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Deux ans après Visual Kill : The Blossoming of Psychotic Depravity, Saidan est de retour avec Fangdriller : Scars Beneath Memory’s Wrist. Le premier titre de l’album, Razorblade Temptation, commence par une voix féminine qui dit quelques mots en japonais et enchaîne très vite sur un black metal grandiose avec des nappes de synthé, le tout donnant un aspect majestueux aux passages les plus mélodiques. Le duo américain alterne entre ces passages très beaux et d’autres, non moins jolis, mais plus efficaces, avec un jeu de guitare très puissant. Le tout ne s’arrête quasiment pas. La fin du titre est un peu plus tranquille, finissant par un moment instrumental déjà entendu dans le début de la chanson. J’aime bien ce bouclage de boucle subtil et catchy. Le morceau s’achève définitivement avec quelques notes de clavier, avant que celui-ci ne se brouille littéralement. Sans transition, commence Rapture (I’ll Wait for You), un morceau très puissant qui démarre au quart de tour. La chanson est forte et mélodique. Truc assez étonnant pour mériter d’être mentionné, Saidan propose une sorte de black metal qui n’en est qu’à moitié. Y a carrément un solo de gratte. Franchement, ce groupe est rafraîchissant. Dans la pure continuité, Immersed by Eternity’s Blade propose quelque chose de très mélodique. Ce type de black metal figure parmi mes favoris. J’apprécie grandement l’aspect grandiose et hyper bien produit de Saidan. Le refrain du morceau est très beau, il donne la patate et la banane en même temps. C’est plutôt très bien fait, tout ça.
Après une légère pause, Kara no Bara remet à peu près tout en marche comme avant. Il y a juste un petit break dès le début laissant libre champ au clavier. Ensuite, tout repart et rien ne s’arrête plus ! La voix du chanteur est très reconnaissable, légèrement monocorde mais diablement efficace. Il y a encore un petit break très bien placé et ensuite un mur de son s’abat sur les tympans. Il y a comme un sample lancé depuis une vieille radio, surplombé de quelques notes de clavier, qui vient clore le morceau tout en douceur. C’est aussi comme cela que commence Womb of Hatred. Jusqu’à ce que ça pète et ne ralentisse plus. Ce morceau doit être le plus intense de l’album avec un jeu de batterie dévastateur qui, d’un coup, ralentit pour donner une bouffée d’air frais, avant de repartir sur un tempo plus lent mais toujours prenant. Après quelques temps, le morceau repart sur le riff principal et défonce littéralement tout ! Tous les passages sont entrecoupés de petits trucs lancés ça et là, comme ce message délivré en japonais sur une cassette que l’on entend être rembobinée à plusieurs reprises. Il y a de temps à autres des bruitages que l’on peut retrouver dans des films ou des vidéos sur la plateforme rouge, ce qui accentue plus encore le côté visuel de leur musique.
Quelques notes de piano plus tard, Saidan lance Stained Glass Sin // Fang Driller qui commence tel un tsunami avec tous les instruments jouant à toute vitesse. Là où ils sont forts, c’est que ça a beau être très violent, ça n’en reste pas moins mélodique et hyper agréable à écouter. Ça serait, pour moi, l’équivalent d’une bonne IPA bien fraîche, un peu spéciale, parfois un peu farfelue mais unique en son genre. Dans ce morceau en particulier, il y a un gros contraste entre la musique qui a des relents de Dragonforce dans le côté speed mais mélodique et dans le black américain à la Blackbraid dans le chant, le tout mixé à la manière du dernier Spectral Wound. Pour moi, c’est un mélange étrange mais brillamment réussi. Dans la foulée, on trouve Her Lips Pressed Against a Coffin Nail, encore un titre agressif contribuant à créer une atmosphère assez unique en son genre à la musique du groupe. La fin tire un peu sur la corde sensible avec des notes de synthé très lourdes, même graves.
Moins émotionnelle et plus rentre-dedans, Ethereal Blood jette un petit courant frais dans la colonne vertébrale de l’auditeur. C’est, à n’en pas douter, le morceau le plus proche d’une forme de black metal traditionnel. C’est puissant, brutal et, sans être entrecoupé de passages étranges, issu de la culture cinématographique ou internet. On sent tout de même la patte unique de Saidan avec cette prédominance du clavier dans le mix. Ça rend le truc assez unique. Avec un ton un peu plus réchauffé, Beat to Death propose une forme de mid tempo un peu lourde, ce qui choque vu ce qui précède. Il y a quelques notes de guitare toutes gentilles qui accompagnent un jeu de batterie très stylé, mais mis à au moins trois kilomètres du micro, du coup ça donne un truc assez lointain et diffus. Et, sans crier gare, le tout revient tout près et envoie la sauce bien comme il faut avant un break net qui découle sur une reprise du riff principal, plus lourd et lent. A la fin du morceau, on retrouve la voix japonaise du début de l’album. Le dernier titre de Fangdriller est Mortuary, une petite outro à la guitare sèche et au chant clair un peu émouvante.
Dans l’ensemble, je dirais que cet album est une perle absolue et que tous les morceaux ont leur propre truc qui le rend unique. Je dois dire que c’est un album qui marque un tournant pour le duo américain avec un usage encore plus marqué du clavier, ce qui crée une atmosphère remarquable et très prégnante. Cet album pourrait bien scotcher aussi bien les vieux fans de black metal que des nouveaux qui cherchent à trouver une porte d’entrée dans le monde des ténèbres.

