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Au menu aujourd’hui, un groupe de black metal péruvien nommé Caput Mortum, qui fête ses 20 ans cette année. Hasard du calendrier ou volonté de marquer le coup, c’est le moment choisi par From the Deepest Records pour enfin sortir leur seul et unique album en version physique.
Le premier titre de l’album est El Sendero de la Sangre, un morceau très ambiant avec une longue intro qui monte en intensité jusqu’à ce que le black metal vienne soulager l’attente. Il y a, dans cette intro, un petit air de voyage dans une tribu indigène avec des bruits de tambours lointains, comme si on n’osait pas s’approcher mais que la curiosité nous y poussait tout de même. Puis un riff lancinant de guitare vient nous libérer alors qu’une voix incantatoire récite des paroles, quoique incompréhensibles. Je sais pas si ça l’est mais ça sonne très occulte. Puis, après près de 3 minutes d’introduction, tous les instruments se mettent à jouer. Leur vitesse de croisière n’est pas très rapide mais leurs riffs restent bien en tête. Ces derniers donnent presque l’impression que le temps s’arrête. En arrière-plan, la batterie tape bien, avec de jolies variations et un chant qui défonce tout. Ça peut sonner chiant dit comme ça, mais je dirais plutôt que c’est hypnotisant. Le côté sans fin du riff de guitare est captivant (PS : il faut noter la sacrée endurance du gratteux qui le tient aussi longtemps).
La seconde piste de l’opus, Primal Atmosphere, commence par quelques bruits de pas et des cris d’oiseaux, accompagnés par quelques notes éparses de synthé qui produisent un début frissonnant. Il s’agit d’un morceau très lourd, qui vous prend aux tripes et ne vous lâche pas. Il est aussi très méditatif avec, au milieu, une sorte d’intermède avec une tempête qui s’abat sur vous avec des éclairs d’une violence inouïe. Il y a de la pluie, beaucoup de pluie, intensifiant le chaos ambiant. A ce qui semble être la fin de la tempête, un corbeau s’envole, éveillant une femme qui se met à chanter très en retrait, comme si elle invoquait l’esprit responsable des intempéries, pour l’inciter à ne pas recommencer. Le morceau se termine avec les mêmes notes de clavier par lesquelles il a commencé. C’est un petit détail mais je trouve ça joli.
Sans la moindre transition, Wrapped in the Serpent’s Abyss se lance sur quelque chose de bien plus direct et avec de la guitare. L’intro est très progressive, commençant par un riff qui est d’abord rejoint par le clavier, puis par la batterie qui complexifie son jeu pendant que les mesures s’enchaînent et, finalement, arrive le chant. Il y a, au bout de tout cela, un passage vraiment plus agressif qui, surplombé par le synthé, offre un rendu des plus qualitatifs. Il y a une petite baisse d’intensité, qui laisse de la place au chanteur (qui a une voix juste terrifiante). Au bout d’un moment, il y a une sorte de cérémonie tribale qui met une jolie ambiance dans un album plutôt grave.
Pour clôturer cet album de 4 titres, Caput Mortum propose Runapacha Runainti, un long titre très diffus et aérien. Il nous emmène dans une traversée de la jungle amazonienne. En mettant play, il n’y a aucun moyen de savoir ce qui se cache derrière les notes qui sont jouées. Finalement, il n’y a pas grand-chose, comme si c’était ça qu’il fallait retenir de ce dernier titre. Parfois, on attend des choses et elles ne viennent pas. Il y a alors plusieurs moyens de gérer la chose : en étant déçu, en étant surpris et satisfait, ou en tombant amoureux de l’inconnu.
Runapacha Runainti est un album que je trouve assez unique en son genre. Il a un côté plutôt moderne avec un usage plus qu’important du synthé mais, en même temps, il a un son qui rappelle les premières heures du black metal avec un « son de cave ». Pourtant sorti en 2023, la première édition (digitale uniquement) propose un voyage dans le temps et l’espace des plus dépaysants. Si les couloirs du temps ne vous font pas peur, plongez dans cet album et faites-vous un petit cadeau maintenant qu’il est disponible en format physique.


