Mener son événement signature jusqu’à sa cinquième édition, voilà qui n’est pas un petit exploit, surtout pour une petite association… et un dont Golden Stone Events peut aujourd’hui se targuer. Pour l’occasion, son président Nathaniel Reynaud et les autres membres ont revu l’ambition du Dark Medieval Fest à la hausse, ceci sur tous les plans : de l’affiche, toujours au fait de l’actualité musicale et comptant cette année sept groupes au lieu de six, au marché extérieur, qui voit sa surface étendue et accueille donc davantage d’artisans. De quoi offrir aux fidèles du festival comme aux nouveaux venus curieux de le découvrir pour la première fois une célébration digne de ce nom !
Ce nouveau marché propose à boire et à manger, au sens figuré comme littéral de l’expression. Ainsi, en attendant l’ouverture des portes prévues pour 15 h 30, festivaliers comme visiteurs venus du patelin de Lamure-sur-Azergues peuvent déambuler dans les allées à la rencontre de tous ces exposants — pour certains venus d’Italie —, pour se restaurer, acheter un souvenir ou accompagner les enfants qui veulent essayer l’initiation à la calligraphie que propose l’association locale Les Compagnons Médiévistes d’Azergues, nouvelle venue parmi les partenaires du fest. Les associations Les Lamhes du Val d’Azergues et Les Pérégrins d’Ycelieu font également leur retour, avec leurs démonstrations d’escrime et de performances saltimbanques, toujours aussi impressionnantes !
Terre d’origine de certains artisans du marché, l’Italie est aussi celle du musicien se produisant quelques mètres plus loin. Ceux qui ont déjà assisté à un concert de Frostmoon Eclipse n’auront eu aucun mal à reconnaître le fondateur du groupe, Claudio Alcara, venu de La Spezia présenter quelques morceaux de son projet acoustique dark folk Stroszek. D’allure mystérieuse derrière ses lunettes noires, armé de sa guitare sèche et de sa voix grave et rocailleuse, le Ligurien livre aux visiteurs du marché une musique envoûtante et crépusculaire… à laquelle ne manque finalement que l’ambiance associée à ce temps du soir. Mais pas de souci, l’ombre des arbres au bord de l’Azergues fait bien l’affaire !
Comme l’an dernier, l’ouverture des portes se passe à 15 h 30, la différence étant cette fois-ci que la prestation du premier des sept groupes commence à peine quelques minutes après ; il s’agit des Nantais de Vils Gueux, nouveau groupe de Nicolas Foucault et Damien Prunier, fondateurs du label Heart of Metal, venus présenter leur premier album éponyme sorti la veille. Ouvrir le fest avec un groupe encore inconnu du public car nouvellement formé, qui plus est venu d’une autre région, voilà une manœuvre pouvant sembler risquée… toutefois justifiée par le style dudit groupe. Se résumant à peu de chose près par du black metal aux accents « punko-folk », sale et vulgaire — au sens noble du terme —, traitant d’anecdotes insolites de l’histoire médiévale, il résume aussi on ne peut mieux l’identité du Dark Medieval Fest, à tel point que l’on peut imaginer que le groupe a été créé exprès pour y jouer ! « Dark Medieval Fest, vous n’êtes que des Porcs Saints ! » ; tels sont les premiers mots de Nicolas Foucault à l’adresse du public, annonce plus ou moins subtile du second titre et premier extrait de l’album. Cela étant, il ne laisse pas l’aspect pédagogique propre aux groupes à thème historique de côté et sert entre les morceaux des explications sur l’origine de chacun d’eux. Tout y passe, de la croisade ratée du roi Louis VII aux louanges du courage des lépreux, en passant par la famille supposément incestueuse des Borgia… cette dernière histoire n’étant pas datée de la période médiévale. Qu’importe, ces interventions à l’humour grossier, à l’image du style, amusent beaucoup les spectateurs, surtout ceux du premier rang. Ces derniers sont d’ailleurs les premiers à répondre aux injonctions de Nicolas à « gueuler avec [Vils Gueux] » ! Le set comporte tout de même son petit lot de couacs, certains typiques de l’inexpérience scénique d’un jeune groupe, comme les erreurs de rythme, d’autres attribuables à la configuration du lieu, le calibrage du son dans une salle pluraliste n’étant pas des plus évidents à gérer… Cela n’empêche toutefois en rien Vils Gueux de démontrer une certaine efficacité sur des spectateurs qui, de leur côté, jouent le jeu.
Après quelques trois quarts d’heure de set, Nicolas annonce un dernier titre sur lequel « on va parler un peu de chiasse… aaaaaaaah, il est dégueulasse ! », avant de donner plus de précisions sur l’inspiration derrière : la crise de dysenterie ayant eu raison de l’empereur Frédéric II du Saint-Empire, mort d’avoir un peu trop aimé le melon… Il profite de cette fin de set pour présenter d’un ton taquin les membres du groupe : « Alexi le con » (guitare), « Rémy le râleur » (basse), « Damien le gros chieur » (guitare) et « Josselin qui casse les oreilles » (batterie) ; lui est « Nicolas le magnifique ». Effectivement, l’on peut dire qu’il sait se faire remarquer ! Dans l’ensemble, une prestation aussi intéressante qu’imparfaite, qui donne envie de voir jusqu’où ce nouveau groupe peut aller.
La région Rhône-Alpes, plus particulièrement sa prolifique scène black metal, trouve son premier représentant en la personne — lyonnaise — de Malepeste, deuxième groupe du line-up. Au vu de la thématique occulte au cœur de son propos, il paraît assez incongru de le faire jouer à un tel horaire, peu après le milieu d’après-midi… Ceci dit, le ciel commence à se couvrir lorsque les musiciens commencent à jouer, la météo se trouvant de cette façon en accord avec les atmosphères gothiques du rituel qui se déroule sur scène et devant nos yeux. Tout de noir vêtus, les cinq hommes semblent immergés dans une bulle de nuit et de fumée, les yeux clos ou le regard mélancolique pour les guitaristes Xahaal et Herjann, tout en solennité et élégance pour Nostradamus, bassiste à l’allure et à la moustache de dandy. Des cinq, celui qui se montre le plus habité reste tout de même le frontman Larsen : du haut de son physique menu et délicat, il joue son rôle de maître de cérémonie avec force conviction, jusqu’au bout de son pendentif triangulaire. Ses parties vocales prennent des airs de déclamations, assez loin d’un chant black classique, et contribuent à renforcer le mysticisme du set. Il en est de même, voire surtout, pour sa gestuelle scénique, débutant chaque morceau ou presque dos au public les bras en croix, la tête en l’air sur certains passages instrumentaux ou s’effondrant sur les genoux à plusieurs reprises. Finalement, le seul à dénoter est le batteur Flexor, dont le sourire solaire tranche avec la noirceur du reste. Dans l’ensemble, Malepeste fait montre d’une constance à tout épreuve, autant dans son style que dans sa manière de se mettre en scène… à un point où les ficelles finissent par se voir et qu’une sensation de répétitivité s’installe au fil des morceaux. Heureusement, quelques accélérations dans le rythme ainsi que les belles variations dans le chant, extrême, clair et par moment diphonique, relèvent la sauce. Du côté des spectateurs, ces derniers se laissent porter par le rituel qui se déroule devant eux et le reçoivent avec le respect qui lui est dû.
En outre, la présence de Malepeste à l’affiche du Dark Medieval Fest, comme le déclarait Nathaniel Reynaud dans notre dernière interview, ouvre la porte à une reprise d’activité pour le groupe dix ans après la sortie de son dernier album. Effectivement, Malepeste annoncera, quelques semaines plus tard, la prochaine sortie d’un troisième opus sous la bannière des Acteurs de l’Ombre Productions. Un renouveau pour lequel tous nos vœux de réussite les accompagnent…
Le Dark Medieval Fest se poursuit sous des augures toujours aussi sombres, voire monte d’un cran à ce niveau, avec Circles ov Hell, second groupe issu du roaster du label Heart of Metal. C’est ainsi qu’une poignée d’heures après la prestation de Vils Gueux, les deux fondateurs, Damien Prunier et Nicolas Foucault, sont de retour sur scène, le premier officiant cette fois-ci à la basse et le second prenant la guitare, laissant le rôle de frontman à William Wendling alias Kratos Aurion. De même, le black folko-punk appuyant un humour décalé et grossier laisse place à un metal extrême symphonique basé sur la Divine Comédie de Dante Alighieri, la partie consacrée aux Enfers bien évidemment. Autant dire que l’on a ici affaire à une musique très cinématique et dense… peut-être un peu trop pour les capacités sonores d’une salle pluraliste pas forcément adaptée à ce genre de concert, ou même pour les oreilles de certains auditeurs non avertis, un tel style étant par définition peu accessible. Qu’à cela ne tienne, les quatre membres du groupe mettent toute leur application à retranscrire divers chapitres de cette histoire (oc)culte, à commencer par Kratos. Bien que loin de posséder la carrure du dieu de la guerre vidéoludique que ce nom évoque, l’homme à l’épaisse et royale chevelure tient néanmoins de la puissance de son homonyme dans sa voix rauque et éraillée, parfaite pour narrer des contes infernaux… quoi qu’elle semble un peu ténue. Signe d’un état de santé en berne ou d’un mixage trop faible ? Quoi qu’il en soit, on ne peut retirer au frontman la force et la théâtralité de sa performance. De leur côté, les musiciens se font plus discrets — notamment Nicolas, dissimulé derrière un masque et un maquillage noir qui lui donnent une allure de démon —, mais non moins efficaces et impliqués. Le jeune homme à la batterie, musicien de session que je reconnais pour l’avoir vu jouer avec Vosegus lors de l’édition de l’an dernier, montre une fois de plus qu’il a de la hargne à revendre derrière les fûts.
Circles ov Hell profite de son temps de scène pour nous faire découvrir plusieurs extraits de son dernier opus sorti en décembre dernier, Thus Began the Descent, album qui porte très bien son titre, chacun des morceaux choisis représentant une étape de la descente au plus profond des neuf cercles de l’Enfer. Une descente dans laquelle les spectateurs se laissent entraîner bien volontiers, jusqu’à finir engloutis dans les tréfonds du Styx… du moins ceux qui l’ont bien voulu. La population du Dark Medieval Fest, pour une quelconque raison, semble en effet s’être éparpillée à ce moment de la journée. Partie faire des emplettes au marché ?
Pour bien des groupes, se retrouver privé d’un de ses membres à quelques semaines d’un concert constitue une bonne raison d’annuler sa prestation — ce qui est tout à fait compréhensible. Tel est à la fois le cas et pas le cas pour Nydvind, qui, face au retrait de son batteur de session deux semaines plus tôt, a décidé malgré cela de maintenir sa présence au Dark Medieval Fest. En dépit de cette fâcheuse déconvenue, le groupe compte bien assurer la promotion de son nouvel et quatrième album sorti en mars dernier, Tetramental II – Telluria, le meneur Richard Loudin se voulant rassurant. « On fait au mieux ! » assure-t-il dès le début du set, avec un sourire dissimulant tant bien que mal son embarras… Il annonce ensuite que les trois morceaux qui vont suivre sont extraits du nouvel album. À trois sur scène, les musiciens donnent leur maximum en dépit du stress qu’induit la situation et qui se ressent… et leurs efforts paient, les spectateurs accueillant ces nouveautés avec les honneurs ! Un enthousiasme et une chaleur qui font plaisir à voir et contrastent de manière fort intéressante avec le style musical qu’il nous est donné d’entendre. Aux côtés de Nydvind, l’ambiance se prête à la rêverie et à la contemplation, se fait rafraichissante aussi, portée par un pagan metal au tempo lancinant mettant la basse à son cœur et un chant maîtrisé aussi bien en clair qu’en black. Un peu plus tard, Richard annonce un autre morceau, Son of Fire, dédié à un certain Bertrand. J’ignore si le concerné se reconnaît ; en tout cas, le public, lui, apprécie clairement !
Ceci étant dit, comme souligné plus haut, le stress lié au fait d’être contraints de jouer dans une telle configuration se fait ressentir chez les membres de Nydvind, poussant ainsi ces derniers à mener rapidement le set vers sa fin en annonçant un ultime titre. Comme s’ils n’avaient pas encore assez joué de malchance, sur l’introduction, la boîte à rythmes s’enclenche plusieurs fois au mauvais moment, forçant les musiciens à recommencer ! Heureusement, après ce set qui reste superbe et envoûtant malgré les incidents l’ayant entaché, nombreux seront les spectateurs qui viendront présenter leurs respects à Nydvind, autant pour son nouvel album que pour son jusqu’au-boutisme. Des honneurs bien mérités !
Himinbjorg succède sur les planches, second représentant de la région Rhône-Alpes et dont je sais de sources sûres qu’il constitue la principale raison pour de nombreux spectateurs parmi ceux présents d’assister à cette édition du Dark Medieval Fest. Les fans les plus fidèles du groupe ont d’emblée la surprise d’observer un petit changement dans sa configuration, le meneur Zahaah ayant troqué son habituelle basse pour une guitare. Une autre nouveauté, plus conséquente celle-ci, réside dans la sortie en septembre 2024 d’un nouvel et dixième album, The Fall of Valhalla, dont le premier extrait intégrant la setlist, Dogma, passe l’épreuve du live avec les honneurs. Ceci, après un début de set plutôt calme, rythmé par les encouragements de quelques festivaliers familiers du groupe — et, visiblement, en particulier de son batteur Kahos. Qui cela étonne-t-il, de la part d’une valeur aussi sûre que l’est Himinbjorg au sein de la scène black/pagan rhônalpine ? Tirant sa force de ce style qu’il pratique dans un registre guerrier, le groupe montre qu’il la tient aussi du professionnalisme de ses membres, qui mettent autant de minutie dans l’exécution que dans les balances, qui ont d’ailleurs pris un certain temps pour cette raison. Ils ne font pour autant pas rimer rigueur avec rigidité ; j’en veux pour preuve le sens de l’humour dont fait montre Zahaah à tout bout de champ, comme lorsqu’il part dans un rire démoniaque au milieu d’un morceau ou lors de ses interactions avec le public rythmées par ses plaisanteries. Parmi elles, une concernant sa guitare vieille de plus de trente ans, qui commencerait à se désaccorder au motif qu’il n’en aurait « rien à branler »… Ces intermèdes humoristiques apparaissent comme des escales ponctuant le voyage dans le passé dans lequel Himinbjorg nous emmène. Ce passé est autant celui de la Scandinavie, dont le groupe a fait sa marque de fabrique, que le sien propre, au travers de morceaux plus ou moins anciens de sa carrière. Parmi eux, citons Death of a King, issu de Golden Age dont le vingtième anniversaire n’est encore pas si loin derrière, ou encore Rising, sorti en 2000 sur l’album In the Raven’s Shadow. Autant dire que ces « vieux » titres ont vieilli comme du bon vin !
Alors qu’approche la fin du set, Zahaah annonce la venue sur scène d’un invité spécial, qui n’est autre que Baptiste Labenne, fondateur et frontman de Boisson Divine qui joue juste après. « Ce sont des gens du sud, mais ils sont très bien ! » plaisante — encore — l’homme aux cheveux d’argent. Tout au long de ce morceau, Destin de sang, le Gersois et Himinbjorg célèbrent une amitié de dix ans qu’ils ne cachent pas leur joie de partager avec nous ! En quelques mots, un concert très solide et équilibré entre présent et passé, passages atmosphériques et autres plus terre-à-terre, mené de front par des musiciens qui inspirent un profond respect.
Après avoir dû annuler sa venue à l’édition 2023 du Dark Medieval Fest — son batteur ayant été à ce moment en convalescence suite à une opération —, Boisson Divine rattrape le coup cette année, venu tout droit de sa Gascogne d’origine. Peu de temps après son incursion dans le set d’Himinbjorg, voilà donc Baptiste Labenne de retour sur scène, bien accompagné de ses comparses gascons, pour nous emmener à la découverte du patrimoine folklorique de cette région du sud-ouest de la France plus connue pour son patrimoine viticole. En bons guides touristiques, les musiciens déploient leurs meilleurs atouts au programme de cette visite, à savoir : des morceaux dansants aux textes écrits dans la langue locale — l’occitan — et aux refrains chantés à l’unisson, le tout saupoudré de l’accent chantant qui va avec, beaucoup de solos de guitare, divers instruments folkloriques gérés d’une main et d’un souffle de maître par Pierre Delaporte alias Pereg ar Bagol qui se balade de l’un à l’autre et, surtout, beaucoup d’humour ! « On est désolés d’interrompre votre soirée black metal ! » s’exclame d’ailleurs Baptiste entre deux morceaux. « Et vive le Gers ! » répond à cela un spectateur tout aussi plaisantin ; ce sur quoi le groupe se lance sur le morceau suivant et la fosse dans une danse endiablée. Effectivement, au vu de son aspect festif et jovial, dire que Boisson Divine dénote par rapport aux autres groupes de l’affiche paraît un doux euphémisme ! Comment en vouloir à ces cinq-là, néanmoins, de distiller si généreusement autant de bonne humeur au milieu d’autres univers plus ou moins sombres et extrêmes ? Sur ce point, mention honorable au batteur Adrian Gilles, qui n’oublie pas de sourire à l’objectif !
Histoire de nous donner une autre raison de festoyer — comme si on en avait besoin ! —, Baptiste annonce la sortie prochaine d’un nouvel album, sans pour autant s’avancer sur la date de parution. Quelques extraits viennent s’intégrer à la setlist, tous dédiés à Nathaniel Reynaud — « c’est encore de ta faute ! » clame l’homme au béret. En outre, le troisième et dernier de ces nouveaux titres comprend des éléments familiers pour les fans de black metal, tels un tempo plus lent et un passage où le chant se fait plus agressif ; comme quoi Boisson Divine pense tout de même à eux. « Peut-être que Moisson Livide a infusé dans cette chanson, qui sait… », commente Baptiste Labenne, faisant par la même un petit coup de pub à son side-project. Cerise sur le gâteau, après le classique final Libertat, voyant que le public en réclame encore, le groupe revient pour un rappel qui prend la forme d’une reprise du chant traditionnel Vive Henri IV, dans une humeur toujours aussi festive. Autant dire qu’avec Boisson Divine, la réputation de bons vivants des Gascons n’est plus à prouver !
En attendant l’arrivée de la tête d’affiche de ce soir, les curieux et amateurs de pyrotechnie peuvent assister à une prestation par Les Pérégrins d’Ycelieu, qui mettent la barre du spectaculaire un cran plus haut que l’an dernier et nous offrent un bouquet final en forme de performance en groupe.
Après une prestation ayant marqué les esprits au Dark Medieval Fest de 2022, d’après les échos que j’en ai eu, Selvans fait son retour cette année, cette fois-ci en tant que tête d’affiche. Ce retour prend toutefois un goût un peu particulier, doux-amer, puisqu’il s’agit là de la dernière date française du groupe, son fondateur Luca Del Re a.k.a Selvans Haruspex ayant mis un point final à la trilogie d’albums au cœur du projet et par la même à celui-ci. Pour autant, l’heure n’est pas à verser des larmes ; plutôt à célébrer tous ensemble le folklore italien dans ses aspects les plus ténébreux. Au vu de cette thématique et, encore une fois, des retours, voilà un show qui promet d’être très théâtral… ce qui se vérifie très rapidement lorsque Selvans, l’artiste, déboule comme un fou sur la scène toutes cornes dehors, arborant fièrement maquillage cadavérique, veste en cuir rouge et santiags et poussant des cris si éraillés que l’on croirait un oiseau de proie ! Ces atouts, couplés à une présence scénique de tous les instants, font de l’Italien aux allures de seigneur vampire des temps modernes un véritable showman qui sait occuper l’espace scénique et porte le concert de bout en bout. Rien d’étonnant pour qui sait que le gentleman exerce aussi en tant qu’acteur dans des comédies musicales ! Ses comparses instrumentistes, bien qu’en retrait, ne font pas pour autant de la figuration. Bien au contraire, ils savent montrer leur joie d’être là, en plus de tous exceller sur leurs instruments respectifs. Acheron, guitariste lead à l’instrument rouge, déploie un shredding à la taille de son immense chevelure ; de l’autre côté de la scène, son comparse rythmique The Ancient et le bassiste Agares forment un duo inséparable, bien appuyé par Signifer en fond.
D’un point de vue musical, il paraît difficile de classer Selvans dans un genre bien défini. Pour résumer le style succinctement et de manière un peu métaphorique, il prend sa base sur de très épaisses et solides racines black metal aux branches atmosphériques. Sur ces fondations bien ancrées bourgeonnent quelques pousses en totale liberté, ici folk, là un aspect goth qui n’est pas sans évoquer la première heure de ses compatriotes de Theatres des Vampires, et même un peu de prog… autant d’éléments qui font la recette Selvans, très riche mais jamais au point d’en devenir indigeste, épicée à point, qui fonctionne du tonnerre… et qui passe finalement aussi vite que ce dernier : à peine a-t-on eu le temps de goûter et de se faire aux multiples saveurs que nous voilà déjà rendus au moment où Selvans Haruspex annonce la fin du set ! Cela se passe sur Lupercale, morceau culte ayant marqué les débuts du projet en 2014. Heureusement pour nous, les plus de neuf minutes de cet ultime titre comportent leur lot de richesses qui en valent — très — largement le coup, apportant une conclusion en bonne et due forme à la dernière date française de Selvans et à cette cinquième édition du Dark Medieval Fest. Ouvrir sur l’éclosion d’un groupe pour s’achever sur la révérence d’un autre, quelle plus belle symbolique, je vous le demande ?
Une affiche riche aux divers degrés d’extrémité — et à elle seule plus black que celle de Temple au Hellfest —, de nombreux moments de rire couplés à d’autres plus sérieux, une équipe et des artistes très investis, un grand amour pour la France et une chaleur humaine indéniable ; voici à peu de chose près ce qui marque les esprits dans cette édition 2025 du Dark Medieval Fest, et ce à quoi elle doit une réussite très largement méritée. Rendez-vous l’année prochaine avec une nouvelle affiche qui promet d’être « plus européenne » d’après les dires de Golden Stone Events et que l’on a déjà hâte de découvrir !





