Decapitated, Lethal Technology
Manoir Pub, Saint-Maurice (CH)
Date 16 juin 2026
Chroniqueur Hugo Weyermann
Photographe Ségolène Cugnod
https://manoirpub.ch/

Ce mardi 16 juin fut une journée exceptionnelle, à plus d’un titre. Le Manoir Pub a ouvert ses portes un mardi (alors qu’il n’est officiellement ouvert que du mercredi au samedi) pour accueillir Decapitated, les maestros du death polonais, à l’occasion de leur seule date suisse en tant que tête d’affiche.

Le bar a ouvert ses portes à 17h, et depuis ce moment, le monde a commencé à s’amonceler sur la terrasse du bar. A 19h30 tapante, Lethal Technology ont commencé leur show. Il y avait quelques curieux pour regarder leur prestation mais je dirais, au bas mot, que la terrasse devait malheureusement être trois fois plus pleine que la salle. Le soleil et le houblon l’ont, vraisemblablement, emporté sur le death prog/indus des valaisans. Ils ont livré une prestation somme toute plutôt sympathique, s’étant donné pour mission de chauffer le public avant la tête d’affiche. Leur premier titre fut Forbidden Flesh, puis ils ont enchaîné Mechanical Era, Iron and Ice et New Hope sans que ceux-là n’attirent plus de monde dans la salle. Il n’y avait pas tellement de nouveauté dans la prestation du groupe hormis la présence d’une nouvelle chanteuse qui assurait à la fois les chants clairs et saturés ; cette dernière est dotée d’un chant guttural méga impressionnant. Par contre je dois admettre que le chant clair mériterait soit d’être soit amélioré, soit remplacé par du growl (ça demanderait certainement quelques ajustements vis-à-vis de la musique mais c’est de loin mon option préférée). Après, mieux vaut un chant clair, OK mais sans plus, plutôt qu’une piste enregistrée. Le maigre public a applaudi ces quelques titres mais, aux moments d’interactions entre les titres ou de chanter le rythme à tue-tête, ce ne fut pas tout à fait ça. Ils ont fini leur set avec The Final Day, Factory, Steel Body et Digital God. Les Valaisans ont conclu pile-poil dans les temps et ont finalement attiré quelques curieux dans la salle ou des gens voulant soutenir la scène locale même s’ils ne l’ont fait que brièvement. Pour conclure, je dirais que Lethal Technology ont fait de leur mieux pour chauffer la salle mais que la mayonnaise n’a pas trop pris. Pour le dire sobrement, je dirais que la chaleur étouffante de la salle à incité les gens à profiter du moindre petit courant d’air, quitte à carrément ne pas entrer dans le brasier du Manoir Pub, il devait faire au moins 8’000 degrés là-dedans.

Les gens sont soit sortis, soit restés dehors pour attendre le concert de Decapitated car il est simplement impossible de passer deux heures en restant dedans tout du long. Le Manoir Pub est une super salle avec, ce soir-là, comme les autres d’ailleurs, un super son, mais il y a un manque cruel d’air. C’est presque un voyage dans les tropiques, à peine on entre qu’on est déjà trempé et moite. Qu’à cela ne tienne, c’est pas un petit coup de chaud qui allait empêcher Saint-Maurice de faire un accueil triomphal aux géants de Decapitated. Avant même qu’ils ne commencent à jouer, le public était déjà réuni au pied de la scène pour ce qui allait être un concert d’anthologie. Le quatuor polonais, emmené par le chanteur finlandais (oui c’est étonnant mais ce choix sera expliqué par Vogg dans une interview à retrouver prochainement sur le site) a commencé son set avec The Blasphemous Psalm to the Dummy God Creation, un titre explosif qui, d’entrée de jeu, fait trembler tout le Manoir. Ils ont enchainé avec The Last Supper et Earth Scar, deux classiques des derniers disques du groupe et mamma mia qu’est-ce que c’est bon de voir ça d’aussi près, je ne m’en lasserai jamais. Chaque chanson a reçu une ovation plus forte que la précédente. Ils ont ensuite proposé A Poem About an Old Prison Man, Just a Cigarette et Three-Dimensional Defect une petite trilogie qui défonce absolument tout sur son passage. Dans la salle, le public était chauffé à blanc mais il n’y avait pas de pogos, pas encore… Ils ont poursuivi avec Cancer Culture et 404, deux titres des plus puissants. Je ne sais pas vraiment comment c’est possible mais ils sont techniques et complexes tout en étant d’une violence et d’une efficacité à toute épreuve. Ensuite est venu mon moment (et celui de plein d’autres, j’en doute pas) : une petite doublette qui met à l’honneur les 30 ans de carrière du groupe avec Winds of Creation et Spheres of Madness. Deux jours après, j’ai toujours les cervicales en vrac… si seulement on pouvait remettre ça bientôt, ça serait chouette ! Sans transition, Decapitated sont allés plus en avant avec Visual Delusion, Deathvaluation, Kill the Cult et Suicidal Space Programme, revenant ainsi à une période plus récente de leur discographie. C’est quelque part au milieu de ces titres que la cocotte minute a fini par exploser et que c’est parti en méga pogo. Faire ça dans une chaleur pareille, c’est de la folie. Il ne reste plus qu’une poignée de minutes avant la fin annoncée du concert lorsque Eemeli Bodde annonce un dernier titre, Iconoclast. Une branlée pas possible qui met un terme à une performance absolument dantesque.

Lethal Technology a bien reproduit ses morceaux, de manière scolaire, sans jamais réussir à entraîner l’audience dans son délire post apocalyptique. C’est un domaine où Decapitated ont montré qu’ils sont les patrons, ils ont absolument tout déchiré ! Les Polonais ont eu beau jouer dans une salle à faible capacité (comparé à celle de Zürich où ils ont performé avec Megadeth), ils se sont donné à 1’000%, quitte à en ressortir à bout de force et complètement lessivés. C’était leur première venue au Manoir Pub, et ils ont absolument tout cassé ! J’ai eu le plaisir de discuter très brièvement avec Eemeli après le concert, il m’a avoué être impressionné de l’énergie de la foule qui, malgré la température déjà bien élevée, a fait monter le taux d’humidité (enfin de transpiration statique). En bref, une soirée qui restera dans les mémoires. Decapitated et le Valais… ça semble être une histoire d’amour vouée à durer. Enfin, je l’espère !