C’est le troisième jour du Summer Breeze Open Air 2026, il fait encore plus chaud que la veille et l’affiche d’aujourd’hui s’annonce excellente.
Je commence les concerts un peu plus tard que d’habitude avec Misery Index sur la T-Stage, une sacrée entrée en matière. Formé par l’ancien bassiste de Dying Fetus, Jason Netherton, le groupe propose un (brutal) death metal extrêmement groovy et lourd, sans s’encombrer des parties ultra techniques typiques de son ancien groupe. Le tout forme ainsi un véritable rouleau compresseur sonore qui ne laisse rien ni personne indemne sur son passage, comme avec les titres Embracing Extinction et New Salem. On décèle également des touches de hardcore/grindcore davantage proéminentes, telles que des parties two step, des power chords et des breakdowns assez prononcés qui rendent le tout très dynamique et fun, notamment sur The Carrion Call, Heirs to Thievery ou encore Feral Future (le premier single du nouvel album). Bien que les compositions soient très bonnes et techniquement irréprochables, il manque un peu de punch et de mouvement à la prestation. De même, le son aurait aussi bénéficié à être un peu plus fort afin de vraiment parachever cet effet de lourdeur.
On reste sur la même scène pour voir Speed. En seulement quelques années, les jeunes Australiens sont devenus un des groupes de hardcore moderne les plus reconnus à l’international, avec de nombreuses tournées partout dans le monde. Cette année, Speed joue pour la première fois au Summer Breeze, et quelle première ! Dès l’intro de Real Life Love, le pit s’ouvre tel la mer Rouge et une armée de two steppers afflue. « This is a hardcore show! Everybody move! » lance le chanteur Jem, instaurant d’entrée de jeu une ambiance agitée. Le set continue avec une majorité de morceaux issus du premier album du groupe, Only One Mode (Don’t Need, Shut It Down, Kill Cap pour n’en citer que trois), mais aussi de plus anciens comme One Blood We Bleed et le tout récent All My Angels. Sur un titre, le chanteur prend la guitare de son collègue pour qu’il puisse chanter à sa place, même chose avec le bassiste — qui est d’ailleurs son frère. Voilà qui résume l’essence du hardcore : c’est DIY, bonne ambiance et sans contrainte. Les musiciens semblent aussi heureux que le public d’être là, le chanteur en particulier fait un superbe speech sur les valeurs du hardcore et le fait qu’il doit tout à cette scène. C’est magnifique ! Cela fait extrêmement plaisir de voir un vrai groupe de hardcore dans un grand festival allemand, c’est encore plus rare que l’expérience soit agréable ! Grand bravo à Speed pour avoir réussi ce défi.
Changement radical de style avec Brymir sur la Tool Rebel Stage. Les Finlandais jouent un melodeath en somme… très finlandais : puissant, assez technique et teinté de power metal, un peu à la Wintersun, une approche que j’ai toujours apprécié. Le groupe a surtout joué des titres issus de son nouvel album prévu pour le 2 octobre, comme Sleipnir, Tempestbound et What We Leave Behind. Le chanteur montre une présence scénique très engageante, maintenant un certain contact avec le public et racontant des blagues entre les morceaux. Au milieu du concert, le groupe lance des poissons en peluche dans le public et motive ce dernier à faire un « fish pit », avant de jouer une reprise de How Much Is The Fish? de Scooter, un groupe de techno allemand. Le concert se termine sur le classique Wings of Fire, mais en l’absence, à mon plus grand désarroi, de Seeds of Downfall ou Voices in the Sky. Même si je reste un petit peu sur ma faim, je suis assez content d’avoir pu voir ce groupe que je connais depuis plusieurs années.
Ensuite, retour à la T-Stage pour voir des légendes absolues : Deicide. Pionniers du death metal américain, les Floridiens sont de retour au Summer Breeze pour la première fois depuis 2019. La scène est très sobrement décorée ; à part les amplis, une grande bannière nous indique en lettres rouges et menaçantes de quel groupe il s’agit et annonce la couleur. Peu avant le festival, j’ai assez écouté Deicide pour me faire une idée d’à quoi m’attendre. Malgré cela, j’ai été un peu déçu, à vrai dire. Tout d’abord, la performance demeure quelque peu statique, en partie parce qu’il n’y a pas de chanteur libre de bouger. Les quatre musiciens semblent également fatigués, se trouvant à la dernière date de leur tournée — ce qui est on ne peut plus compréhensible. De plus, le concert ne donne pas vraiment l’impression d’avoir affaire à un groupe, mais plutôt à un orchestre dirigé par Glen Benton. Les musiciens n’interagissent presque pas entre eux, ce qui est dommage parce que la musique est terriblement bonne ! Je me suis tout de même pris une sacrée claque sur Once Upon the Cross et Homage for Satan, sans compter les autres classiques comme When Satan Rules His World, Serpents of the Light et Behead the Prophet (No Lord Shall Live). C’était très cool d’enfin voir Deicide en live, Glen ne semble avoir pris aucune une ride !
Je décide de faire un rapide aller-retour au camping afin de manger quelque chose avant la suite de la soirée et passe alors devant la Main Stage où Lamb of God, tête d’affiche du jour, est en train de jouer. Je décide de rester un peu, le temps de deux morceaux, et ai la chance que l’un soit Walk with Me in Hell, un des rares morceaux que je connais bien. Randy Blythe, contrairement au reste du groupe qui demeure assez statique, enchaîne les aller-retours entre les deux côtés de la scène, semblant incapable de rester en place plus de cinq secondes. Le mix est terriblement massif et atteste la popularité de ce groupe qui est taillé pour les grandes scènes de festival. J’aurais bien aimé voir un set entier !
Je retourne à la T-Stage juste à temps pour le début du concert de Terror, un de ceux que j’attends le plus cette année au Summer Breeze. Les musiciens arrivent sur scène sur fond de Still D.R.E. dans les haut-parleurs et, après un petit mot pour le public, Pain Into Power marque un début de set sur les chapeaux de roue. Les fans du groupe retrouvent tout ce qu’ils aiment chez lui : des skank parts super rapides, du two step et un gros breakdown primitif. Entre deux morceaux, par-dessus le feedback des guitares, Scott Vogel déclare : « I hate that fucking barricade! Get off your feet, crawl up here!« , invitant ainsi le public à faire des « reverse stagedives » selon son expression, et ses désirs sont des ordres ! Le groupe arrive à faire fonctionner un concert de hardcore malgré une aussi grande barrière qui le sépare du public, chapeau ! Le second morceau est Spit My Rage (mon préféré) dont les premières notes mes rendent fou et me lancent dans le pit pendant qu’il est encore possible d’y mosher à peu près librement (et correctement). Pour le couplet du breakdown originellement chanté par Jamey Jasta et Danny Diablo, Dennis Vichidvongsa, guitariste lead de Speed, prend le micro et remplit son rôle à merveille. Ce set représente tout ce que j’adore dans le hardcore : la synergie entre les musiciens est incroyable, ils ont l’air de tellement s’amuser, de tout simplement kiffer jouer de la musique ensemble. Le reste de la setlist regroupe des classiques comme Stick Tight, Overcome, Always the Hard Way et le cultissime Keepers of the Faith. Déjà grand fan du groupe avant le festival, surtout de l’album One With the Underdogs, j’en suis ressorti subjugué et convaincu qu’il s’agit du meilleur groupe de hardcore des vingt-cinq dernières années. Très peu de formations arrivent à cet âge-là, encore moins à toujours sortir des albums de qualité après tout ce temps ! Still Suffer est le neuvième de Terror et tient fort bien la route par rapport au reste de leur discographie ; le titre éponyme frappe particulièrement fort en live. Je suis également bluffé par Scott Vogel, âgé de cinquante-trois ans et qui tourne depuis bien trente-cinq, dont la voix et l’énergie n’ont pris aucune ride. Le succès de Terror est un témoignage de leur dévouement, leur passion et leur talent. Longue vie à Terror !
La journée s’achève encore une fois devant la T-Stage avec trois concerts de black d’affilée. En premier, Der Weg einer Freiheit. Etant un de mes groupes de black préférés, je me réjouis énormément d’assister à ce concert, et je n’ai pas été déçu. Les Allemands délivrent une performance immaculée : précise, émouvante et puissante, tout était parfait. Le set s’ouvre avec le colossal Marter avant de continuer avec Xibalba, Immortal et Eos, les quatre des morceaux très progressifs et avant-gardistes issus des dernières sorties du groupe — notamment Innern, paru l’année passée. Ensuite, Der Weg einer Freiheit change complètement de registre en interprétant Ruhe, tiré de son tout premier album. Ici, on a affaire à du gros black, mélodique et sinistre à la fois, doté d’une production très crue, qui sonne extrêmement bien en live ! Après Aufbruch et ses presque dix minutes de kiff, le concert se clôt sur Forlorn, un excellent morceau d’adieu tant il est émouvant et prenant. Comme toujours, je suis impressionné par le talent des musiciens, notamment Tobias Schuler, qui doit être un des batteurs dont le jeu est le plus propre en live, et Nikita Kamprad, capable de jouer des parties assez tricky à la guitare tout en chantant. Un artiste que j’admire profondément.
Vient ensuite le tour de Deafheaven, figure de proue du blackgaze américain, de jouer sur la T-Stage ; un autre groupe dont j’attendais la venue de pied ferme. N’ayant écouté que Sunbather et Lonely People With Power, je ne m’attendais pas à me prendre une aussi grande claque. L’énergie et la prestance du groupe, surtout du chanteur George Clarke, contrastent énormément avec un concert de black metal dit classique. Ce dernier bouge constamment d’un côté à l’autre de la scène, saute et tourne sur lui-même, paraissant possédé par la musique et se laisser emporter par la transe qu’elle lui inspire. Je suis pour ma part complètement subjugué par son énergie, à tel point que je la trouve presque hypnotique. Pour ce qui est de la musique, le set comporte majoritairement des morceaux issus du dernier album, tels que Doberman, Incidental I et II, Magnolia, Revelator et Winona, mais également deux extraits de Sunbather (Dream House et Sunbather) et un seul de New Bermuda (Brought to the Water). Honnêtement, c’était plutôt intense ! Je ne peux qu’admirer les talents techniques des cinq musiciens, particulièrement du batteur qui arrive à maintenir des blasts très longs sans trop d’effort apparent ; et des blasts, il y en a ! Une très très bonne surprise, un groupe à absolument voir en concert pour se faire son idée.
Alors que la fraîcheur de la nuit bavaroise s’installe lentement sur la plaine de Dinkelsbühl, Wolves in the Throne Room a l’honneur de clore le programme de la T-Stage avec un show dantesque de 2 h 15 à 3 h. L’ambiance nocturne correspond parfaitement au black metal atmosphérique du groupe américain : leurs morceaux sont longs, basés sur des motifs de boucle et étrangement incantatoires, caractérisés par une production très crue et organique toutefois agrémentée de quelques notes de synthé. Le concert débute avec Mountain Magick ; la voix vampirique de Nathan Weaver et des riffs glaciaux donnent l’impression d’un blizzard s’abattant sur le public en cette nuit d’août et me subjuguent en un instant. La présentation scénique du groupe reste cependant très simple : se passant de corpse paint ou de costumes extravagants, Wolves in the Throne Room parvient à envoûter le public sans aucun artifice. La setlist comprend des titres tels Crystal Ammunition, Thuja Magus Imperium ou encore Vastness and Sorrow et I Will Lay Down My Bones Among the Rocks and Roots, tous deux issus du magistral album Two Hunters. Dès les premiers morceaux, je me laisse gentiment glisser dans l’univers occulte et magique des frères Weaver. Mon seul regret est finalement de ne pas les avoir écoutés davantage avant le festival. Le set semble bien trop court pour un groupe qui mériterait minimum 1 h 15 de show. Ça tombe bien, ils seront justement de retour en Europe pour une tournée headliner en novembre !
En quelques mots, cette troisième journée a été extrêmement chargée, autant en concerts qu’en émotions, et a constitué un de mes jours de festival préférés de ma vie. De 14 h à 3 h du matin, je n’ai pas vraiment subi de temps mort ou d’attente trop longue et ai ainsi enchaîné des shows tous plus incroyables les uns que les autres, dans mes sous-genres préférés. Du pur kiff.
Concerts préférés du jour 3 : Der Weg einer Freiheit, Terror, Speed, Deafheaven, Wolves in the Throne Room.
