À peine arrivés sur le site aux environs de 11 h, je fonce — autant que faire se peut — vers Bullhead City et la W:E:T Stage où se produisent les dinosaures finlandais germanophones de Heavysaurus ; autant dire qu’une fois sur place, je ne suis pas surprise de découvrir la zone pleine à craquer, pour bonne partie de jeunes metalleux accompagnés de leurs parents ! Ces derniers ne sont pas pour autant mis sur le carreau, le gimmick parlant certainement à l’enfant qui sommeille en eux… La bonne humeur est le mot d’ordre de ce show, sur scène comme en face ; sous les costumes de reptiles rigolos arborant de grands sourires se cachent probablement ceux de musiciens très heureux de prendre part à l’initiation de la prochaine génération. Ces derniers mènent leur set entre compositions originales axées power metal mélodique et adaptées en allemand, facilement accessibles aux plus jeunes oreilles, revisites de classiques — par exemple Rock You Like a Hurricane — avec une touche « dinosauresque » en plus et blagues entrecoupées de passages instrumentaux… Lesdites blagues finissent d’ailleurs par occuper une bonne partie du set au détriment de l’aspect musical, au point qu’il ferait bon de rappeler que les plus courtes sont les meilleurs ! Pour compléter le tableau, des projections en tous genres, flammes, étincelles et confettis, jaillissent à l’avant de la scène. En somme, Heavysaurus réunit tout pour le spectacle et l’amusement des plus petits comme des plus grands ! [Ségolène]
Mes pas et ma soif de découverte me mènent ensuite vers la Louder Stage et Graveyard. Première impression : en voilà un groupe qui flore bon le revival 70’s comme on l’aime. Rock, blues, country, le tout assaisonné d’épices psychédéliques, toutes les saveurs sont réunies pour transporter les plus matinaux des festivaliers dans ce passé qui paraît lointain. Même la chemise du bassiste Truls Mörck semble tout droit sortie de cette époque, c’est dire ! Excellent point également pour le son des guitares, particulièrement soigné, parfait pour mettre en avant les soli. Du point de vue des voix, celles de Joakim Nilsson et de Truls Mörck se complètent à merveille, grave, chaleureuse avec une pointe de mélancolie pour le premier, plus « jeune », vive et pleine d’expressivité pour le second. Ne connaissant rien de Graveyard ni de ses morceaux les plus emblématiques avant ce show, j’en repars avec le très bon souvenir d’une découverte attendue. [Ségolène]
À 12 h 30, la Faster Stage accueille Dominum, l’une des formations qui font parler d’elles ces derniers mois. Avant même l’arrivée des musiciens, les enceintes diffusent Crazy Train d’Ozzy Osbourne, un nouvel hommage au Prince of Darkness qui confirme que son souvenir plane toujours sur cette édition 2025 du Wacken.
Musicalement, Dominum évolue dans un power metal teinté de touches symphoniques. La recette paraît d’abord très calibrée, presque trop parfaite pour être totalement spontanée. L’ensemble est efficace, certes, mais il manque encore ce petit supplément d’âme qui permet de sortir du lot. Heureusement, le charismatique Dr. Dead sait parfaitement capter l’attention du public et porter le spectacle. La reprise de Rock You Like a Hurricane des Scorpions fait naturellement son effet, mais c’est surtout un des morceaux suivants, porté par une ligne vocale particulièrement inspirée, qui finit par nous convaincre. Enfin, vient un ultime titre aux accents presque pop, doté d’un refrain irrésistible évoquant parfois Beast in Black. Sans même s’en rendre compte, on se surprend finalement à adhérer à la proposition du groupe. Devant la scène, les festivaliers sautent tant bien que mal malgré plusieurs kilos de boue accrochés à leurs bottes. Après plusieurs jours de pluie, le Wacken devient presque une épreuve sportive. À ce rythme, un pass quatre jours devrait bientôt donner droit à une médaille de marathonien. [Oli]
[Photos Dominum : © W:O:A 2025]
La découverte suivante, en revanche, relève davantage du hasard que d’une curiosité calculée. C’est en effet au gré d’une flânerie dans la Wackinger Place que je me retrouve à assister au derniers tiers de la prestation de Seasons in Black… Porté en première ligne par la voix caverneuse et la présence imposante de son vocaliste et bassiste Ludwig Maurer, le groupe allemand joue un death metal mélodique aux accents sombres, dont se dégage une atmosphère apocalyptique, aussi envoûtante et immersive. Tout de noir vêtus, en raccord avec leur son, les musiciens, Ludwig Maurer en tête, communiquent beaucoup avec le public en face d’eux, et l’alchimie qui en découle fait du bien à voir comme à ressentir. Curiosité de programmation sur une scène à thème folk, Seasons in Black ressort comme un groupe dont la sobriété fait la force. Un découverte à creuser et à revoir dans des conditions qui lui correspondent mieux, de préférence à des heures plus noires… [Ségolène]
[Photos Seasons in Black : © W:O:A 2025]
Nous nous rendons ensuite à la prestation de Victory sur la Headbangers Stage, malheureusement après le morceau d’ouverture. C’est donc Take the Pace qui nous accueille. Cette entrée en matière rappelle immédiatement pourquoi les Allemands conservent, depuis des décennies, une solide réputation sur leurs terres. Musicalement comme scéniquement, le groupe reste une valeur sûre. Le chant de Gianni Pontillo évoque régulièrement celui de Fernando Garcia, dont les prestations sur Culture Killed the Native (1989) et Temples of Gold (1990) restent gravées dans la mémoire des amateurs, même si certains puristes continuent de préférer Charlie Huhn. On the Loose provoque sans surprise l’une des plus belles réactions du public avant qu’un excellent Checks in the Mail ne vienne conclure le concert. Sans jamais avoir véritablement percé à l’international, Victory a toujours bénéficié d’une base de fans fidèle en Allemagne. Avec Herman Frank dans ses rangs, certaines compositions rappellent d’ailleurs parfois une version plus mélodique et plus accessible d’Accept. Une comparaison loin d’être usurpée. [Oli]
[Photos Victory : © W:O:A 2025]
S’ensuite un petit moment de confusion. En effet, ayant lu le programme un peu trop vite, nous pensions assister au concert de Sacrifice, les vétérans canadiens du thrash metal. Il s’agit en réalité de Sacrifire. Passée la surprise, la déception laisse rapidement place à la curiosité. Le groupe évolue dans un registre gothique et doom qui évoque volontiers Paradise Lost ou Type O Negative. Une découverte finalement fort agréable. [Oli]
Qui dit festival multi-scènes dit chevauchements horaires et nécessité de trancher. Ainsi, à cette heure, entre Drowning Pool et Iotunn, mon choix se porte sur le second, l’intellectualisme du prog l’emportant sur le rentre-dedans du neo metal. Au-delà de ces considérations, ce choix est aussi celui du cœur, le mien ayant été frappé à l’écoute de l’album Kinship, et affirmer que le groupe ne me donne pas de quoi le regretter est un doux euphémisme. Dès les deux premières minutes de Twilight, c’est une vague d’émotions que font déferler les musiciens vêtus de noirs et leur frontman en tenue claire Jón Aldará ; vague qui devient raz-de-marée lorsque ce dernier passe du growl à la voix claire sur le premier refrain. Puissante et impressionnante dans un registre comme dans l’autre, cette voix est mise au premier plan dans le mix, de même que la caisse claire, comme cela est typique des atmosphères du genre prog aux accents pagan dans lequel s’inscrit le groupe. Comme il va aussi de soi dans ce genre, les musiciens excellent tous sur leur instrument respectif. Plus qu’interpréter les morceaux, ils les vivent à fond ; en témoignent les expressions sur les visages d’Eskil Rask et Jesper Gräs que j’ai la chance de pouvoir observer de près et capturer. Outre leur maîtrise, ils savent aussi montrer leur union, lorsque les membres mobiles viennent entourer Bjørn Wind Andersen en fond de scène. Prog oblige, encore, les morceaux sont longs et la setlist courte, n’en comportant que six, presque tous issus de Kinship, à la grande joie émue des spectateurs présents ainsi qu’à la mienne. Sur bien des points, musical surtout, Iotunn se rapproche de Borknagar ou encore Primordial ; Jón Aldará n’est d’ailleurs pas sans évoquer Alan Averill, de par sa gestuelle et la portée émotionnelle de sa performance… Les Danois livrent un set bouleversant et qui ne laisse pas indemne, ce de la plus belle des manières. [Ségolène]
Je dois cependant, et à contrecœur, quitter le set avant sa toute fin, ce qui ne m’empêche pas de manquer arriver en retard devant la Headbangers Stage pour la suite ; suite qui est synonyme d’un changement radical d’ambiance avec Wednesday 13. Sous le soleil de milieu d’après-midi qui recommencer à pointer ses rayons, le prince du horror punk et ses comparses font la promotion de leur nouvel opus, Mid Death Crisis, sorti en avril 2025. Rien que pour l’ambiance façon « Halloween en été », c’est une occasion à ne pas louper ! Comme ravivés par le retour de la lumière solaire — plutôt paradoxal pour des créatures noctambules —, certains festivaliers se lancent dans des danses dans la boue, jusqu’à ressembler à d’authentiques zombies fraîchement sortis de terre. Sur scène, l’enthousiasme ne manque pas non plus, en particulier du côté de Joseph Poole qui fait montre d’un humour mordant, comme par exemple lorsqu’il clame haut et fort que « jouer au soleil, c’est pas notre truc ! ». Au vu de son look de vampire du XXIe siècle, on ne s’en serait pas douté ! Au niveau de la setlist, les extraits du dernier opus côtoient ceux de Transylvania 90210: Songs of Death, Dying and the Dead, dont Bad Things qui donne au fondateur l’occasion de placer une autre petite plaisanterie en conseillant au public de ne pas prendre le refrain trop personnellement (« I want bad things to happen to you »). Deux reprises de Murderdolls se fraient également un chemin, Summertime Suicide et Nowhere, ainsi qu’une autre de Frankenstein Drag Queens from Planet 13, I Love to Say Fuck, qui conclut le set dans une avalanche du f-word scandé à cœur joie par l’assistance — et même écrit sur un parapluie que brandit Joseph Poole ! Wednesday 13 livre un show dans sa plus pure tradition, drôle et irrévérencieux comme on aime. [Ségolène]
Pour qui n’a pas encore eu sa dose de rock occulte et horrifique, Angel Witch débarque sur la W:E:T Stage pour en servir un verre de grand cru, millésime 80’s. Entrant en scène sur fond de The Day the Earth Stood Still du film du même titre, les Britanniques enchaînent directement avec Atlantis, un premier extrait de l’album éponyme de 1980. Cet opus cultissime est bien évidemment au cœur de tout le show, dont pas moins de six titres sont joués ; quoi qu’un extrait du petit dernier sorti en 2019 et au titre à l’opposé polaire, Angel of Light, le morceau Death from Andromeda, ainsi qu’un autre de l’album As Above, So Below sorti en 2012, Dead Sea Scrolls, viennent taper l’incruste dans cet setlist old-school. Le groupe mise aussi sur une exécution simple et allant droit au but ; sur ce point, même la communication est réduite au strict minimum, courtoisie d’un Kevin Heybourne fidèle à son tempérament introverti… Vu comme cela, il serait facile — et pas complètement infondé — de reprocher à Angel Witch de se reposer sur ses lauriers. Cela étant, les réactions des spectateurs ne trompent pas, ceux-ci se faisant une joie de reprendre en chœur des refrains qu’ils connaissent… par cœur, sans jeu de mots quelconque. En d’autres termes, en démontrant ainsi l’efficacité de sa formule, Angel Witch illustre à merveille l’expression selon laquelle c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes ! Vêtus de noir et entourés de fumée, les musiciens paraissent aussi ensorcelants que leur nom le laisse suggérer et peuvent compter sur un bon calibrage sonore qui met en avant la basse lourde et puissante de Will Palmer ; la guitare lead fait aussi forte impression. Parmi les titres produisant le meilleur effet, citons White Witch, Angel of Death, et bien entendu le morceau éponyme faisant office de conclusion. Comme avec Wednesday 13 juste avant, nous affaire affaire avec Angel Witch à un groupe qui ne devrait pas jouer par temps ensoleillé et à un public qui en redemande ! [Ségolène]
Au Wacken, c’est une évidence, il est impossible de « tout » voir. Après le concert d’Angel Witch, couvert par notre collègue Ségolène, nous revenons vers la Faster Stage juste à temps pour assister à la fin du set de Krokus. Les Suisses interprètent alors une superbe version de Rockin’ in the Free World de Neil Young. Avec son riff résolument hard rock, le morceau semble avoir été écrit pour eux. Toujours énergique, Marc Storace prouve une fois encore qu’il reste l’un des grands frontmen européens. L’inusable Easy Rocker vient prolonger le plaisir. Bien avant Gotthard, Shakra et les autres représentants du hard rock helvétique, Krokus écrivait déjà quelques-unes des plus belles pages du genre en Suisse. Cette tournée est annoncée comme la dernière. Les plus optimistes répondront que l’on a déjà entendu cette promesse plus d’une fois dans le monde du rock… [Oli]
[Photos Krokus: © W:O:A 2025]
L’un des grands rendez-vous de cette journée reste toutefois Dirkschneider. Après avoir célébré les quarante ans de Balls to the Wall tout au long de l’année précédente, Udo poursuit l’aventure avec une tournée qui ne perd rien de sa force. Avant de jouer l’album culte dans son intégralité et dans l’ordre, le groupe échauffe le public avec une impressionnante série de classiques : Fast as a Shark, Living for Tonite et Midnight Mover. Autant dire que la température grimpe immédiatement !
Lorsque débute enfin Balls to the Wall, la magie opère instantanément. Le point culminant survient avec Winter Dreams, interprété en duo avec Doro Pesch, invitée presque incontournable du Wacken, avec ou sans son propre groupe. Le concert s’achève ensuite en apothéose grâce à Princess of the Dawn, Up to the Limit et l’inusable Burning.
Au-delà de la musique, un moment particulièrement émouvant retient l’attention. Régulièrement filmé par les caméras géantes, Sven Dirkschneider, fils d’Udo, laisse transparaître une émotion sincère derrière sa batterie. Il faut dire qu’accompagner son père sur scène pour interpréter les classiques d’Accept devant le public du Wacken a de quoi marquer une vie. Udo en profite pour rappeler avec humour que Sven n’est pas seulement son batteur, mais aussi celui qui gère toute l’organisation de ses activités musicales, un domaine auquel, avoue-t-il lui-même, il ne comprend absolument rien. Sven prend alors brièvement la parole pour exprimer sa fierté de partager cette aventure familiale. Un échange père/fils sincère et particulièrement touchant. [Oli]
Cette édition du Wacken est celle des adieux, à Ozzy Osbourne pour son ensemble, également pour certains groupes qui tirent leur révérence en fin d’année. À ce titre, impossible de manquer les maîtres britanniques du stoner Orange Goblin pour ce qui constitue, comme le rappelle Ben Ward, le dernier concert du groupe en Allemagne. Pour autant, l’heure n’est pas à la tristesse sur la Headbangers Stage ; plutôt à se donner à fond pour tirer le maximum de ce dernier tour de piste. Sur la Headbangers Stage, les quatre Londoniens affichent une forme de tous les instants : Joe Hoare usant et abusant de sa pédale d’effets tout en multipliant les grimaces extatiques, Chris Turner semblant dans sa bulle derrière les fûts, Harry Armstrong assurant les chœurs sans micro et bien sûr Ben Ward excellant dans son rôle de frontman, autant sur le plan vocal que sur sa communication avec le public. En guise de dernière setlist, le groupe fait les choses dans les règles de l’art en jouant un titre de chaque album, du premier, Frequencies from Planet Ten (1997), représenté par Saruman’s Wish, au dernier en date, Science, Not Fiction (2024), représenté par le single (Not) Rocket Science. Ceci, tout en réservant un léger traitement de faveur aux opus The big Black et A Eulogy for the Damned, représentés par deux extraits chacun. Tous les morceaux sont choisis avec le plus grand soin, fidèles à un esprit rock et festif, et l’ensemble sonne comme la rétrospective d’une carrière qui n’a pour ainsi dire jamais connu de faiblesse. Comme pour ajouter à cette ambiance de « fin », la lumière du soleil à l’heure dorée éclairant la scène et les musiciens pour un effet très agréable à l’œil. Enfin, c’est sur Quincy the Pigboy, suivi de Red Side Rising, que s’achève le dernier show allemand d’Orange Goblin, dans l’euphorie générale. En fin de compte, le groupe anglais aura démontré que célébrer une carrière musicale le sourire aux lèvres paraît bien la meilleure manière de tirer sa révérence, autant pour soi-même que pour ses fans. Merci pour tout, Orange Goblin, et bonne retraite ! [Ségolène]
Après un détour par la Wackinger Place pour assister à la performance pyrotechnique de Das Feuervarietie, je laisse de côté Dimmu Borgir et les main stages pour me diriger de nouveau vers la Headbangers Stage et Walls of Jericho. Depuis des années que j’entends le plus grand bien des performances live du groupe de hardcore américain, voilà la bonne occasion d’aller vérifier le bon fondé de cette réputation… et il ne suffit que d’un titre pour avoir la réponse : un grand oui ! Comme pour tous bon groupe de hardcore old-school bien bagarreur qui se respecte, sur scène, ça court et saute dans tous les sens sur fond de lumières épileptiques, la frontwoman Candace Kucsulain en tête qui harangue les spectateurs de la fosse pour les encourager à se rentrer dedans, ce pour quoi ces derniers s’en donnent à cœur joie. Véritable meneuse de jeu du haut de plus de vingt ans d’expérience au compteur, la dame impressionne par sa puissance vocale, entre parties scandées façon rap et cris bien coléreux, et son dynamisme explosif. Explosives, ses interventions le sont autant, qu’elle ponctue de presque autant de « fuck(ing) » que Wednesday 13 quelques heures plus tôt sur la même scène ! Elle révèle aussi un aspect touchant de sa personnalité sur le quatrième titre, lorsqu’elle nous fait la surprise d’un duo avec sa fille, qui fête ce soir son quatorzième anniversaire. Bien qu’un peu intimidée, la jeune adolescente montre qu’elle a de qui tenir sur le plan vocal. « La dernière fois qu’on a joué ici, elle n’était pas née ! » déclare Candace, rappelant que la dernière venue du groupe au Wacken remonte à 2009. On peut dire que les coreux émergents qu’ils étaient à l’époque ont fait un sacré bout de chemin depuis et le montrent bien ! Au-delà de tous les aspects bourrins, Walls of Jericho propose quelque chose de très solide musicalement parlant, au point que même les moins adeptes peuvent apprécier ; le fait que les morceaux n’abusent pas des breakdowns y est pour beaucoup. La prestation se poursuit à un rythme effréné, ponctué des coups de canon de la Wasteland Stage proche, ce qui colle à l’ambiance générale, et s’achève en beauté avec Candace Kucsulain et le bassiste Aaron Ruby grimpant sur les barrières pour aller à la rencontre du public. Pour ma part, je pourrais parler de bonne surprise… mais un tel niveau est-il réellement surprenant ? [Ségolène]
Sans transition, Katatonia prend place sur la W:E:T Stage voisine. Passer de la folie furieuse à la mélancolie planante, difficile d’imaginer un changement d’atmosphère plus radical… Venant de sortir un nouvel opus, Nightmares as Extensions of the Waking State, les Suédois ouvrent leur set sur un extrait de ce dernier, Thrice ; un début — trop — en douceur qui fait ressentir les conséquences du départ d’Anders Nyström. Heureusement pour les fans old-school, la suite voit le groupe revenir, sinon à ses origines, à la période des années 2000-2010 avec Soil’s Song, Lethean et Dead Letters, entrecoupés du plus récent Opaline. Bien plus immersifs, ces titres plongent les plus réceptifs d’entre nous dans un état de rêverie douce qui fait office de « pause » introspective et mélancolique au milieu d’une ambiance tantôt plus agressive ou festive. Point question, toutefois, de se laisser aller à la lancinante induite par cet état. Le rythme du set est mid mais jamais plat, porté par les talents de batteur de Daniel Moilanen, qui bénéficie d’une bonne puissance sonore, et par des crescendos en forme de vagues. Ensemble, festivaliers et musiciens extériorisent leurs tourments intérieurs, les uns par des cris d’encouragement, les autres de manière contenue, laissant la musique et Jonas Renkse parler pour eux. Lui aussi s’exprime avec réserve lors de ses interventions, par exemple lorsqu’il demande aux gens s’ils passent un bon moment, tout en ne s’empêchant pas de proclamer son affection pour le festival, qu’il « adore ». Lilac, autre extrait du dernier album, passe l’épreuve du live, mieux que Thrice, oserai-je dire. La pluie, qui s’était un moment arrêtée, se remet bientôt à tomber… les cieux répondraient-ils à l’appel de Katatonia ? [Ségolène]
À 21 h 15, les légendaires UK Subs investissent la W:E.T. Stage. Les déplacements restent toujours aussi compliqués dans une boue qui commence sérieusement à épuiser les organismes. Nous entendons le classique Warhead de loin avant de parvenir jusqu’à la scène. En arrivant, impossible de ne pas être impressionné. À plus de quatre-vingts ans, Charlie Harper continue de mener son groupe avec une énergie incroyable ! Certes, il ne bondit plus comme auparavant, mais son charisme et sa rage demeurent intacts, l’homme donnant une véritable leçon de longévité punk. [Oli]
[Photos UK Subs: © W:O:A 2025]
Reste à choisir où aller pour la suite de la soirée. Quelques pas vers la scène jumelle de la W:E:T Stage, la Headbangers Stage, où va se produire Walls of Jericho, ou retour vers la Herder Stage que va investir Dimmu Borgir ? La fatigue nous pousse d’abord à rester sur place, mais le punk/hardcore/metalcore des Américains ne retient finalement pas suffisamment notre attention. Nous reprenons donc notre lente progression à travers un terrain devenu particulièrement éprouvant. Après plusieurs jours passés à marcher dans une boue toujours plus profonde, rejoindre les Main Stages relève presque de l’expédition.
Nous arrivons finalement devant Dimmu Borgir, que nous observons d’assez loin. Sans doute aussi parce que nous aurons l’occasion de les revoir une semaine plus tard à l’Alcatraz Festival. Comme toujours, les Norvégiens proposent un spectacle extrêmement visuel, mêlant pyrotechnie, mise en scène soignée et black metal symphonique grandiloquent. Le concert s’achève naturellement sur Mourning Palace, extrait de l’incontournable Enthrone Darkness Triumphant qui mit le feu aux poudres en 1997.
Repos jusqu’à demain, en n’espérant même plus une météo plus clémente. [Oli]
[Photos Dimmu Borgir: © W:O:A 2025]
Quelques minutes avant la fin de cet set vient pour moi le temps de le quitter pour me diriger vers celui de Dark Funeral qui se prépare sur la Louder Stage, un set entièrement dédié à l’album Diabolis Interium… et en parlant de préparation, celle-ci prend son temps, au dam du public qui réclame le groupe dont les silhouettes s’aperçoivent derrière le rideau — ainsi que de nous autres photographes qui attendons dans le pit sous la pluie. Le show finit enfin par s’ouvrir, vingt minutes après l’heure prévue, sur The Arrival of Satan’s Empire, sous les acclamations des spectateurs… et dans la fumée ! Inutile de dire que cela ajoute à des prises de vue déjà rendues compliquées par la météo… Le groupe suédois poursuit avec Hail Murder, puis Goddess of Sodomy, agrémenté d’une performance de danseuses maniant les flammes. À la sortie du pit, l’hommage à Diabolis Interium continue par le morceau du même titre ; toutefois, la fatigue accumulée a raison de ma patience et je ne m’attarderai pas plus longtemps. Dommage pour moi, je n’aurai pas assisté à la performance de Heart of Ice, que Dark Funeral n’avait pas joué sur scène depuis 2012… [Ségolène]
