Warning
Rituals of Shame
Genre doom metal
Pays Royaume-Uni
Label Relapse
Date de sortie 19/06/2026

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Y a-t-il vraiment besoin de présenter Warning ? Pour ceux qui n’auraient étonnamment jamais entendu ce nom de leur vie, faisons un rapide retour en arrière. Formé dans l’Essex durant l’année 1994, le quatuor britannique a ébranlé la scène du doom metal — et du metal tout court — avec son deuxième album, le monumental Watching from a Distance (2006), un chef-d’œuvre absolu — et je pèse mes mots — qui s’est rapidement imposé en tant que référence du genre et Warning comme un des groupes les plus déprimants à jamais avoir existé. Après une pause de quelques années entre 2009 et 2016, le groupe s’est reformé afin de célébrer en live les dix ans de ce fameux album, sans pour autant que nous espérions entendre un jour de nouveaux morceaux. Cependant, ce jour est enfin venu, et j’ai honnêtement de la peine à y croire : après vingt longues années de composition et d’expérimentation, Warning est de retour, encore et toujours mené par l’inébranlable Patrick Walker, également frontman de 40 Watt Sun. Rituals of Shame, le tout nouvel et troisième album, sort le 19 juin chez Relapse Records.

Ce n’est pas sans un certain émoi que je me lançai alors dans l’écoute de Rituals of Shame, comptabilisant cinq morceaux pour quarante-cinq minutes. Dès les premières notes du titre éponyme — qui atteint douze minutes —, on est projeté vingt ans en arrière dans la continuation directe de Watching from a Distance. L’auditeur est confronté à un mur de son porté par de gros riffs de guitare, épais, lents et fuzzy à souhait. Les notes, étirées et lancinantes, appellent ainsi à la contemplation, à l’introspection. La batterie est elle aussi terriblement lourde, simple mais très efficace, se démarquant toutefois par des fills ingénieux, comme sur le bridge de fin de Night Comes Down, saccadé et poignant. Le jeu de batterie est dynamique et énergique à la fois, soutenant les riffs à merveille et contribuant à cette atmosphère pachydermique qui fait la renommée du groupe, avec par exemple le breakdown de Landing Lights qui apporte une touche de fraîcheur et de fluidité au tout.

Rituals of Shame se démarque surtout par sa lourdeur et sa lenteur écrasantes — c’est tout de même un album de doom —, virant presque au funeral doom par moments. La production moderne laisse entendre un Warning massif, immense et extrêmement atmosphérique qui prend le temps de développer des morceaux longs et très épais, dans lesquels on retrouve une sorte de simplicité élémentaire, quelque chose de tellement primitif qui en fait tout le charme ; pour ainsi dire, de l’art dans sa forme la plus brute. Les chugs à la fin du titre éponyme et le bridge de Teacher sont la preuve que l’on a pas besoin d’aller vite ou d’avoir un jeu très technique pour être heavy, même beaucoup plus heavy qu’une grande majorité des groupes de metal de nos jours.

Outre la lourdeur caractéristique du doom, Warning est évidemment connu pour sa musique terriblement déprimante, son deuxième album étant souvent cité parmi les plus mélancoliques du genre. Alors que l’approche de ce dernier était relativement conceptuelle et abstraite, ce nouvel opus semble davantage intime, Patrick Walker puisant apparemment de l’inspiration dans ses expériences personnelles et familiales. On retrouve également les thèmes récurrents de l’échec, du deuil, de la honte ou encore de la culpabilité qui transparaissent à travers les paroles et l’atmosphère vraiment prenante de l’album. Teacher est pour moi un des morceaux les plus émouvants de cet opus — et de la discographie du groupe —, regroupant tout ce que j’aime chez Warning et constituant presque un Footprints 2.0 en termes de structure et d’ambiance. On retrouve sur celui-ci le type exact de mélodies que j’adore : mélancoliques, relativement basiques mais tellement réconfortantes et envoûtantes. Je ne saurais expliquer pourquoi, mais elles font du bien à mon âme, pour le dire simplement.

Cependant, la pièce maîtresse de Rituals of Shame est, pour moi, la voix de Patrick Walker, l’inimitable frontman du groupe et compositeur principal, et cela depuis sa fondation. Sa voix semble encore plus travaillée et dynamique que sur les albums précédents, osant aller chercher beaucoup plus haut que d’habitude ces vocalises en quasi vibrato, tel que sur Landing Lights et ses paroles déchirantes, ou sur le refrain de Teacher qui démontre l’émotion et la véritable douleur exprimées par le chanteur. Mielleux et chaleureux, son chant enveloppe l’auditeur d’une étreinte réconfortante et cathartique. Ce qui m’épate avec la voix de Walker est également son aspect criard, nasal et presque brisé, constamment à deux doigts de la rupture, comme si toute la structure des morceaux reposait sur un équilibre fragile et pouvait ainsi se rompre à tout moment. Un autre élément intéressant est la manière dont ce dernier joue avec le rythme des paroles, tel qu’à la fin du morceau éponyme où il accélère la cadence avant que tout se précipite et s’arrête, ou encore le fait de répéter les phrases plusieurs fois, mettant en exergue l’aspect ressassant, voire tourmenté de la pensée.

Avec Rituals of Shame, Warning a réussi à accoucher d’un successeur spirituel à Watching from a Distance. Il s’agit d’un opus extrêmement attendu par les fans et dont la comparaison avec son prédécesseur est certes assez facile ; mais là où le groupe aurait pu capitaliser sur ce qui marchait déjà et les tendances de nos jours, l’album reste sincère et n’essaie pas de reproduire à la lettre la formule d’il y a vingt ans. Nous avons ici affaire à un Warning moderne, mature et toutefois vulnérable qui pousse son art dans ses retranchements avec des compositions contemplatives, cathartiques et physiquement écrasantes, appuyées par des paroles personnelles et bouleversantes. En somme, un album déchirant mais profondément — et étrangement — réconfortant, qui plaira tant aux vieux fans du groupe qu’aux curieux voulant se lancer dans le doom. Avec des albums de Warning, Neurosis et Cult of Luna cette année, les amateurs de musique lente et déprimante seront assurément ravis.

Morceaux préférés : l’album entier.

Saura ravir les fans de : 40 Watt Sun, Pallbearer, Windhand, Khemmis, Yob, My Dying Bride, Candlemass, Neurosis.