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Blackened death metal, passages industriels, atmosphères martiales, chants presque religieux et synthétiseurs sortis d’un autre monde : Blight of Subsistence est franchement difficile à comparer à quoi que ce soit. Une chose est certaine : je n’avais encore jamais entendu quelque chose comme ça.
Formé en 2025 à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, Immiserator est le projet solo de Harrison McKenzie, qui assure ici l’intégralité de la musique et du chant. Le musicien est également actif au sein d’Olde Throne, mais avec Immiserator, il s’aventure sur un terrain beaucoup plus expérimental. Guerre, pollution, industrialisation, déclin de notre société : l’univers de Blight of Subsistence n’a rien de particulièrement réjouissant, et cela se ressent dès les premières minutes. Après Measured Worth, dévoilé en single en 2026 et que l’on retrouve ici en septième position, Immiserator présente donc son premier véritable album, sorti le 4 septembre chez Apocalyptic Witchcraft Recordings : neuf titres pour environ 47 minutes d’une musique particulièrement difficile à enfermer dans une case.
Engine of Collapse commence pourtant dans le calme. Quelques instants trompeurs avant que la batterie n’installe une cadence presque martiale : quelques roulements, une tension qui monte… puis tout explose. Batterie, guitares, voix et synthétiseurs semblent surgir simultanément. La composition part volontairement dans plusieurs directions, avec des passages parlés et des chants aux sonorités presque religieuses, comme échappés d’une cathédrale abandonnée. On pourrait penser par instants à une sorte de version beaucoup plus noire d’Igorrr, mais la comparaison s’arrête assez rapidement : Immiserator reste nettement plus ancré dans le blackened death metal et ne cherche pas à accumuler les styles et instruments les plus improbables. Malgré cette impression de chaos, tout est étonnamment maîtrisé.
Consigned to the Furnace confirme immédiatement cette personnalité. Les riffs sont particulièrement gras et tranchants, mais ce sont surtout les contrastes qui marquent ; des passages beaucoup plus calmes sont soudainement découpés à coups de guitares massives avant que la machine ne se remette progressivement en marche. Et puis apparaissent ces synthétiseurs extrêmement électroniques, presque à la Jean-Michel Jarre par moments. Sur le papier, l’association avec un black/death aussi sombre pourrait sembler complètement improbable. À l’écoute, pourtant, ça fonctionne remarquablement bien. C’est précisément ce genre de choix qui permet à Immiserator de commencer à construire sa propre identité.
An Economy of Ash poursuit l’exploration de cet univers étrange avant qu’Age of Consumption ne ramène une ambiance plus posée. Des chants résonnent au loin tandis que ces fameux claviers électroniques réapparaissent et viennent se mélanger aux guitares. C’est probablement l’un des aspects les plus difficiles à décrire de Blight of Subsistence : on reconnaît les fondations black et death metal, mais Harrison McKenzie y ajoute des textures que l’on n’a franchement pas l’habitude d’entendre dans ce contexte. A Purposeful Existence continue de développer cette approche, et arrivé à la moitié du disque, une chose devient évidente : Immiserator n’a aucune envie d’écrire un album conventionnel.
Une machine qui ralentit rarement
Le très justement nommé A Brief Suspension Between Use and Obsolescence fait presque office d’interlude. La violence s’efface momentanément pour laisser place à une courte séquence industrielle, mécanique et inquiétante. Une respiration, certes, mais certainement pas une éclaircie. Cette ambiance froide colle d’ailleurs parfaitement aux thématiques de pollution, d’industrialisation et d’obsolescence qui traversent le disque.
Avec Measured Worth, Immiserator se montre légèrement plus discipliné. Le morceau part moins dans toutes les directions et revient vers quelque chose plus ancré dans le black metal, avec une dimension atmosphérique beaucoup plus prononcée. Inevitable Destiny poursuit cette évolution : l’expérimentation est toujours présente, mais elle se fait moins chaotique, laissant davantage respirer les ambiances avant l’immense morceau final.
Et quel final ! Avec environ dix minutes, Blight of Subsistence constitue presque un résumé de tout ce que l’album vient de nous faire traverser, le titre évolue par étapes et prend véritablement le temps de construire son atmosphère. Un long passage orchestral apparaît, dominé par ce qui ressemble à des cuivres, probablement produits aux synthétiseurs. Une guitare électrique vient progressivement rejoindre l’ensemble, la tension monte et la composition finit par repartir dans une véritable apothéose. McKenzie construit, déconstruit et superpose ses textures sans chercher à rejoindre au plus vite le traditionnel couplet/refrain. C’est probablement sur ce morceau que l’ambition du projet apparaît le plus clairement.
Une découverte qui mérite de sortir de l’ombre
Blight of Subsistence ne plaira certainement pas à tout le monde, et finalement, c’est presque une qualité. Il s’agit d’un disque étrange, sombre, industriel, parfois martial, parfois religieux, rempli de synthétiseurs inattendus, de riffs massifs et d’idées qui surgissent précisément là où on ne les attend pas. La comparaison avec Igorrr peut donner un premier repère, mais Immiserator est moins foutraque, moins tourné vers le collage permanent de genres et beaucoup plus profondément enraciné dans le blackened death metal. Il existe des influences perceptibles, mais l’ensemble possède déjà une personnalité étonnante pour un premier album.
Et finalement, c’est précisément pour ce genre de découverte que j’aime travailler pour un magazine. Immiserator est encore un jeune projet, né seulement en 2025, et Blight of Subsistence risque malheureusement de passer sous énormément de radars. Pourtant, personnellement, je n’avais encore jamais entendu quelque chose qui sonne réellement comme ça. À une époque où des dizaines de sorties extrêmes arrivent chaque semaine, tomber sur un album capable de provoquer cette sensation de nouveauté reste précieux.
Avec Blight of Subsistence, Harrison McKenzie signe un premier album audacieux, imprévisible et profondément personnel. Tout ne cherche pas forcément à être immédiatement accessible : il faut accepter de se laisser embarquer dans ses ruptures, ses synthétiseurs improbables, ses atmosphères industrielles et ses constructions parfois déroutantes. Mais lorsqu’on entre dans son univers, les 47 minutes deviennent un véritable voyage.
Et si Metal Alliance peut contribuer, même modestement, à mettre en lumière ce genre de projet encore largement méconnu, alors cette chronique a déjà rempli son rôle.
