Le coup d’envoi de cette édition 2025 est donné sous les meilleurs auspices. Entre valeurs sûres, quelques belles surprises et des concerts déjà marquants, cette première journée met immédiatement la barre très haut.
Nous arrivons sur le site peu avant 15 h, juste à temps pour assister au set de Wednesday 13 sur la scène principale, nommée ici — Alcatraz oblige — la Prison Stage. Un ami, old-school jusqu’au bout des ongles, me confiera : « J’adore, c’est bien rock’n’roll ! » Il a bien raison, tout en oubliant toutefois de remarquer que, si la base heavy rock est bien là, elle se voit complétée de rythmes modernes, d’une dynamique contemporaine et d’une attitude décadente parfaitement maîtrisée, quelque part entre Alice Cooper — pour les racines — et son petit-neveu Marilyn Manson, qui en est le prolongement. Le tout mettant en valeur des compositions catchy à souhait, il eût été étonnant que Wednesday 13 n’emballe pas les spectateurs déjà présents en grand nombre — à moins d’avoir été particulièrement en méforme, ce qui fut loin d’être le cas.
Nous nous dirigeons ensuite vers la Swamp Stage, la plus grande des trois scènes couvertes, pour applaudir une fois de plus Me and That Man, le projet blues rock de Nergal (Behemoth). Après le Wacken 2022 et l’Inferno 2024, l’Alcatraz 2025. Nous pourrons bientôt nous targuer d’avoir fait le tour d’Europe des festivals avec Me and That Man ! Si la prestation ne souffre d’aucune faiblesse et que le blues rock poisseux et satanique des musiciens, tantôt lancinant et malsain, tantôt plus rock et légèrement échevelé, ce qui donne à Nergal l’opportunité de sourire et de démontrer son plaisir de jouer, est toujours aussi excellent, notre exaltation est cependant un rien moindre que celle qui nous avait envahi à l’occasion des précédents concerts du groupe auxquels nous avons assisté. Peut-être est-ce l’effet d’un arrière-goût de déjà-vu, mais un sentiment qui n’engage que l’auteur de ces lignes.
Retour à l’air libre pour Phil Campbell and the Bastard Sons. Sur la Prison Stage, Phil et ses rejetons bâtards délivrent un set exclusivement constitué de reprises de Motörhead. Très bonne idée car, sans vouloir manquer de respect ni à Phil ni au répertoire de son groupe, que demande le peuple ? Du bon vieux Motörhead, bien sûr ! Et lorsque Phil décide de reprendre quelques brûlots bannis des dernières setlists de Motörhead, comme le ravageur Born to Raise Hell, par exemple, le bonheur est total ! Le temps de jeu alloué au groupe n’est que de cinquante minutes, ce qui lui permet de nous balancer onze titres. C’est peu, mais avec un final composé de Ace of Spades, Killed by Death, Motörhead et Overkill, excusez du peu, mais il y a de quoi pleurer de joie. Merci, Phil !
Toujours sur la Prison Stage, le power metal à la fois épique et fun de Wind Rose, formidable pour les uns, un peu too much pour les autres, recueille en tout cas un très franc succès. Paul, notre photographe, s’en donne à cœur joie et joint l’utile à l’agréable en prenant ses clichés, tandis que je suis le concert distraitement. Diggy Diggy Hole, la reprise des bidouilleurs de The Yogscast, composée façon chanson folk irlandaise, va à Wind Rose comme un gant, ravive l’attention des égarés et pourrait faire office de conclusion, mais les Italiens joueront encore le très épique I Am the Mountain avant de prendre congé de l’assistance.
Retour sur la Swamp Stage pour voir comment se porte Absu en 2025. Après plusieurs splits et reformations, la dernière datant de 2024, et sans aucun album sorti depuis des lustres, nous nous demandions ce qu’une formation en apparence instable allait donner en live. Proscriptor McGovern nous rassure immédiatement : ses sbires et lui n’ont rien perdu de leur mordant et leur black thrashisant se montre toujours aussi radical dans son interprétation. Absu nous a donné l’une des plus fameuses claques de cet Alcatraz 2025 et figurerait dans le Top 5 des meilleures prestations de cette édition, si nous devions nous prêter au petit jeu des classements.
Sur sa tournée 2025, W.A.S.P. joue l’intégralité de son premier album et, comme le dit très justement Blackie Lawless, nous vivons un moment historique, en ce sens qu’une setlist bâtie de la sorte n’a sans doute aucune chance de revoir le jour. Il nous expliquera le pourquoi du comment de la mise en place de ce projet et nous racontera en long et en large ses échanges parfois musclés avec les promoteurs, en des termes parfaitement identiques, au mot près, à ceux utilisés lors du concert donné au Wacken, une semaine plus tôt. Un speech très bien rôdé, comme vous l’aurez compris, mais niveau spontanéité, on repassera…
Face à la Prison Stage, c’est une grande foule qui se délecte d’un répertoire qui, aussi décrié qu’il ait pu être, a fini par rejoindre le panthéon des grands classiques du heavy metal ! En guise de rappels, nous nous contenterons des illustrissimes Wild Child et Blind in Texas — sachant qu’à Wacken, nous avons eu droit à The Real Me, Forever Free et The Headless Children en supplément. Quand c’est bon, on en a toujours trop peu… Une très bonne prestation et un répertoire énorme !
On sue à grosses gouttes sous le chapiteau abritant la Swamp Stage, mais pas question de rater Dark Angel, qui nous avait déjà fait forte impression au South of Heaven Festival au début de l’été. Sans surprise, les Californiens font le taf. La guitariste Laura Christine, dernière recrue en poste depuis 2023, semble avoir toujours fait partie de la formation, tandis que l’indéboulonnable et infatigable Gene Hoglan impressionne toujours aux fûts. Dark Angel pioche avec bonheur dans l’ensemble de sa discographie et présente la plage titulaire de son nouvel album, Extinction Level Event, qui allait sortir quelques semaines plus tard.
Entre Kreator et Ministry, mon cœur balance. Alors que Paul s’en va shooter, sur la Prison Stage, un Kreator qui le vaut bien, je me dirige vers l’Helldorado, l’une des scènes couvertes, pour Ministry. Vous devrez donc vous contenter des clichés de Kreator — superbes, comme toujours. Merci, Paul — et de ces quelques lignes relatant une prestation de Ministry carrée et dont émane toute la froideur et la violence véhiculées par la musique d’Al Jourgensen, qui ne s’apprécie jamais mieux qu’en live.
Il est plus de minuit trente. Abbath a déjà commencé à jouer un set de reprises d’Immortal sur la Swamp Stage, mais nous ferons l’impasse sur cette prestation afin de prendre du repos et d’être en pleine forme pour le lendemain.


