Bonjour à toi, Fred, et merci de prendre le temps de nous parler de ton groupe, Obsyd ! Pour commencer, pourrais-tu le présenter et revenir sur sa formation ?

Fred : Le groupe s’est formé en juin 2024. En fait, moi, j’ai rencontré Camille [Augé], le batteur, dans un groupe qu’on avait avant tous les deux. Fin 2023, lui, il avait un groupe de stoner ; il cherchait un guitariste et on s’est rencontrés comme ça. Je lui ai fait écouter les compos que moi, j’avais de mon côté, qui comportaient une grosse influence stoner, mais qui tiraient aussi plus sur le sludge et le death metal. Du coup, il m’a dit « Vas-y, on monte un projet et on joue tes morceaux ! » On a recruté un bassiste et un guitariste et, le 13 juin 2024, on a fait notre première répèt’. On a avancé comme ça ; le groupe n’a pas bougé depuis, on est toujours tous les quatre. Nous, on est au croisement du stoner, du death, du sludge, avec des petites notes de hardcore à droite à gauche… On a appelé notre style le « controlled rot », en gros, pourriture contrôlée. On trouvait que ça collait bien comme image.

D’où vient le nom Obsyd ?

Obsyd, c’est un nom qui me tournait dans la tête depuis longtemps, parce que… j’aime bien les cailloux, on va dire ! (rires) À la base, ça vient d’une pierre que j’aime beaucoup, qui s’appelle l’obsidienne et qui est une pierre noire (il montre un bracelet en obsidienne). Je ne sais pas si on voit vraiment bien, mais en général, c’est une pierre noire dans laquelle il peut y avoir des petites veines, des reflets un peu sympa, qu’on appelle aussi l’œil céleste. En gros, pour ceux qui croient à la lithothérapie, c’est une pierre d’ancrage et de protection. En plus, elle est noire comme nos âmes, donc c’était pas mal ! (rires) De là, est né le nom Obsyd. Je l’ai proposé aux gars, ils ont dit « OK, ça marche, ça colle bien. » Donc on est partis là-dessus, tout simplement.

C’est un beau nom. En parlant de nom, encore, l’EP que vous venez de sortir — et qui marque un très bon début pour vous — s’intitule 136. Pourquoi ce titre, que signifie-t-il ?

Ça veut dire plusieurs choses. À la base, 136, c’est surtout le 13 juin. Le 13 juin, c’est la première fois où on s’est vraiment rencontrés tous les quatre, où on a joué nos premiers morceaux ensemble et où on a senti que tout de suite, ça collait. On a tous eu des groupes avant, avec de bonnes et de moins bonnes expériences, évidemment. Mais là, je ne sais pas, quand on s’est retrouvés tous les quatre, ce 13 juin 2024, on a senti tout de suite qu’il y avait un truc. Cette date, pour nous, elle est symbolique, elle est précieuse. Du coup, on est partis de là. Après, moi, j’ai fait des recherches et des petits calculs et des trucs comme ça. En fait, 136, en numérologie, ça correspond à 1 : 6 plus 3 plus 1, ça fait 10 ; 1 plus 0 égal 1 et le commencement. On a enregistré notre EP en début d’année et on voulait absolument sortir quelque chose le 13 juin 2026. On a donc sorti le single issu de l’EP, The Ones with the Book, à cette date-là.

Vous sortirez sûrement d’autres choses le 13 juin à l’avenir ! Autrement, tu évoquais le style du groupe, qui se situe à la croisée du blackened sludge, du stoner et du death metal, et j’ai aussi perçu quelques relents thrash sur la deuxième moitié de l’EP. De quelles influences tirez-vous ce mélange de genres ?

En ce qui me concerne, j’ai grandi avec Metallica, comme beaucoup de personnes. J’ai découvert Metallica avec la sortie du Black Album en 1991. J’ai adoré cet album, je l’ai poncé, je l’ai écouté des heures et des heures… Par la suite, je suis revenu en arrière : tout de suite après avoir écouté le Black Album, j’ai acheté Kill ‘Em All, le premier album, que j’ai adoré. Après, j’ai continué sur cette lancée : j’ai acheté Ride the Lightning, puis Master of Puppets et …And Justice for All. À ce moment, je suis complètement tombé dans Metallica. J’aimais tout : la musique, les textes, l’attitude sur scène… De là, j’ai commencé à chercher plus de brutalité et de violence. À peu près à la même période, j’ai découvert Sepultura, Pantera, Machine Head — je suis un très gros fan des débuts de Machine Head. Après, j’ai découvert le death metal avec des groupes comme Loudblast, par exemple, qui sont les papis du metal en France et qui ont sorti des albums exceptionnels. Après, j’ai aussi écouté des trucs plus classiques, comme par exemple Judas Priest, que j’aimais beaucoup aussi. Parmi mes influences, il y a aussi des groupes un peu plus obscurs, comme Buzzov•en, qui sont un peu les papas du sludge de la Caroline du nord dans les années 90. Fallait que ça gratte, que ça tape, que ça braille, c’est ce qui me plaisait.

En ce qui concerne les autres, on a Seb [Eymonet], le bassiste, qui est aussi très fan du metal des années 90. Il faut dire qu’on a tous entre 40 et 50 balais, autrement dit, on a grandi avec le metal de cette période pour beaucoup d’entre nous. Seb est un gros fan de Sepultura, de tous ces trucs-là. Philippe [François], le gratteux, aime beaucoup tout ce qui est black metal. C’est aussi un gros fan de jazz manouche, de thrash et de death metal… Et Camille, lui, est un très gros fan de Converge, par exemple, de Down aussi… gros fan de stoner, un peu comme moi. J’ai écouté beaucoup de Down, de Corrosion of Conformity, tous ces groupes très lourds, très lancinants, mais toujours avec une certaine violence dans le propos, dans l’attitude ou dans la voix.

Ce qui est remarquable vis-à-vis de l’EP, c’est que vous êtes parvenus à rassembler ces différents éléments et influences dans un ensemble très cohérent et structuré. Comment vous y prenez-vous pour écrire vos morceaux ?

Pour l’instant, il y a beaucoup de morceaux qui ont été écrits à la base par moi, parce que j’en avais déjà pas mal. Mais au fur et à mesure, les autres ont contribué… Moi, je suis arrivé avec mes morceaux déjà tout faits et, tous les quatre ensemble, on a discuté jusqu’à modifier certaines choses : par exemple, tel passage, ce serait peut-être bien qu’on l’arrête ici et qu’on parte sur autre chose après ; ce serait peut-être bien de mettre le refrain là plutôt que de le mettre ici, ou de le mettre ailleurs… En gros, on prend un morceau et on va tous mettre notre grain de sel. Par exemple, The Ones with the Book, ce n’est pas moi qui l’ai écrit, c’est Camille. Moi, j’ai amené un texte et j’ai posé une voix ; Phil, lui, a amené des harmonies. On essaie d’avancer comme ça ; du moment que ça convient à tout le monde et que c’est cohérent, on y va. Là, on commence à avoir plus de compositions un peu plus mélangées, on va dire. C’est vrai qu’au départ, on avait beaucoup de choses où la base était faite. On a amené des petites choses chacun, mais là, on commence à aboutir à des morceaux qui sont un peu plus variés, mélangés dans tous nos influences respectives.

“Dans 136, il y a une grosse part de colère.”

À l’écoute, c’est une impression que j’ai eue, peut-être parce que l’intro et les deux premiers titres s’écoutent d’un seul trait, mais j’ai cru comprendre que cet EP racontait une histoire… La question est donc : quels sont les thèmes abordés dans les textes ?

Dans 136, il y a une grosse part de colère, je dirais. Le premier morceau, Vulcan’s Breath, porte surtout sur la colère intérieure. Il y a tout une montée dans le morceau : ça commence de manière assez lourde et assez « calme »… J’avais la volonté de construire cette progression vers cette explosion finale, avec une voix qui commence sur un ton très grave et très posé et qui finit en hurlement. Dans ce morceau, on retrouve une notion de colère contenue, si tu veux, de colère qui est là, qui grossit petit à petit et qui demande qu’à exploser.

Sur le deuxième, The Ones with the Book, on est plus sur une colère adressée : on s’attaque clairement aux religions du livre, les trois grands monothéismes qui tiennent une partie du monde, en exprimant cette colère à leur encontre. Je ne suis pas foncièrement anti-religieux pour ma part, mais je ne suis pas non plus pour l’imposition du dogme et de la pensée. Je crois énormément à la liberté individuelle et au fait qu’on peut choisir nous-mêmes notre destinée sans avoir besoin de se la faire inculquer par telle ou telle personne qui pense détenir la vérité. La religion, ça doit rester quelque chose d’intime, selon moi. C’est un chemin intérieur.

Après, il y a Rotten to the Core qui évoque une colère, encore une fois, plutôt adressée à une certaine partie de la population qui, justement, essaye de diviser, de nous diviser, alors qu’on a tout à gagner à s’unir. La majorité des êtres humains doit s’unir parce que le pouvoir a été accaparé par un tout petit groupe de personnes qui pensent qu’elles peuvent décider à notre place. C’est un peu le même principe que le morceau d’avant, mais là, on n’est pas sur la religion au sens premier, on est sur un autre type de religion : celle de l’argent et du pouvoir. Je nomme clairement dans le morceau les néoconservateurs racistes qui tiennent le monde, alors que je pense — c’est ce qu’on constate en ce moment — qu’ils sont un peu en train de se casser la gueule.

Le morceau suivant, c’est Orphans ; lui, il évoque plutôt une colère intergénérationnelle. Là, je m’adresse plus particulièrement aux boomers. Je le sais parce que j’ai des boomers dans mon entourage qui ont pu se vexer en entendant le morceau, parce que clairement, je leur crache un peu ma bile à la tronche. Mais j’avais besoin de ça. Orphans, c’est le plus vieux morceau de l’EP ; il a été écrit il y a déjà plusieurs années et je l’avais déjà enregistré de mon côté. On l’a réenregistré, pour le coup, avec une vraie prod et des vrais moyens. Je pense qu’il tape très, très fort. En gros, le morceau commence par : « Orphans, you let me drown » ; vous nous avez laissé sombrer, vous nous avez abandonnés, en gros. C’est un peu la génération X qui s’adresse aux boomers, quoi !

Et le dernier, Life on a Leash, c’est une colère retournée contre soi-même, on va dire. Tu te regardes dans la glace et tu constates ce qui ne va pas… et tu te rends compte que soit tu te réveilles, soit tu crèves. Tout ça avec un refrain un peu plus chanté et un peu plus posé, qui fait passer un message un peu plus positif, qui dit « Pose-toi, repose-toi, ça va aller, mais arrête de te faire du mal. »

En gros, c’est ça, les thèmes abordés : ça tourne autour de la colère.

C’est intéressant, ces différentes manières d’aborder le sujet. Parmi les morceaux, en as-tu un préféré — du moins que tu préfères jouer — ; et les autres musiciens ?

C’est difficile de parler pour les autres, pour le coup. Je sais que moi, je prends beaucoup de plaisir à tous les jouer, mais si je devais en citer un, ce serait Orphans, pour le côté très brutal, très rentre-dedans. Pour le coup, celui-ci, vraiment, c’est une colère qui date de longtemps pour ma part ; j’en veux beaucoup à la génération de nos parents pour plein de raisons. Celui-là, c’est un vrai plaisir de le jouer sur scène, parce qu’il y a plusieurs mouvements dans le morceau, avec un solo qui est super épique. À la fin du solo, ça redescend et quand ça repart, en général, ce moment-là, sur scène, il est super intense pour moi. J’aime beaucoup aussi Life on a Leash. On conclut souvent nos concerts avec ce morceau parce qu’il s’y prête bien : il tape tout de suite, les refrains sont très entraînants… et je sais que moi, j’ai tendance, sur ce morceau-là, à vraiment maltraiter ma guitare. Sur les refrains qui sont en accords ouverts, je tape sur ma gratte comme un fou parce que c’est galvanisant. Il y a quelque chose qui se passe souvent entre Orphans et Life on a Leash, qui sont souvent enchaînés quand on joue en live, et cet enchaînement donne un gros boost d’adrénaline. Quand on descend de scène, on n’a qu’une envie, c’est d’y retourner !

C’est l’effet cathartique ! Un autre point notable sur l’EP, c’est sa production de très bonne qualité, ce qui n’est tout de même pas si courant chez les groupes émergents qui n’ont souvent pas beaucoup de moyens. À qui doit-on cette qualité de mixage et de mastering ?

Ça vient de notre ingénieur son, Axel, qui a une boite qui s’appelle Blacksmith Audio et qui m’a été recommandé par un autre pote. Je ne sais pas si tu as entendu parler du groupe Reigan-Do ; c’est un groupe de post-hardcore de la région Rhône-Alpes, qui sont des potes à moi. On se connaît depuis pas mal d’années maintenant et on s’envoie toujours des tips, des conseils pour se soutenir et se donner des plans. C’est l’un des membres qui m’a dit « Si tu veux faire mixer et masteriser, envoie ça à Axel, tu vas voir, il va te faire un travail d’enfer ! »

Ce qui a été vachement important aussi, c’est toute la partie prise de son. Pour le coup, on a tout fait chez un ami qui est ingé son lui aussi, à Roquemaure, du côté de chez nous. De base, c’est un pote de Philippe, notre guitariste, et il nous a proposé d’enregistrer chez lui. On y a enregistré les guitares et la batterie ; il n’y a que Seb qui a enregistré ses parties de basse de son côté et moi qui ai enregistré les voix du mien, avec ma petite Scarlett Solo et mon Mac.

En plus, Axel, c’est un gars en or. On a fait, je sais pas, trois ou quatre révisions sur certains morceaux… et lui, il est toujours là, il est hyper réactif et il se donne vraiment à 100 % sur chaque projet. On est le premier « vrai » groupe de metal, en plus, de « gros » metal, dont il s’occupe. Lui, il a beaucoup travaillé avec des rappeurs et avec des gens qui font de la pop, de la folk ou des projets un peu rock, mais il n’avait jamais fait de metal aussi rentre-dedans. Il a accepté le défi et, pour moi, il l’a relevé haut la main. Nous, on est super fiers de ce qu’on a sorti, vraiment ! Avec les moyens qu’on a, effectivement, c’est pas évident, parce que, tout le monde le sait, c’est pas avec les quelques dates qu’on fait dans l’année et nos quelques followers qu’on arrive à sortir un salaire et de l’argent. On s’est regroupés, on s’est cotisés… on a fait des sacrifices, évidemment, parce que c’est obligé de faire des sacrifices, surtout quand tu fais ce type de musique, je pense. On a tout donné ; tous les gens qui nous ont accompagné, ils ont tout donné aussi. Je dirais que de mon côté, au niveau personnel, on a des gens autour qui nous aiment et qui nous soutiennent.

En parlant des gens qui vous accompagnent, je vous ai connus via Marion de LM Prod, qui a écrit pendant un temps pour Metal Alliance Mag. Comment l’avez-vous connue ?

Pour le coup, c’est Seb, notre bassiste, qui a pris contact avec elle, je ne sais pas par quel biais. Nous, on voulait être un peu accompagnés sur la com, parce qu’Instagram, Facebook, ça prend du temps quand tu veux développer un réseau comme ça. Nous, on est tous très occupés : entre nos boulots, nos vies de famille — on est tous parents —, on a tous un chez nous, des crédits à payer et la musique qu’on joue en plus. C’est Seb qui nous a proposé ; il nous a dit « Écoutez, venez, on prend un community manager. » Par rapport à la sortie de l’EP, on voulait assurer. Et ça a payé, finalement, parce qu’on a gagné en visibilité et en qualité de contenu. Marion, elle nous a fait du super taf. Le détail de comment vraiment ils se sont rencontrés, je ne sais pas… Je crois qu’il a cherché sur internet, « community manager », tout simplement. (rires) Il est tombé sur plusieurs et il a choisi Marion.

“On s’est donné au moins un an avant de sortir quoi que ce soit d’autre.”

À l’heure actuelle, quels sont les projets pour Obsyd ? Peut-on s’attendre à ce que vous sortiez un album prochainement ?

Prochainement, je ne pense pas. Parce que là, on voit l’énergie, le temps et les moyens que ça nous a pris pour sortir l’EP. On s’est donné du temps ; on s’est dit, 2027, 2028, peut-être… est-ce qu’on ressort un EP cinq titres ? Sur celui qui est sorti, en tout, il y a sept pistes, quand même : une intro, une outro et cinq titres. Pour un EP, c’est déjà pas mal. On s’est demandé « Est-ce qu’on vise l’album ? Est-ce qu’on se dit qu’on se ressort cinq ou sept titres comme ça ? » On ne sait pas encore, mais c’est dans les tuyaux. On a encore des morceaux qui traînent à droite, à gauche ; on a des trucs qui sont finis… On a notamment un morceau qu’on joue sur scène, qu’on va enregistrer, qui est un gros truc. C’est un morceau qui dure neuf minutes, qui est long, qui va prendre du temps aussi à enregistrer correctement parce qu’il y a quand même pas mal de mouvements dedans et tout… On a des bouts de riffs, on a des bouts de chansons, on a des chansons complètes… La rentrée a été assez prenante pour nous quatre, en termes d’occupation hors musique, on va dire. Mais là, on commence tous à sortir un peu la tête de l’eau, à se recaler nos répètes, nos sessions de travail et on avance comme ça.

En ce qui concerne une prochaine sortie d’album ou d’EP, je ne peux pas t’en dire plus. On s’est donné au moins un an avant de sortir quoi que ce soit d’autre. Donc, avant l’automne 2027, ne vous attendez pas à quoi que ce soit. Peut-être un single si on a le temps et les moyens… Déjà, courant novembre, on va tourner notre premier clip. On va clipper un morceau de l’EP parce que ça reste une étape essentielle, je pense, dans la vie d’un groupe à l’heure actuelle : il faut sortir un clip, si tu veux gagner un peu en visibilité. Ça permet de faire des shorts et des reels ; ça, ça marche pas mal.

Sinon, en dehors de ça, on a quelques concerts prévus pour l’année prochaine : on fait une date à Limoges et le lendemain, on descend sur Toulouse avec des potes de Philippe. Il est originaire de cette ville et il a encore pas mal de contacts là-bas. On a envie d’aller jouer à Toulouse depuis longtemps ; ça n’a pas été évident mais là, les étoiles se sont alignées et on a enfin trouvé une date qui coïncide. On a aussi quelques petits projets en parallèle avec des potes à nous aussi, des groupes du coin, qui sont Brume, un groupe de post-metal de Nîmes, et Unleash, qui est un groupe un peu plus stoner et metal alternatif ; du moins c’est comme ça qu’ils se définissent. Eux, ils sont de Montpellier et cette année, on a fait la fête de la musique ensemble en autogestion. On avait juste un accord avec la ville de Nîmes ; on s’est organisés et on a réussi à avoir une scène et à s’implanter sur un quartier. On a fait ça avec deux autres groupes, BRH et Revtards ; ça s’est super bien passé et on s’est super bien entendus. En fait, Brume, c’est les gars avec qui on a fait notre premier concert. Pour la petite histoire, le guitariste de Brume, c’est le guitariste de l’ancien groupe de Camille, et le batteur de Brume, c’est mon ancien bassiste à moi, du coup on se connaît bien. Ensuite, on a fait notre date avec Unleash, et c’est comme ça qu’on s’est rencontrés. Ça a super bien marché, il y a un très bon contact entre ces trois groupes. On est peut-être en train de préparer quelque chose tous les trois… On ne sait pas encore ce que ce sera ni quelle forme ça prendra, mais il y a quelque chose dans les tuyaux, en tout cas.

On attend de voir ! À part eux, y a-t-il des groupes français ou internationaux avec qui Obsyd aimerait partager une affiche ?

Ouais, mais ça, il y en a énormément, on va dire ! Si je veux faire dans le grand classique, nous, on aimerait faire la première partie de Loudblast un jour, parce que c’est un groupe mythique. C’est un groupe qui, je trouve, n’a pas eu un écho assez grand en France ni à l’international. Pour moi, les tauliers, en France, c’est eux. On parle énormément de Gojira, puis il y a plein d’autres groupes en ce moment qui ont émergé, comme Landmvrks, des… comment ils s’appellent, déjà ? Je ne connais pas énormément la scène française, j’avoue, à part les groupes de mon coin. Il y a plein de groupes énormes ; Gojira, évidemment, ça me ferait énormément de plaisir de jouer pour eux, par exemple. Je suis moi-même un très, très gros fan de Gojira de la première période jusqu’à L’enfant sauvage. C’est moins mon style après ; je ne dis pas que ce n’est pas bien ce qu’ils font maintenant, mais c’est moins ma came, on va dire. Mais oui, des groupes comme Gojira, j’aimerais beaucoup.

À l’international, j’aimerais beaucoup jouer pour les frères Cavalera. Si je pouvais faire leur première partie, ce serait génial. Avec Seb, on les a vus sur scène cet été ; c’était un rêve de gosse qui se réalisait. La prochaine étape, c’est faire leur première partie. De temps en temps, ils passent chez nous, donc on va essayer de se caler sur eux.

Après, il y a plein d’autres groupes, même certains avec qui les styles ne collent pas forcément. Par exemple, j’adorerais faire la première partie de Psychonaut. Machine Head, évidemment. Il y en a tellement, je ne peux pas tous les citer…

Moi aussi, j’adore Psychonaut. Et Gojira, je les ai vus l’an dernier chez moi, à Lyon ; c’était un show incroyable.

Moi, Gojira, je les ai vus trois fois. Notamment au Transbordeur, qui a été la meilleure de ces trois dates. C’était le feu !

“Petit à petit, on arrive à sortir de notre région.”

On arrive gentiment à la fin. Du coup, j’ai une question que je pose souvent aux groupes qui viennent de certaines régions de France. Je connais un peu votre région d’origine pour y avoir vécu un temps et, on ne va pas se mentir, c’est un peu désertique niveau concerts et événements. En matière de groupes, on n’en connait pas beaucoup qui en viennent et, à moins de s’appeler Alcest — encore qu’eux se sont relocalisés à Paris à un moment — ou, à la rigueur, d’être un groupe avec une chanteuse comme Hartlight, Mundilfari ou Angellore, c’est compliqué de s’exporter. Du coup, comment cela se passe-t-il pour les groupes de la région quand ils veulent jouer, et quelles relations entretiennent-ils entre eux ?

Les relations, en général, sont assez bonnes. Comment ça se passe… en gros, je pense que chaque groupe démarche de son côté autant de salles qu’il peut. Nous, c’est plutôt Seb, notre bassiste, qui gère cette partie-là, qui s’occupe de contacter des gens et d’envoyer des mails. Nous, on envoie notre press kit, des extraits, pas mal de choses comme ça… C’est un peu le principe de la pêche : tu lances ta ligne et tu attends que ça morde, puis si ça ne mord pas, tu relances, tu lances ailleurs, etc. Après, en fonction, des fois, on a des plans. Par exemple, tu as une date et l’organisateur te dit « OK, je veux bien, j’ai tel ou tel jour qui serait dispo. Est-ce que tu as d’autres noms de groupes à me donner ? » Et à ce moment-là, nous, on peut faire appel à nos contacts, par exemple Brume et Unleash. Du côté de Toulon ou de Marseille, on a aussi des groupes comme Snapshot (groupe de death/thrash metal marseillais, ndlr), avec qui on a déjà fait du live. Sur Nîmes, il y a quand même pas mal de groupes aussi. On s’envoie des plans de temps en temps comme ça. Sinon, c’est démarchage, démarchage, démarchage. On envoie des mails, quand on a un numéro de téléphone, on essaye d’appeler et on essaye d’adopter une approche la plus pro possible. Parce que moi, en tout cas, un des rêves que j’ai, c’est d’arriver un jour à en vivre, mais à bientôt 50 ans, on se doute bien que la plus grosse partie est peut-être passée et que ça n’arrivera peut-être jamais… mais c’est pas grave, en fait. Nous, on veut avoir une approche professionnelle. On veut se produire, on veut tourner, on veut jouer en Bretagne, on veut jouer à Paris, Lyon… On aimerait bien jouer au Rock’n’Eat un jour, quand même.

Je peux peut-être essayer de faire passer le nom d’Obsyd à quelques organisateurs à Lyon…

C’est gentil. Si tu peux le faire, ce serait top ! Moi, je suis Lyonnais, de base, donc ça me ferais énormément plaisir d’aller jouer dans ma ville un jour. Mais c’est ça, c’est un travail qui se fait petit à petit : tu prends des contacts et tu rencontres d’autres groupes ; après, ça colle, ça ne colle pas… En général, ça se passe bien. Il y a des groupes avec qui on se recontactera peut-être jamais, tout comme il y a d’autres groupes avec qui ça colle tout de suite. Après, on s’envoie des plans. Le gars, il a besoin d’un groupe pour compléter son plateau, il va nous passer un coup de fil ; la fois suivante, ce sera nous, et on avance comme ça. Petit à petit, on arrive à sortir de notre région. Comme je te l’ai dit, l’année prochaine, on fait Limoges, on fait Toulouse, on va à Fréjus aussi. On y a déjà joué une fois, et là, on refait une date avec The Beers Suckers et Hippolyte, qui sont respectivement un groupe de thrash de Toulon et un groupe de blackened death ; eux, ils sont plus du côté de Monaco et de Nice, il me semble (Beausoleil, dans les Alpes Maritimes, ndlr).

On essaie de s’entraider, mais c’est vrai que ce n’est pas toujours facile dans cette région… Il y a beaucoup de salles qui ferment. Ou alors, ça va être des plans payants. Et payer pour jouer, ce n’est pas ouf… Mais en général, on essaie de se débrouiller pour que ça ne nous revienne pas trop cher parce que c’est une passion. On y dépense déjà énormément d’énergie et de temps, énormément d’argent aussi, parce que ça coûte des sous de pratiquer son art et de s’améliorer, etc. Ce n’est pas toujours évident de s’en sortir sans trop de frais. Mais bon, on est des passionnés, donc on avance, on avance et on insiste.

C’est ça qui est le plus important, au final. On arrive à la fin, du coup, merci à toi pour cette interview et de nous faire découvrir Obsyd ! Quelques mots pour conclure ?

Merci à toi ! Moi, je vous invite tous à aller écouter notre EP. Je pense qu’il peut plaire à beaucoup de monde. De ce qu’on a essayé de faire, je pense que ça a fonctionné, justement, de mélanger nos influences, que ce soit le death, le sludge, le thrash, le hardcore, un peu de black, le stoner et tout… J’ai l’impression qu’on a réussi à faire un mix qui reste cohérent. C’est le retour qu’on a eu, en tout cas, de pas mal de gens qui nous ont dit « On sent toutes ces influences, mais on sent qu’elles sont vraiment absorbées. » On a notre truc à nous, on a notre univers à nous. Donc, j’invite tout le monde à aller écouter 136. Je vous invite aussi à essayer de vous concentrer sur les paroles, parce qu’elles sont aussi vachement importantes pour moi, en tant que chanteur et guitariste. On est quatre, on essaye de foutre un maximum de bordel quand on est sur scène et de donner tout ce qu’on a. Je pense qu’on arrive à transmettre l’énergie aux gens et de l’amour, parce qu’au final, tout se résume à ça : c’est juste de l’amour, celui de la musique, celui des gens… Ils nous le rendent bien, jusqu’à présent. Nous, on a l’intention de rester un moment, donc allez écouter notre EP. Vous ne serez pas déçus, je pense…

J’espère qu’on pourra se retrouver au Rock’n’Eat dans les mois ou années à venir !

Avec grand plaisir. Nous, on est là, on est prêts !