Les Bâtards du Roi
Ici Meurt ma Joie (EP)
Genre melodic/epic black metal
Pays France
Label Les Acteurs de l'Ombre
Date de sortie 16/10/2026

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Un régicide, des chevaliers exilés et un étrange village, telle est l’histoire contée par Les Bâtards du Roi sur leur tout nouvel EP. Mais avant d’aborder ce dernier, replongeons-nous un instant dans les origines du groupe.

Formé en 2022 à Orléans, Les Bâtards du Roi fait partie de cette nouvelle vague de black metal francophone, un black doté d’un son très énergique, mélodique et travaillé, à l’image de leurs camarades de label Houle, Galibot ou encore Silhouette ; la plupart de ces groupes se présentent également avec une image scénique très forte, souvent soutenue par un « concept », celui des Batârds du Roi étant l’imaginaire médiéval ; les quatre musiciens sont en effet vêtus de cagoules en tissu et d’habits de chevaliers.

Deux ans après un premier album très cru et seulement un an après Les Chemins de l’exil, une des meilleures offrandes de 2025 qui cimenta la place du groupe dans la scène du black mélodique français, les Orléanais sont de retour avec Ici Meurt ma Joie, un court EP de trois morceaux, prévu pour le 16 octobre chez Les Acteurs de l’Ombre.

Avec Ici Meurt ma Joie, nous avons affaire à un groupe mature et fort de plusieurs années d’expérience, qui s’est visiblement affirmé, voire professionnalisé : cela se voit non seulement dans l’image que Les Bâtards du Roi avance, ayant créé par exemple sur les réseaux des comptes pour chacun de leurs membres anonymes (une stratégie assez courante de nos jours) et parfait leur concept — leur « lore » pour ainsi dire —, mais cette maturation transparaît également dans la musique en elle-même. En effet, les morceaux de l’EP s’inscrivent dans la continuation de Les Chemins de l’exil avec ce black mélodique et puissant, mais font preuve d’une certaine expansion par rapport au dernier album, proposant un son davantage contemplatif et « accessible » tout en maintenant une bonne partie des éléments qui m’ont fait adorer le groupe. Je pense notamment à la voix de Régicide et à ses screams ultra perçants ; j’ai également un petit faible pour le black metal en français, il s’agit d’une langue si poétique et parfaite pour ce style.

L’emphase est clairement mise sur les grands moments épiques et flamboyants, comme sur le titre éponyme et son riff de lead qui constitue la colonne vertébrale du morceau, dont la mélodie est faite pour vous rester en tête. L’instrumentation laisse aussi entrevoir une facette davantage symphonique et mélodique du groupe avec des notes au synthé formant un tapis d’ambiance et plaçant l’EP dans cet imaginaire médiéval. L’histoire contée est celle de quatre chevaliers exilés voyageant à travers leur royaume, et tombant sur un village où des événements surnaturels surviennent dans la nuit (« Une bourgade atroce où le Mal révélé est le seul sacerdoce« ).

Sur le deuxième titre, Et la Nuit s’éternise, Les Bâtards du Roi ont invité Diffamie, la chanteuse de Galibot, un excellent groupe de black mélodique originaire du Nord de la France. J’apprécie beaucoup la manière dont cette dernière est mise en avant, elle n’est pas seulement reléguée à trois phrases au milieu du morceau comme dans la plupart des featurings ; le premier couplet commence justement avec sa voix inimitable, râpeuse et sinistre, qui s’accorde parfaitement à l’atmosphère presque martiale de la musique. Vers la fin du morceau, la voix cette fois-ci claire de Diffamie plane telle une étrange berceuse par-dessus un bridge lyrique (et bien trop court à mon goût), donnant au tout un aspect quasi ritualistique à la Batushka.

Le dernier morceau, Où pourrit la Lumière, est quant à lui un peu plus straightforward, doté d’une batterie alternant entre un jeu ample, imposant, et des blasts fulgurants accentués par les cloches des cymbales. Justement, Les Orléanais sont très forts pour composer des morceaux efficaces, mémorables et qui vont droit au but, ou peut-être trop droit au but ?

Mes seules réserves se résument à la longueur des morceaux. En effet, les titres semblent composés dans une approche accessible, avec un format plus condensé que leurs sorties précédentes, ne faisant — à mon sens — pas assez durer les moments flamboyants qui sortent du lot et qui mériteraient une plus grande emphase. On retrouve également un certain nombre de répétitions ou de retours de motifs qui, au bout d’un moment, ne laissent plus tellement de place à la surprise car suivent une structure quelque peu standardisée « couplet – refrain – couplet – refrain ». J’aurais ainsi apprécié un chouilla plus d’expérimentation et de viscéralité.

En somme, Ici Meurt ma Joie constitue un condensé de ce que Les Bâtards du Roi fait de mieux : un black metal mélodique, puissant et mémorable, tout en laissant le groupe ouvrir ses sonorités vers quelque chose de plus accessible et varié. L’univers, les mélodies, l’image, tout est extrêmement bien travaillé et témoigne d’un groupe qui s’investit à 100% dans son projet. La production, quant à elle, est franchement excellente, très propre et convient à ce style de black metal, le ton des guitares est juste parfait. A l’exception des quelques réserves susmentionnées, je dois avouer que plus j’écoute cet EP, plus je l’apprécie ! La composition est remarquable, elle fonctionne très bien, et le groupe maîtrise clairement l’art d’écrire du black metal catchy. On se réjouit de voir où les Orléanais nous emmèneront par la suite et dans quel univers ils nous plongeront.

Morceaux préférés : Ici Meurt ma Joie, Et la Nuit s’éternise.

Saura ravir les fans de : Windir, Aorlhac, Aephanemer, Véhémence, Non Est Deus, Antrisch, Galibot.