Rhapsody of Fire, Freedom Call, Secret Sphere
CCO La Rayonne, Lyon (FR)
Date 26 octobre 2024
Chroniqueur Ségolène Cugnod
Photographe Jean-Yves Cluze
https://larayonne.org

Les occasions de voir sur scène les géants italiens du power metal symphonique Rhapsody of Fire se sont faites rares en France ces dernières années, notamment en raison de la pandémie de covid ayant mis un frein à la tournée de promotion de l’album Glory for Salvation. Cette année, la sortie de Challenge the Wind s’accompagne d’une nouvelle tournée promotionnelle comptant pas moins de quatre étapes françaises, dont la deuxième passant par le CCO de Lyon. L’occasion rêvée pour vos dévoués live reporters de voir et revoir ce groupe à l’histoire aussi riche que sa discographie, accompagné pour l’occasion des Allemands de Freedom Call et de ses compatriotes de Secret Sphere.

La tâche revient justement à ces derniers d’ouvrir la soirée, alors que l’horloge affiche 19 h 30 et devant un CCO déjà rempli en conséquence. Peu mis en avant dans la promotion de la tournée, pour ne pas dire carrément absent, le quintet piémontais est pourtant fort d’une longue carrière de plus de vingt-cinq ans ayant donné le jour à pas moins de onze albums studios. Les cinq hommes sont en tout cas ravis de partager ce moment avec leur public lyonnais et savent le faire ressentir dès le début, en particulier le claviériste Gabriele Ciaccia, qui manifeste son enthousiasme en sautant façon rock star. Il en est de même pour le batteur Marco Lazzarini, dont la majesté de frappe est inversement proportionnelle à son petit gabarit et dont l’expressivité porte une bonne partie du show. De manière générale, les membres de Secret Sphere savent s’y prendre pour faire ressentir leur expérience, de même que pour tirer profit de la richesse de leur discographie en piochant aux quatre coins de cette dernière tout au long des quelque trente minutes de set qui leur sont accordées. Si les titres des morceaux me passent à côté, je n’ai aucun mal à me laisser porter par la fraîcheur de leur écriture, entre riffs assez heavy et mélodies progressives qu’assure le guitariste Aldo Lonobile d’une main de maître — son comparse bassiste Andrea Burrato se faisant quant à lui plus discret mais non moins investi —, ainsi que par la belle voix claire du frontman Roberto Messina, ceci bien que celle-ci soit un peu faible dans le mix. Entre deux morceaux, ce dernier adresse quelques mots au public avec un fort accent italien tout en s’excusant de ses lacunes en français, non sans en rire ( « Mon français, c’est… une merde ! »). Si les connaissances du chanteur en langues étrangères laissent quelque peu à désirer, l’expérience du groupe acquise en plus de vingt-cinq ans se fait ressentir, au travers d’une setlist dont je comprends qu’elle remonte parfois assez loin dans le passé au vu des multiples mentions que fait Roberto Messina à d’anciennes périodes. Dans tous les cas, le public se montre réceptif et prend part au spectacle, notamment sur un des derniers morceaux, que le chanteur qualifie de « très spécial pour nous ». Pour moi, qui ne dis jamais non à une découverte power metal, Secret Sphere m’en offre une très jolie, à retenir.

Vingt petites minutes plus tard vient le moment pour Freedom Call de porter les couleurs arc-en-ciel du power metal, ainsi que celles de son dernier album Silver Romance, sur la scène du CCO. Pour ma part, mes précédentes rencontres avec le groupe allemand ayant ensoleillé deux journées de fests nuageuses et illuminé une soirée au Rock’n’Eat, je n’en attends pas moins de ce show. Le set démarre de manière plutôt posée avec A Perfect Day et Hammer of the Gods ; pas les morceaux les plus speedy ni les plus « hymnesques » du groupe, mais qui donnent déjà l’occasion au frontman Chris Bay de se livrer à une démonstration de ses plus belles expressions dignes d’un personnage de cartoon, ce qui n’est pas pour déplaire à une audience qui lui rend ses immenses sourires. Ce n’est toutefois qu’à partir du troisième titre, le très épique Tears of Babylon, que l’ensemble du CCO rentre réellement à fond dans le jeu, sautant et levant les poings à l’unisson ; à l’image du double jeu de guitares mené par Chris Bay et Lars Rettkowitz, tout en harmonie. Chris Bay salue ensuite le public, dans un français approximatif comme Roberto Messina avant lui — « but I’m still learning! » assure-t-il. De toute manière, les spectateurs n’ont nullement besoin d’être bilingues pour comprendre le compliment lorsqu’il les qualifie de « very beautiful audience » et évoque avec nostalgie les bons souvenirs de dates de tournées passées à Lyon, encore moins lorsqu’il leur demande s’ils veulent une « happy metal party » ! Telle est dans tous les cas la promesse de Freedom Call, une promesse que le groupe ne manque pas de tenir, muni de ses atouts signatures qui font son style depuis une période que l’on imaginerait presque remonter aux années 80 — en réalité plus proche des années 2000 — tant les références à cette période se font présentes, ce sur tous les plans. Auditif, en premier lieu, dans la multitude d’hymnes à l’héroïsme aux airs de tubes de l’été extraits d’un bon vieil anime japonais, des grands classiques Warriors ou Metal Is for Everyone au plus récent Silver Romance de l’album du même titre ; parmi les extraits de ce dernier, je retiens l’entêtant Out of Space aussi simple qu’efficace et au synthé tout droit sorti d’une borne d’arcade — ou d’un album de Van Halen, au choix. Au niveau visuel, Freedom Call ainsi que les ingénieurs lumières nous gratifient des plus belles couleurs de l’arc-en-ciel, qui viennent teinter le backdrop à l’effigie de la pochette de Silver Romance tout comme l’éclairage, ainsi que du brillant des étoiles sur les tenues et les guitares argentées et pailletées des musiciens ; carton rouge, cependant, pour l’éclairage monochrome de cette couleur sur deux morceaux ! Plus qu’une « happy metal party », ce show de Freedom Call, à l’image de tous les autres, prend l’aspect d’une Union of the Strong où tout le monde retombe en enfance le temps d’une setlist.

Alors que l’heure avance, la lumière baisse dans la salle tandis que résonne dans les enceintes la voix de Sir Christopher Lee narrant The Dark Secret, ouverture de la saga musicale du même titre signée Rhapsody of Fire et qui fait office de — longue — introduction aux concerts laissant le temps aux musiciens de prendre place sur scène. Ce sur quoi ces derniers nous prennent à bras-le-corps avec la suite logique, le cultissime Unholy Warcry, parfait pour mettre tout le monde dans l’ambiance fantasy épique ! Le groupe opère immédiatement un virage vers Glory for Salvation en enchaînant deux extraits de cet album, I’ll Be Your Hero et Chains of Destiny. Au-delà de leur statut d’hymnes à l’héroïsme représentatifs de la période récente du groupe, se voulant porteuse de messages positifs, ces morceaux constituent aussi un terrain de jeu de choix pour le chanteur Giacomo Voli, qui s’y montre particulièrement à son aise. Il profite notamment de Chains of Destiny pour emprunter le smartphone d’un spectateur du premier rang et filmer quelques secondes le public depuis la scène et offrir au propriétaire un joli souvenir dans un tout aussi joli geste. Au-delà de cela, celui qui officie au micro du groupe depuis 2016 se montre un showman à fond dans son rôle, quitte à en faire un peu trop, et qui aime plaisanter avec son public… quitte à faire ce qui semble une erreur volontaire en clamant « Bonsoir Toulouse ! » avant que le bassiste Alessandro Sala vienne le reprendre ? « C’est son humour », entendrai-je à la sortie de la part d’un spectateur ; pince-sans-rire s’il en est ! Là où Giacomo ne plaisante pas, en revanche et à coup sûr, c’est au niveau de sa performance vocale, puissante et cinématographique comme elle se doit de l’être ! En tout cas plus que le show dans son ensemble, qui se révèle — en tout cas de mon point de vue — bien plus sobre et moins grandiloquent que ce que l’on pourrait imaginer de la part d’un groupe mettant autant l’accent sur l’épique. Plus en retrait, les autres musiciens apparaissent sobres et élégants dans leurs tenues noires d’inspirations disparates, mais non moins touchants, notamment Roberto de Micheli et Alessandro Sala, dont les expressions sont empreintes de tendresse.

Comme le rappelle le chanteur, la tournée porte le nom du dernier opus en date du groupe, Challenge the Wind ; en toute logique, le morceau du même titre suit, en place convenable dans une setlist qui trouve son équilibre entre des titres récents tels celui-ci et d’autres plus anciens, tous assez familiers et prenants pour nous immerger sans discontinu dans l’univers de Rhapsody of Fire. Encore que l’on peut s’interroger sur la présence de certains d’entre eux, par exemple March Against the Tyrant, dont la longue durée atteignant presque dix minutes et la structure très linéaire le rendent peu calibré pour le live et qui semble là pour combler un vide… À l’inverse, The Magic of the Wizard’s Dream marque un relâchement bienvenu ainsi qu’un beau moment d’hommage à Sir Christopher Lee après celui de l’introduction, à la lueur des lampes des smartphones levés au ciel. Encore que j’aurais apprécié un peu plus de mise en retrait de la part de Giacomo Voli, l’exubérant chanteur se faisant un peu trop entendre sur les samples de la voix de l’acteur… Entre les deux, A New Saga Begins dénote aussi car pas vraiment un tube, cependant je ne cache pas que voir la première chanson que j’ai écoutée du groupe jouée sur scène éveille chez moi une certaine nostalgie. Elle est suivie de Diamond Claws, un autre extrait de Challenge the Wind, petite surprise pour moi qui n’avait trouvé ce morceau dans aucune des setlists consultées en amont, puis de Rain of Fury.

Enfin, Dawn of Victory fait office de pseudo-conclusion, après quoi les musiciens font mine de quitter la scène… pas plus d’une ou deux minutes, le temps pour Giacomo de rabattre sa capuche sur sa tête, avant de revenir pour nous offrir un rappel de pas moins de quatre titres qui commence par Reign of Terror ! Sur une scène tout de rouge éclairée, le frontman en profite pour s’en donner à cœur joie en jouant un rôle de méchant, notamment en livrant une démonstration de sa maîtrise du chant black metal ; ceci, couplé à son look et à ses expressions lui donnant des airs de seigneur vampire, met en avant le côté sombre du morceau. La suite du rappel inclut un troisième extrait de Challenge the Wind, Kreel’s Magic Staff, dont les accents folk ramènent de la légèreté dans l’ambiance et qui complète la représentation du nouvel opus dans la setlist. Enfin, les immenses classiques que sont Land of Immortals et Emerald Sword forment un diptyque old-school, dont le public reprend en chœur les refrains, le second voyant une enfant invitée à monter sur scène pour brandir une épée-jouet, diptyque apportant une conclusion à la sauce Rhapsody of Fire old-school à un set dont les deux mots d’ordre auront été : simplicité et générosité.

Les bonnes occasions arrivent à point nommé, dit-on. Pour moi qui ai patienté quinze ans avant de trouver une occasion de voir Rhapsody of Fire, le groupe de mon adolescence a prouvé ce soir que l’attente en vaut effectivement la chandelle ; de même que ses comparses Freedom Call et Secret Sphere ont démontré que la scène power metal tire ses plus grandes forces de sa grandeur de cœur et de sa capacité à être redécouverte y compris par ses aficionados au fil des années. Pour cela, merci aux trois groupes ainsi qu’à Access Live pour les accréditations et l’occasion offerte, et à une prochaine…