Un chanteur qui quitte le groupe en plein enregistrement, des invités pour poursuivre le travail, puis des retrouvailles avec deux voix de son histoire : la naissance de Beyond Spacetime a réservé quelques surprises à Signum Regis. À l’approche des vingt ans du groupe fondé en 2007, Ronnie König revient sur ce huitième album, sur le retour de Mayo Petranin et sur les concerts à venir avec Theocracy. Le bassiste évoque aussi les origines très personnelles de certaines compositions de Filip Koluš, son admiration pour Helloween et des influences qui passent par Tom Waits, Creedence Clearwater Revival et Rod Stewart.
Bonsoir Ronnie. Signum Regis a été créé en 2007 et approche donc de son vingtième anniversaire. Que représente Beyond Spacetime pour le groupe aujourd’hui ? Que souhaitiez-vous accomplir que vous n’aviez pas encore réalisé auparavant ?
Nous recherchons toujours de nouveaux défis et des choses que nous n’avons jamais faites. C’est ce qui rend l’aventure intéressante. Répéter ce que nous avons déjà fait est moins excitant. Cette fois, la nouveauté est arrivée d’une manière complètement inattendue. Comme certains fans le savent, notre chanteur Jota Fortinho a quitté le groupe. Nous étions déjà en plein enregistrement de l’album et, soudain, nous n’avions plus personne pour chanter. La situation était assez difficile, car nous ne pouvions pas trouver quelqu’un au pied levé. Nous avons donc invité plusieurs chanteurs. Nous ne voulions pas attendre qu’un candidat se présente, puis devoir découvrir ses qualités vocales et vérifier que le courant passait sur le plan humain. Nous souhaitions avancer. Nous avions déjà procédé ainsi avec Exodus, plus de dix ans auparavant. Nous nous sommes dit qu’après tout ce temps, nous pouvions reprendre cette formule.
Au cours de l’enregistrement, nous avons renoué avec Mayo Petranin et avec Jota. Mayo est notre ancien chanteur ; pour être précis, il est le deuxième, puisque le premier était Göran Edman, que l’on connaît notamment pour son travail avec Yngwie Malmsteen. En revanche, Mayo a été le premier à monter sur scène avec nous. Je comprends que cela puisse sembler déroutant pour les fans : quel groupe fait ce genre de choses ? Nous retrouvons nos anciens chanteurs, nous accueillons des invités, et les morceaux proviennent de différentes périodes. Ils ne sont pas tous nouveaux : certains ont une vingtaine d’années. Nous avons réuni tout cela, avec Filip au mixage et à la production.
L’autre nouveauté, c’est notre label. Nous travaillons désormais avec un label allemand, ce qui est enthousiasmant. Tout le monde sait que l’Allemagne est un pays important pour ce genre musical. Nous espérons y toucher de nouveaux fans, mais aussi partout ailleurs. Dans le monde du streaming, peu importe d’où viennent les écoutes ou les commandes de CD !
En revanche, pour les concerts, avoir un public européen compte beaucoup : ce sont des endroits où nous pouvons nous déplacer facilement. Nous espérons jouer davantage, dans des salles plus grandes et, peut-être, dans certains festivals. Je sais que cette ambition n’a rien d’exceptionnel : tous les groupes veulent davantage de concerts et de plus grandes scènes. C’est aussi notre souhait.
Signum Regis fait partie de ces très bons groupes qui restent encore sous-estimés en Europe. Il est difficile de trouver de bons promoteurs, honnêtes, un label qui vous défende et des salles ou des festivals qui vous donnent votre chance. La tournée de mars 2027, notamment en France, aux Pays-Bas et en Belgique, devrait vous apporter de la visibilité. Mais comment allez-vous transposer sur scène un album interprété par autant de chanteurs différents ?
Nous jouerons bien sûr plusieurs titres du nouvel album. Mais c’est notre huitième disque : nous devons aussi faire une place aux anciens morceaux. Echoes of Glory sera joué, c’est certain à cent pour cent, puisque Mayo chante aussi sur ce titre. Nous en ajouterons d’autres.
La tournée de mars avec Theocracy représente une formidable occasion. Nous donnons des concerts ici et là depuis des années, mais ce sera notre première véritable tournée. Theocracy est un groupe qui correspond très bien à notre style. Nous sommes amis avec Matt Smith depuis longtemps. Il a participé à plusieurs de nos albums, y compris au nouveau. Nous avons également été sur le même label : les liens entre nos deux groupes remontent donc à plusieurs années.
Nous ne connaissons pas encore les musiciens de Sunburst, mais nous avons hâte de faire leur connaissance pendant la tournée. D’ici là, nous avons aussi trois concerts en novembre : le Brainstorm Festival aux Pays-Bas et deux autres dates autour de cet événement. Appelons cela un beau week-end de concerts plutôt qu’une tournée ! Toutes les dates sont sur notre site.
Tasos Lazaris chante sur cinq des douze titres principaux de Beyond Spacetime. C’est donc une voix centrale du disque. Pourquoi lui avoir confié autant de morceaux ?
Tasos est grec et vit en Angleterre. C’est un chanteur absolument fantastique, avec une très belle voix, une grande étendue vocale et beaucoup de musicalité. J’adore ce qu’il fait. Pendant un temps, nous avons même envisagé qu’il devienne le chanteur de Signum Regis. Malheureusement pour nous, et heureusement pour lui, il est très demandé. Il participe à de nombreux projets et donne beaucoup de concerts. De mon point de vue, il ne dispose tout simplement pas d’assez de temps pour notre groupe. Nous avions besoin de quelqu’un de plus disponible. Voilà pourquoi il chante autant de titres sur l’album. Travailler avec lui a été un plaisir et j’espère vraiment que nous aurons l’occasion de collaborer à nouveau, d’une manière ou d’une autre. Nous n’avons simplement pas réussi à concrétiser son arrivée dans le groupe.
En revanche, nous sommes pleinement heureux du retour de Mayo. C’est un ami de longue date. Il habite pour ainsi dire à côté ; nous pouvons nous retrouver et répéter facilement. Nous avons une longue histoire commune, et je suis vraiment très content qu’il soit de retour.
Sur Echoes of Glory, Mayo partage le chant avec Jota. Le morceau est excellent. Comment ce duo s’est-il concrétisé ?
C’est assez fascinant. Lorsqu’un chanteur en remplace un autre, leurs relations ne sont pas toujours très bonnes. Ici, ce n’est absolument pas le cas. Mayo est quelqu’un de formidable : il avait lui-même contacté Jota quand celui-ci chantait dans le groupe. Ils sont devenus amis et ont même chanté ensemble lors d’un de nos concerts, il y a deux ans, je crois. Nous nous sommes dit que ce serait une excellente idée de les réunir sur un morceau. C’était aussi une manière de montrer aux fans que l’on peut rester en bons termes même lorsqu’un groupe se sépare ou que son line-up change. On peut continuer à être amis et à travailler ensemble. Leurs voix sont très différentes. Les entendre côte à côte, dans une même chanson, permet de mesurer à quel point deux timbres distincts ont pu fonctionner au sein de Signum Regis, chacun sur plusieurs albums. Je trouve cela très intéressant.
Le morceau porte aussi un message d’unité. Il parle des moments difficiles que l’on traverse, des changements et de tous les souvenirs que l’on accumule. Tout cela se retrouve dans la chanson.
En l’écoutant les yeux fermés, j’ai pensé à Helloween et à la complémentarité entre Andi Deris et Michael Kiske. Est-ce un rapprochement que vous faites également ?
Je ne nierai jamais l’influence de Helloween ! C’est l’un de mes groupes préférés, peut-être même mon préféré. J’adore ces musiciens. Nous avons effectivement envisagé de garder nos deux chanteurs, comme Helloween avec Deris et Kiske. Leurs noms ont été cités, et nous avons fait exactement ce parallèle. Nous y avons vraiment réfléchi et nous voulions le faire. Mais Jota a dû retourner vivre au Brésil ; il s’y trouve actuellement. Sur le plan logistique, cela rendait les choses impossibles. La vie en a décidé autrement.
Tu évoquais des compositions qui remontent parfois très loin. Midnight Train aurait commencé comme une pièce instrumentale pour guitare classique écrite par Filip pendant son adolescence. Comment est-elle devenue cette histoire d’un vieil homme qui attend son dernier train ?
Filip serait mieux placé pour répondre, puisqu’il est à l’origine de l’idée. Je peux en revanche expliquer mon approche des changements que j’ai apportés. Ce morceau, et même l’ensemble de l’album, ont commencé comme un projet solo de Filip. Beaucoup des messages qu’il avait écrits étaient personnels et convenaient à un disque sous son nom. Lorsque nous avons décidé d’en faire un album de Signum Regis, nous avons dû adapter certaines idées à l’univers et à la manière de faire du groupe. Une partie de mon travail sur les paroles venait de là.
J’interprète cette histoire un peu comme toi : un vieil homme voyage, il est fatigué, il approche de ses derniers jours et pense à ce train qui part quelque part. C’est une image très forte. Mais je ne peux pas affirmer ce que Filip voulait exprimer à l’origine. Pour moi, c’est aussi la vision de quelqu’un qui quitte un endroit où il ne se sent peut-être plus à sa place et qui sait qu’il doit partir. Quelque chose dans cet esprit.
Certaines des modifications que j’ai apportées ont été inspirées par Tom Waits et sa chanson Waltzing Matilda [NDLR : également connue sous le titre Tom Traubert’s Blues]. Personne ne s’y attendrait, puisque cela n’a rien à voir avec le metal ! Mais peu importe, au fond.
Je pense justement que les amateurs de metal sont souvent très ouverts aux autres musiques. Beaucoup écoutent aussi de la new wave, du jazz, du blues ou de la musique classique. Ces influences peuvent donner des choses magnifiques lorsqu’elles sont intégrées au heavy metal. C’est aussi ce qui rend cette musique si passionnante.
Tu as peut-être raison. Je le pense aussi.
Vous aviez déjà réuni plusieurs chanteurs sur des titres d’Exodus. Quelles leçons de cette expérience vous ont aidés à travailler sur Beyond Spacetime ?
Nous avons vraiment réfléchi en amont. Je trouve que nous avons très bien choisi les invités et que chacun correspond au titre qu’il interprète. Il faut tenir compte de l’étendue vocale, du timbre et de l’énergie que la personne peut apporter. J’allais dire « le chanteur ou la chanteuse », même si nous n’avons pas de voix féminine cette fois, contrairement à Exodus. Lorsque tu prends le temps d’écouter les albums auxquels quelqu’un a participé, de connaître ses possibilités et sa façon de chanter, tu peux lui attribuer un morceau en connaissance de cause. C’est la principale leçon que je retiens.
Quand on achète un vinyle ou un CD, la pochette compte beaucoup. Celle-ci place King Rex dans un décor cosmique. Quels détails les fans devraient-ils observer pour comprendre le lien entre l’image et les paroles ?
Je voudrais d’abord préciser qu’Uwe Jarling est un véritable artiste. Cette pochette a été dessinée à la main ; elle n’a pas été générée par une intelligence artificielle. On y retrouve nos visages et, au centre, King Rex, notre mascotte, qui réunit en quelque sorte le groupe. Il tient la Terre dans sa main. Cela évoque les représentations médiévales du souverain qui règne sur le monde.
Le morceau-titre, Beyond Spacetime, aborde des thèmes cosmiques et parle du Créateur donnant naissance à l’univers. Les paroles et l’idée visuelle viennent de mon frère Tommy. Il est à nos côtés depuis les débuts et a contribué à de nombreux textes. Il s’implique désormais beaucoup dans l’identité visuelle du groupe ; le concept de cette pochette vient aussi de lui.
L’image souligne le propos des paroles. Je trouve le résultat vraiment réussi, et Uwe a fait un excellent travail. Le détail essentiel reste cette Terre tenue dans une main : le Créateur est plus grand que sa création, il se situe au-dessus d’elle. C’est ce que symbolise ce geste.
Quel est ton morceau préféré sur ce disque, et pourquoi ?
Je réponds généralement Time to Pay. C’est probablement le morceau le plus fou à mes oreilles, même si l’on pourrait défendre l’idée que Morning Dawn est encore plus déchaîné. L’association de ces guitares agressives et du chant me porte vraiment. Elle me remonte le moral et me donne de l’énergie. C’est un titre que j’aime écouter. Il y en a beaucoup d’autres que j’apprécie, mais si je dois n’en choisir qu’un, ce sera celui-là.
C’est aussi mon préféré ! Et pas seulement parce que Tim « Ripper » Owens y chante. Sa voix est d’une puissance incroyable. J’espère pouvoir vous voir jouer ce morceau en concert et retrouver cette sensation, quel que soit le chanteur.
Nous sommes donc d’accord sur ce morceau ! (rires)
Parmi tous les bassistes que tu as écoutés depuis que tu t’intéresses au heavy metal, quels seraient les trois plus grands à tes yeux ?
Markus Grosskopf, de Helloween. Je le trouve extrêmement sous-estimé, alors qu’il est d’une créativité remarquable. Bien sûr, il est connu et tout le monde sait qui il est, mais on ne parle pas de lui comme de certains autres bassistes. De Walls of Jericho jusqu’au dernier album, sans oublier ses enregistrements en dehors du groupe, je n’ai que du bien à dire de ses lignes de basse. Il a été une véritable source d’inspiration pour moi.
J’aime aussi énormément Billy Sheehan. Mon jeu n’a rien à voir avec le sien, mais j’adore ce musicien. C’est un véritable professeur de basse : il connaît tous les aspects techniques, donne des conseils à tout le monde et partage son savoir. Il a eu une influence considérable dans l’univers de cet instrument.
Je pourrais également citer David Ellefson, Geezer Butler de Black Sabbath, et bien sûr Steve Harris. Tous sont incroyables et inspirants.
Et je vais ajouter quelqu’un que personne ne mentionne dans ce contexte : Yngwie Malmsteen. Quand on parle de lui, on pense immédiatement à la guitare, mais il joue des lignes de basse vraiment remarquables sur certains albums. Son son est lui aussi excellent. Voilà un choix un peu moins attendu !
Imaginons maintenant que tu sois seul sur une île paradisiaque, mais que la musique te manque terriblement. Je peux t’apporter trois disques. Lesquels voudrais-tu toujours avoir avec toi ?
Je vais commencer par un disque que tout le monde ne connaît pas forcément : Eye of the Hurricane, d’Impellitteri. Je l’aime énormément.
Ensuite, une compilation de Creedence Clearwater Revival et de John Fogerty, avec tous ces grands morceaux comme Bad Moon Rising et Fortunate Son, que tout le monde connaît.
Enfin, probablement un best of de Rod Stewart. C’est l’un de mes héros depuis l’enfance. J’aime vraiment sa musique et sa voix. Tout le monde connaît ses chansons pop, qui sont excellentes, mais il a aussi enregistré beaucoup de rock. Il y a énormément de choses à découvrir dans sa discographie.
Revenons un instant au nouvel album ; il ne comporte donc aucune voix féminine. Cela pourrait-il se refaire à l’avenir ?
Pas cette fois, en effet. Pourquoi pas dans le futur ? Mais tu rappelais que le groupe allait avoir vingt ans ; cela n’est arrivé qu’une fois pendant toute cette période. C’est possible, simplement ce n’est pas quelque chose que nous faisons habituellement.
Si tu pouvais choisir une chanteuse, qui inviterais-tu ?
C’est une très bonne question, qui me prend un peu de court ! Je ne sais pas vraiment. La voix qui me revient à l’esprit est celle de Leather Leone, dans Chastain, dans les années 1980. Je ne sais pas si elle est toujours en activité. Je me souviens encore d’un clip du groupe : c’était formidable. Une sorte de version féminine d’Udo Dirkschneider !
Merci pour cet échange et pour ce regard sur les coulisses de l’album. Transmets aussi mes félicitations au groupe ; j’ai eu l’occasion de l’écouter plusieurs fois et je l’aime beaucoup. La sortie est prévue le 9 octobre, si je ne me trompe pas, et nous publierons l’interview en même temps que la chronique du nouvel album.
Cela nous intéresse toujours de lire ce que les gens écrivent sur notre musique. Nous lisons toutes les chroniques et tout ce que nous trouvons. Envoie-les-moi, avec plaisir ! Je peux utiliser un outil de traduction, mais si tu les traduis toi-même, c’est très bien aussi.
Un grand merci de m’avoir invité. J’ai vraiment apprécié tes questions et cette conversation. J’ai passé un excellent moment.
J’espère vous voir sur scène le 5 mars 2027, aux Pays-Bas, si ma mémoire est bonne, et que vous jouerez Time To Pay.
En revanche, après cette interview, je vais devoir retourner voir les autres et leur dire qu’il faut répéter Time to Pay ! (rires)
Merci encore, Ronnie, c’était un plaisir de réaliser cette interview. Je vous souhaite le meilleur, à toi et au groupe. Metal Alliance et moi-même continuerons à vous soutenir car c’est aussi notre manière d’apporter notre soutien et une meilleure visibilité au groupe.
Merci beaucoup ! Le plaisir était partagé. Passe une très bonne soirée !
