Deathfeast Open Air 2026 — Jour 1
Jeudi 20 août — Enfin de retour à Andernach
Et voilà, c’est le grand jour. Le réveil sonne à 4h du matin. Pas vraiment l’heure idéale pour commencer une journée, mais quand le Deathfeast nous attend au bout de la route, la motivation aide forcément à sortir du lit. Première étape : passer par Lausanne pour récupérer un pote. Ensuite, direction l’Allemagne pour environ 6h30 de route jusqu’à Andernach. où nous arrivons finalement aux alentours de 14h30.
Avant de penser aux concerts, direction le camping pour installer notre campement. Pour ma part, cela faisait facilement sept ans que je n’avais plus fait de camping en festival, le retour à la tente avait donc un petit goût particulier. Dès notre arrivée, l’ambiance est excellente. On s’installe tranquillement et on retrouve immédiatement ce qui fait le charme du Deathfeast : ce n’est pas un gigantesque festival, et c’est justement ce côté à taille humaine qui le rend aussi agréable.
Vers 15h30, une fois la tente montée, nous entrons sur le site, et il y a déjà du monde ! Avant même le premier concert, d’énormes files se sont formées devant le merchandising officiel. Il faut dire que le Deathfeast a sa petite tradition : chaque année, un t-shirt officiel est proposé, accompagné de plusieurs modèles dérivés en édition limitée. Forcément, les habitués connaissent le principe et beaucoup se précipitent dès l’ouverture pour être certains de repartir avec leur modèle.
Le reste du site se découvre rapidement. Pour les collectionneurs, on trouve trois principaux stands de CD, avec énormément de grind, de slam et de brutal death. Le death metal plus classique est également présent, même si c’est probablement ce qu’on trouve le moins parmi les bacs. Et puis il y a l’un des endroits les plus importants du Deathfeast : cette longue zone de merch située sur la gauche de la scène. Au fil de la journée, pratiquement tous les groupes viennent y vendre leurs affaires. Les musiciens restent énormément sur le site, discutent entre eux et avec les festivaliers. Après les concerts, les files se forment devant les différents stands pour les photos, les signatures ou simplement quelques mots avec les groupes. Ici, presque tout le monde est accessible, et pour les fans, c’est clairement l’un des gros points forts du festival.
Mais il est déjà presque 16h : assez parlé, le Deathfeast 2026 peut commencer.
16h00 – 16h30 | Home Reared Meat
Premier groupe du festival : Home Reared Meat. Je ne connaissais pas le groupe avant de préparer mon voyage pour le Deathfeast, j’avais donc pris le temps de découvrir leur musique avant de partir et avais rapidement accroché à leur univers. Dès leur arrivée sur scène, on comprend que le groupe assume totalement ce côté second degré. Les musiciens débarquent habillés en fermiers, avec chapeaux de paille, bretelles et chemises. Même le sourire est travaillé puisque chacun arbore une dent grimée en noir. Visuellement, difficile de les prendre au sérieux… et c’est justement tout l’intérêt.
Le délire va même jusque dans la musique puisque, au milieu de toute cette brutalité, quelques passages de banjo viennent parfois s’inviter. Un contraste complètement improbable qui colle parfaitement à l’univers du groupe. C’est drôle, volontairement caricatural et surtout jamais fait à moitié. Mais derrière toute cette déconne, Home Reared Meat a quand même la lourde tâche d’ouvrir trois jours de festival, et il ne faudra franchement pas longtemps pour comprendre dans quel état d’esprit se trouve le public.
Le circle pit démarre pratiquement immédiatement ; il est à peine 16h, nous sommes au tout premier groupe du jeudi et ça tourne déjà devant la scène. Ce sera finalement l’une des images de tout notre week-end : au Deathfeast, le pit commence avec le premier groupe et donne presque l’impression de ne plus jamais s’arrêter avant le dernier concert du samedi soir.
Entre les fermiers, le banjo et un pit déjà lancé à pleine vitesse, Home Reared Meat ouvre le Deathfeast de la meilleure des manières, et ce n’est que le début.
16h45 – 17h15 | Imperial Execration
À 16h45, place à Imperial Execration : ils sont quatre à prendre possession de la scène, avec Jakub Kobylski au chant, et vont rapidement confirmer que le public est déjà parfaitement réveillé. Sous un soleil qui rayonne encore généreusement sur Andernach — profitons-en, parce que la météo nous réservera quelques surprises plus tard — Imperial Execration envoie trente minutes de brutal death particulièrement efficace.
Le groupe reçoit un accueil chaleureux et livre un très bon show. Le pit continue évidemment de s’agiter et les trente minutes passent à toute vitesse. Une chose devient déjà assez claire : personne n’a visiblement prévu de garder de l’énergie pour samedi. C’est également après ces premiers concerts qu’on commence réellement à découvrir cette proximité particulière entre artistes et public qui va devenir l’un des fils rouges du week-end. Une fois leur set terminé, les musiciens ne disparaissent pas dans un backstage inaccessible, on les retrouve au merch, dans le festival ou simplement en train de discuter avec les festivaliers.
17h30 – 18h00 | Coprocephalic Mutation
À 17h30, Coprocephalic Mutation prend possession de la scène pour trente nouvelles minutes de brutalité. Le ciel, lui, n’a toujours pas décidé de nous laisser tranquilles, c’est même sous un soleil de plomb que les Britanniques montent sur scène. Pour un groupe venu de Manchester, on peut plaisanter en disant qu’ils ne doivent pas forcément avoir l’habitude de jouer sous une météo pareille. Blague à part, le groupe assure.
Le son est lourd, massif, avec cette lourdeur caractéristique du slam qui fonctionne particulièrement bien en live. Coprocephalic Mutation dégage également une très bonne énergie et ne laisse pratiquement aucun temps mort pendant ses trente minutes. Pour ceux qui veulent découvrir leur univers, on peut notamment aller jeter une oreille à Cervical Bifurcation Through Deteriorated Atrocities, l’un des titres de référence du groupe et que l’on retrouve régulièrement dans leurs prestations live. Pas forcément besoin d’une énorme mise en scène ici : du lourd, de l’énergie et un public qui continue de répondre présent malgré la chaleur.
18h15 – 18h45 | Emasculated Vituperation
À 18h15, changement de continent avec Emasculated Vituperation, venu de Taïwan. C’est aussi à ce moment-là qu’on prend vraiment conscience de l’une des grandes forces du Deathfeast. Cette année, ce sont 33 groupes venus de 18 pays différents qui se succèdent sur la même scène. Une diversité assez impressionnante pour un festival de cette taille et qui permet, pendant trois jours, de voyager un peu partout à travers le monde sans quitter Andernach, avec des groupes que l’on aurait probablement très peu de chances de voir chez nous.
C’est aussi là qu’on réalise que, même dans des styles aussi codifiés que le brutal death ou le slam, tout ne sonne pas forcément de la même manière selon l’endroit d’où viennent les groupes. Les bases sont communes, mais les influences, les sonorités et les façons d’aborder cette musique changent. D’un set à l’autre, on change parfois complètement de pays et d’univers. Pour moi, cette diversité représente une vraie richesse culturelle et fait clairement partie des grandes qualités du Deathfeast. J’espère vraiment que le festival continuera à aller chercher des formations aussi loin et à nous faire découvrir des groupes qu’on n’aurait peut-être jamais eu l’occasion de voir autrement.
Cependant, pour Emasculated Vituperation, la venue à Andernach ne va justement pas se dérouler exactement comme prévu. À la suite d’un problème de passeport, le chanteur habituel ne peut pas assurer le concert. Mais plutôt que d’annuler la prestation, une solution est trouvée sur place : Vinz de Mulk vient prendre le micro pour assurer le remplacement au chant, et franchement, ça fonctionne. Un changement de frontman dans ces conditions aurait facilement pu désorganiser toute la prestation. Pourtant, sur scène, rien ne semble réellement déstabiliser le groupe. C’est droit, carré et propre. Les musiciens restent concentrés sur leur prestation et Vinz assure parfaitement son rôle au chant. Une belle démonstration de système D et surtout une prestation solide malgré des conditions loin d’être idéales.
C’est aussi pour ce genre de moments qu’on vient en festival.
19h00 – 19h30 | Scatology Secretion
À 19h00, c’est au tour de Scatology Secretion. Pour une fois, difficile pour moi de vous raconter réellement ce qui s’est passé devant la scène. Ce sont aussi les petites joies d’un festival de trois jours : la météo commençait à devenir moins rassurante, il fallait retourner à la tente récupérer une veste et, histoire de compléter le tableau, mon appareil photo avait décidé de me poser quelques petits problèmes. Le temps de régler tout ça et de revenir sur le site, Scatology Secretion arrivait déjà à la fin de son concert. Je n’aurai donc vu que les dernières minutes, et ce sera d’ailleurs le seul groupe de cette édition pour lequel je ne réussirai pas à prendre de photos.
Plutôt que d’inventer un avis sur un concert auquel je n’ai pratiquement pas assisté, je préfère donc simplement passer mon tour pour celui-ci. Heureusement, sur 33 groupes programmés pendant le week-end, ce sera le seul que je manquerai réellement.
19h45 – 20h30 | Filth
À 19h45, la durée des concerts commence à augmenter et Filth dispose cette fois de 45 minutes. Avec les Américains, changement de registre. Le groupe propose une approche beaucoup plus moderne, avec un deathcore fortement teinté d’influences hip-hop. Une proposition qui tranche forcément avec une bonne partie du brutal death, du slam et du grind entendu jusque-là, et les réactions autour de nous sont intéressantes. Filth est bien accueilli et une partie du public accroche complètement à ce mélange. Mais le groupe laisse également certains festivaliers plus perplexes. On commence à sentir deux sensibilités : ceux qui apprécient cette ouverture vers quelque chose de beaucoup plus moderne et ceux qui sont venus avant tout chercher du brutal death et du slam plus traditionnels.
Dans tous les cas, Filth ne laisse pas indifférent. À 20h30, fin du concert. Quinze minutes plus tard arrive un groupe qui, normalement, ne devait absolument pas jouer ce jeudi.
20h45 – 21h30 | Cutterred Flesh
Initialement, Cutterred Flesh devait jouer le samedi, mais un changement de dernière minute dans le running order va complètement modifier les plans. Fatuous Rump, prévu sur ce créneau du jeudi, rencontre un problème lié au passeport de Larry Wang, son chanteur. Cutterred Flesh, déjà en route vers Andernach, prend donc le créneau du jeudi, tandis que Fatuous Rump est déplacé au samedi.
Personnellement, ça ne va pas me déranger très longtemps, parce que Cutterred Flesh est un groupe que j’adore. Les Tchèques débarquent et livrent un set énorme. Le changement de jour effectué à la dernière minute ne semble avoir absolument aucune incidence sur leur prestation. Le groupe est précis, puissant et brutal. Parmi les morceaux de la setlist récupérée sur place figurent notamment Good Boy, Code of Zurbith, The King in Yellow, Where Only Gods May Tread ou encore Massacre the Innocents. Clairement l’un de mes gros moments de cette première journée.
21h45 – 22h30 | Coffin Feeder
À 21h45, place aux Belges de Coffin Feeder, et c’est précisément à ce moment-là que la météo décide de venir mettre son grain de sel. Depuis le début de la journée, nous avions été plutôt épargnés, mais alors que la nuit est tombée, la pluie fait soudainement son apparition. Heureusement, rien de catastrophique. La pluie reste suffisamment raisonnable pour ne pas gâcher le concert, et ça tombe plutôt bien, parce que personnellement, je n’avais aucune intention de manquer Coffin Feeder.
Le groupe n’était même pas censé être présent à l’origine. Deux formations avaient dû annuler leur venue au Deathfeast, Vulvodynia et Extermination Dismemberment, obligeant l’organisation à réagir rapidement. Coffin Feeder et Annotations of an Autopsy avaient alors été appelés en remplacement. Coffin Feeder connaît d’ailleurs déjà parfaitement les lieux puisque les Belges étaient présents au Deathfeast l’année précédente.
L’histoire du groupe est assez particulière. Il s’agit d’un projet réunissant plusieurs musiciens déjà bien occupés dans la scène metal belge, avec notamment Sven de Caluwé d’Aborted, Jan Hallaert de Leng Tch’e, ainsi que Bart Govers et Jeroen Camerlynck de Fleddy Melculy. Ce qui commence comme un projet fait avant tout pour se faire plaisir va finalement prendre de plus en plus d’ampleur, le petit projet entre musiciens a clairement fait du chemin. Et quand on les voit sur scène au Deathfeast, on comprend assez facilement pourquoi. C’est lourd, énergique et extrêmement vivant. Et puis il y a Bart à la guitare. Le bonhomme nous prouve une nouvelle fois qu’il est toujours capable de balancer ses fameux lancers de jambes en plein concert. Une souplesse assez impressionnante et, surtout, une souplesse que je suis personnellement très loin de posséder.
Pour moi, Coffin Feeder nous livre tout simplement l’un des meilleurs concerts du festival. Au moment de faire mon classement final, il y a de fortes chances qu’ils viennent se glisser dans mon top 5.
Après le concert, nous aurons l’occasion de discuter un bon moment avec Bart. DDerrière le musicien complètement déchaîné que l’on vient de voir sur scène, on retrouve quelqu’un d’une gentillesse incroyable, toujours disponible et heureux de prendre du temps pour discuter avec les fans. Nous avons d’ailleurs parlé de quelques petites choses que je ne peux pas vraiment vous dévoiler pour le moment, mais restez attentifs : ça risque de bouger prochainement.
23h00 – 00h00 | Signs of the Swarm
Signs of the Swarm vient fermer cette première journée, et comme Filth quelques heures auparavant, les Américains vont provoquer des réactions assez partagées. Signs of the Swarm représente clairement l’un des visages les plus modernes de cette édition. Le deathcore du groupe fait énormément appel aux breakdowns et, pour une partie du public, il y en a tout simplement trop. Breakdown après breakdown, certains adorent, d’autres beaucoup moins. Dans un festival où une grosse partie du public vient chercher du brutal death, du slam ou du grind, cette approche très moderne ne pouvait de toute façon pas faire l’unanimité. Mais sur scène, difficile de nier l’efficacité de la chose.
L’ambiance est là, le public répond et le pit qui avait commencé à tourner avec Home Reared Meat huit heures auparavant trouve encore suffisamment de volontaires pour continuer. Signs of the Swarm fait le travail et termine cette première journée sur une grosse décharge d’énergie.
Notre journée avait commencé à 4h du matin. Entre Lausanne, environ six heures et demie de route, l’arrivée à Andernach, le montage de la tente après des années sans camping en festival et cette première salve de neuf groupes, il serait normalement largement temps d’aller se coucher. Cependant, parce qu’on est en Allemagne, au Deathfeast, et qu’entre la scène et la tente, il est finalement assez facile de se faire détourner du chemin.
En retournant tranquillement vers le camping, difficile de refuser une ou deux bières proposées sur le trajet. Et surtout, une fois les concerts terminés, le camping prend progressivement le relais. Un peu partout, des festivaliers ont installé leurs propres sonos. D’un campement à l’autre, on passe d’un style musical à l’autre, avec parfois une ambiance qui tire carrément vers la petite rave party improvisée, même quand le metal s’est arrêté sur la scène.
Le lendemain matin, avant de replonger dans le brutal death, le slam et le grind, nous avons prévu de profiter de notre passage en Allemagne pour aller visiter une ville des environs, mais demain est un autre jour !
