King Diamond, Letzte Instanz, Månegarm, Suidakra, Within Temptation, W.A.S.P., Mastodon, Floor Jansen, Dool, Nasty, Majestica
Wacken (DE)
Date 2 août 2025
Chroniqueur Ségolène Cugnod/Oli de Wacken
Photographe Ségolène Cugnod
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Pour débuter ce dernier jour de Wacken, toujours sous une météo boudeuse et alors que la fatigue commence à se faire ressentir, quoi de tel qu’un groupe solaire comme Majestica ? L’étoile montante de la scène suédoise vient promouvoir son dernier opus Power Train, dont le morceau du même titre fait office d’ouverture du set. Ce morceau, et encore plus celui qui suit, Night Call Girl, font étalage de ce qui définit l’identité du groupe, c’est-à-dire un power metal hyper catchy et mélodique aux inspirations évoquant la grande période du disco et de l’eurodance dans les années 80. En d’autres termes : avec Majestica, pas de prise de tête ni d’excès de sérieux, on est là pour s’éclater ! Ça, ni le groupe ni le public ne s’en privent, le temps d’une setlist de huit titres regroupant les meilleurs moments du petit nouveau et du premier album, Above the Sky — parmi lesquels le morceau du même titre, un de mes préférés. Sur scène, les musiciens, tout sourire,  véhiculent leur bonne humeur, tout comme leur savoir-faire technique ; entre autres, Tommy Johansson et Petter Hjerpe forment un excellent duo de guitares. L’hymne Metal United fait office de finale ; les membres du groupe encouragent les festivaliers à faire honneur au titre en se tenant par l’épaule ou la taille. En somme, un concentré d’ondes positives se dégage de ce show, à tel point que le soleil finit par pointer le bout de son nez ! Un point noir revient cependant au son du micro lead, tantôt étouffé ou saturé, et à la batterie trop massive dans le mix. [Ségolène]

Nasty succède sur la Headbangers Stage, sensation du beatdown hardcore belge à laquelle je décide d’accorder un peu de temps. Le groupe sert au public présent ce qu’il est en droit d’attendre, à savoir une bonne dose de musique ultra efficace et rythmée, et surtout vindicative comme le genre le veut ! Le visuel aussi est fidèle aux codes, du dragon entouré de flammes en backdrop au look façon streetwear des musiciens. Matthias Tarnath, le frontman, a la langue bien pendue et bavarde longuement avec son public quand il n’est pas occupé à scander ses textes sur fond de breakdowns bien énervés, assénés avec conviction par des musiciens qui montrent par là leur envie d’en découdre. La surprise est plutôt bonne — en tout cas pour la non-initiée que je suis —, de la part d’un groupe qui révèle un solide niveau scénique et montre qu’il sait être bête et méchant (« nasty ») sans pour autant que cela soit un défaut ! [Ségolène]

Direction la W:E.T. Stage, où Dool ouvre se produit à 14 h. Le groupe néerlandais continue de susciter un intérêt grandissant, et il suffit d’assister à l’un de ses concerts pour comprendre pourquoi. Difficile de résumer la musique de Dool en une simple étiquette. Les compositions se révèlent à la fois aériennes et oppressantes, comme un étrange dirigeable de plomb flottant au-dessus du public. Les passages les plus lourds ne relèvent jamais totalement du doom, les séquences les plus rock ne basculent pas vraiment dans le stoner, tandis que les longues envolées instrumentales évoquent parfois le rock progressif sans jamais s’y abandonner complètement. Avec trois guitaristes sur scène, dont la chanteuse Raven van Dorst, le groupe construit patiemment de longues montées en puissance où les motifs de boucle occupent une place centrale. Ces répétitions, loin de créer une sensation de lassitude, participent au caractère hypnotique de la musique. Les influences des années 70 sont bien présentes, sans qu’il soit réellement possible de les attribuer à un groupe précis. Dool ne copie personne ; il pioche dans plusieurs univers pour façonner son identité.

House of a Thousand Dreams, extrait du dernier album The Shape of Fluidity, fait forte impression, avant qu’un ultime morceau ne s’achève sur un long développement instrumental. Les guitares s’entrelacent progressivement jusqu’à une conclusion aussi flamboyante que magistrale. Un excellent concert qui confirme tout le bien que l’on entend depuis quelque temps au sujet de cette formation. [Oli]

[Photos Dool : © W:O:A 2025]

Tant qu’à avoir à l’affiche deux chanteuses de Nightwish pour le prix d’une, autant faire honneur à l’une comme à l’autre ! Après Tarja trois jours plus tôt, vient le tour de Floor Jansen de représenter dignement le metal symphonique, de même que promouvoir son premier album solo, Paragon. Tout au long de son show, la diva néerlandaise partage avec le public présent sa longue expérience dans le milieu au travers d’une setlist prenant la forme d’un tour d’horizon de sa carrière. Centrée en premier lieu sur des titres issus de la discographie de Nightwish — entre autres Amaranth, 7 Days to the Wolves et Nemo, pour le plus grand bonheur des fans du groupe qui sont à n’en pas douter présents en nombre —, avec lequel la chanteuse a déjà participé au festival par deux fois en 2013 et 2018, cette setlist comporte aussi son lot d’incursions dans des projets plus anciens ; à commencer par Wolf and Dog, ouverture du set issue de l’album de ReVamp, premier projet mené de front par Floor Jansen après la fin d’After Forever. Au sujet de ce dernier, « Vous vous en souvenez ? » demande-t-elle aux spectateurs entre deux morceaux. En réponse, la foule faire grand bruit, à la surprise de la chanteuse qui ne s’attendait visiblement pas à un tel engouement au vu de sa réaction (« Oh shit! ») ! Ce trait d’humour amorce l’interprétation d’Energize Me ; plus tard, Face Your Demons vient compléter l’hommage à After Forever. Northward a aussi droit à sa représentation, par le titre While Love Died. Les extraits de Paragon, très pop, apportent un contraste pas désagréable. Dans tous les cas, chaque titre donne à Floor Jansen l’occasion de démontrer la versatilité de ses capacités vocales, tantôt en puissance, tantôt en douceur, toujours avec un professionnalisme sans faille et avec la contribution de musiciens fidèles et talentueux. [Ségolène]

Mastodon débarque ensuite sur la Faster Stage. Pour sa première ici sans Brent Hinds, le groupe a rameuté de nombreux curieux désireux de le (re)découvrir, rassemblés comme dans l’attente du Messie. Pour moi, en tout cas, c’est une première, ne connaissant le groupe américain que de réputation. Pour sûr, les 25 ans d’expérience qu’il affiche au compteur s’entendent, se voient et se ressentent dans la maîtrise dont les musiciens font preuve — heureusement pas dans leur attitude, ces derniers se montrant très accessibles et communicatifs, bien loin de la « grosse tête » que l’on est un peu trop prompt à attribuer aux vétérans dans leur genre. Parmi eux, Brann Dailor impressionne par ses capacités à chanter tout en frappant les fûts, formant un superbe duo vocal avec son comparse de longue date, le frontman Troy Sanders. À coup sûr aussi, c’est une musique aux facettes multiples que présente Mastodon, mélange savant entre sludge et prog agrémenté de nuances psychédéliques ; noire et lourde comme la boue, floue comme la fumée. Un tel style ne prend certes pas le public par la main, toutefois il fait beaucoup de bien à entendre en cette fin de fest où tout le monde puise sur ses dernières réserves. [Ségolène]

L’un des grands rendez-vous de la journée reste cependant W.A.S.P.. Blackie Lawless et ses hommes poursuivent leur tournée célébrant le premier album du groupe, interprété dans son intégralité avant une seconde partie consacrée aux classiques. En début de set, Blackie revient longuement sur la genèse de cette tournée. Il explique qu’il n’était initialement pas favorable à l’idée d’interpréter l’album dans son ordre d’origine, jusqu’à ce que le promoteur lui lance une comparaison qui fera mouche : « Que dirais-tu si Led Zeppelin jouait son quatrième album en commençant par Stairway to Heaven ? ». Rien d’étonnant, connaissant le goût de Blackie Lawless pour les références aux plus grands noms du rock. Que l’argument vienne de lui ou non importe finalement peu : il reconnaît lui-même avoir été convaincu… et force est d’admettre que le résultat lui donne raison.

Il rappelle également qu’avant cette tournée, I Wanna Be Somebody n’avait jamais ouvert un concert de W.A.S.P., ce qui confère à cette soirée un caractère véritablement particulier. Les hymnes s’enchaînent ensuite avec une efficacité intacte.

Une fois le premier album achevé, le groupe enfonce le clou avec The Real Me, Forever Free, The Headless Children, Wild Child et, bien sûr, Blind in Texas. Malgré les années, Blackie demeure un personnage aussi fascinant que clivant. Ceci dit, W.A.S.P. reste W.A.S.P., et voir ces classiques reprendre vie sur la scène du Wacken demeure un immense plaisir. [Oli]

À peine le temps de se retourner que Within Temptation investit la Faster Stage. Sans réelle surprise sur le plan de la mise en scène, les Néerlandais livrent une prestation d’une efficacité redoutable. La set-list accorde une place de choix à The Unforgiving, probablement l’un des albums les plus aboutis de la formation, avec notamment Shot in the Dark et In the Middle of the Night, accueillis avec enthousiasme par un public conquis. Le groupe confirme une fois de plus pourquoi il demeure une référence incontournable du metal symphonique moderne. [Oli]

[Photos Within Temptation: © W:O:A 2025]

Suidakra compte parmi les groupes ayant un anniversaire à fêter, précisément celui des trente ans de carrière, ce qu’il compte faire avec son public nord-germanique sur la Wackinger Stage. Malheureusement pour le groupe, des problèmes techniques impactent le set, qui se voit donc écourté en conséquence… Ceci dit, les joyeux lurons teutons ne laissent pas ces incidents leur gâcher la fête, c’est donc avec un grand sourire qu’ils s’embarquent aux côtés du public dans un tour d’horizon de ses albums les plus cultes. Bien que j’eusse aimé me joindre aux célébrations, une trombe d’eau me tombe sur la tête ainsi que sur mon appareil, rendant ce dernier hors d’usage pour le reste de la soirée et me contraignant à me réfugier sous une bâche. C’est ainsi que je loupe le moment où Arkadius Antonik fait du crowdsurfing sur Dead Man’s Reel[Ségolène]

Le prochain groupe à se produire sur la Wackinger Stage a lui aussi un anniversaire à fêter : il s’agit de Månegarm, qui souffle lui aussi sa trentième bougie cette année. Pour marquer le coup comme il se doit, les Suédois ont prévu un set de pas moins d’une heure qui prend, comme pour Suidakra avant eux, la forme d’un tour d’horizon de leur discographie. Pour être tout à fait transparente, je dois reconnaître avoir du mal à rentrer dedans — la météo et la panne de mon appareil m’ayant entraînée jusqu’à une certaine limite — et ne suivre qu’à grand-peine. Suffisamment, toutefois, pour apprécier le style pagan/black historique du groupe qui fait sa force depuis trois décennies, de même que le double talent de Martin Björklund à la guitare et au violon. Le frontman Erik Grawsiö est tout sourire, de tout évidence reconnaissant aux festivaliers présents de partager ce moment avec Månegarm malgré la pluie. Bel anniversaire. [Ségolène]

Dernier groupe à fouler les planches de la Wackinger Stage, Letzte Instanz donne là un de ses derniers concerts ; ainsi peut-on dire qu’il vit littéralement ce que signifie son nom. Le groupe joue un folk rock teinté de Neue Deutsche Härte du groupe ; un combo festif et dansant de prime abord, mais qui, ici, adopte une sonorité un tantinet mélancolique, impression que l’on peut, peut-être, attribuer à l’effet « au revoir »… Ceci dit, là encore, l’atmosphère n’est pas à la morosité ; plutôt à l’expansion. Sur scène, les musiciens occupent chaque mètre carré de l’espace, jusqu’à donner à leur performance une allure de pièce de théâtre ; de leur côté, les spectateurs encore en état se laissent porter par ce « dernier acte ». Pour ma part, arrivant sur mes dernières forces, je ne resterai que le temps des premiers titres et préfère m’éloigner de la cohue du site pour passer la fin du fest dans le calme — relatif — de l’espace VIP, non sans remercier intérieurement Letztz Instanz pour ce petit moment. [Ségolène]

Nous profitons de quelques morceaux de Gojira, dont la puissance sonore impressionne toujours autant. Les Français délivrent un mur de son colossal, cependant nous choisissons de préserver nos dernières forces. En effet, après quatre jours passés à arpenter un terrain transformé en bourbier, chaque déplacement se mérite. [Oli]

Direction donc la Louder Stage pour le dernier grand rendez-vous de cette édition : King Diamond. Le Danois frappe immédiatement très fort en ouvrant son concert par Funeral, suivi d’Arrival, soit l’introduction et le premier morceau du légendaire Abigail. Cette entrée en matière plonge instantanément le public dans l’univers gothique et théâtral du King, nourri depuis toujours par la littérature fantastique et les récits d’horreur. Créer une telle atmosphère en seulement quelques minutes, voilà un exploit dont peut d’artistes peuvent se targuer d’être capables !

Sans surprise, Abigail et Them constituent les albums les plus représentés au sein de la set-list. Le public découvre également Spider Lilly, nouveau single annonçant un futur album dont la sortie semble presque relever de la légende tant elle se fait attendre. Un autre inédit, Masquerade of Madness, est lui aussi interprété. Avant ce morceau, King Diamond rend lui aussi un hommage à Ozzy Osbourne, dont la disparition aura décidément marqué cette édition du Wacken du premier au dernier jour.

Comme toujours, le spectacle dépasse largement le simple cadre du concert. Les décors évoluent au fil des morceaux, les personnages apparaissent et disparaissent, tandis que de courtes saynètes viennent illustrer les moments clés des histoires racontées dans les albums. Un véritable théâtre macabre, parfaitement maîtrisé, qui offre une conclusion idéale à quatre jours de festival.

[Photos King Diamond: © W:O:A 2025]

Les bottes sont couvertes de boue, les jambes sont lourdes, mais une chose est certaine : le Wacken Open Air 2025 restera dans les mémoires comme une édition particulièrement éprouvante… et profondément marquée par l’ombre bienveillante d’Ozzy Osbourne. [Oli]