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Vous connaissez sans doute le groupe Shores of Null. Formé à Rome en 2013, le groupe s’est rapidement distingué par son approche du melancholic dark metal, enraciné dans le gothic doom, où l’agressivité du black metal et le death metal mélodique se mêlent à des mélodies puissantes, des harmonies riches et des atmosphères immersives.
Avec plus de 250 concerts et plusieurs albums qui ont façonné leur identité, de Quiescence à The Loss Of Beauty, le groupe n’a cessé d’assombrir et d’enrichir son univers. D’un premier album mélodique et sombre à des compositions plus complexes, jusqu’à l’ambitieux Beyond The Shores (On Death And Dying), Shores Of Null a progressivement affiné son écriture et son identité musicale. Avec Homesick, le groupe ouvre un nouveau chapitre consacré à la mémoire, à l’appartenance et surtout à la manière dont certains lieux continuent de vivre en nous. Entre intensité émotionnelle et introspection, l’album poursuit cette évolution tout en restant fidèle à l’identité mélancolique du groupe.
Cet album s’ouvre sur Allies Before Defeat, qui évoque la relation entre deux êtres marqués par les épreuves du passé, qui avancent ensemble vers une nouvelle existence. Cette évolution se retrouve dans la musique : le chant d’abord retenu devient progressivement plus épique, avant de mêler les deux voix et de s’apaiser sur une fin descendante.
Two Mountains raconte l’histoire tragique d’une mère et de son fils cherchant refuge dans les montagnes, mais qui finissent par mourir dans la neige. Leur amour et leur douleur restent alors attachés pour l’éternité, montrant que ces liens peuvent survivre malgré la séparation et la disparition.
Bleed to Life évoque un passé douloureux qui continue à nous hanter malgré la volonté d’avancer. L’opposition entre les deux voix traduit cette lutte intérieure : le chant épique représente celle qui tente d’avancer, tandis que le guttural évoque les douleurs, les peurs et les démons intérieurs qui refont surface.
Homesick représente le cœur de cet album et du message que Shores of Null veut nous transmettre. En effet, la chanson évoque la nostalgie d’un foyer auquel on reste profondément attaché malgré les blessures et les souvenirs douloureux qui lui sont associés. La voix alterne progressivement entre douceur et puissance, tandis que le guttural souligne le côté plus sombre de ce foyer. La chanson se termine alors sur une note chantée suspendue, comme si l’harmonie avec le foyer restait impossible à réaliser, laissant la question sans réponse.
Son of the Tide évoque la solitude, le poids du passé et l’attachement à un endroit que l’on n’a pas choisi, symbolisé par l’océan. Ici, la musique semble elle-même prendre la forme de cet océan : l’alternance entre les passages instrumentaux et chantés, tantôt gutturaux, tantôt mélodiques, évoque le va-et-vient des vagues, comme un mouvement continu entre tension et apaisement. Enfin, la fin descendante évoque une dernière vague qui se retire, apportant une sensation d’apaisement teintée de mélancolie.
Dans Dreaming of a Scar, les voix représentent divers états émotionnels. Le guttural évoque un passé difficile, le chant mélodique un présent plus introspectif et la voix parlée une réflexion tournée vers l’avenir. Le morceau transforme ainsi les changements de voix en une véritable progression entre passé, présent et avenir.
Society is the Murderer aborde la pression sociale et le refus de s’y soumettre. Le contraste entre la voix chantée et la voix grave en arrière-plan renforce le conflit intérieur, tandis que la fin diminuendo illustre un lâcher-prise et la libération du poids des attentes.
The Numbing Void évoque la solitude au milieu d’une ville fonctionnant de manière automatique, traduite par une voix gutturale et une ambiance mystique et inquiétante. La voix chantée et l’atmosphère plus réconfortante représentent l’espoir, qui disparaît progressivement avec le ralentissement de la musique, jusqu’au silence.
Another Breath parle de l’attente, de l’épuisement et de la répétition, avec une musique très rythmée et forte qui traduit la tourmente du narrateur. La voix chantée avec un écho en fond renforce l’impression de pensées qui se répètent, tandis que les apparitions de la voix gutturale accentuent la lutte intérieure.
Enfin, Disappear met en avant la lutte et la douleur à travers l’image des vagues, qui symbolisent une épreuve revenant sans cesse. L’alternance entre chant mélodique et passages gutturaux accompagne ce mouvement, entre résistance et abandon. Cette image fait également écho à celle de l’océan, présente dans Son of the Tide, reliant les différents morceaux de l’album.
Avec Homesick, Shores Of Null montre que les lieux sont les fondement de notre histoire, auxquels restent attachés nos souvenirs, nos blessures et nos émotions. À travers une musique profondément mélancolique et immersive, le groupe explore ainsi ces liens invisibles qui nous attachent aux endroits qui nous ont façonnés, même lorsque nous les avons quittés. Finalement, un lieu ne disparaît pas lorsque nous le quittons : il continue d’exister à travers ce qu’il a laissé en nous.
