Apostle
A Splinter in the Infinite Noumenon
Genre mathcore/post-black/sludge metal
Pays Etats-Unis
Label Terminus Hate City
Date de sortie 05/06/2026

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D’habitude, je chronique énormément de black metal, c’est mon sous-genre préféré et celui dans lequel je me retrouve le mieux. Mais aujourd’hui, changeons un peu les choses et parlons d’une pépite hétéroclite qui nous arrive directement des Etats-Unis : Apostle. Il s’agit d’un jeune trio d’Atlanta formé en 2017 qui mélange mathcore et post-black metal, une combinaison qui promet ! Leur deuxième album – A Splinter in the Infinite Noumenon –, est prévu pour le 5 juin chez Terminus Hate City.

Je ne sais par où commencer si ce n’est que cet album est tout simplement zinzin, faute d’un meilleur terme. Le son du groupe repose tout d’abord sur une fondation de hardcore chaotique et de mathcore qui vire presque au grind par moments, tel que sur Swine avec son jeu de batterie éclectique et ses polyrythmes. Tout du long de l’album, les riffs sont ingénieux, dissonants et quasi fatigants à suivre tellement ils sont chaotiques ; on retrouve toujours une mélodie de lead constituée de notes volatiles, dissonantes et vaguement étranges, sans que l’on sache où cela nous mènera, faisant ainsi preuve d’une imprévisibilité époustouflante. La musique du groupe fonctionne ainsi par à-coups, étant articulée autour de ce jeu constant entre montée en tension et relâchement subit, comme avec le semi-breakdown de Oscillating Polarities qui tranche clairement avec le reste du morceau, non seulement par son rythme lourd et épais, mais également par les growls typés death metal qui l’accompagnent, ce qui en fait probablement mon morceau préféré de l’album. L’atmosphère qui se dégage de l’ensemble est sale, oppressante et anxiogène, les parties et morceaux s’enchaînant dans une cacophonie effrénée, ravivant à merveille l’urgence et la fougue des premières heures de Converge.

Cependant, le chaos invoqué par Apostle sur cet opus est contrebalancé par une dose conséquente de post-black, apportant une certaine viscéralité et une froideur à ce mélange hétéroclite. Sur le morceau d’ouverture, Exiting the God Hologram, les blast beats de la deuxième partie – couplés à des tremolo dissonants et psychotiques ainsi qu’une voix stridente – rendent parfaitement compte de cet aspect glacial et sauvage du black. Des parties davantage ambiantes et relevant du shoegaze ou de la noise remplissent le rôle de transition, le groupe jouant avec le feedback, la réverbération et les textures des guitares pour produire des mélodies lointaines et floues, ajoutant ainsi une profondeur à la musique qui – paradoxalement – prend le temps de s’installer avant de repartir de plus belle.

On retrouve également des parts de sludge et de post-metal qui ajoutent une forme de lourdeur à la musique, à l’image de Distortions of Light et son rythme de mastodonte, écrasant tout espoir résiduel et offrant un court moment de répit au milieu de tout ce fracas sonore. Le batteur délivre par ailleurs un jeu violent et puissant, martelant ses fûts en maintenant toutefois un impressionnant niveau de technicité et de dynamisme, pouvant autant assaillir l’auditeur d’un mur de double pédale et de blasts que proposer des parties beaucoup plus atmosphériques, amples et organiques. On note au passage le mix de l’album qui est tout simplement parfait et naturel, surtout en ce qui concerne la guitare et la batterie.

A la lourdeur sonore s’ajoute également la lourdeur psychologique, car un des éléments cardinaux de A Splinter in the Infinite Noumenon est l’émotion, la puissance qui s’en dégagent. Le morceau le plus poignant à mon sens est At Ease avec ses 7 minutes et ses mélodies étirées et sinistres, qui clôture l’album de manière on peut plus magistrale, laissant entrevoir un soupçon d’optimisme à travers des larmes de rage et de désespoir. De par ses parties ambiantes sursaturées de réverbération – qui me font beaucoup penser à Limbes –, la mélancolie du jeu de guitare et la pure détresse exprimée par le chanteur et sa voix torturée hachant les paroles, il s’agit en effet d’un opus non prétentieux, sincère et terriblement cathartique qui expose vos sentiments à vif avant de vous envelopper dans une étreinte chaleureuse et étrangement réconfortante. Les 27 minutes passent en un clin d’œil et donnent l’impression d’un mouvement vers l’avant, d’une fuite effrénée, à bout de souffle et sans jamais regarder en arrière, tentant d’échapper à l’horreur métaphysique de sa propre mortalité.

Finalement, que retenir de A Splinter in the Infinite Noumenon ? A vrai dire, sortir un album le même jour que Converge et 100 Demons, en tant que groupe de hardcore, c’est terriblement difficile. Cependant, Apostle semblent avoir tiré leur épingle du jeu avec un opus vraiment unique et novateur. Tout en maintenant leurs influences bien visibles, le groupe pousse sa propre version éclectique de hardcore encore plus loin en y incorporant des touches de black metal, de shoegaze et de sludge qui ajoutent de la profondeur et de l’émotion au tout. En somme, un album chaotique, intense, mais véritablement cathartique qui ne vous laissera pas de pierre, j’en suis sûr.

Morceaux préférés : Exiting the God Hologram, Oscillating Polarities, At Ease.

Saura ravir les fans de : Plebeian Grandstand, Glassing, Converge, Portrayal of Guilt, Mourir, Amenra, Limbes.

Clip de Exiting the God Hologram ici !