Animals as Leaders, Night Verses
Komplex 457, Zurich (CH)
Date 7 mars 2025
Chroniqueur Nathan Bonzon, Valentin Bonzon
Photographe Nathan Bonzon
https://komplex-457.ch/

Les titans du metal progressif Animals as Leaders étaient de passage au Komplex 457 de Zurich avec Night Verses en tant que support. Au programme, riffs techniques, polyrythmes et d’envoûtantes compositions instrumentales.

Formé en 2012, Night Verses est un groupe de post-metal progressif originaire de Californie. Originellement composé de quatre membres, le groupe officie sous forme de trio depuis pusieurs années, composé de Nick DePirro (guitare), Reilly Herrera (basse) et Aric Improta (batterie). En effet, au début de leur carrière, Night Verses jouait du post-metal avec des touches de metalcore et de post-hardcore. Cependant, après le départ du chanteur, le groupe décida de continuer en tant que formation instrumentale et se pencha encore plus du côté progressif de leur musique, la rendant également beaucoup plus heavy.

Bien avant le début du premier concert, la salle du Komplex 457 est déjà bien remplie. Tout à coup, l’obscurité prend place et le silence s’impose. Ce dernier est bientôt brisé par les cris du public qui acclame les trois musiciens prenant place sur la scène. En dépit de son petit nombre de membres, Night Verses parvient tout de même à délivrer une performance puissamment envoutante. Le batteur, complètement survolté, motive la foule en se tenant debout derrière sa batterie entre les morceaux. Son jeu, puissant et technique, coule les fondements de leur musique, qui repose également sur la guitare de Nick DePirro. Et quelle guitare ! Ce dernier utilise toute une myriade d’effets et de pédales afin de créer des sons que l’on n’aurait jamais imaginé sortis de cet instrument. La basse, quant à elle, semble suivre les riffs de guitare et donne un certain groove aux morceaux. Même si on ressent une forte influence d’Animals as Leaders dans la musique de Night Verses, ces derniers proposent leur propre twist sur le metal prog, plus heavy et post-metal-esque que celui que jouent leurs compères. Bien que le manque de chant me perturbe quelque peu, moi qui suis habitué à des genres de metal où la voix prend une place assez importante, je me suis rapidement laissé happer par les compositions instrumentales des trois Californiens. En comparant leurs premiers albums au tout dernier, Every Sound Has a Color in the Valley of Night (sorti en 2024), on remarque que l’absence de voix permet aux instruments de se développer complètement et prendre la place qui leur est due. Les temps forts du concert sont, pour moi, Arrival, qui ouvrit magistralement le concert, 8 Gates Of Pleasure et Karma Wheel, tous issus de ce dernier album.

Véritable ovni musical, Animals as Leaders mélange habilement djent, rock progressif et jazz fusion afin de créer une épopée musicale technique et instrumentale. Formé en 2007 et composé actuellement du trio Tosin Abasi (guitare), Javier Reyes (guitare) et Matt Garstka (batterie), le groupe a rapidement gravi les échelons jusqu’à devenir un mastodonte du metal prog, souvent comparé à Meshuggah, Periphery ou encore Between the Buried and Me. Sorti en 2014, The Joy of Motion est le troisième album d’Animals as Leaders et sans aucun doute le plus acclamé. Depuis leur second opus déjà, le groupe s’était doucement éloigné de ses racines purement métalliques pour explorer diverses contrées jusqu’alors relativement inconnues, mais avec The Joy of Motion, les Américains étendent encore plus leurs horizons musicaux. Ce soir, le trio jouera l’album en entier, en plus de quelques autres morceaux plus récents.

Après quelques minutes de retard qui laissent le public nerveux, les trois musiciens montent sur scène. Sous les cris enjoués de l’audience débute le premier morceau de The Joy of Motion, intitulé Ka$cade. Celui-ci contient des riffs plutôt heavy et certains moments s’apparentent même au djent de Meshuggah. Le set continue en suivant le cours de l’album, en passant notamment par le joyeux et mélodique Another Year, l’excellent The Woven Web et ses instrus électroniques ou encore le très jazzy Para Mexer. Durant ce dernier, Javier Reyes, qui a composé tout le morceau, sort une magnifique guitare acoustique-électrique, ce qui permet ainsi de lui donner un son très organique et naturel à sa prestation. On oublierait presque qu’on se trouve à un show de metal prog. Justement, en concert, Animals as Leaders, c’est du pur spectacle. Que ce soit les mélodies latino de Javier Reyes, les polyrythmes de Matt Garstka ou les techniques incroyables inventées par Tosin Abasi, les trois musiciens débordent de talent, j’en suis resté bouche bée. Ce dernier a d’ailleurs développé une technique appelée thumping, qui consiste à frapper la corde de la guitare avec son pouce, comme on le fait avec une basse. Abasi joue de cette manière seulement sur certains morceaux d’Animals as Leaders, ce qui leur confère un son vraiment incomparable. Bien que le groupe opte pour un jeu moins lourd et « post-métallique » que Night Verses, sa musique est encore plus expérimentale, intégrant des éléments d’électro, de musique latino et de jazz, entre autres. Les morceaux sont si techniques mais si planants à la fois que le spectateur se laisse facilement envoûter et emporter dans une autre dimension. Après avoir parcouru entièrement The Joy of Motion sous les yeux ébahis des fans, le trio quitte la scène, pour ensuite revenir et clore en beauté ce concert avec trois titres issus de son dernier album en date, Parrhesia (2022) : Micro-Aggressions, Red Miso et Monomyth. Absolument magnifique.

En somme, une soirée bien remplie dans une super salle avec deux excellents groupes. Bien qu’il s’agisse de deux formations de metal progressif et instrumental, chacun en propose sa version distincte, que ce soit le post-prog de Night Verses ou le djent-fusion d’Animals As Leaders. Deux concerts sans une seule parole prononcée, c’est une première pour moi !