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Le death metal old school se porte décidément très bien. Avec Toxic Noxious Undeath, Megascavenger ne cherche pas à courir après les modes ni à moderniser son propos à outrance. Le projet de Rogga Johansson préfère célébrer tout ce qui fait le sel du genre depuis ses origines : des riffs accrocheurs, une atmosphère morbide et cette capacité unique à donner envie de secouer la tête dès les premières secondes.
Derrière Megascavenger se cache l’infatigable Rogga Johansson, véritable homme aux mille groupes et l’un des musiciens les plus prolifiques de la scène death metal actuelle. La liste de ses projets est tout simplement vertigineuse. Avec plus de quarante-cinq groupes à son actif, le Suédois semble incapable de rester éloigné d’une guitare plus de quelques heures.
On lui doit notamment Paganizer, Ribspreader, Putrevore, Revolting ou encore Bloodgut, autant de formations qui continuent encore aujourd’hui d’alimenter régulièrement l’actualité du death metal underground. Mais la discographie de Rogga ne s’arrête évidemment pas là. Les amateurs de death metal connaissent également très bien des projets comme Eye of Purgatory, dont j’apprécie particulièrement l’atmosphère sombre et travaillée, Leper Colony, véritable rouleau compresseur old school, ou encore House by the Cemetery, autre formation que je prends toujours plaisir à retrouver.
À vrai dire, on en vient presque à se demander quand le Suédois trouve encore le temps de dormir ou simplement de faire autre chose de ses journées. Une chose est sûre : quand Rogga Johansson n’est pas en train d’enregistrer un nouvel album, il est probablement déjà en train d’en écrire un autre.
Cette activité débordante pourrait laisser penser à une simple accumulation de projets, mais il n’en est rien. Depuis des années, le musicien suédois enchaîne les sorties avec une constance et une passion admirables, au point d’être devenu une véritable institution pour tous les amateurs de death metal old school. Et s’il y a une petite tradition qui semble également lui tenir à cœur, c’est celle de réunir autour de lui quelques-unes des grandes voix du death metal. Les précédents albums de Megascavenger accueillaient déjà de nombreux invités issus de formations prestigieuses comme Fleshcrawl, Benediction, Massacre, Entrails, Sinister ou encore Crypticus. Toxic Noxious Undeath ne fait donc que perpétuer cette coutume, en poussant encore un peu plus loin le concept de cette grande réunion de famille du death metal old school.
Accompagné du bassiste Johan Berglund, également chargé du mixage et du mastering, ainsi que du batteur Thomas Ohlsson, Rogga a une nouvelle fois décidé de transformer ce retour en véritable célébration du death metal en réunissant une impressionnante galerie de chanteurs invités, un différent sur chaque morceau.
Et avant même de lancer l’écoute, impossible de ne pas s’attarder sur la superbe pochette de l’album. Signée Lucretia Morti, artiste déjà aperçue aux côtés d’Avulsed, Putrevore ou encore Ribspreader, elle représente un cadavre irradié baigné dans des teintes verdâtres et toxiques, comme revenu d’entre les morts après plusieurs décennies passées dans une décharge nucléaire. C’est morbide, détaillé, presque cinématographique et cela résume parfaitement l’atmosphère de l’œuvre.
Je l’avoue volontiers, je fais partie de ces personnes qui passent parfois plusieurs minutes à observer une pochette avant même d’écouter la première note d’un album. Dans le metal extrême, l’artwork fait partie intégrante du voyage. Il donne une identité, raconte déjà une histoire et nous plonge dans une ambiance bien avant que les premiers riffs ne retentissent. Dans un monde où l’intelligence artificielle prend de plus en plus de place, voir des artistes continuer à produire des œuvres originales, immédiatement reconnaissables et dotées d’une véritable âme artistique reste un immense plaisir. Nous ne vous conseillons donc pas seulement d’écouter cet album, mais également de prendre le temps de découvrir le travail de Lucretia Morti et de vous intéresser aux nombreuses illustrations qu’elle a réalisées au fil des années.
Le concept de Toxic Noxious Undeath est lui aussi particulièrement savoureux. Au fil des décennies, des toxines s’infiltrent dans le sol, traversent les couches de terre et viennent contaminer les sépultures oubliées. Là où elles auraient dû apporter la mort, elles créent au contraire une nouvelle forme de vie macabre. Les chairs en décomposition se remettent à bouger, animées par une faim insatiable et une soif de vengeance. Autant dire qu’on est ici en plein film de zombies de série B… et franchement, on adore ça.
L’album s’ouvre avec Graveyard Dreams and Bonehouse Screams, porté par nul autre que Kam Lee, figure historique du death metal et chanteur de Massacre. Franchement, le résultat est une réussite. Les riffs sont immédiatement accrocheurs, le morceau possède ce côté morbide et efficace propre au death metal old school et la voix de Kam Lee vient apporter cette authenticité supplémentaire qui fait toute la différence. Petite parenthèse personnelle : l’album sort le 13 août, soit le jour de mon anniversaire, et honnêtement, difficile d’imaginer un plus beau cadeau pour un amateur de death metal à l’ancienne.
On enchaîne avec Corpses Below et la prestation de Felix Stass, le frontman de Crematory. Là aussi, le morceau fait mouche. L’ambiance reste particulièrement sombre, les riffs sont toujours aussi solides et la présence du chanteur allemand apporte une nouvelle couleur sans dénaturer l’identité de l’album.
Puis arrive Exploding Casket Syndrome, avec Erik Rundqvist, chanteur et bassiste de Vomitory. Et là, on ne rigole plus du tout. Pour moi, c’est tout simplement l’un des morceaux les plus efficaces du disque. Il n’y a pas énormément de lignes vocales, mais pour le peu qu’il y en a, c’est d’une efficacité redoutable. Le titre avance comme un rouleau compresseur, les riffs sont massifs et l’ensemble donne clairement envie de secouer la tête jusqu’à mettre ses cervicales à rude épreuve.
Sur Heading for the Furnace, c’est Max Otero, le chanteur des Français de Mercyless, qui prend le micro. Sa voix est plus écorchée, plus rocailleuse et plus cassée que celles entendues auparavant. C’est probablement celle qui m’a le moins marqué personnellement, mais elle reste parfaitement adaptée à l’esprit de l’album et devrait sans aucun doute séduire les amateurs de death metal old school le plus rugueux.
À ce stade de l’écoute, une chose est déjà parfaitement claire : nous sommes face à un véritable album all-star. Le but était manifestement de réunir quelques-unes des grandes voix du death metal, et le pari est largement réussi.
Le cinquième morceau, A World of Fire and Brimstone, accueille ensuite l’un de mes chanteurs de death metal préférés, Dave Ingram, la voix de Benediction. Sans surprise, le résultat est excellent. Sa prestation fait clairement partie de mes coups de cœur de l’album et apporte encore un supplément de caractère à un disque qui n’en manque déjà pas.
Sur Coffin Larvae, c’est Michael H. Andersen, chanteur de Thorium, qui prend le relais. Je connaissais moins son travail auparavant, mais sa voix rappelle par moments celle de Dave Ingram et s’intègre parfaitement à l’ensemble.
Vient ensuite At the Ghoul Restaurant, emmené par Jan Bergmann Jepsen, chanteur de Maceration. Décidément, c’est un véritable relais de pointures. Une fois encore, la prestation est impeccable et le morceau profite pleinement de la personnalité de son interprète.
Rotting into Absurdity permet de découvrir Silvester Koorevaar de Fondlecorpse. Un groupe que je connais moins, mais dont le chanteur livre ici une prestation irréprochable et parfaitement en phase avec l’esprit putride de l’album.
Sur The Suffering of Others, c’est au tour de Dave Rotten, l’incontournable frontman d’Avulsed, de venir poser sa voix. Sa prestation se montre immédiatement plus brutale et plus agressive, apportant une dose supplémentaire de sauvagerie à l’ensemble.
Enfin, When Death Comes to Call clôture l’album avec Peter Svensson, chanteur de Void Moon. Une nouvelle découverte en ce qui me concerne, mais une fois encore, la formule fonctionne parfaitement.
Que retenir de tout cela ? Tout simplement que nous avons ici un véritable défilé de pointures derrière le micro. Tous les morceaux se tiennent remarquablement bien et le fait d’avoir un chanteur différent sur chaque composition apporte quelque chose d’assez unique et particulièrement plaisant à expérimenter. Le concept aurait pu n’être qu’un simple alignement de noms prestigieux, mais il se transforme finalement en une véritable célébration du death metal old school et de ceux qui le font vivre depuis des décennies.
Un album pensé par des passionnés, pour les passionnés.
