Ombra
Night Terror (EP)
Genre thrash/groove metal
Pays Canada
Label autoproduction
Date de sortie 14/09/2026

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Vous avez coupé les informations, fermé la porte et tiré les rideaux. Cela devrait suffire. Avec son premier EP, Ombra explore précisément ce moment où les menaces du dehors deviennent impossibles à tenir à distance. Du désordre collectif à la dépossession de soi, les Montréalais organisent une traversée en cinq morceaux : du thrash, du poids, du groove, et des peurs qui connaissent déjà le chemin de la chambre.

Les auteurs de cette mauvaise nuit se connaissent depuis bien plus longtemps que leur groupe. Giuseppe « G » Criniti, au chant et à la guitare, Marco Sisti, à la guitare et à la basse, et Nico-Angelo Sisti, à la batterie, ont grandi à Lachine. Qui plus est, Marco et Nico sont cousins. Fin 2020, Giuseppe et Marco quittent leur projet hard rock/progressif NRTH avec l’envie de jouer plus lourd ; Nico les rejoint après Hidden Pride. Les compositions de Night Terror, écrites entre 2021 et 2026, donnent aujourd’hui une forme à ce changement de direction. Une histoire d’amitié devenue projet musical, plutôt qu’un assemblage de profils autour d’une tendance.

Imaginons l’EP comme un appartement où chaque refuge se dérobe : le salon expose au chaos, le miroir promet un autre visage, les substances une échappatoire. Reste le lit, dernier abri supposé. Ombra invite à parcourir ces cinq titres dans l’ordre.

Hysteria laisse entrer la rue : sirènes, riffs thrash, accélérations et passages pesants. La construction hard rock canalise cette violence sans l’émousser, jusqu’au solo qui prolonge l’agitation. Les paroles évoquent les troubles sociaux, les divisions et discours anxiogènes, exprimant la défiance d’un individu envers le pouvoir et les médias. Davantage qu’une analyse politique, elles traduisent une pression à laquelle il ne trouve aucune échappatoire. Le sommeil est déjà impossible : la nuit commence bien avant d’éteindre la lumière. Sur ce titre, Ombra assume ses influences, parmi lesquelles Mastodon, Power Trip, Metallica, Gojira, et mêle thrash, sludge, groove et touches psychédéliques. Cette lourdeur sert surtout à raconter une perte de contrôle progressive.

Avec Stitches, la menace passe du monde extérieur au miroir. La quête de perfection physique devient une spirale : on transforme son corps sans trouver la paix, jusqu’à perdre son identité. Le refrain joue sur l’expression in stitches, entre fou rire et points de suture. Cet humour noir souligne une promesse impossible : apaiser le mal-être en corrigeant sans cesse l’apparence. Les guitares massives accompagnent un Giuseppe qui durcit le chant avant un passage parlé. La basse et la batterie relancent ensuite le morceau, prolongé par un solo final. Ces contrastes donnent du relief à l’obsession sans en atténuer l’impact.

Sur le troisième titre, Blue Dream, la sortie semble se trouver ailleurs. Plus besoin de refaire le visage ; il suffirait de changer sa propre perception. Cependant, les paroles détournent rapidement l’auditeur de cette invitation au voyage. La pièce vide devient tombeau, la maison est abandonnée, une présence invisible annonce qu’elle restera. La dépendance emprunte le vocabulaire de la possession ; l’évasion se transforme en occupation des lieux. Cette manière de faire glisser un problème humain vers l’horreur donne au titre sa force d’évocation. Les passages denses et mélodiques sont opposés à des poussées plus agressives. La dimension oppressante et instable du morceau se fait fortement ressentir. Ces contrastes font justice au sujet : la promesse d’un ailleurs demeure perceptible, mais elle ne tient jamais longtemps face à ce qui vient la contaminer.

En fin de compte, ces deux morceaux, Stitches et Blue Dream, présentent chacun à sa manière deux versions d’un même marché trompeur : acheter un nouveau visage ou un autre état de conscience, sans obtenir la liberté espérée.

Avec Night Terror, le piège se referme sur l’esprit. Les souvenirs se dégradent, les cris restent muets, veille et sommeil se confondent. Le personnage se retrouve réduit au rang de spectateur captif de son propre cauchemar. Ombra transpose dans ce titre la loi de Murphy : tout ce qui peut mal tourner déraille, sans délivrance finale.

L’instrumental So It Goes, dernière piste de l’EP, ouvre un espace de réflexion : faire la paix avec ce qui a été vécu et continuer. En d’autres termes, il n’existe pas de solution miraculeuse, juste une façon de reprendre pied. Les instruments ont le dernier mot ; le silence n’est plus seulement celui d’un cri impossible.

Night Terror ne réinvente pas le metal ; son originalité tient à la manière dont Ombra relie pression sociale, obsession de l’apparence, dépendance et enfermement mental. L’horreur n’est pas un décor, mais le fil conducteur d’une traversée en cinq morceaux.

Nées de la section rythmique et développées collectivement, les compositions gardent les riffs au premier plan. Le concept nourrit la musique sans l’étouffer ; voilà ce qui rend ce premier EP convaincant, entre agressivité, contrastes et cohérence.

Mieux vaut écouter les titres dans l’ordre, de Hysteria à So It Goes, puis soutenir cette première sortie en l’achetant en numérique. De quoi attendre la suite avec curiosité.

Vous aviez fermé la porte pour rester tranquille. Ombra vous donne une bonne raison de la rouvrir.

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