Vainqueur du Wacken Metal Battle Belgium, le groupe de thrash/death belge a ainsi eu l’occasion de fouler le « Holy Ground » du Wacken Open Air en 2024. Deux ans plus tard, c’est sur une autre scène de choix que nous le retrouvons, cette fois à domicile, à l’Alcatraz Open Air.
Mais derrière cette succession de belles opportunités se trouve un groupe qui garde manifestement les pieds sur terre. Quelques heures après son passage sur scène à Alcatraz, Poseydon nous a accordé une vingtaine de minutes pour revenir sur l’aventure Wacken, cette nouvelle étape franchie en terre belge, mais aussi sur son nouvel album, Time Is a River, and the Waters Are Red, sa manière de composer et les perspectives qui s’ouvrent désormais à lui. Une conversation détendue avec des musiciens dont la bonne humeur contraste délicieusement avec la violence de la musique qu’ils défendent.
Ces dernières années ressemblent un peu à une success-story pour Poseydon. Vous avez notamment remporté le Wacken Metal Battle Belgium, ce qui vous a permis de jouer au Wacken Open Air en 2024. Deux ans ont passé depuis, mais j’imagine qu’un concert à Wacken reste gravé dans les mémoires…
Tom Lenaerts : Je pense que même dans dix ans, nous nous souviendrons encore de ce concert ! Nous sommes arrivés le mardi pour récupérer nos bracelets et recevoir toutes les informations nécessaires. Le gars qui nous accueillait nous a expliqué qu’il disait la même chose à tous les groupes : « Ne soyez pas surpris, il y aura beaucoup de monde devant la scène. » Et puis, lorsque tu montes effectivement sur scène, tu te dis : « Putain, il avait raison ! » Il y avait vraiment énormément de monde.
Jouer sur le « Holy Ground » devant un tel public doit être assez particulier pour un groupe belge. Mais le public de Wacken est aussi réputé pour être particulièrement réceptif, y compris envers les groupes qu’il ne connaît pas.
Tom Lenaerts : C’est effectivement très particulier. À Wacken, le public est vraiment positif envers les groupes et les encourage. Dans certains festivals, lorsque les gens ne connaissent pas un groupe, ils restent simplement là à regarder, les mains dans les poches. À Wacken, ils participent beaucoup plus.
« À Wacken, nous n’avions que vingt minutes, alors il fallait partir à fond dès la première seconde. Ces vingt minutes devaient compter. »
En tant que vainqueurs du Metal Battle, vous ne disposiez cependant que d’une vingtaine de minutes. Cela oblige à tout donner immédiatement. Comment se prépare-t-on mentalement à un concert pareil ?
Tom Lenaerts : Je ne pense pas qu’on puisse réellement se préparer mentalement à quelque chose comme ça. En tant que chanteur, lors d’un concert normal, j’essaie toujours de ne pas commencer trop fort. Aujourd’hui, par exemple, nous avions quarante minutes de set : il faut que j’aie encore suffisamment de souffle à la trente-huitième minute ! À Wacken, nous n’avions que vingt minutes, alors il fallait partir à fond dès la première seconde. Ces vingt minutes devaient compter.
Habituellement, après trois ou quatre morceaux, tu es vraiment chaud, le son s’est éventuellement amélioré et tu commences à te sentir parfaitement à l’aise sur scène. Mais là, après quatre morceaux… c’était déjà terminé ! Lorsque nous sommes redescendus de scène et avons repris la route, je regardais ma copine en disant : « Quoi ? Je veux y retourner ! Je n’ai pas fini ! » Mais c’était terminé.
Deux ans plus tard, vous venez de jouer ici, à Alcatraz, l’un des principaux festivals metal de votre propre pays. Est-ce une étape qui compte particulièrement pour vous ?
Tom Lenaerts : Oui, énormément. C’est important pour nous de pouvoir faire nos preuves dans notre propre pays. Wacken nous a ouvert des portes et nous pourrons toujours dire que nous avons joué là-bas. C’est quelque chose de spécial. Alcatraz représente un peu la même chose pour nous. Pouvoir jouer à Wacken puis à Alcatraz signifie beaucoup.
Et il y aura même une séance de dédicaces tout à l’heure. Ce n’est pas forcément quelque chose que l’on propose régulièrement à un groupe belge dans un festival de cette importance. Vous devez également en être assez fiers.
Tom Lenaerts : Bien sûr ! On nous a demandé si nous voulions participer à une séance de dédicaces et je me suis dit : « Oui, pourquoi pas ? » Si on nous offre cette possibilité, pourquoi refuser ? Je suis vraiment curieux de voir ce que cela va donner. Avec un groupe belge dans un festival belge, on ne sait jamais : il peut y avoir énormément de monde, quelques personnes… ou personne ! [rires] On verra bien. Mais on nous donne cette chance, alors autant la saisir.
Une de mes collègues avait été très enthousiaste en parlant de vous dans son live-report de Wacken. Elle soulignait quelque chose que j’ai également remarqué : vous jouez une musique extrêmement puissante et agressive, mais sur scène vous êtes souriants, détendus et très proches du public. Il se dégage beaucoup de positivité de votre attitude. Est-ce quelque chose dont vous avez conscience ?
Tom Lenaerts : J’aime beaucoup que tu dises ça, parce qu’avec mon ancien groupe, nous avions joué quelque part et une chronique avait été publiée ensuite. Le journaliste avait écrit en substance : « Le groupe s’appelle Our Hate, mais ils sourient sur scène, ça ne se fait pas ! » Apparemment, nous n’aurions pas dû sourire ! [rires] Mais moi, je suis heureux lorsque je suis sur scène, alors pourquoi est-ce que je ne sourirais pas ?
Vous venez de sortir un nouvel album, Time Is a River, and the Waters Are Red. Lorsque vous composez, pensez-vous déjà à l’effet qu’un morceau pourra produire en concert ? Ou partez-vous simplement d’un riff qui vous plaît, sans vous demander immédiatement comment le public pourra réagir ?
Alain De Block : J’ai toujours beaucoup de riffs en réserve. J’en mets énormément de côté et les meilleurs finissent par être présentés au groupe pour que nous essayions d’en tirer le maximum. Mais il faut aussi se demander ce que le morceau va provoquer chez le public. Tu pars d’une idée, mais à un moment donné, tu dois réfléchir au résultat et à la manière dont les gens vont réagir.
Tom Lenaerts : Pour cet album, j’ai d’ailleurs travaillé d’une manière qui a probablement paru assez étrange aux autres. Sur l’album précédent, Through the Gate of Hatred and Aversion, j’avais réalisé une préproduction de mes parties vocales. Cette fois, je ne l’ai pas fait. J’ai reçu les guitares, la basse et la batterie, puis je suis allé en studio pour enregistrer directement mes parties. Les autres pouvaient aimer ou ne pas aimer : c’était enregistré ! [rires] Mais je pense que ça a plutôt bien fonctionné.
Après six années passées ensemble, ils savent aussi ce qu’ils peuvent attendre de moi. Il faut avoir confiance les uns dans les autres.
Justement, est-ce que le fait de mieux vous connaître au fil des années contribue à renforcer Poseydon en tant qu’entité ?
Tom Lenaerts : Poseydon existe depuis 1992 et j’ai rejoint le groupe en 2020. Je viens d’une scène assez différente, davantage du hardcore. Je n’ai pas essayé de modifier ma voix pour rejoindre un groupe de thrash/death metal : j’ai simplement continué à chanter comme je le faisais auparavant. Et cette combinaison fonctionne. Les réactions que nous recevons montrent que ma voix s’intègre bien à la musique, donc c’est formidable.
« Nous avons fait cet album, les gens semblent l’apprécier et, si nous voulons passer au niveau supérieur, c’est maintenant. »
Poseydon semble aujourd’hui entrer dans une nouvelle phase. Vous commencez à jouer dans de grands festivals et cela pourrait logiquement entraîner davantage de concerts et peut-être des tournées plus importantes. Mais vivre du metal est extrêmement difficile : vous avez vos métiers, vos familles et vos autres obligations. Avez-vous déjà discuté de la manière dont vous pourriez concilier tout cela si le groupe continue à prendre de l’ampleur ?
Tom Lenaerts : Nous avons justement eu cette discussion il y a quelques semaines. Notre guitariste a eu son deuxième enfant il y a quatre mois et notre bassiste est devenu papa pour la première fois il y a neuf jours !
Quand nous en avons parlé, j’ai dit aux autres : « Nous avons fait cet album, les gens semblent l’apprécier et, si nous voulons passer au niveau supérieur, c’est maintenant. » Nous avons aujourd’hui la possibilité de jouer à Alcatraz. Il faudrait également commencer à aller davantage à l’étranger plutôt que de rester principalement en Belgique et aux Pays-Bas.
Tout le monde est d’accord là-dessus. Évidemment, on ne peut pas décider du jour au lendemain de partir en tournée. Il faut pouvoir s’organiser avec son employeur et voir s’il est possible de s’absenter une ou deux semaines. On ne peut pas aller voir son patron une semaine avant en disant : « Désolé, j’ai un concert à Wacken, je prends quelques jours de congé ! » [rires] Et il n’y a pas que le patron : il y a aussi les compagnes, les enfants…
Mais je sais que nos familles nous soutiennent. Si l’occasion de partir dix jours ou deux semaines en tournée se présentait, je pense qu’elles seraient fières de nous et nous diraient : « Allez-y, profitez-en ! » Ce serait évidemment différent si nous faisions cela six mois par an. Mais si une belle occasion se présente, je suis certain qu’elles nous pousseront à la saisir.
Merci beaucoup pour cette conversation. Je préfère généralement ce genre d’échange assez libre aux interviews purement promotionnelles dans lesquelles on passe en revue chaque morceau du nouvel album. Cela permet peut-être de découvrir davantage les personnes qui se trouvent derrière la musique.
Alain De Block : C’était une chouette conversation ! Et justement, j’ai vu cette semaine une ancienne interview de Jeff Hanneman. Je suis un grand fan de Slayer et quelque chose qu’il disait correspond exactement à ce que nous ressentons. Slayer ne faisait évidemment pas des chansons joyeuses, mais cela ne signifie pas qu’on ne puisse pas sourire sur scène.
C’est exactement ce dont nous parlions : nous ne faisons pas de chansons joyeuses non plus, mais nous pouvons sourire au public. Nous sommes heureux d’être là et heureux de pouvoir faire ce que nous aimons : jouer de la guitare, faire de la musique, répéter… Nous sommes enthousiastes, et c’est finalement cela le plus important.

