Hugo : Avant de commencer, merci beaucoup de nous donner du temps pour réaliser cette interview.

Vogg : Avec plaisir.

H : Tu es en pleine tournée célébrant les 30 ans du groupe. Comment te sens-tu ?

V : Je me sens bien. Le fait de célébrer ce trentième anniversaire de Decapitated, de faire durer autant de temps un groupe est génial.

H : Qu’est-ce qui te maintient motivé à jouer ?

V : C’est… je crois… ce qu’on appelle la passion. J’aime juste jouer de la guitare et être en tournée, donner des concerts. C’est une sensation formidable quand tu écris de nouvelles chansons et quand de bonnes idées te viennent pour finir une chanson ou un album. C’est une immense satisfaction et un grand plaisir.

H : Comment tu te sens quand une chanson est prête à être publiée, que c’est le moment d’arrêter de la peaufiner ?

V : C’est une super sensation. Si tu es satisfait par les idées, par le son et le mix… c’est la meilleure des sensations.

H : Est-ce que de nouvelles chansons sont prévues pour bientôt ?

V : Oui. On a de nouvelles chansons et un album qui sortira bientôt, probablement l’année prochaine. Ce que je peux en dire maintenant, c’est qu’il sera surprenant, encore.

H : Vous avez une discographie très variée.

V : C’est vrai. Decapitated fait partie des groupes qui ne produisent jamais deux albums similaires, qui surprennent les gens, les fans.

H : C’est fantastique. Ça sera le premier avec Eemeli Bodde, votre nouveau chanteur. Comment l’as-tu recruté ?

V : J’ai juste vu ses vidéos sur YouTube, quand il jouait avec Mors Subita, et je l’ai trouvé très bon, un frontman intéressant avec une superbe voix. Je lui ai écrit pour lui demander s’il pouvait enregistrer des reprises de Decapitated et me les envoyer. Il l’a fait très vite et très bien, voilà comment cela s’est passé.

H : Nommer un nouveau chanteur ne doit pas être une tâche facile.

V : Vraiment dur. Il faut trouver quelqu’un avec de l’expérience, en plus d’avoir une bonne voix.

H : Tu as toujours été entouré de supers musiciens pour jouer des trucs vachement techniques. Qu’est-ce qui t’as donné envie de faire des compositions complexes ?

V : Pour moi, quand je compose ou quand je joue, ce n’est pas si compliqué. C’est seulement ma manière de jouer. Je ne le fais pas pour que ça soit compliqué. Pour moi, la technique est juste un outil pour jouer, pour m’exprimer.

H : Comment as-tu développé tes capacités musicales ? As-tu fréquenté une école de musique ?

V : Oui, j’ai fini l’académie de musique. J’ai été dans une école de musique pendant 17 ans et je crois que ça a bien marché, surtout pour certaines compétences, pour mes oreilles… pour apprendre à entendre tous les détails.

H : Est-ce que c’est quelque chose que tu recommanderais à quelqu’un qui voudrait lancer son groupe ?

V : Si cette personne se sent à l’aise dans ce genre d’endroit, je recommanderais d’essayer. Si elle aime, faut rester, sinon non. Ce n’est pas quelque chose de facile.

H : Comme toutes les études, je crois. Regardant dans le rétroviseur, quels sont tes meilleurs souvenirs de ces 30 années ?

V : Les souvenirs marquants, bien sûr, sont à mettre en lien avec le début du groupe, quand on a commencé à jouer ensemble en 1996. On était une bande d’ados qui allait jouer dans un local. C’était fun, de la pure passion. On découvrait de nouveaux groupes, de nouveaux albums. On entrait de plus en plus dans les riffs, dans les chansons… D’autres trucs forts étaient les sorties des premiers albums, les premières tournées… rencontrer tous ces gens dont nous étions fans, surtout au début. Et maintenant, c’est toujours une fierté. Hier soir, nous avons joué un concert avec Megadeth à Zürich. Ouvrir pour eux c’était super. On s’est senti comme des gamins (rires). Le retour du public était génial. C’est une passion qui ne s’arrête pas, qui n’en finira jamais. C’est un plaisir infini de jouer de la musique, de rencontrer des gens, de faire du live et tout ce qui va avec.

H : D’où vient le nom Decapitated ? Sur le site Metal Archives, il est écrit que, au tout début, le groupe s’appelait Decapitated Saints.

V : Non, non, non, Decapitated Saints est une chanson de Vader, un groupe polonais légendaire. Je crois que notre tout premier chanteur Sauron, qui est venu vers moi me proposer de fonder un groupe, est venu avec le nom Decapitated, en hommage à Vader, son groupe préféré de l’époque.

H : Quelle est ta chanson préférée à jouer en concert ?

V : En ce moment… je dirais… mmmmh… quelque chose de notre répertoire plus récent je pense. Iconoclast ou Suicidal Space Program ou Earth Scar… j’aime Earth Scar, j’aime ce genre de titre. Mais pas seulement. L’année passée on est venu avec des titres plus vieux, comme 9 Steps et Winds of Creation, c’est des monstres en live, on a beaucoup de plaisir à les jouer. Je pense qu’on devrait revenir avec plus de vieux morceaux. Il y a beaucoup de bonnes choses dans Winds of Creation. Peut-être qu’on devrait les réarranger un poil mais il y a beaucoup de bonnes chansons. Il y a de quoi explorer plus les anciens albums.

H : Vous devriez, j’adore les premiers albums !

V : Merci !

H : Est-ce que t’es pas un peu fatigué de jouer tous les soirs les mêmes titres ?

V :  Ça peut être fatiguant si tu gardes tout au long de la tournée exactement la même setlist, sans ajustement, ça peut être ennuyeux. C’est pour cela qu’on essaie, pas tous les soirs mais assez souvent, de faire des changements. Par exemple, sur cette tournée, on a trois ou quatre setlists différentes, en fonction du concert qu’on joue, de comment on se sent. Même ce soir, je me tâte pour ajouter d’autres chansons, quelque chose de rafraichissant pour la setlist parce qu’avec le temps, ça ne peut que devenir ennuyeux de garder la même liste tout au long d’une tournée. Ça pourrait même devenir mauvais pour le groupe, perdre de la dynamique, pour l’atmosphère globale.

H : Comment gardes-tu la forme tout au long d’une tournée ? Ça a l’air crevant.

V : Tourner fatigue tout le monde, personne n’y échappe. Le tout c’est de prendre soin de soi, de son corps. En ce moment, j’essaie de faire un peu de sport, j’ai pris ma boîte avec mes affaires de fitness pour m’entraîner et me sentir en forme dans mon corps, surtout mon dos et mes mains. Ça dépend aussi du style de vie. Si tu aimes mener la vie de rock star et être fin caisse tous les soirs tu peux, mais faut être prêt à en payer le prix. Si tu gardes ces choses basiques en tête, bien manger, bien dormir… dormir suffisamment est la chose la plus basique et la plus importante. Bien manger et boire de l’eau vont avec. Trouver de la bonne nourriture… les choses simples sont les plus importantes.

H : Comment choisissez-vous les endroits dans lesquels vous jouez ? Vous avez des demandes particulières ?

V : Ça fonctionne de plusieurs manières. En tant que musiciens, on ne choisit pas les villes ou les salles. On peut juste faire des suggestions à notre agence de tournée, leur dire si on veut faire un tour en Europe, aux USA ou au Canada par exemple. Ensuite, il y a des gens qui travaillent là-dessus. Le groupe a une agence de tournée qui propose des salles et ensuite, on doit donner notre accord. Il y a des salles que nous connaissons bien, il y en a d’autres qu’on ne connaît pas du tout. On essaie toujours de découvrir de nouveaux lieux dans nos tournées. Comme ce soir, c’est notre première fois ici.

H : C’est fantastique de vous voir ici (au Manoir Pub de St-Maurice), merci beaucoup !

V : C’est à moi que cela fait plaisir.

H : Quel serait ton conseil pour un jeune groupe ambitieux qui voudrait durer des années ?

V : La question du conseil… toujours cette question… A chaque fois, je me demande ce que je pourrais bien dire. Il y a plein de choses à apprendre pour survivre. C’est une leçon de tous les instants. Même moi, après avoir passé 30 ans dans un groupe, je suis encore en train d’apprendre quelque chose chaque jour, lorsque je suis en tournée. Je dirais simplement qu’il faut garder les yeux grands ouverts et rester à l’affût, essayer d’observer ce qu’il se passe autour de soi et regarder vers les plus grands groupes, voir comment ils font, comment ils disposent leur matériel sur scène, comment ils fonctionnent en équipe. Il faut être intéressé par ce qui se passe autour de soi. Il faut poser des questions… quelque chose comme ça. Il faut explorer, explorer autant que faire se peut et prendre du plaisir, bien sûr. Il n’y a pas de réponse toute faite, disant il faut faire ceci ou cela. C’est une leçon permanente et des expériences à faire. Il faut juste profiter de chaque occasion.

H : Est-ce qu’il y a un groupe avec lequel vous n’avez jamais joué ou un avec lequel vous voudriez spécialement rejouer ?

V : Il y a quelques groupes… mes groupes préférés… on a déjà joué, tourné avec, comme Killswitch Engage, Immolation… qui d’autre ? Meshuggah mais il reste quelques groupes avec lesquels j’aimerais partir en tournée… Megadeth, Metallica.

H : Peut-être un jour. Vous avez joué avec Megadeth, alors pourquoi pas ?

V : Avec Slayer, ça serait incroyable, Deicide, Cannibal Corpse, ça serait génial.

H : Ça serait magnifique.

V : On n’a jamais tourné avec Cannibal Corpse. On a fait quelques festivals en commun mais jamais de tournée complète. On l’a fait avec Immolation, c’était trop bien. On a tourné avec Behemoth, Lamb Of God, Children Of Bodom, Meshuggah, tellement de groupes… A voir ce que le futur nous réserve…

H : Peut-être sur une tournée pour le prochain album ?

V : Qui sait ?

H : Quel est ton moyen préféré pour écouter de la musique ? J’ai vu que t’as des écouteurs (qui pendent depuis le col du t-shirt).

V : Oui, j’ai des écouteurs, je les prends absolument partout pour écouter quelque chose, ou au cas où quelqu’un m’appelle ou me laisse un message vocal. En tournée, j’écoute de la musique dans mon lit avant de dormir et quand j’ai le temps la journée, si je pars me balader, pendant les jours de pause ou dans les villes, si je trouve le temps. J’aime me promener en forêt ou dans les petites villes. A la maison, j’ai des enceintes. On met de la musique pendant le café et déj’ le matin.

H : Est-ce que tu écoutes que des vieux classiques ou tu essaies de rester à jour, par rapport aux dernières sorties ?

V : J’essaie d’explorer, de voir ce qui me plaît, ce qui se fait, de temps en temps. La plupart du temps, j’écoute mes groupes préférés, les trucs de quand j’étais jeune.

H : Est-ce que tu aurais peut-être un jeune groupe à nous recommander ?

V : Je sais pas. Pour être honnête… je dirais que Blood Incantation propose quelque chose d’intéressant, mélangeant tellement de styles. Je pense que ça vaut le détour. De manière générale, je reste plutôt très old school. Les vieux Morbid Angel, Sepultura et Pantera, Alice in Chains.

H : Des bons vieux classiques !

V : Ou The Bleeding de Cannibal Corpse. Ca reste, pour moi, un album sous-coté. C’est l’un des tout meilleurs death metal. Je crois que j’aimerais leur proposer de faire une tournée pour présenter nos vieux albums, ça serait génial.

H : Ça serait même incroyable d’avoir Cannibal Corpse jouant The Bleeding et vous avec Winds of Creation.

V : Oh putain ouais ! Ça serait une affiche pour le moins brutale ! Peut-être que cela arrivera un jour, qui sait…

H : Je croise fort les doigts ! Ça permet de conclure l’interview, merci beaucoup pour ton temps !

V : Merci à vous ! On se voit dans le pit !