Ozzyfield, Nestor, Beyond the Black, Tarja & Marko Hietala, Apocalyptica, Necrosin, Radity, Lita Ford, Warbringer, Voodoo Kiss, Expellow, Theophobos
Wacken (DE)
Date 30 juillet 2025
Chroniqueur Ségolène Cugnod/Oli de Wacken
Photographe Ségolène Cugnod
https://www.wacken.com/en/

L’objectif était d’arriver à temps pour Dogma, autant pour découvrir la musique que le spectacle proposé par ces fameuses nonnes sataniques. Comme souvent, notre timing s’avère un peu trop optimiste et nous n’assistons pas à leur prestation. Dommage.

Comme d’habitude, lors des deux premiers jours du WOA, la programmation de W:E:T et Headbangers Stage est en partie dédiée aux gagnants de la Wacken Metal Battle, l’occasion pour les festivaliers de découvrir des groupes émergents prometteurs. Cela commence pour moi avec Theophobos, mystérieux projet de black metal psychédélique originaire du Guatemala. Le set se passe sous la pluie devant la scène et dans le brouillard dessus, dans tous les sens de l’expression au vu de ce qui s’y joue. Mené par son fondateur José Manuel de León, le groupe rend hommage au mysticisme de son pays d’origine au travers de morceaux longs et planants ainsi que de sa direction artistique en forme de masques colorés. Le style black metal aux accents prog et parfois indus fait voyager, bien porté par des musiciens très investis, entre autres un batteur qui chante en même temps qu’il joue et remercie très chaleureusement le public à la fin du show. Ne serait-il autre que José Manuel de León lui-même ? Dans tous les cas, Theophobos mérite un bon point pour son originalité et son jusqu’au-boutisme. [Ségolène]

Suit un changement radical de pays ainsi que de registre avec Expellow, groupe de metalcore venu de Suisse, sur la Headbangers Stage. Le devoir photographique m’appelant vite ailleurs, je n’ai que peu de temps à dédier aux cinq Helvètes ; assez, cependant, pour constater l’efficacité de son style, teinté de mélodies accrocheuses et d’influences punk et alt-rock, ainsi que celle de sa frontwoman Mik Dean. Cette dernière, en plus de sa puissance vocale, possède une énergie débordante, ne tient pas une seconde en place et partage une complicité maligne avec ses camarades musiciens qui fait aussi plaisir à voir. J’apprendrai plus tard que cette prestation a valu à Expellow de remporter la grande Wacken Metal Battle. Mérité, bravo à eux ! [Ségolène]

Après ces premières découvertes, vient le moment de saluer une vieille connaissance : Achim Ostertag, batteur de son état et fondateur du Summer Breeze, qui se produit sur la Wackinger Stage avec son groupe Voodoo Kiss. Le quintet allemand officie dans un style heavy/power metal mélodique reposant en bonne partie sur le duo vocal mixte que forment Gerrit Mutz (entre autres chanteur de Sacred Steel) et Steffi Stuber. Tous deux maîtrisent leur sujet et leurs voix sont tout à fait complémentaires ; j’avoue toutefois avoir du mal à comprendre l’intérêt des quelques passages en chant saturé, assez hors de propos par rapport à l’aspect très « chill » qui ressort des morceaux. Chill, les musiciens comme les deux vocalistes le sont aussi, adoptant une attitude très souriante et amicale et faisant pas mal de plaisanteries… malheureusement toujours en allemand, dont le sens reste alors inaccessible à ceux ne maîtrisant pas la langue de Goethe. Dans l’ensemble, Voodoo Kiss propose un set cool et sans prise de tête, parfait pour se détendre un peu sans être des plus marquants. [Ségolène]

Direction la Wasteland Stage pour retrouver Warbringer, venu défendre son excellent dernier album, Wrath and Ruin, sorti en mars 2025. Le quintet californien confirme qu’il figure aujourd’hui parmi les fers de lance du thrash metal moderne. La prestation est d’une intensité remarquable, portée par un John Kevill en très grande forme. Malgré une boue qui englue littéralement les festivaliers et transforme le terrain en véritable bourbier, les premiers pogos éclatent sans attendre. Il faut saluer le courage des participants tant chaque mouvement semble exiger un effort supplémentaire. Entre deux rafales de riffs, Kevill brandit même une épée, histoire d’ajouter une touche délicieusement « true metal » à un concert particulièrement musclé. [Oli]

Place ensuite à Lita Ford sur la Louder Stage. La guitariste ouvre son set avec Gotta Let Go, extrait de Dancin’ on the Edge (1984), l’album qui précède le très populaire Lita (1988), celui qui lui offrira une reconnaissance mondiale grâce à plusieurs titres devenus incontournables. La musicienne américaine se produisant rarement en Europe, la pluie battante n’entame en rien notre enthousiasme. Entourée d’excellents camarades musiciens, elle livre une prestation solide et généreuse.

Comme souvent dans ses concerts, Lita Ford accorde une place importante aux reprises. Même si l’on aurait préféré entendre davantage de compositions personnelles, difficile de bouder son plaisir devant une version, ironique ou non, de The Bitch Is Back d’Elton John, ou encore devant l’inévitable Cherry Bomb, clin d’œil à son passé au sein des Runaways. Citons également Only Women Bleed d’Alice Cooper, reprise qui figurait déjà sur Stiletto (1990). Mais le moment le plus fort du concert survient sans conteste avec Close My Eyes Forever. Le décès très récent d’Ozzy Osbourne confère à cette ballade, qu’il partageait avec Lita sur l’album portant son nom, une dimension particulièrement émouvante. Difficile, dans ces conditions, de ne pas sentir l’émotion monter. Heureusement, la pluie qui ne cesse de tomber dissimule parfaitement les quelques larmes qui viennent se mêler aux gouttes d’eau. Le concert s’achève sur une note beaucoup plus festive avec Kiss Me Deadly, autre grand classique de Lita, qui conclut un excellent moment. [Oli]

Par la suite, j’effectue un petit voyage vers la W:E:T Stage et le sud de l’Europe, dans le nord de l’Espagne plus précisément, en compagnie de Radity. Vingt minutes durant, les quatre Barcelonais servent un thrash bien senti et brûlant comme le soleil catalan, où la jeunesse des musiciens vient se mêler aux influences old-school avec harmonie et équilibre. En plus de leur jeu chirurgical et ciselé, les membres du quatuor brillent par leur énergie et leur enthousiasme ; parmi eux, la bassiste Carla Rodríguez impressionne par sa force de présence inversement proportionnelle à son gabarit frêle et par sa verve que ne cachent pas ses grandes lunettes. Certes, Radity ne réinvente pas le genre, ceci dit il fait bon de voir la jeunesse européenne insuffler sa fraîcheur à une scène qui cherche son renouveau. Prometteur ! [Ségolène]

De prime abord, le Bahreïn ne figure pas parmi les pays les plus metal du globe, ne comptant dans ses rangs qu’une quinzaine de groupes en activité, parmi lesquels son représentant du jour, Necrosin. Le groupe pratique un death metal sombre et dense orné çà et là de mélodies orientales, marque de ses origines qui lui confère une certaine élégance, tout en restant assez dépouillé pour être joué à trois musiciens. Ces derniers assurent avec aplomb et en parfaite coordination tout du long du set et se partagent les parties vocales, démontrant une cohésion et un professionnalisme sans faille. Necrosin offre une parenthèse ténébreuse au milieu de groupes plus solaires et un bel aperçu du potentiel que la part plus discrète de la scène du Moyen-Orient recèle ; à suivre. [Ségolène]

J’ai longtemps attendu une occasion de voir Apocalyptica sur scène, et celle-ci se présente en cette fin d’après-midi sur la Faster Stage. Le groupe est revenu à ses racines avec la sortie de Plays Metallica vol. 2 en 2024, encore fraîche, c’est donc tout naturellement qu’il propose une setlist entièrement dédiée aux reprises de Metallica, qui démarre en trombe avec celle de Ride the Lightning, issue justement du dernier album. Par la suite, les musiciens opèrent un retour à leur premier album sorti en 1996 en enchaînant Enter Sandman, Creeping Death et For Whom the Bell Rolls, reprises bien accompagnées de projections sur les écrans en fond de scène et de spectateurs reprenant en chœur les paroles, en particulier sur le troisième titre, bien calibré pour cela. Après ce premier tiers de set en somme classique et efficace, Eicca Toppinen prend le micro pour annoncer un morceau « inattendu », pas le plus apprécié des fans de Metallica, mais qu’il qualifie de « gemme incomprise ». Les plus avertis l’auront compris, il s’agit de St. Anger. Pas le choix le plus évident, en effet, mais qui passe bien et que les musiciens justifient en disant qu’il faut juste du temps pour s’y faire ! Bien que leur revisite de Metallica soit dépourvue de chant, cela ne les empêche pas de se montrer très bavards et heureux d’être là aux côtés de leur public — et soulage que ce dernier parvienne à les entrer malgré les vents forts du jour.

Suite à cette parenthèse St Anger, trois autres classiques de Metallica suivent, The Four Horsemen, Blackened et Master of Puppets, qui encore une fois produisent leur effet. Après quoi, la célèbre ballade Nothing Else Matters ramène un peu de calme et d’émotions dans un public qui continue de pousser la chansonnette. Alors que le set touche bientôt à sa fin, une invitée spéciale, en la personne de la talentueuse violoncelliste Tina Guo, rejoint Apocalyptica sur scène, qui redevient alors un quatuor comme à ses débuts le temps de jouer Seek & Destroy. Enfin, One clôt le set en apothéose. Il me tarde à présent de retrouver Apocalyptica autour des morceaux originaux du groupe, histoire de compléter le tableau… [Ségolène]

À 18 h 45, Tarja prend possession de la Louder Stage et livre une véritable démonstration. Vocalement, l’ancienne chanteuse de Nightwish évolue toujours dans une catégorie à part. Sa maîtrise technique, sa puissance, mais aussi son élégance naturelle et son charisme imposent immédiatement le respect. Sans vouloir transformer la musique en compétition, force est de constater que peu de chanteuses de la scène metal actuelle peuvent rivaliser avec une telle présence.

Si sa discographie solo ne nous semble pas toujours exploiter pleinement l’immense potentiel de son interprète, la sélection des morceaux se révèle parfaitement adaptée à la scène, privilégiant les titres les plus puissants. Les classiques de Nightwish, Wishmaster et Wish I Had an Angel, déclenchent évidemment une énorme réaction du public.

L’émotion atteint son paroxysme lorsque Marko Hietala rejoint Tarja pour la seconde partie du concert. Retrouver les deux anciens piliers de Nightwish côte à côte fait inévitablement naître une certaine nostalgie et laisse planer l’espoir d’une future collaboration, même ponctuelle. [Oli]

[Photos Tarja : © W:O:A 2025]

Nous jetons ensuite un œil à Beyond the Black, qui se produit sur la Faster Stage. De loin, certes, mais avec curiosité. Jennifer Haben confirme tout le bien que l’on pense d’elle et le groupe poursuit son irrésistible ascension. Pourtant, il est difficile de ne pas comparer sa prestation à celle de Tarja, vue peu de temps auparavant. Sans surprise, la Finlandaise reste intouchable dans ce registre. Le très large public présent devant la Faster Stage semble toutefois parfaitement conquis, preuve que Beyond the Black s’est désormais imposé parmi les valeurs sûres du metal mélodique à chant féminin contemporain. [Oli]

Nous attendions enfin avec impatience Nestor, et le groupe suédois ne déçoit pas. Révélé par Kids in a Ghost Town (2021), puis confirmé avec Teenage Rebel (2024), le quintet est rapidement devenu une référence pour tous les amateurs d’AOR et de hard rock mélodique aux saveurs des années 80. Loin de la caricature ou de la nostalgie facile, Nestor reprend avec intelligence tous les codes de cette décennie, aussi bien visuellement que musicalement. Des refrains fédérateurs, des guitares flamboyantes, des claviers omniprésents et un sens mélodique irrésistible composent une machine à remonter le temps particulièrement efficace. Entre Bon Jovi, Toto, Van Halen, Warrant ou encore Skid Row, les influences sont évidentes sans jamais donner l’impression d’un simple copier-coller. Les plus anciens retrouvent avec bonheur l’esprit de cette époque bénie, tandis que les plus jeunes découvrent un style intemporel avec un enthousiasme communicatif. Sous une pluie qui ne semble décidément jamais vouloir cesser, Nestor réussit pourtant l’exploit de faire oublier la météo le temps d’un concert qui s’impose comme l’une des très belles surprises de cette première journée. Un pur moment de bonheur. [Oli]

Aux lendemains du décès d’Ozzy Osbourne, la prestation du cover band Ozzyfied — déjà programmée de longue date — ne pouvait que prendre des allures d’hommage au Prince des ténèbres ; à ce titre, il paraissait inconcevable de manquer cela. Composé de quatre musiciens forts de leur expérience dans des groupes tels White Lion, Circle II Circle, COP UK et Jaded Heart, le groupe revisite avec une fidélité exemplaire les classiques de la carrière d’Ozzy — ainsi que trois morceaux de Black Sabbath en fin de setlist —, jusqu’à en adopter certains éléments signature, comme la guitare d’André Goldenstein identique à celle de Zakk Wylde ou les mimiques d’Ozzy que reprend Henning Wanner. Ce dernier se montre très touché, quitte à se laisser envahir par l’émotion par moments ; une émotion vraie et brute, qui ajoute à la sincérité de l’hommage. [Ségolène]