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Certaines chansons traversent les années avant de trouver leur place. Avec Beyond Spacetime, Signum Regis réunit des compositions anciennes, de nouvelles idées et plusieurs voix de son histoire. De ces parcours croisés naît un disque généreux, où les grands refrains rencontrent des détours progressifs et des moments plus intimes. Derrière le décor cosmique, on découvre aussi des musiciens qui continuent d’avancer avec leur passé.
Une partie de cette musique remonte à une vingtaine d’années. Le projet avait d’abord été pensé comme un album solo du guitariste Filip Koluš, avant de prendre la direction de Signum Regis. Puis Jota Fortinho a quitté le groupe pendant l’enregistrement. Pour poursuivre le travail, les musiciens ont sollicité plusieurs chanteurs, en cherchant la voix adaptée à chaque morceau. Ronnie König nous le racontait lors de notre entretien : les retrouvailles avec Mayo Petranin et Jota ont ensuite ajouté une dimension inattendue à l’aventure. Cette histoire explique déjà beaucoup de la diversité du disque.
Fondé en 2007 par le bassiste Ronnie König, le groupe slovaque débute sur disque en 2008 avec Göran Edman au chant. Son metal mélodique, marqué par le néoclassique, s’élargit avec Exodus (2013), déjà porté par plusieurs voix. Mayo Petranin, puis Jota Fortinho, prennent ensuite le relais, jusqu’à Undivided (2023). Ce huitième album poursuit cette histoire avec Mayo de retour dans la formation.
Time to Pay ouvre avec des guitares agressives et la puissance de Tim « Ripper » Owens. Le morceau va droit au but, porté par un chant autoritaire et un solo rapide. Puis Back to Zero installe une accroche plus hard rock et laisse entrer Tasos Lazaris. Présent sur cinq des douze titres principaux, le chanteur grec devient un point de repère. Son aisance lui permet aussi de porter l’accélération du morceau-titre, où la batterie et les guitares retrouvent une vigueur toute power metal. Sa voix assure une bonne part du lien entre ces différentes couleurs.
Matt Smith apporte une autre manière d’occuper l’espace. Sur Throne of Gold, le chanteur de Theocracy part d’un registre plus grave, posé, puis donne de l’ampleur à son interprétation. La basse mobile de Ronnie König reste bien audible et le solo de Victor Smolski enrichit un morceau déjà solidement construit. Il y a du savoir-faire dans cette façon de laisser les instruments s’exprimer tout en gardant une mélodie facile à suivre. La virtuosité trouve ici sa place dans la chanson.
Ce soin se retrouve dans les échanges entre la guitare de Filip Koluš et les claviers de Ján Tupý. Into the Rabbit Hole, où David Åkesson partage le chant avec Mayo Petranin, ajoute des accents électroniques et des contrastes entre voix plus lointaines et plus naturelles. L’atmosphère se fait étrange, les riffs gardent leur poids. La production et le mixage de Koluš, complétés par le mastering de Miro Kiiski, préservent un bon équilibre entre guitares et claviers. Les arrangements restent lisibles jusque dans les passages les plus chargés.
Ralf Scheepers réserve lui aussi une belle surprise avec Waterfall. Sur cette ballade soutenue par la guitare acoustique, son chant gagne progressivement en intensité : la puissance est là, amenée avec patience. Morning Dawn lui offre ensuite un terrain bien plus heurté. La batterie de Jaro Jančula accompagne les changements de rythme jusqu’à quelques passages en blast beats, au milieu d’une écriture plus progressive. L’écart entre les deux morceaux est saisissant. Il donne surtout à Scheepers l’occasion de montrer combien son interprétation peut changer de caractère.
Les paroles élargissent encore la perspective. La foi chrétienne est explicite dans Throne of Gold, tandis que le morceau-titre envisage l’univers à travers la figure de son Créateur. À cette échelle immense répond l’histoire beaucoup plus proche de Midnight Train. Une ancienne pièce pour guitare classique y devient une chanson sur un homme qui attend son dernier train. On peut y lire l’approche de la fin, ou la nécessité de quitter un lieu où l’on ne se sent plus à sa place. Cette incertitude rend l’image touchante : chacun peut reconnaître quelque chose de lui-même dans cette attente.
Cette attention aux liens humains trouve une expression particulièrement convaincante dans Echoes of Glory. Mayo Petranin et Jota Fortinho y réunissent deux timbres distincts autour d’un refrain fédérateur. Le morceau atteint une belle ampleur en quelques trois minutes et demie, soutenu par des guitares et une basse bien affirmées. Surtout, son propos sur les épreuves traversées et les souvenirs partagés rejoint la réalité de ses interprètes. Mayo et Jota sont restés proches. Les entendre ensemble donne à cet hymne une chaleur que leur histoire commune aide à comprendre.
Tout ne s’enchaîne pas avec la même évidence. Les changements de voix et de climat rendent Beyond Spacetime moins homogène qu’un album construit autour d’une seule personnalité vocale. C’est la contrepartie de cette ouverture. Son originalité tient surtout à la rencontre de ces tempéraments et de ces différentes époques dans un langage metal que l’on connaît déjà. Les refrains sont assez solides, et les interprétations assez engagées, pour donner envie de suivre ces détours. Cette liberté finit par devenir l’un des attraits du disque.
Au terme de l’album, A Dream or Two garde le regard tourné vers ce qu’il reste à construire. L’idée convient bien à Signum Regis : des années de musique derrière soi, encore des envies devant. Beyond Spacetime mérite une écoute complète, pour la façon dont ses morceaux se répondent autant que pour leurs réussites individuelles. Pour qui aime le power metal mélodique avec des voix de caractère et des musiciens qui savent quoi en faire, c’est un disque à découvrir, puis à garder près de la platine.
