Cloven Hoof
Never A Prophet In Your Own Land
Genre heavy/power metal
Pays Angleterre
Label High Roller
Date de sortie 25/09/2026

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​Un titre qui parle de reconnaissance refusée, une pochette qui annonce le martyre… et une musique beaucoup moins résignée qu’on pourrait le croire. Avec Harry « The Tyrant » Conklin au chant, Cloven Hoof fait circuler son heavy entre grandes envolées, hard rock des années 1970 et arrangements aventureux. La surprise n’est pas seulement que le groupe conserve cette énergie. C’est la variété des formes qu’il lui donne.

Il ne ressemble pas à un sauveur triomphant. Sur la pochette dessinée par Dimitar Nikolov, le Christ porte sa croix sous les traits d’un squelette : un exclu plutôt qu’une figure glorieuse. Lee Payne a voulu cette représentation. Le morceau Never a Prophet évoque Jésus et sa persécution, mais le bassiste lui associe une portée plus large : celle des convictions défendues sans recevoir la reconnaissance espérée. On peut y lire une inquiétude très humaine. Continuer à parler, à créer, à croire en ce que l’on fait… et se demander si quelqu’un écoute vraiment.

Derrière cette image se trouve aussi une conversation. Payne raconte avoir employé l’expression auprès de Russ North, lorsque l’ancien chanteur s’irritait de voir, à ses yeux, la presse britannique privilégier les tendances venues d’ailleurs plutôt que son propre heavy metal. Le titre conserve le souvenir de cet échange et rend hommage au chanteur disparu. Voilà qui donne du sens au propos : derrière la référence biblique, il y a une histoire de musiciens, de fidélité et de déception. Pas seulement une formule destinée à accompagner une belle illustration.

Cette histoire commence en 1979, dans les Midlands, avec un groupe d’abord appelé Nightstalker, devenu Cloven Hoof en 1981. Les personnages associés aux quatre éléments participent alors à son identité théâtrale. L’EP The Opening Ritual en 1982, le premier album éponyme en 1984, puis Dominator et A Sultan’s Ransom jalonnent son parcours dans le heavy britannique. Après la séparation des années 1990, Eye of the Sun marque le retour discographique en 2006. En 2024, Heathen Cross ouvre le chapitre Conklin.

Pour ce dixième album studio, Cloven Hoof conserve la même équipe qu’à l’époque de Heathen Cross. Cette continuité n’implique pourtant pas de reprendre sa formule. Payne le précise : le nouveau disque se rapproche davantage de la diversité d’A Sultan’s Ransom, sans que cette parenté ait été programmée. Le précédent cultivait une atmosphère sombre et pesante ; celui-ci multiplie les changements de couleur et d’allure.

Terror from the Skies, titre d’ouverture de l’album présente d’abord le Conklin que les amateurs de Jag Panzer connaissent : une voix imposante, une attaque franche, cette manière de donner aux lignes vocales une dimension presque excessive sans perdre leur dessin. Le morceau s’approche du speed metal et assume son affinité avec le heavy américain des années 1980. Mais la prestation du chanteur ne se résume pas à ce numéro d’autorité. Au début de Flying Dutchman, son expression devient plus délicate, presque vulnérable. Prodigal Son lui permet une approche rock plus retenue. Ces contrastes comptent davantage qu’une nouvelle démonstration de puissance : ils donnent aux chansons des tempéraments distincts. Le Tyrant sait occuper l’espace ; il sait aussi laisser apparaître autre chose derrière sa stature.

Selon Payne, dix jours avaient été prévus pour enregistrer le chant ; Conklin a terminé en trois. Le bassiste explique surtout avoir composé en tenant désormais compte de la dynamique de sa voix. C’est le détail le plus intéressant : les possibilités du chanteur participent à l’écriture, au lieu d’être simplement ajoutées après coup.

Le meilleur contre-pied porte le nom de Gypsy Roller. Les claviers de Chris Dando y déploient des couleurs Hammond qui ramènent vers Deep Purple et le Rainbow de l’époque Dio. Conklin accompagne ce déplacement avec une chaleur plus bluesy. L’intérêt ne tient pas seulement au clin d’œil aux années 1970 : ce morceau change la façon dont le groupe se présente. Le chant se fait moins martial, l’orgue devient un véritable interlocuteur et le hard rock prend ses aises. Ce n’est pas une parenthèse décorative. C’est une autre facette de Cloven Hoof, parfaitement assumée.

Cette curiosité traverse aussi Conquistador, dont l’entrée aux accents flamenco prépare une cavalcade épique plutôt qu’un simple assaut de guitares. Le morceau-titre, lui, organise ses élans autour de variations d’atmosphère et d’un refrain fédérateur. La musique reste immédiatement identifiable comme du heavy metal, mais elle ne se contente pas de changer la vitesse d’un titre à l’autre. Elle modifie les perspectives, les couleurs et la manière de conduire vers le chant.

Dans cet équilibre, Luke Hatton et Chris Coss ont un rôle essentiel. Leur travail à deux ne se réduit pas à distribuer les solos : les lignes mélodiques et les interventions complémentaires donnent du relief aux compositions. Iron Mask concentre cette qualité, avec ses guitares rapides et son goût des développements instrumentaux. Son refrain n’est certes pas le plus imprévisible du disque, mais les arrangements lui donnent une ampleur que sa simplicité pourrait laisser sous-estimer.

C’est également dans Iron Mask que l’association entre Ash Baker et Dando mérite une attention particulière. Leur travail dans le passage central montre combien la batterie et les claviers peuvent infléchir une composition, plutôt que se borner à soutenir les guitares. Les sonorités de clavecin et les inflexions presque progressives ajoutent une étrangeté bienvenue. Le morceau conserve sa force d’accroche, tout en proposant autre chose qu’un aller-retour entre couplet et refrain.

Quant à Lee Payne, il n’est pas seulement le fondateur dont on rappelle le nom au moment de raconter les débuts. Ses lignes de basse prennent notamment une place affirmée dans Seven Sacred Wonders, au milieu de passages de guitares plus imbriqués. Cette présence aide à comprendre la cohésion du disque : malgré les changements de registre, les instruments continuent de construire ensemble, et pas uniquement autour du chanteur.

La qualité d’écriture se mesure aussi dans des détails moins spectaculaires. Prodigal Son, par exemple, soigne le chemin qui mène du couplet au refrain, avec une transition qui ne donne pas l’impression d’avoir été placée là par obligation. Le morceau-titre, Phantom Chaser et les mélodies plus mystérieuses de Flying Dutchman proposent d’autres façons de rendre cette musique accessible sans la simplifier à outrance. Les chansons gardent un visage derrière leurs arrangements.

Tout n’a pas la même évidence. Seven Sacred Wonders peut paraître un peu chargé dans sa volonté d’assembler rock progressif des années 1970 et heavy des années 1980. Son foisonnement constitue autant son attrait que sa petite difficulté d’accès. Il offre néanmoins une conclusion plus curieuse qu’un dernier refrain lancé sans risque.

L’originalité de Never A Prophet In Your Own Land ne consiste donc pas à inventer un nouveau langage. Les racines britanniques, le versant américain du heavy et les ouvertures vers le hard rock restent reconnaissables. Ce qui distingue le disque, c’est leur souplesse de coexistence : la mélodie peut prendre le dessus sans affaiblir les riffs, les claviers enrichir l’ensemble sans le transformer en démonstration symphonique, et le chanteur changer de registre sans donner l’impression de changer de groupe. Cette diversité prolonge une caractéristique ancienne de Cloven Hoof plutôt qu’elle ne cherche à lui fabriquer une nouvelle identité.

Pour entrer dans l’album, Never a Prophet, Gypsy Roller et Flying Dutchman forment un excellent trio : trois façons différentes de convaincre, plutôt que trois déclinaisons du même argument.

On peut découvrir Cloven Hoof avec cet album, avoir envie de l’acheter, et ne rien devoir à son passé. Voilà, au fond, la plus belle reconnaissance.