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Entamée en 2025 avec Part I: The Shores of Melancholia, suivi de Part II: Sanguis, sorti en avril 2026, la trilogie A Dark Poem de Green Carnation touche aujourd’hui à sa fin avec sa troisième et dernière partie, Part III: The Messiah Complex. Tout au long de ces trois disques, les Norvégiens se sont appuyés sur la tragédie d’Ophélie, vue à travers le prisme d’Arthur Rimbaud. La trilogie explore ainsi des thèmes tels que la mort, le deuil, la solitude et la souffrance intérieure, tout en abordant la mémoire et la recherche de sens. Malgré son atmosphère sombre, la musique laisse toutefois une place à l’acceptation et à l’espoir face à la perte.
Cet ultime chapitre, constitué de quatre titres, apporte donc une suite et une conclusion à cette fresque musicale épique et riche en émotions. Le projet est gigantesque, porté par une ambition démesurée, que le groupe est pourtant parvenu à mettre sur pied et qu’il achève aujourd’hui en beauté avec l’album le plus progressif de sa trilogie.
Unconditional Artificial Chemistry, qui ouvre le bal, est à mon goût l’un des plus beaux morceaux présents sur les trois albums de la trilogie A Dark Poem. Un titre lourd, mais d’une beauté saisissante, à la fois onirique et mélancolique, porté par une mélodie fascinante qui, durant près de sept minutes, semble suspendre le temps.
À ce moment, alors qu’on est en droit de penser que le groupe vient d’atteindre un sommet avec ce morceau, arrive The Messiah Complex, dont la douceur se révèle trompeuse. Sa complexité progressive impressionne, tout en laissant une large place à la mélodie, portée par une prestation vocale magistrale de Kjetil Nordhus, qui navigue ici avec assurance et prestance.
Si les guitares se font plus heavy sur Broken Souls, Common Enemies, elles n’enlèvent rien au caractère profondément progressif de ce morceau, rehaussé de subtils atours symphoniques, d’un solo de guitare poignant à donner la chair de poule, puis de la flûte d’Ingrid Ose, qui habille l’ensemble d’un voile de mélancolie vaporeuse.
Enfin, Gree, Carnation nous offre, en guise de dernier tour de piste, A Dark Poem – Orchestral Suite, une pièce de musique classique de près de dix-sept minutes, interprétée par l’Orchestre symphonique de Kristiansand et son chœur, qui reprennent les grands thèmes de la trilogie. Celle-ci possède par moments une dramaturgie qui peut évoquer Prokofiev, tout en restant une œuvre contemporaine, fortement ancrée dans le langage du metal progressif et de l’orchestral post-romantique. Une conclusion inattendue, tragique et épique, riche d’une atmosphère et d’une ampleur que seule la musique classique semble pouvoir apporter.
Avec sa trilogie A Dark Poem, Green Carnation a fait preuve d’une audace rare dans le monde du metal progressif et vient, avec celle-ci, de s’affirmer pleinement comme un groupe majeur, mais surtout à part dans le genre.
On est désormais en droit de se demander sur quelle voie Green Carnation pourra bien s’engager après un projet d’une telle ampleur. L’avenir nous le dira. En attendant, plongez ou replongez-vous dans cette œuvre majeure.
