DeathFuckingWound
Teratoma Haruspex
Genre war metal/grindcore/noise
Pays Finlande
Label Ancient Temple
Date de sortie 30/10/2026

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Avant d’aborder le mastodonte qu’est cet album, replongeons-nous un instant dans les origines du groupe. DeathFuckingWound est un duo finlandais plutôt jeune, formé en 2025, composé d’EOH à la guitare et au chant ainsi qu’EEMV à la batterie, et qui s’est fait connaître dans la scène underground avec sa démo VOID MMXXV, sortie il y a un environ an. Celle-ci avait piqué mon intérêt par sa brutalité et son approche originale du war metal, se hissant alors très haut dans la liste de mes sorties préférées de 2025. Seulement 13 mois plus tard, le duo est de retour avec un premier album terriblement dévastateur, Teratoma Haruspex, prévu pour le 30 octobre chez Ancient Temple Recordings.

Le terme relativement vague de « war metal » est associé à des groupes divers et variés, signifiant généralement une version plus abrasive ou « bestiale » du black metal — y ajoutant des touches de death et de grindcore — qui glorifie trop souvent la guerre et l’armement, si bien qu’une bonne partie de la scène war metal est gangrénée par d’innombrables edgelords et autres personnalités nostalgiques des années 1940. DeathFuckingWound, au contraire, prend le contrepied et privilégie une conception moderne, tant en thématiques, se bornant à des concepts philosophiques abstraits, qu’en sonorités.

En effet, Teratoma Haruspex, c’est un peu plus de 30 minutes de war metal contemporain et terriblement dévastateur. Les morceaux sont courts, les blast beats agressifs, le riffing acéré et chaotique, donnant ainsi l’impression d’un assaut sonique, d’un véritable cauchemar auditif du début à la fin. Sur Dead Centurion en particulier, le jeu de guitare d’EOH alterne entre des powerchords et du tremolo picking, exploitant à merveille le contraste entre l’éclectisme du grindcore et la viscéralité du black metal, ainsi que cette tension constante entre accélération et décélération qui garde l’auditeur sur ses aguets. Puisque les morceaux et les différentes parties s’enchaînent sans vraies transitions, on se voit accorder très peu de répit, presque aucun moment pour souffler. Sur Absolver, Hematoma ou Cessation of Man, le rythme accablant des morceaux est occasionnellement rompu par de lourds breakdowns qui mettent enfin un stop — quoique temporaire — à cette terrible déferlante.

Afin de pousser encore plus loin cette atmosphère viscérale et anxiogène, la voix d’EOH passe à travers un certain nombre d’effets, conférant à ses growls et à ses screams une sonorité grésillante et brute, très similaire à ce qui se fait dans le harsh noise, ses vocalises infiltrant votre canal auditif tel un liquide corrosif. Je suis franchement impressionné par la capacité du chanteur à passer de hurlements caverneux à des cris perçants, tel que sur le premier titre, The Pounding Ambush, où ce dernier aboie ses paroles d’une manière particulièrement sinistre. D’ailleurs, je recommande fortement d’écouter cet album avec de bons écouteurs pour pleinement profiter de sa production abrasive et écrasante qui, à mon avis, ne transparaît pas aussi bien sur des haut-parleurs classiques.

Saupoudrés sur tout ce chaos, on retrouve également des rythmes de crust qui viennent diversifier le schéma typique du war metal, y ajoutant ainsi une certaine profondeur ainsi l’aspect cru du punk. Bien que la plupart des morceaux oscillent entre 2 et 3 minutes, DeathFuckingWound expérimente tout de même des structures plus longues sur des titres comme Torsion Engine ou le magistral A Nihil Ation qui constitue un final particulièrement frappant à Teratoma Haruspex. Le rythme pachydermique de cet ultime morceau — les riffs d’EOH se rapprochant davantage du sludge/doom et EEMV martelant littéralement sa batterie — procure un contraste saisissant avec ce à quoi le groupe nous a habitué depuis sa première démo. Au fil de plusieurs écoutes, j’ai d’ailleurs commencé à déceler un aspect quasi industriel à leur musique, avec ces rythmes martiaux et rigides ainsi que certains samples utilisés. Une image qui vient en tête est celle de la Bête humaine, cette machine fumante et difforme décrite par Zola.

Mes seules réserves portent sur la longueur de l’album. En effet, j’ai davantage accroché à la première moitié, alors que j’aurais peut-être coupé un ou deux morceaux dans la seconde afin de limiter le tout à 25 minutes environ. Car il faut l’avouer, une demi heure de war metal aussi oppressant, c’est presque un peu long. Mais, comme je l’ai dit avant, la majorité des morceaux suivent une structure si condensée que le temps passe en un éclair, et que l’écoute demeure assez stimulante.

En conclusion, Teratoma Haruspex est un début franchement remarquable. Pour un premier LP, DeathFuckingWound semble avoir déjà bien maturé depuis leur démo, ayant acquis entre-temps un son assez distinctif, caractérisé par une forte influence du harsh noise et du crust. Bien sûr, les Finlandais ne réinventent pas le genre, mais ils proposent tout de même un war metal moderne, bien produit, singulier, tout en restant abrasif et brut à souhait. L’auditeur, à la fin de ces 30 minutes, est totalement submergé par un torrent corrosif, une cacophonie infernale qui ne laisse plus aucune lueur d’espoir.

Morceaux préférés : Absolver, Cessation of Man, Vestibular Rift, Exhaust.

Saura ravir les fans de : Antichrist Siege Machine, Vermin Womb, Gnaw Their Tongues, Dragged Into Sunlight, Black Curse, Primitive Man, Nails, Knelt Rote, Vessel of Iniquity.