Bonjour messieurs, et merci de votre disponibilité pour répondre à nos questions sur la nouvelle trilogie musicale de Far Away, Afterlife of the Wild — dont la première partie sort ce mois-ci. Pour commencer, pourriez-vous expliquer le concept de cette trilogie et comment l’idée vous est venue ?

Flo : Alors, avant même qu’on écrive de la musique pour cet EP, j’ai imaginé une histoire, voire une dystopie, qui s’étend du coup en trois parties, donc sur les trois EP à venir — dont celui-ci qui va sortir plus les deux autres qu’on est encore en train d’écrire —, où en fait, on part du postulat que pour un nombre important de… comment expliquer ça… Disons que pour un confort universel, l’humanité a contraint la nature jusqu’à la faire quasiment disparaître : des parcs sans oiseaux, une nature sans danger, au point que celle-ci a totalement disparu. Ça, c’est l’entrée dans cette dystopie.

Greg : C’est une espèce de scénario catastrophe : un de ceux vers lesquels on risque de se diriger de plus en plus vis-à-vis du réchauffement climatique et de l’exploitation outrancière de l’humanité envers les ressources naturelles et d’un entêtement, on dirait, de vouloir tirer du profit de toutes ces ressources. Flo a été en tout cas en première ligne à un moment de tout ça. (Flo : Oh oui !) C’était déjà un peu dans l’ADN du groupe quand on réfléchissait à la chose.

Flo : C’est ça, ce sont des thématiques qui reviennent souvent. Et ce qui est une dystopie est finalement assez proche d’une réalité.

Greg : On n’y est pas encore, mais en tout cas, on a un faisceau d’indices qui montre que la suite ne va pas être jojo si ça continue à ce rythme-là. Donc voilà, on est partis là-dessus. C’est un peu la suite logique de l’album précédent qui s’appelle Solastagia. C’est un mot que j’avais trouvé à une époque pour chercher ce qui m’arrivait. C’est-à-dire qu’à ce moment-là, je voyais bien que le réchauffement climatique était inexorable, inéluctable et que j’allais beau faire ce que je ce que je pouvais, il n’y avait pas grand-chose qui pouvait agir là-dessus et changer les choses. De là est née une angoisse, une éco-anxiété — la solastalgie, c’est un synonyme de l’éco-anxiété. Tout l’album est basé sur cette thématique et finalement, la suite logique de tout ça, c’est justement la question : si ça continue comme ça, vers quoi on se dirige ? Du coup, une fois l’écriture de Solastagia terminée, tout mis en boîte, on a commencé à réfléchir à la suite et à en discuter entre nous quatre. On voulait d’abord refaire un concept d’album, sur les traces de Solastagia.

Et puis, à un moment, on en est arrivés à se dire que ce serait peut-être plus dans l’air du temps de le couper en trois parties. En bonne partie parce qu’on est long à écrire, on ne va pas se mentir. (rires) On met du temps à composer parce qu’on est comme ça. Mais du coup, pour continuer à faire vivre le projet, on s’est dit qu’on allait sortir ça en trois EP, sous forme de triptyque. À partir de là, on a commencé à segmenter les idées et essayer de chapitrer un peu les propos qu’on avait amenés. Et voilà comment est né Afterlife of the Wild, avec justement, déjà, cette question de si ça continue comme ça, est-ce qu’on ne va pas assister à un effondrement de la biodiversité avec les inconvénients et les catastrophes que ça peut amener.

Je comptais justement demander pourquoi avoir fait le choix de publier sous forme de trilogie et pas d’un unique album, donc merci Greg pour cette réponse anticipée !

Greg : De rien ! (rires) Pour aller plus loin encore dans la réflexion, pourquoi on a décidé de segmenter, c’est que l’écoute de la musique a beaucoup évolué ces dix ou quinze dernières années et que la manière dont les gens consomment la musique a aussi beaucoup évolué. D’ailleurs, aujourd’hui, moi le premier, je n’ai plus de lecteur CD. Il faut essayer de se rendre compte que vendre des disques, vendre des albums complets, c’est un peu moins dans l’air du temps, si je peux le dire comme ça. Du coup, on s’est demandé « Est-ce qu’on sort des singles ? Est-ce qu’on sort titre par titre ou quelque chose comme ça ? » Au final, on s’est dit « On n’a que faire des EP, parce que ça s’y prête. »

Flo : Ça s’y prêtait bien vis-à-vis de la manière dont on a pensé ce nouvel album : ça nous permet vraiment de l’avancer partie par partie. Aussi, on a voulu amener à chaque fois un style différent à chaque EP. Donc ça nous permet aussi de faire des essais d’une certaine manière, en studio, dans notre manière d’écrire, dans notre manière d’aborder la musique. Ce qu’on espère faire une fois que ces trois EP seront sortis, c’est éventuellement repasser en studio — ou en tout cas revoir la manière dont on a écrit ces morceaux pour les parfaire — et peut-être sortir une édition qui va rassembler les trois EP en un. Sachant qu’on aura déjà suffisamment de matière, on aura déjà suffisamment réfléchi à ces trois EP pour ensuite les synthétiser.

Au niveau de l’écriture, je suppose que le Covid a impacté celle de votre précédent album et que vous avez dû travailler séparément. Comment s’est passée celle de l’EP ; êtes-vous revenus à un fonctionnement plus collectif ?

Flo : C’est plutôt l’inverse, en fait : Solastalgia, on l’a vraiment composé ensemble. C’est le fruit d’années de répétition et de jam tous les quatre. On a écrit énormément de riffs différents, qu’on a enregistrés et stockés dans un serveur en commun sur Dropbox. Du coup, on a tous nos riffs, toutes nos idées et on les a vraiment mis en commun pour concevoir Solastalgia. La manière dont on a travaillé sur Afterlife of the Wild, c’est complètement différent. Déjà, Greg a énormément pris le lead, en tout cas sur la structure musicale du premier EP. Ensuite, on a travaillé à partir de ses idées, complétées par Loïs [Arnaldi] (batterie/chœurs), du coup, pour composer la section rythmique. Et par-dessus, moi, j’ai rajouté un peu de voix et de guitares. On a aussi un peu écrit aussi pour Alex [Esnault-Sara] (basse), une partie des bases de l’EP, tout simplement parce que par rapport au Covid, il y a pas mal de choses qui changent aussi personnellement et qu’à ce moment-là, il avait un peu moins de temps que nous pour composer.

Greg : Ce qui s’est passé, c’est qu’effectivement, dans une période de pré-Covid, on était très dynamiques, on répétait très régulièrement. Le Covid, comme le monde entier, ça nous a cassé dans notre élan. Il a fallu qu’on retrouve une dynamique, qu’on se retrouve aussi… Ça, puis la production et la post-production de Solastagia nous ont demandé beaucoup d’investissement personnel à différents niveaux… ça nous a beaucoup fatigués ! (rires) On a aussi dû sortir de notre zone de confort parce qu’il a fallu devenir « créateurs de contenu » pour recréer une existence sur les réseaux, chose qu’on avait un peu négligé à la base.

Puis une fois Solastagia en boite, on a recommencé à écrire un peu — surtout moi, de mon coté. J’ai changé pas mal de choses sur ma workstation ; j’ai acheté du nouveau matériel, une nouvelle guitare, etc. J’ai changé mes méthodes de travail, tout simplement. Ça m’a donné plein de nouvelles envies, plein de nouvelles idées. Au final, je suis arrivé, un jour, j’avais déjà écrit plein de trucs. J’ai dit « Regardez, les gars, j’ai fait ça, j’ai fait ça, j’ai fait ça, j’ai fait ça, j’ai fait ça, j’ai fait ça, j’ai fait ça… »  ; j’ai tout balancé et ça a donné un gros bloc à forger. Ensuite, on s’est tous repenchés là-dessus au fur et à mesure des jams et des répètes pour donner une ligne et un sens à tout ça. J’avais déjà réfléchi à plein de choses : l’écriture de la base, certaines structures, etc. Ça a permis de soulager un peu Flo, Alex et Loïs pendant qu’ils étaient occupés avec plein d’autres choses. Moi, j’avais un peu plus de dispo dans ma vie à ce moment-là, donc j’ai pris un peu le lead.

« On reste fidèles à nous-mêmes et à ce qu’on a envie de composer.« 

Justement, à propos de l’écriture d’Afterlife of the Wild, vous la décrivez dans votre bio comme étant « plus structurée et plus immersive ». Effectivement, les morceaux sont plus linéaires que sur les albums, avec notamment pas mal de passages en chant clair. Peut-on y voir une volonté de se rendre plus accessible et de toucher peut-être des gens qui ne connaissent pas trop le genre ?

Flo : En fait, on reste fidèles à nous-mêmes et à ce qu’on a envie de composer. Le fait qu’il y ait plus de chant clean, c’est tout simplement que, me concernant, j’ai changé de professeur de chant. J’ai eu énormément de professeurs qui m’ont tous appris beaucoup de choses, et dernièrement, j’ai travaillé avec un professeur qui m’a appris les techniques de l’opéra, parce que ça m’intéressait. Ça m’a mené à découvrir une nouvelle gamme accessible sur mon chant. Ça nous a donc aussi permis, au fur et à mesure de l’avancement des compositions, de tester de nouvelles choses qui nous plaisaient.

Greg : C’est ça. D’ailleurs, on a essayé sur Extinction Path ; à l’origine, c’était surtout du chant hurlé. Et puis, on n’arrivait pas à trouver… Je n’ai pas envie de dire que ça ne marchait pas, mais ce n’était pas adéquat. (Flo : Ce n’était pas concluant, en tout cas.) On n’arrivait pas à aboutir à une unanimité sur la chose. Puis un jour, Flo nous a fait une proposition, il nous a sorti des choses, et là, ça a été genre « Mais ouais, c’est exactement ça, il ne faut pas aller chercher plus loin. Ça marche, ça nous plaît ! »

Donc, on ne peut pas vraiment parler de démarche pour se rendre plus accessible. D’autant que si je peux me permettre un léger spoil, je ne suis pas sûr que la deuxième partie de l’EP soit si accessible que ça… petit tease ! (rires) Mais oui, le truc, c’est qu’on cherche d’abord à se plaire à nous-mêmes. Un truc qu’on fait dans Far Away, c’est que rien ne sort tant qu’il n’y a pas une unanimité. (Flo : C’est ça, c’est très important.) On est une organisation qui est très collégiale ; il n’y a pas spécialement de leader. Donc si ça nous plaît, ça part ; si ça ne nous plaît pas, on en discute, on voit ce qui ne convient pas, on analyse un peu les irritants, les freins, etc. Puis on essaie, à partir de là, de faire évoluer les choses jusqu’à ce qu’on trouve un point de concordance.

Flo : Après, ça fait dix ans qu’on fait de la musique tous ensemble, donc on commence quand même à pas mal se connaître. Et c’est vrai qu’on navigue souvent dans les mêmes directions, même si on a des styles de musique de prédilection qui sont tous complètement différents. En tout cas, ensemble, on sait généralement où on va quand on écrit aujourd’hui. On s’est un peu plus cherché auparavant, mais c’est vrai que maintenant, c’est plus facile.

En parlant de vos influences, vous en revendiquez un éventail très large, Gojira en tête — ce qui s’entend surtout sur votre premier album, d’ailleurs. À quelles nouvelles influences vous êtes-vous éventuellement ouvert avec la trilogie ?

Greg : Moi, je suis très fan de metal extrême et de metal en tous genres. Il y a un groupe norvégien qui est complètement méconnu — je ne comprends pas pourquoi, d’ailleurs —, qui s’appelle She Said Destroy, que j’écoute depuis près de vingt ans. Il a une discographie assez large et il est très touche à tout en termes de metal ; ça va bien du black metal jusqu’à du post-rock. Et c’est quelque chose qui m’influence énormément. Dans mes influences, il y a Meshuggah — vieux, gros fan de Meshuggah depuis les années 90, parce que je suis vieux. J’ai aussi grandi avec Metallica, par exemple. Mais là, dans les influences, on va aussi aller chercher du côté de God is an Astronaut, par exemple ; là, je parle pour Flo…

Flo : Pink Floyd, c’est une grosse influence aussi. Après, de toute façon, on est tous les quatre… Enfin, Loïs et Greg, vous deux, vous êtes quand même plus raccord sur vos influences ; vous êtes plus fans de metal de manière générale. Alex a des influences qui sont complètement différentes : il va être très fan de noise, de jazz, de ce genre de choses. Moi, personnellement, j’écoute pas tant de metal, j’écoute des choses qui sont un peu plus pop, rock, beaucoup d’électro, aussi beaucoup de classique… C’est aussi ça qui fait qu’on est vraiment diversifiés dans nos influences. Mais au final, on arrive à se retrouver autour d’un rock/metal plutôt ambiant, avec des phases quand même assez lourdes.

Greg : C’est ça. Tu parles de Gojira, mais effectivement, ça a été l’une des influences majeures, un peu comme pour plein de gens. J’ai grandi avec Gojira à l’époque où il s’appelait encore Godzilla. J’ai eu la chance de les voir en concert à l’époque où c’étaient encore de parfaits inconnus. C’est rentré très vite dans mon jeu de guitare parce que justement, je bossais les morceaux à la maison et c’est rentré dans l’ADN… J’ai essayé de m’en écarter un peu parce que ça tournait en rond à force.. En plus, j’avais envie de voir d’autres choses aussi, tout simplement. Mais oui, il y a eu une époque où on essayait de se mettre à leur place, à se demander comment eux, ils l’auraient fait… Il y a autre chose aussi, c’est qu’on est en contact avec Jamie Uertz, qui est l’ingé son studio de Gojira (assistant ingénieur son sur les albums Magma et Fortitude, ndlr). C’est lui qui a fait le mastering de Solastagia, donc ce n’est pas anodin si ça sonne un peu de la même façon. C’est aussi pour ça qu’on est allés chercher de leur côté, parce qu’on veut s’inspirer des meilleurs aussi !

En somme, vous êtes tous complémentaires les uns des autres de par vos différentes influences, et c’est ce qui fait que vous fonctionnez aussi bien…

Greg : Merci ! (rires)

« Depuis le début, on considère l’image comme le cinquième membre du groupe.« 

Les visuels sont aussi très importants pour vous ; je pense notamment aux vidéos et aux shows que vous concevez comme des cinés-concerts. Quelles ont été vos sources d’inspiration pour les visuels de la trilogie et les concerts à venir ?

Flo : Depuis le début en 2016, quand on a lancé le projet, on a toujours eu à cœur de mettre du visuel sur la musique. Ça a commencé avec des visuels qui étaient liés à des voyages que j’avais faits à l’époque, sur le premier album, Viaje, dont le titre désigne d’ailleurs littéralement le voyage en espagnol. Pour Solastagia, on s’est beaucoup inspirés de la nature, de son évolution au gré des événements climatiques ; c’est ça qui a été le moteur. Afterlife of the Wild, c’est un peu plus difficile de se projeter dessus. Pour l’instant, on a des visuels sur le premier EP, pour lesquels on va reprendre des choses qui sont urbaines ou alors des sols qui sont asséchés. Ça, ce sont des images que j’ai eu la chance de faire en Afrique sur quelques documentaires que j’ai tournés ; de même pour les quelques visuels urbains, parce que j’ai aussi réalisé un documentaire sur les villes du futur il y a quelques années. Pour l’instant, c’est la direction qu’on est en train de prendre, en tout cas sur cet EP.

Sur le deuxième, je pense qu’on va rester sur des thématiques qui sont assez… asséchées, on va dire, au niveau des images. Mais il faut voir aussi comment la musique va nous inspirer pour les visuels. Donc, en fait, c’est un tout. La musique peut donner des indications pour les images ; les images nous donnent aussi forcément une indication pour la musique. Parce que comme je disais tout à l’heure, le concept des trois EP, en tout cas sur la trame scénaristique, est déjà écrit à l’avance, donc on a une direction artistique, en tout cas pour l’image à partir de cette musique. Mais peut-être qu’aussi, la manière dont on va écrire l’EP numéro 2 et l’EP numéro 3, ça va induire quelques modifications. Donc là, pour l’instant, sur la suite des EP, je pourrais pas réellement te répondre.

Greg : Il faut aussi savoir un truc aussi, c’est que depuis le début, on considère l’image comme le cinquième membre du groupe. C’est-à-dire que, comme le dit Flo, l’image va influencer la musique et la musique va influencer l’image. Autrement dit, au moment où on est en train d’écrire, on est déjà en train de réfléchir à ce qu’on veut projeter, ce qu’on veut montrer, quelles sont les intentions qu’on veut mettre dans les images, la rythmique, la fluidité, etc. Le cinquième instrument, c’est vraiment l’image, du coup, on la compose en même temps. Comme là, pour l’instant, le deuxième EP, on est en train de l’écrire, donc il y a des choses déjà sur le feu […]. Là, on ne peut pas trop se prononcer sur ce que vont être le deuxième et le troisième. Comme dit Flo, on a déjà écrit la trame scénaristique, donc on sait exactement où on va, ce qu’on veut, ce qu’on ne veut pas, mais c’est encore en cours de cuisson.

D’ailleurs, j’ai vu que vous avez tourné au Japon récemment. Ça me paraît difficile de ne pas être inspiré par ce pays, donc peut-être qu’on peut s’attendre à en voir un peu…

Flo : On a beaucoup bougé au Japon dans le cadre de notre tournée, mais pour autant, ce ne sont pas forcément des images qui pourraient être exploitées — en tout cas sur le film de scène. Parce qu’en fait, ce sont plutôt des images qu’on a tournées pendant les concerts qu’on a joué là-bas, et aussi un peu de, je ne vais pas dire la vie de tous les jours, mais les à-côté de la tournée. Il y a des images du Japon sur le premier morceau de l’EP, Extinction Path, mais ce sont des images que j’ai achetées sur des banques à une époque, pour un documentaire. Mais oui, en tout cas, sur tout le côté urbanisme à outrance, le Japon est très intéressant à exploiter. Bien qu’on s’est rendu compte en visitant le Japon, pendant le peu de temps où on a pu visiter, qu’il y a quand même des poumons de nature au milieu des grandes villes. Ça, c’est quelque chose qui est assez surprenant, et très agréable aussi.

Greg : Il y a vraiment ce qu’on appelle le Japon de l’endroit : les zones très « mégapole », avec énormément de bâtiments, d’eau, de gratte-ciels, une certaine densité de population […] et le Japon de l’envers qui est un peu plus rural, un peu plus posé, un peu plus calme et un peu plus traditionnel ; c’était super intéressant. Le problème, c’est qu’on avait très peu de temps parce qu’on avait dix jours, voyage inclus, c’est-à-dire avec le trajet en avion, pour faire six dates d’affilée avec la décalage horaire, et tout… On a manqué de temps pour vraiment pouvoir se poser, prendre le temps de filmer des choses. Il y a des images qui ont été filmées, bien évidemment, mais pas, en tout cas, dans l’optique des films futurs. Peut-être, on ne sait pas, on verra bien !

Flo : Peut-être que ça pourra être exploitable d’une manière ou d’une autre. Mais c’est vrai que j’ai regardé les rushs qu’on avait et que ce ne sont pas des images qui pourraient être exploitables, en tout cas pour le film qu’on souhaite diffuser sur cet EP.

Greg : Cinématographiquement parlant. C’est dur à prononcer !

Qui sait, on vous verra peut-être au cinéma un jour… « Far Away : le film » !

(rires)

Greg : Si on peut jouer, oui ! Si on ne joue pas…

Flo : C’est vrai que si on peut jouer devant l’écran, oui ! C’est une idée qu’on a depuis longtemps, se produire dans une salle de ciné ou dans un théâtre…

Greg : J’ai vu Gojira dans une salle de ciné qui avait été aménagée en salle de concert à Liévin !… Bref, pardon.

Pour se recentrer un peu sur la trilogie Afterlife of the Wild, vous êtes en train d’écrire les parties 2 et 3, mais avez-vous une idée de quand elles sortiront ?

Flo : On a un calendrier prévisionnel, du fait qu’on travaille avec une chargée de communication et une chargée de relations presse. Dans l’idéal, il faudrait qu’on sorte un EP en avril-mai 2027 et un troisième en novembre-décembre, 2027. Ensuite, il y a la réalité du studio et de l’écriture qui fait que, bah… on verra, en fait. (Greg : Ça peut très bien sortir avant !) Ça peut sortir avant comme ça peut sortir après. Une chose est sûre, c’est que ça ne sortira pas tant qu’on ne sera pas satisfaits au maximum de ce qu’on aura pu faire sur les EP.

Greg : On se fixe quand même toujours des deadlines pour se motiver ; ça met une carotte et ça permet d’avancer et, des fois, de se sortir un peu les doigts. Mais oui, en gros, c’est pour le printemps et l’automne prochains. On verra comment les choses évolueront d’ici là, parce qu’il y a encore plein de choses qui peuvent arriver — il y a plein de choses qui vont arriver, de toute façon. Ce qu’on fait aussi régulièrement, c’est prendre une semaine tous ensemble pour composer, arranger, enregistrer aussi. Et puis, on a aussi quelques petits trucs sous le coude qui devraient sortir entre deux… Il faut que j’arrête de teaser ! (rires)

« Aujourd’hui, il y a tellement de choses à faire pour faire vivre un groupe qu’il faut faire des choix…« 

On patientera ! Parlons un peu concerts : vous avez deux release parties ce mois-ci, mais à part ça, avez-vous d’autres concerts ou festivals de prévus ?

Flo : Pour l’instant, on n’a que ces deux concerts qui sont prévus, qui sont organisés par L’Art Sauvage, un collectif normand. Tout simplement parce qu’on organisait des concerts avant, mais on a tellement de choses à faire aujourd’hui pour faire avancer le groupe, entre la composition, la création de contenu, toutes ces choses-là qui font qu’on a arrêté. Donc, vous pouvez nous contacter et nous proposer des concerts, on sera ravis d’y participer, mais c’est vrai qu’on n’arrive plus à booker des dates. Quelque chose qu’on adorait faire, c’est agrandir notre équipe et avoir quelqu’un qui soit chargé du booking de concerts pour nous. Ce serait fabuleux, vraiment, parce qu’on aime faire des concerts. On s’éclate sur scène, c’est là où on se vit le plus. Mais pour autant, il y a tellement de choses à faire pour faire vivre un groupe aujourd’hui, qu’il faut faire des choix… On répond à des annonces, mais on n’arrive pas à faire plus que ça.

Greg : Les organisations de concert, comme on a pu le faire avant, notamment ces dernières années, ça nous a demandé beaucoup d’investissement, autant sur le plan personnel, financier ou autre. On parlait tout à l’heure du Covid, mais depuis le Covid, remplir une salle de concert, ce n’est pas toujours simple quand tu n’es pas… justement, quand tu n’es pas Gojira, Septicflesh ou un autre grand nom. On a des propositions, il y a des choses qui sont en pourparlers à l’heure actuelle […]. Il y a des choses qui arriveront très certainement, sur lesquelles on ne peut pas trop se prononcer parce que ça peut très bien capoter aussi. Donc, s’il y a des bookers qui nous écoutent, nous voient, nous entendent : on est ouverts, on est open ; lien dans la description ! (rires)

Bon courage à vous pour ça ! Avec quels artistes rêveriez-vous de partager une affiche — à part Gojira, bien sûr ?

Greg : She Said Destroy, dont je parlais tout à l’heure, mais ils ne tournent pas, même s’ils composent beaucoup et qu’ils sortent des trucs… Moi, j’ai des groupes chouchous, mais je ne suis pas sûr qu’on cadre vraiment… Si, Lost in Kyiv, j’aimerais bien.

Flo : Moi, j’adorerais Hypno5e, par exemple. Klone, évidemment. Après, si on rêve un peu plus loin, je pense à Devin Townsend…

On arrive doucement à la fin. Pour terminer, j’aurai une question sur votre région d’origine, la Normandie. Elle se fait discrète sur la scène rock/metal : ses groupes ne sont pas les plus connus ni les plus souvent présents sur les affiches, il n’y pas non plus d’événement majeur… De votre point de vue, comment décririez-vous cette scène et les relations entre les musiciens qui en font partie ?

Flo : Pour être plus précis, la Normandie, pour le coup, c’est ma région d’origine, parce qu’en fait, nous, on est dispatchés un petit peu partout. C’est-à-dire que moi, je suis en Normandie, Loïs, notre batteur, est en Picardie, et Alex et Greg sont en Île-de-France. Donc finalement, on se voit assez peu ; une fois, peut-être deux fois par mois, grand maximum, en Picardie, chez Loïs. Pour autant, la Normandie, ça a été longtemps une région où il y avait vraiment peu d’activités artistiques. Mais depuis deux ans, il se passe quelques petites choses à Rouen, qui est un peu la ville majeure en Normandie. On va aussi en retrouver quelques-unes du côté de Caen et de Cherbourg, mais c’est assez inaccessible — enfin, surtout Cherbourg, c’est vraiment tout au bout de la Normandie.

Et là, depuis deux ans maintenant, il existe un collectif qui s’est créé à Caen, qui s’appelle le Collectif L’Art Sauvage, dont on est membres, d’ailleurs, et qui a littéralement boosté, voire survitaminé la scène locale à Caen et aux alentours. C’est un collectif qui est composé de 25 groupes, tous styles confondus, mais plutôt orientés rock et metal. On va aussi avoir des groupes de pop, de trip-hop, des projets un peu plus étonnants… et ce collectif a vraiment remis un coup de fouet dans toute la scène underground de Caen, c’est assez impressionnant. Donc, si vous ne connaissez pas le collectif L’Art Sauvage et que vous êtes de passage en Normandie, vous pouvez vous renseigner. On arrive à avoir un concert toutes les deux, ou trois semaines, voire sur des périodes plus restreintes à partir de la semaine prochaine. Là, pendant un mois, il y a littéralement un concert tous les trois jours qui est en lien avec le collectif L’Art Sauvage ! En plus de ça, c’est un collectif qui se bouge beaucoup, c’est-à-dire que les membres du collectif se déplacent d’un concert à l’autre, amènent leurs amis, leur famille… du coup, on arrive très rapidement à avoir des événements qui sont hyper festifs, avec un public hyper fidèle, peu importe le groupe qui joue. C’est très rafraîchissant.

Merci d’avoir placé un mot pour eux ! On arrive à la fin ; merci encore pour votre disponibilité et pour ces échanges très intéressants. Avez-vous quelques mots pour conclure ?

Greg : Oui, je voulais dire qu’il y a un groupe avec qui j’aimerais bien tourner, c’est Angine de Poitrine ! Juste parce que je les adore, ils me font beaucoup rire.

Flo : Je ne suis pas sûr de partager ton point de vue, pour le coup… (rires) Sinon, tu peux aussi dire merci pour le temps accordé.

Greg : Merci beaucoup aussi pour cette opportunité de s’exprimer.

Flo : Et on a très hâte de sortir cet EP. Pour l’instant, il n’y a qu’un seul titre de disponible, mais les deux autres vont arriver rapidement et c’est super chouette de faire ça. Ce processus est hyper intéressant.

Encore merci à vous, en espérant vous retrouver bientôt, sur scène ou ailleurs !

Greg : Ça marche ; si jamais tu entends parler de salles ou festoches qui cherchent des groupes en Suisse, on prend !