Après que nous sommes arrivés sur le set en milieu d’après-midi, c’est avec quelques minutes de retard et sous des cieux plus ou moins ensoleillés que je débarque dans le pit de la W:E:T Stage pour passer le bonjour à Umbra Conscientia, découvert à l’Inferno 2024. Autant dire que voir le combo germano-costaricain dans un contexte aussi radicalement opposé à celui du festival norvégien, non seulement a de quoi prêter à sourire, mais confère aussi une toute nouvelle dimension à la prestation. Entre autres, parce que cette fois-ci, les maquillages et les expressions des musiciens sont visibles… Cela étant, même dans ce contexte qui a priori ne lui correspond pas, le black metal du groupe garde ses aspects sombres, denses et un peu oniriques que je lui connaissais déjà, bien appuyés par une caisse claire puissante et la concentration infaillible de ses cinq interprètes. Parmi eux, le chanteur F. et le guitariste Aether livrent une performance très investie ; leurs voix, chargées en effet, semblent sortir d’une caverne. Du côté du public, celui-ci montre son appréciation comme ce style musical le veut, à savoir de façon stoïque et respectueuse. [Ségolène]
Cela faisait un moment que je n’avais pas revu sur scène mes compatriotes grenoblois de Nightmare, qui ont sorti il y a encore peu un nouvel album de solide facture, Encrypted, avec leur chanteuse Barbara Mogore. Autant dire que l’occasion est idéale ! La frontroman s’en sort avec les honneurs, plus particulièrement sur l’ouverture, The Bloom of my Hate, extrait du petit dernier et conçu pour elle et son style vocal en « switch » clair/saturé façon death mélodique ou metalcore. En revanche, elle apparaît plus réservée sur les titres plus anciens ; outre cela, malheureusement pour elle, sa voix semble sous-mixée. Ses camarades masculins, eux, ne se privent pas de s’agiter dans tous les sens, histoire de montrer qu’ils s’amusent ! À l’inverse, le public est un peu timide et attend le moment où le groupe joue sa version réactualisée d’Eternal Winter, grand favori des fans, pour se réveiller. Cela passé, les spectateurs ne se font pas prier lorsque Barbara leur intime de lever le majeur en l’air sur Downfall of a Tyrant, hymne combattif extrait de l’album Aeternam ! Dans l’ensemble, c’est un sympathique moment passé en compagnie de Nightmare, dans l’attente du prochain… [Ségolène]
Grave Digger célèbre cette année son 45e anniversaire. Contrairement à leur spectaculaire prestation donnée au Wacken en 2022 avec orchestre complet, les Allemands reviennent cette fois à une formule plus directe, centrée sur l’essentiel : les riffs et une set-list particulièrement soignée. Chris Boltendahl et ses hommes ont eu la bonne idée de ressortir plusieurs morceaux devenus rares en concert. Les amateurs des années 90 apprécieront notamment Twilight of the Gods, extrait de Rheingold, qui ouvre les hostilités de la plus belle des manières, ainsi que l’excellent Valhalla, dont le riff rapide et imparable fait toujours autant d’effet. Autre surprise bienvenue, The Curse of Jacques, issu de Knights of the Cross, retrouve enfin sa place dans le répertoire du groupe. Les classiques sont évidemment de la partie avec The Dark of the Sun, Excalibur, Rebellion (The Clans Are Marching) et l’incontournable Heavy Metal Breakdown, qui clôt le concert dans une ambiance euphorique.
Pour renforcer encore le caractère exceptionnel de cette célébration, le groupe accueille Uwe Lulis, ancien guitariste de Grave Digger, venu prêter main-forte sur ces deux titres. Sur le dernier, le public découvre également Jamiro Boltendahl, le fils de Chris, qui rejoint son père sur scène pour un passage aussi symbolique que chaleureux. [Oli]
[Photos Grave Digger : © W:O:A 2025]
Je profite de me trouver dans la zone Wasteland — qui pour le coup a rarement aussi bien porté son nom — pour jeter un œil curieux à une des prestations de Megabosch. Accompagnés des Wasteland Warriors et de leurs costumes originaux, les quatre hommes partagent avec les festivaliers présents un moment festif autour de leur rock « post-apocalyptique », façon Neue Deutsche Härte avec l’autodérision en plus. Un moment dont tout le monde profite avec joie, y compris mon appareil et moi-même qui nous amusons bien à capturer les looks de tout ce joli monde ! [Ségolène]
De YouTube à la scène, il n’y avait qu’un pas, que Gavin Dunne a.k.a Miracle of Sound vient de franchir en mai 2025 et qui le mène aujourd’hui, accompagné de ses nouveaux musiciens, à se produire pour la première fois au Wacken. Assister à cette première tenait certainement à cœur de nombreux amateurs de jeux vidéo et légendes fantastiques, réunis devant la Wackinger Stage dans ce qui s’apparente à un moment de partage autour de passions communes. Pour sûr, les plus avertis d’entre nous s’amusent bien à reconnaître les références à des sagas vidéoludiques bien connues, de The Witcher (Wake the White Wolf) à God of War (Ode to Fury) en passant par DooM (Hell to Pay), voire au cinéma (Road Rage, hommage très « Wasteland-friendly » à Mad Max: Fury Road) ! Entre ces chansons faisant la part belle à des œuvres ancrées dans la pop culture, Gavin et ses comparses ont glissé quelques hommages à des légendes du folklore celtique, clins d’œil à la culture de l’Irlande dont ils sont originaires. Durant deux de ces morceaux, Grainne Mhaol, Queen of Pirates et Sirona, la pétillante violoniste de Feuerschwanz Johanna von der Vögelweide rejoint le groupe pour l’accompagner de son instrument. Les musiciens, emplis de la fougue propre à un « jeune » groupe, font tous le show, en particulier le guitariste Eoghan (qui remplace sa guitare en catastrophe en plein milieu d’un morceau) et la claviériste Pepa, qui ne loupe pas une occasion de danser. Tous ou presque participent aux chœurs, leurs voix apportant aux morceaux une dimension différente, complémentaire à la belle voix grave et chaleureuse de Gavin Dunne. Ce dernier endosse son rôle de meneur avec humilité, sans occuper tout l’espace au détriment de ses camarades, jusqu’à confier le chant lead à Pepa sur Whatever Comes Our Way (inspiré de Baldur’s Gate 3), que la jeune femme assure avec talent. Gavin annonce ensuite un morceau « d’inspiration viking » (« non, pas celui-là ! »), Skål, puis Beneath the Black Flag (inspiré d’Assassin’s Creed IV), qui voit le retour de Johanna et de son violon. Enfin, à cause d’un retard de quelques minutes en début de set, celui-ci doit s’achever avec l’autre hymne viking, fameusement inspiré d’Assassin’s Creek Valhalla, Miracle of Sound a nommé Valhalla Calling. L’occasion pour Gavin, d’une part de rappeler qu’il en est bien le créateur originel, d’autre part de complimenter les reprises de Feuerschwanz et Saltatio Mortis, qu’il remercie au passage de l’avoir invité sur scène la veille — et non celle de Peyton Parrish, qui n’a pas son approbation. Au vu des réactions plus qu’enthousiastes des festivaliers, qu’ils servent depuis le début du show, Miracle of Sound, l’homme comme le groupe, ont de quoi être fiers — en tout cas, nous autres fans de longue date, on est fiers d’eux ! [Ségolène]
L’un des événements les plus attendus de cette édition est sans conteste le passage de Michael Schenker, venu présenter sa tournée My Years with UFO. Pendant une heure et demie, le légendaire guitariste replonge le public dans l’âge d’or de la formation britannique en interprétant exclusivement des classiques de cette période. Avant Too Hot to Handle, Schenker rend un hommage émouvant à ses anciens compagnons de route, Pete Way et Paul Raymond, aujourd’hui disparus. Un moment de recueillement qui rappelle combien cette musique reste intimement liée à ceux qui l’ont créée.
La set-list enchaîne les incontournables de UFO : Doctor Doctor, Lights Out, Love to Love, Rock Bottom et bien d’autres, sans oublier quelques titres plus rarement interprétés qui ravissent les connaisseurs. Le concert donne également l’occasion de découvrir en avant-première Don’t Sell Your Soul, nouveau single du Michael Schenker Group, dévoilé sur scène la veille de sa sortie officielle.
Au chant, Erik Grönwall (ex-H.E.A.T., ex-Skid Row) confirme tout le bien que l’on pense de lui. Doté d’une voix puissante et d’une excellente présence scénique, il s’approprie ces classiques avec beaucoup de respect, sans jamais chercher à imiter Phil Mogg.
Les invités se succèdent tout du long : Slash fait une apparition remarquée sur Mother Mary, tandis que Michael Voss (Mad Max, Casanova, Bonfire, Michael Schenker’s Temple of Rock) retrouve Schenker le temps d’un énergique Let It Roll. [Oli]
[Photos Michael Schenker : © W:O:A 2025]
Alors qu’approche la prestation de Guns’n’Roses et que de nombreux festivaliers investissent l’Infield en conséquence, ceux à l’esprit aventureux se laissent tenter par une tête d’affiche plus moderne et décalée avec Static-X sur la Louder Stage. Pour ceux d’entre eux déçus de l’annulation de dernière minute de Dope dans l’après-midi, c’est l’occasion de rattraper le coup, son fondateur Edson Dope se cachant, ce n’est plus un secret depuis un moment, derrière le masque et le nom de Xer0. En vérité, et je dis cela sans jugement aucun, ils ne perdent pas au change tant le style des deux groupes est similaire ! Pour la faire courte, Static-X… la fait courte (en dessous de trois minutes dans le cas de certains titres), directe et carrée. Une telle approche pourra sembler simpliste aux non-avertis ; en tout cas, elle produit son effet chez les fans présents. De ce que je comprends, la setlist fait la part belle au premier album, Wisconsin Death Trip, qui a récemment fêté ses 25 ans et dont pas moins de dix titres sont joués. Static-X fait aussi preuve de sens du spectacle : outre Xer0 et son masque aux yeux rouges désormais emblématique, deux mascottes à tête géante, de zombie pour l’une, métallique pour l’autre, se joignent au groupe pour faire le show, dans un déluge de bulles de fumée blanche pour la seconde. Pour un peu, on se croirait en boîte de nuit ! Ajout pertinent ou gimmick visant à pallier le manque de nouveauté dans le set, chacun se fera juge. [Ségolène]
Impossible, au Wacken, d’échapper à Guns N’ Roses. Avec un concert de près de trois heures, les Américains monopolisent littéralement le site. Nous avions prévu de nous placer suffisamment tôt afin de profiter pleinement du spectacle, mais l’immense foule massée devant les deux scènes principales rend rapidement toute progression impossible. Nous assistons malgré tout à Welcome to the Jungle, qui lance les festivités. Le son paraît un peu en retrait, mais la densité exceptionnelle du public modifie probablement la perception acoustique. Quant à Axl Rose, souvent critiqué ces dernières années, pour ce que nous en avons vu et entendu, il tient plutôt bien la route ce soir.
Au fil de nos déplacements entre les différentes scènes, nous continuons d’entendre régulièrement le concert des Guns. Impossible d’y échapper, même à plusieurs centaines de mètres. Nous assistons notamment, de loin, au double hommage rendu à Black Sabbath et à Ozzy Osbourne, disparu quelques jours plus tôt, un thème qui imprègne décidément toute cette édition du festival. [Oli]
Cap ensuite sur la Headbanger’s Stage pour Benediction, qui délivre une véritable leçon de death metal old school. Dès son arrivée sur scène, Dave Ingram remercie le public d’avoir bravé les conditions particulièrement difficiles : « Thank you despite the mud! » lance-t-il avant de faire résonner les premières notes de N.I.B. de Black Sabbath, en hommage à Ozzy Osbourne. À plusieurs reprises, le chanteur entraîne le public dans un vibrant « Ozzy! Ozzy! Ozzy! », repris en chœur par des milliers de festivaliers. Plus tard, avant The Dreams You Dread, il conclut simplement par un chaleureux « We love you all », clin d’œil évident à la formule dont Ozzy avait fait sa signature en fin de concert.
Décidément, ce Wacken 2025 restera comme une édition placée sous le signe du Prince des Ténèbres. D’une scène à l’autre, les hommages se multiplient et rappellent l’immense héritage laissé par le chanteur de Black Sabbath. Quant à Benediction, il confirme une fois de plus qu’il demeure l’une des références absolues du death metal britannique, livrant un set aussi massif qu’efficace. [Oli]
[Photos Benediction : © W:O:A 2025]
Après les hommages à Ozzy et les refrains fédérateurs de la journée, place à la noirceur absolue. Les Norvégiens de 1349 ne sont pas venus discuter avec le public mais distribuer des claques. Et dans ce domaine, ils excellent. Le groupe enchaîne les morceaux avec une froideur clinique, ne décrochant presque pas un mot entre deux déferlantes de blasts. Une violence maîtrisée qui rappelle par moments les assauts de Marduk. Brutal, glacial et redoutablement efficace. [Oli]
[Photos 1349 : © W:O:A 2025]
Après un moment passé à profiter du set de Guns’n’Roses à distance, je retourne vers la Louder Stage et son autre tête d’affiche représentante du metal industriel américain, j’ai nommé les inénarrables Ministry. Pilier parmi les piliers d’un sous-genre connu pour être un des plus politisés, il ne laisse personne indifférent : Ministry, on adore ou on déteste, tout dépend des opinions de tout un chacun. Sur ce point, le groupe donne le ton avant même de commencer à jouer, cf. la galerie photo… Chaque titre, quels que soient l’époque et le contexte de sa sortie, est prétexte à disséquer le système et en exposer les maux : tout et tout le monde y passe, qu’il s’agisse des puissants et des élites (Thieves, Goddamn White Trash), des mensonges du gouvernement (LiesLiesLies), du culte de la personnalité (Deity) ou de la propagande pro-guerre (Rio Grande Blood), etc. Ministry assume un but on ne peut plus clair : faire passer un message, quitte à y aller au forceps à grand renfort de paroles répétées en boucle sur fond de riffing agressif aussi en forme de boucle et de batterie martelante au son métallique… en somme, tous les éléments d’une propagande réussie ! Les visuels suivent la même logique, sous forme de films de propagande détournés. Ministry exploite ainsi les armes de son adversaire pour mieux les retourner contre ce dernier, avec efficacité et brio. Le set défile vite, très vite… trop vite, même, au point de s’achever avant l’heure prévue, la faute à une setlist qui, si elle réussit la mission de couvrir la carrière du groupe, est trop peu fournie pour tenir la route pendant une heure. Un peu trop efficaces, Ministry ? En tout cas, la soirée sur la Louder Stage s’achève sur ce moment fort et percutant, et le message est bien reçu. [Ségolène]
Ceci dit, la soirée s’achève pour moi, comme pour beaucoup d’autres, avec la fin du set de Guns’n’Roses. Ce dernier tiers de set (à peu de chose près) nous donne l’occasion d’entendre (plus que de voir) la fameuse reprise de Knockin’ on Heaven’s Door, de même que le captivant solo de Slash… ainsi que de constater que malheureusement, les allégations comme quoi Axl Rose aurait perdu sa voix se confirment. Cela reste tout de même un petit jeu amusant que de reconnaître les classiques du groupe, parmi lesquels Sweet Child O’ Mine et November Rainn pour ne citer qu’eux. Après une dernière reprise, celle de Human Being des New York Dolls, deux autres classiques, Nightrain suivi de Paradise City, concluent le set en fanfare. [Ségolène]
[Photos Guns’n’Roses : © W:O:A 2025]



