initialement, Year of the Goat. Initialement, car l’un des membres est tombé malade il y a peu, et toute la tournée des Suédois a dû être annulée. Qu’à cela ne tienne, les jeunes talents de Notodden, Krapyl, ont pris leur place sur l’affiche.
Après un long périple (2 h de train/bus) au départ d’Oslo, me voilà arrivé devant le Telerock, bar qui va être le théâtre d’un week-end haut en décibels. Petite particularité : les portes de la salle de concert ont ouvert à 21 heures et les concerts ont suivi, une heure plus tard. Dans une ambiance allant du rock au plus noir du metal, ce pub propose un cadre tout à fait sympathique avec de la bonne bière (paraît-il que c’est la moins chère de tout le Telemark). Je dois préciser que, avant d’aller au festival, je suis allé visiter une ancienne église (Stave Kirke de Hedda) à seulement 6 km. Ça se fait facilement à pied et elle est à couper le souffle.
Bref, revenons à nos moutons. 22 heures sonnantes, les vétérans de Stigma Diabolicum ont fait quelque chose de grand en redonnant vie à une légende en sommeil depuis 36 ans ! Et dans le côté légendaire, j’ajouterais sobrement qu’il s’agissait de leur deuxième concert. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, Stigma Diabolicum est le projet qui est devenu Thorns en 1992. Je ne sais pas pourquoi maintenant, mais deux membres fondateurs de Stigma Diabolicum, Marius Vold (chant) et Harald Eilertsen (basse), ainsi que trois acolytes (désolé, quand ils ont été présentés à la foule, le monsieur parlait une langue qui ne m’est pas bien familière ; du coup, j’ai rien bité) ont décidé de redonner vie à ce projet.
Ces derniers ont délivré un set incroyable avec des chansons des démos de Stigma Diabolicum et des tout débuts de Thorns. Ils ont commencé avec Mare Frigoris, une intro faite à base d’orgue qui plante un décor grandiose et une atmosphère occulte, avant d’enchaîner avec Home, un morceau absolument génial qui met direct les points sur les i. Le Graveyard Gig se présente comme un événement mettant le old school à l’honneur et bon sang… qu’est-ce que c’est bon ! La troupe, toute de chapeaux coiffée, a poursuivi avec Lovely Children, Lacunas de Luna ainsi que You That Mingle May. Un très bel enchaînement qui m’a permis de découvrir cette musique jusque-là trop peu connue de moi. C’était un voyage dans le temps et l’espace. Le concert avait une forme de rituel avec le chanteur qui, derrière son pupitre, récitait des incantations maléfiques, tout en tenant son grimoire avec les paroles. Avant d’entamer Fairytales, ce dernier a introduit la chanson en brandissant une bible et en déclarant que la chanson suivante serait comme ce livre, pleine de contes de fées. Ils ont ensuite proposé Fall, Funeral Marches to the Grave avant de conclure avec Ærie Descent. Un concert absolument magistral pour lancer un festival d’un calibre extraordinaire.
A peine une vingtaine de minutes plus tard, Krapyl était déjà prêt à prendre possession des lieux et à envoyer du lourd. Bien qu’ils ne soient pas prévus au départ, les jeunes n’ont absolument pas tremblé au moment de commencer leur concert. Ils ont ouvert les hostilités avec Før Alt, un morceau qui décoiffe, variant en intensité et avec des blasts sauvages. Il s’agissait d’une très belle entrée en matière (même si, ici, leur réputation n’est plus à prouver). Ils ont continué avec Flatdal, qui n’est encore sortie nulle part, Mørningen et SommerSangen, aussi un nouveau morceau. Avant qu’ils ne jouent Lost Frost, le batteur nous a gratifié d’un solo absolument dingue. Le jeune homme est rapide, technique et super inventif ; et la chanson, un concentré de mélodies touchantes et d’agressivité ; un combo plus que gagnant. La fin du concert fut composée de trois titres encore inconnus au bataillon : Bob the Bane, Seilervisa et Spådomsnuten (aucune idée de ce que c’est, je cite simplement la setlist). Tout ce que je peux dire, c’est que musicalement c’était du très sérieux, à surveiller comme du lait sur le feu, sachant qu’ils sortent leur premier album l’année prochaine !
Ce vendredi aura été une superbe soirée, avant d’attaquer le gros morceau samedi à 15 h.
Après avoir passé un fort sympathique moment avec les locaux, votre très professionnel serviteur s’est présenté dans un Telerock plein comme un œuf, avec des gens tout de noir vêtus, afin d’assister à la prestation d’Angell, jeune formation de la région de Notodden. Il s’agit du projet d’Angell Solberg Tveitan (fils d’Ihsahn) qui, entouré d’acolytes masqués (dont Vertum, batteur du très prometteur groupe de death old school Leperpest et fils de Galder d’Old Man’s Child à la guitare). Ils n’ont eu que 35 minutes pour faire leurs preuves… pourtant c’était, pour plusieurs personnes, une véritable révélation. Leur musique est une sorte de char d’assaut rempli de Red Bull qui défonce absolument tout sur son passage. C’est brutal par moments, d’autres passages sont plus techniques. L’ambiance générale est froide, glaciale par moments. C’est une sorte de blackened death metal à la Belphegor qui se serait bien inspiré des compos de Leprous. Le tout donne une association des plus rafraîchissantes et franchement j’en redemande. La jeune formation n’en était pas à son coup d’essai, ayant déjà performé sur les planches de l’Inferno, de Tons of Rock, de Beyond the Gates ainsi que du Midgardsblot. Pour l’instant, ils n’ont que deux démos disponibles mais ils ont joué un titre inédit nommé Immortal. De quoi espérer un album ? Ça serait si bien.
Une fois le changement de scène effectué, il était l’heure pour Nachash de nous montrer ce qu’ils avaient dans le ventre… et c’est exactement ce qu’ils ont fait. Ils ont joué une quarantaine de minutes, enchaînant les morceaux dans un black metal tirant sur le death. Le trio osloïte présente un son et un style très cool, plein d’énergie. C’était, pour moi, une découverte totale et, honnêtement, c’est ça que je kiffe dans une journée de fest. M’avancer vers la scène et juste voir comment ça sonne bien. Découvrir un groupe en live, c’est le top. Pour moi, c’est l’expression ultime de la musique (ce qui ne m’empêche pas de mettre souvent des trucs qui ne seront plus jamais visibles en concert). Nachash a de très bons riffs et sait varier entre les chansons plus intenses et les moments plus calmes. Le fait qu’ils ne soient que trois sur scène leur a permis de bien faire le show et ça, c’était cool.
Une petite quinzaine de minutes après leur concert, Phantom Fire a pris possession des lieux. C’est le groupe le plus groovy de la journée, tout en ayant une base de speed black metal. C’était vraiment top, avec plein de décontraction et de bonne humeur. Les gars ne sont pas venus faire les comiques, c’est évident, mais leur musique est plutôt très cool. Cette attitude se répercutait sur leur jeu de scène, tout ça était très vivant et vachement bien foutu. Mention spéciale pour la chanson Return of the Goat, le meilleur titre du groupe, à mon humble avis.
A partir de maintenant tous les concerts durent 55 minutes. Pour fêter ça, Jordsjuk, le groupe que je voulais le plus voir de cette affiche de monstre est venu, a vu et a tout déchiré. Ils jouent un black metal totalement absurde de puissance et de violence. C’est un ouragan qui s’abat littéralement sur les spectateurs et qui leur démonte la gueule. Non, vraiment, c’était MECHANT ! En plus, les gars ne sont pas trop des blablateurs sur scène, alors ils ont pu enquiller les morceaux à fond les ballons. La setlist comprenait Siste skanse, Grovet skadeverk, Stein til byrden, Skreddersøm, Kollaps, Til ettertids plage, Riv skorpen av såret, Parasitt, Svikter den neste, Zombie Ritual (quelle claque !), Naglet til livet, Klangbunn fra Helvete (leur titre sorti en mars dernier), Rottebitt, Rennestein et pour finir Viva la apocalypse. Une setlist absolument dantesque qui restera pour moi le moment fort de la journée de concerts. Le truc qui est vraiment cool au Graveyard Gig, c’est que les artistes se baladent un peu, regardent les concerts. C’est pas forcément facile de les repérer mais si on cherche bien, il y a moyen de faire signer deux ou trois albums, si souhaité. Toutefois, je tiens à dire que le merch des groupes est là à des heures aléatoires et que certains plient bagage avant la fin de la soirée (je dis ça en connaissance de cause, je me suis fait avoir par Jordsjuk). Cela étant dit, leur prestation était fantastique, à voir absolument pour tous les fans de black bien bourrin.
Vient ensuite un petit trou de 30 minutes avant Dold Vorde Ens Navn, trou causé par une petite prise de parole d’Ihsahn qui est allé derrière le comptoir du bar pour se remémorer le premier Graveyard Gig. Alors âgé de 16 ans, il n’était pas censé pouvoir entrer dans le bar qui accueillait l’événement (restriction pour les moins de 20 ans). Un truc marrant qu’il a dit, c’est que le patron d’alors du Telerock détestait le metal et n’était absolument pas d’accord pour avoir des concerts dans son pub. Il aura donc fallu 35 ans, mais Ihsahn aura pu jouer dans ce pub. Désormais, ce dernier est rempli de drapeaux, de fresques et de photos liés au metal metal. Pour célébrer l’occasion, une fresque en l’honneur de la star du jour a été inaugurée. Je tiens à dire un grand merci au copain norvégien qui m’a tout traduit, sinon j’aurais juste pas compris ce qu’il s’était dit.
Bref, après ce petit intermède, Dold Vorde Ens Navn a proposé une setlist mettant globalement à l’honneur son album Mørkere, tout en performant quatre titres encore non sortis. Pour la faire courte, c’était absolument fantastique. Pour en dire plus, leur style est un mélange d’émotions absolument grandiose. Il y a des moments de blasts rageurs auxquels succèdent des passages très calmes et mélancoliques. Le chanteur possède un super dead scream et (seul point un peu négatif) aime bien la voix claire. Dans le black metal, ça me va en général assez bien, mais je trouve que y en avait un chouilla trop. Il n’empêche, leurs 55 minutes sont passées en un éclair. Musicalement, les musiciens sont terribles, ils savent bien créer une atmosphère où tout est à fleur de peau. On sent à chaque instant que tout pourrait dérailler avec un monstre speed et, en même temps, ils savent aussi relâcher la pression et partir dans un délire très calme. Le tout dans la froideur la plus absolue du black metal norvégien, avec des guitares perçantes et des riffs assassins. J’avais beaucoup d’attentes pour ce groupe et je n’ai absolument pas été déçu.
Droit derrière, la subtilité et la douceur sont à oublier. Nekromantheon a apporté une vague de violence terrible. C’est une sorte de Slayer sous méga stéroïdes, c’est méga violent, puissant et technique. Je dois dire qu’il n’était pas facile de faire des photos d’eux, je n’avais qu’une envie… secouer la tête (bien qu’ici ça se fasse pas tellement). Musicalement, on peut sentir un petit côté black thrash à la Aura Noir, pour pas du tout me déplaire. Niveau membres, il y a le guitariste et le guitariste-chanteur d’Obliteration (un sacré bon groupe de death metal, hyper lourd), ça se ressent un peu, avec juste quelques kilos en moins. C’était juste énorme, ils ont pas arrêté de jouer et le public avait l’air bien content ! Ils ont fait, pour sûr, Coven of the Minotaur, Seven Rulers of Fate et Rise et Vulcan Spectre. Le reste, je sais pas vous dire mais c’était trop bien ! Il s’agit d’un groupe à ne surtout pas manquer s’ils passent près de chez vous. Comme quoi, si des gens en doutaient, la Norvège regorge de bons groupes de death et de thrash, en plus du black metal.
Ce fut ensuite le tour d’Enthroned, seul groupe non norvégien de l’affiche, de venir et d’imposer sa loi sur le public de Notodden. Les gars n’ont pas fait les choses à moitié. Ils sont venus, corpsepaint et bracelets à pointes aux bras, et ont fait exactement ce qu’ils savent faire de mieux. Ils ont ouvert les hostilités avec Raviasamin, Deathmoor puis ont poursuivi avec Of Shrines and Sovereigns avant de faire la fantastique Ashspawn, cette bombe atomique tout droit sortie de leur dernier album. La suite de la setlist n’était pas moins belle avec Hosana Sathana, Rites of the Northern Fullmoon (seul titre que Nornagest n’a pas enregistré au chant), Through the Cortex, Sightless, Basilik Triumphant et Of Feathers and Flames. C’était la première venue en Norvège depuis plus d’une décennie, je peux vous assurer que le public était au rendez-vous. Les gens ont un peu perdu tout leur habituel self-contrôle, c’était presque magique (pas au point d’avoir un circle pit, faut pas abuser). Et, très personnellement, ça m’a fait trop plaisir de pouvoir revoir ce groupe mythique, après les avoir déjà couverts lors du Dark Easter Metal Meeting 2026. Ils ont livré une prestation de haut vol, franchement magnifique, un concentré d’intensité et de violence à l’état pur. Le truc qui m’a choqué pendant le fest, c’est que seul Enthroned a arboré les attributs classiques du black metal (corpsepaint, clous) alors qu’on est quand même dans le pays qui a introduit tout ça. Je n’ai pas d’explications, mais je trouvais intéressant de le mentionner.
La fin était proche, plus qu’un groupe à voir passer sur scène avant de devoir mettre un terme à cette journée de malade. Et quel final ! Ihsahn, bien des années après son dernier concert à la maison (une quinzaine, si je me souviens bien), a été fêté en héros. Accompagné de membres de Leprous (Tobias Ørnes Andersen à la batterie, Øystein Landverk à la guitare ainsi que Ole Vistnes, Fleshkiller, à la basse), ils ont donné une setlist tout bonnement excellente avec Cervus Venator pour introduction, mettant directement dans l’ambiance lugubre et tourmentée d’Ihsahn. Viennent ensuite Promethean Spark, Pilgrimage to Oblivion et Twice Born toutes issues du dernier album studio du groupe. Ensuite, un truc extraordinaire est arrivé. Tobias Andersen s’est levé de son siège et a laissé sa place à Angell (chanteur-guitariste du projet à son nom) et Ariadne (qui a aussi un groupe à son nom) qui est venue chanter sur Celestial Violence. C’était magnifique, Ariadne a pris en charge le chant d’Einar Solberg, avec une voix sublime. Franchement, va falloir surveiller son projet solo, ça pourrait être pas mal. Le contraste avec la voix perçante de son père était juste trop bon ! Et le fiston, il est pas mauvais à la batterie. Cette famille a vraiment un don pour la musique, c’est incroyable. A la fin de la chanson, c’est parti en accolade familiale, comme quoi, les metalleux et les nounours, il y a du vrai. Ensuite, Tobias Andersen est revenu et le groupe a enquillé les titres My Heart is of the North puis les trois titres originaux de l’EP Telemark (un choix plutôt judicieux vu l’endroit). Ils ont prolongé le plaisir avec Lend me the Eyes of Millennia avec un début un poil électro avant que ça parte en cacahouètes. Je ne connaissais pas ce titre mais je me suis pris une belle claque. Ils ont mis un terme à la prestation avec A Taste of the Ambrosia suivie de l’outro Sonata Profana. On en a eu pour bien une heure de kiff mais je crois pouvoir affirmer que tout le monde aurait bien aimé avoir un ou deux titres en plus. C’était juste de la bombe ce concert, la salle était bien pleine à l’avant de la scène mais un peu plus loin, il y avait encore de la place. L’organisation a fait en sorte que ça reste respirable et ça… c’est cool !
Les concerts étaient alors finis mais la soirée s’est prolongée une heure ou deux, avec des DJ sets assurés par Thomas Eriksen (Mork) et nul autre que Nocturno Culto (Darkthrone). Ils ont passé de vieux classiques du heavy metal et hard rock. Le truc cool, c’est qu’ils étaient vachement accessibles et contents de signer des CDs ainsi que de prendre du temps pour discuter avec les gens. L’ambiance était top, les gens plutôt très sympas (pour ceux avec qui j’ai eu le plaisir de discuter). Le Graveyard Gig est un très vieux festival qui a été ressuscité en 2025 par Michael Siouzios (Den Saakaldte), propriétaire du Telerock. Il était vraiment aux petits soins avec tout le monde, quand une cymbale se desserrait, il allait la resserrer, quand quelqu’un avait une question, il prenait le temps de répondre, tranquillement. Franchement, il a fait un taf d’enfer pour mettre tout ça sur pied et quel régal ! Ça aura été un week-end absolument fantastique en terres norvégiennes.
