Saxon, Saltatio Mortis, Fit for an Autopsy, Blackbraid, Saor, Deserted Fear, Cryptopsy, Grand Magus, Fulci, Groza, Filth, Rectal Smegma
Dinkelsbühl (DE)
Date 13 août 2026
Chroniqueur Nathan Bonzon
Photographe François Feleki
https://www.summer-breeze.de/en/

C’est le deuxième jour du Summer Breeze 2026, il fait beau, chaud, et une énième superbe journée nous attend. Alors peu après mon réveil, je file à la zone presse pour filmer quelques vidéos et poster des stories. Mais puisque j’ai traîné, j’arrive en retard au premier concert du jour.

En effet, le premier groupe de cette journée est Fulci, une formation italienne assez en vogue actuellement. Le quintet, dont le nom est inspiré du grand réalisateur Lucio Fulci, est une ode aux films d’horreur italiens des années 80. Zombies, tueurs en série, rituels occultes, tout y passe. Ce package est délivré d’une manière on ne peut plus nostalgique à l’aide d’un death metal bien old school, à la limite du brutal death et du slam par moments, qui rappelle des ténors du genre comme Mortician, Skinless ou encore Cannibal Corpse. C’est gras, répétitif et terriblement brutal mais tout en restant incisif, comme l’attestent les morceaux Maniac Unleashed et Apocalypse Zombie. Cheveux longs, longsleeve et lunettes de soleil sur la tête, le chanteur mène la danse armé de nombreux growls et autres pig squeals franchement impressionnants. Le set se termine par Eye Full of Maggots, titre tiré du désormais classique Tropical Sun. Du gros death metal de bon matin, ça fait toujours plaisir.

Après une petite pause, on continue sur la T-Stage mais dans un registre diamétralement différent avec Grand Magus. N’écoutant plus vraiment de heavy metal « classique » depuis un bon moment, j’ai été assez surpris et content de voir un tel groupe en festival. Les Suédois, habitués du Summer Breeze, présentent en effet un heavy metal épique, puissant et mélodique, le trio étant toujours mené par Janne Christoffersson et son inimitable voix de vieux rocker. Mes morceaux préférés du set ont été Steel Versus Steel, Ravens Guide Our Way et Sunraven, les riffs sur ceux-ci étant particulièrement entraînants. Une bonne surprise !

Peu avant 16h, on assiste à la prestation de Deserted Fear. Issus de la scène melodeath des années 2000 au même titre que Heaven Shall Burn, Neaera et Fall of Serenity, le groupe a peu à peu atteint le statut de stars locales du Sud de l’Allemagne, c’est donc devant un public assez conséquent que la quatuor s’est produit sur la T-Stage. Leurs morceaux suivent à peu près la même structure qui, quoique répétitive, permet de mettre en valeur la mélodie et les riffs leads qui la soutiennent, ces derniers rappelant par moment les premières heures du metalcore européen. Le tout donne alors un melodeath groovy, puissant et très facile à suivre en concert. Le groupe a notamment ouvert avec l’impressionnant The Truth, pour ensuite continuer avec Follow the Light that Blinds ou encore Blind, la plupart des morceaux étant issus de leurs albums récents, ce qui ne leur a pas empêché de faire un petit détour par le très oldschool Kingdom of Worms.

C’est le moment d’étendre les neurones pour le groupe débile du festival : Rectal Smegma, rien que le nom annonce la couleur. Comme chaque année, le Summer Breeze fait jouer un groupe de goregrind (ou adjacent), et les festivaliers allemands en raffolent. Le quatuor hollandais a oblitéré la Tool Rebel Stage à l’aide de leur goregrind teinté de brutal death metal, surtout sur leur dernier album To Serve and Protect qui blast davantage que leurs premières sorties. Powerchords, breakdowns, voix tout droit tirée d’une toilette qui se vide, tout était conditionné pour faire la fête et mettre un sacrée claque au public de Dinkelsbühl ; et honnêtement, je ne m’attendais pas à apprécier autant.

Je suis revenu sur la même scène, quoique en retard, pour voir un bout de Filth. Bien que j’en aie entendu beaucoup parler sur internet et vu un certain nombre de leurs flyers de tournée, j’ai été passablement déçu de leur performance. La musique en elle-même n’est pas ultra intéressante, c’est du deathcore un peu simplet qui vire sur du beatdown par moments et sans riffs ou parties vraiment mémorables. Il s’agit d’un groupe qu’il aurait été fun de voir dans une toute petite salle avec un bonne équipe de moshers, mais l’énergie faisait ici défaut, un peu dommage.

Ensuite, je suis allé jeté un œil à la T-Stage afin de voir qui était le groupe surprise de cette édition 2026. J’arrive juste à temps pour le début du concert, j’entends deux notes de cornemuse et repars aussi vite que je suis arrivé. En effet, il s’agit de Saltatio Mortis. Je n’aime vraiment pas trop le folk, le seul morceau que j’apprécie est leur reprise de We Drink Your Blood, mais le public allemand a eu l’air d’apprécier la surprise.

En me rendant à la zone presse, je passe vers la Main Stage où les légendaires Saxon jouent depuis déjà une demie heure. N’ayant pas l’énergie de rester debout plus longtemps ni l’humeur de suivre un set de NWOBHM, je regarde un petit bout et continue mon chemin tout en étant satisfait de les avoir vus en vrai au moins une fois dans ma vie, bien que peu longtemps.

Après m’être reposé un petit moment, je retourne à la T-Stage me placer pour Fit for an Autopsy, un groupe que j’aimais beaucoup il y a quelques années et que je n’avais pas vu en live depuis 2023, c’était donc plutôt cool de les revoir. Les Américains arrivent à parfaitement équilibrer lourdeur et groove, ce qui fait d’eux, à mon sens, un des groupes de deathcore moderne les plus solides. Je note en particulier leur composition et leurs riffs assez ingénieux, mais aussi la voix et la posture de Joe Badolato qui joue très bien son rôle de frontman. J’avais entendu quelques critiques de comparses concernant sa voix claire sur le morceau Hostage et franchement, je n’ai rien trouvé à redire, j’ai même été agréablement surpris. C’était également très sympa de voir leurs nouveaux titres The Wretch et It Comes for You, plus heavy, plus agressifs et plus sombres que leurs précédentes sorties.

Aussitôt que la dernière note de Far from Heaven retentit, je file à la Tool Rebel Stage pour assister au show de Cryptopsy. Cette année, les Québécois fêtent les trente ans de None So Vile, un véritable chef-d’œuvre de tech/brutal death. Le set commence ainsi par Slit Your Guts et son riff d’ouverture inimitable qui réveille tout à coup la foule. Matt McGachy, avec sa voix gutturale, semble diriger le public avec ses gestes de main et son attitude imposante. Ce dernier est, comme toujours, très (trop ?) énergique en live, demandant constamment à entendre la voix du public, ce qui fatigue un chouilla à la longue. Le reste du set comporte évidemment tous les classiques de None So Vile (Benedictine Convulsions, Graves of the Fathers, Orgiastic Disembowelment et Phobophile), mais également d’autres plus récents comme Malicious Needs et Godless Deceiver. Bien que j’aie vu Cryptopsy deux fois en l’espace de six mois, je n’en reviens toujours pas à quel point Flo Mounier est fort, c’est à chaque fois un immense plaisir à regarder !

Je reste à la Tool Stage et me place gentiment pour Groza, très populaire par ces contrées bavaroises, puisqu’originaire d’ici. Les quatre musiciens arrivent sur scène vêtus tout de noir : bottes militaires, jeans, vestes en cuir, la tête couverte de grandes capuches dissimulant ainsi leurs visages, une DA que j’adore et qui ajoute un aspect inquiétant et étrange à la performance. Après une courte intro lancée dans les haut-parleurs, le premier morceau, Asbest, commence d’un coup, mitraillant le public avec des blast beats et des riffs en trémolo. D’entrée de jeu, c’est glacial, hostile, et délicieusement sinistre. Le prochain titre, Elegance of Irony, démontre davantage l’étendue sonore de Groza, un mélange ingénieux de black metal mélodique et de post-black midtempo qui retient toutefois la puissance du death mélodique. A mon sens, le groupe se démarque surtout par la voix de P. G. (guitariste et chanteur), bestiale, rauque et râpeuse, mais aussi par la production qui se veut extrêmement claire et incisive, rompant ainsi avec les conventions du black (volontairement) mal mixé. Même si le groupe n’a malheureusement pas joué mes deux morceaux préférés (Deluge et Homewards), ce concert resta dans ma mémoire comme un de mes préférés du festival, et permit de me préparer psychologiquement pour les deux prochains.

En effet, on termine ce deuxième jour sur la T-Stage avec deux autres groupes de black, j’ai nommé Blackbraid et Saor. Après avoir traversé la nuit froide de la Forêt-Noire, on est désormais dans enfoncé dans les montagnes de l’Adirondack, le territoire natif des Iroquois. Alors que les cinq musiciens se mettent en place sur la scène, un champ de guerre se fait entendre, faisant monter la pression et l’excitation. Puis, sans un mot pour le public, un peu de feedback annonce le premier morceau Celestial Bloodlust. C’est féroce et martial à l’image des peintures de guerre dont sont couverts les membres du groupe, tout leur concept gravitant autour de la mythologie et de la culture amérindienne. Je suis surpris par ce morceau que je n’avais jamais vraiment écouté avec attention, mais qui en live est vraiment époustouflant, d’autant plus en ouverture de set. Ce dernier continue avec Wardrums at Dawn on the Day of my Death et son solo flamboyant (ce morceau est tellement over the top qu’il en est génial), The Wolves That Guides the Hunter’s Hands ou encore The River of Time Flows Through Me, pour ne nommer que mes préférés. La présence scénique de Sgah’gahsowáh, l’unique homme derrière le projet, est envoûtante, il semble possédé par sa musique, se contorsionnant et dansant comme lors d’un rituel occulte. Je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi ça a été mon concert préféré du festival, mais je trouve la musique de Blackbraid tellement puissante, élémentairement sauvage et transcendantale, c’est une immense claque à chaque fois et tout ce que je recherche dans le black mélodique.

On finit cette deuxième journée dans les Highlands avec Saor, pour lequel le public de Dinkelsbühl est resté éveillé jusqu’à 3h du matin. Venu tout droit d’Ecosse (bien que certains de ses membres live sont suisses, notamment le guitariste de Brévine/Duthaig et l’ancien chanteur d’AM:PM, un groupe de ma région), le projet solo d’Andy Marshall est considéré depuis quelques années comme la référence du black folk/atmo. N’ayant jamais tellement écouté ce groupe, je m’attendais à un concert lent et plat, mais j’ai été extrêmement bien surpris d’une performance dans laquelle je me suis laissé happer tout entier. En effet, les quatre longs morceaux du set (Amidst the Ruins, Bròn, Echoes of the Ancient Land et Aura) semblent presque n’en former qu’un, résultant en un show incroyablement planant et émouvant. Outre les instruments classiques du black metal et plus de blasts que ce à quoi je m’attendais, la musique de Saor est également accompagnée de flutes et de cornemuses, ce qui ajoute cet aspect très folk inimitable. Très bonne découverte !

En conclusion, une très bonne deuxième journée pour le Summer Breeze 2026. La fin, surtout, a été le temps fort : enchaîner ces trois groupes de black metal en pleine nuit était assez incroyable, car faire jouer des groupes de black en plein jour, c’est un crime que bien trop de festivals commettent ! Je vais ainsi me coucher tard, mais des étoiles plein les yeux et des acouphènes plein les oreilles. Au vu de l’affiche, le troisième jour s’annonce comme le meilleur du festival.

Concerts préférés du jour 2 : Blackbraid, Groza, Cryptopsy, Saor.