Witchburner
Black Raging Flames
Genre thrash metal
Pays Allemagne
Label Diabolic Might
Date de sortie 04/09/2026

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Treize ans après Bloodthirsty Eyes, Witchburner ajoute une nouvelle pièce à son dossier. Avec Black Raging Flames, le quintette de Fulda revient défendre un thrash allemand qui ne sollicite ni autorisation de sortie ni certificat de modernité. Neuf compositions originales, une reprise et une absence de repentir particulièrement réjouissante : l’affaire mérite davantage qu’un classement sans suite.

La défense aurait pu invoquer le temps qui passe. Elle aurait pu expliquer qu’après trois décennies, un groupe finit raisonnablement par arrondir les angles, ménager ses articulations et remplacer quelques mauvaises habitudes par des arrangements plus respectables. Elle aurait surtout perdu son temps.

Witchburner existe depuis 1992 et publiait son premier album en 1996. Blasphemic Assault, Incarnation of Evil, Final Detonation, Blood of Witches… Les intitulés suffisent à établir que la diplomatie n’a jamais constitué une priorité locale. Trente ans après le premier disque, Black Raging Flames demeure explicitement placé sous le signe du thrash teuton à l’ancienne.

Attention, toutefois, à ne pas confondre retour discographique et reformation. Les cinq musiciens sont les mêmes que sur Bloodthirsty Eyes. Le groupe n’avait pas disparu : son parcours avait notamment été contrarié par la pandémie, des problèmes de santé et l’inondation de son local de répétition. Cette précision change la lecture du dossier. Il ne s’agit pas de réunir artificiellement des souvenirs, mais de reprendre une activité qui n’avait jamais été reniée.

Environ trente-cinq minutes suffisent. Voilà déjà une manière appréciable de respecter son public : après une si longue attente, Witchburner ne présente pas la facture sous la forme d’un disque interminable. Richtschwert et Pestilent Disciple installent une attaque immédiatement lisible, nourrie de speed metal et de cette nervosité presque punk qui empêche le thrash de devenir une simple démonstration de mécanique. Les compositions vont droit au but, mais leur enchaînement conserve une véritable cohérence.

Simon Seegel et Michael « Mächel » Frank ont suffisamment de vocabulaire guitaristique pour éviter de réciter la même phrase pendant tout le disque. Leurs riffs fournissent les arguments principaux ; les solos viennent les souligner, tantôt avec une inflexion mélodique, tantôt avec une agitation beaucoup moins civilisée. La technique ne réclame pas un projecteur supplémentaire. Elle travaille pour les morceaux, soutenue par une section rythmique précise et solide.

C’est d’ailleurs une distinction importante : aller vite n’oblige pas à tout aplatir. Siege of Terror ménage davantage de poids dans sa progression, sans abandonner l’élan général. Andy Süss à la basse et Felix Darnieder derrière les fûts donnent à ces changements d’appui une assise qui évite aux guitares de simplement défiler. L’agression possède une organisation ; elle ne se réduit pas à une consigne de vitesse.

Au micro, Pino Hecker ne joue pas non plus les figurants. Son chant conserve sa rudesse, mais sa projection plus franche et ses inflexions donnent une présence identifiable aux morceaux. Sur Siege of Terror comme sur le titre éponyme, la diction participe directement à leur caractère. Les interventions collectives renforcent encore cette dimension physique : on imagine moins une performance observée à distance qu’une musique destinée à provoquer une réponse.

Et voici ce qui alourdit sérieusement le dossier : les chansons ne se contentent pas de cogner. Elles s’accrochent. Witchburner Pt. III et By Moonlight We Strike possèdent notamment ces refrains suffisamment nets pour survivre au passage des guitares. La brutalité n’efface pas la mémoire du morceau. C’est même l’un des arguments les plus convaincants de cet album : sous l’apparente simplicité de l’attaque, Witchburner sait encore écrire des titres que l’on distingue les uns des autres.

Personne ne devrait présenter Black Raging Flames comme une découverte scientifique. Son vocabulaire appartient à une tradition parfaitement identifiable, et les amateurs de transformations radicales n’y trouveront pas une reconversion surprise. Witchburner privilégie la continuité, les riffs et l’impact plutôt qu’une modernisation de façade.

Mais demander systématiquement à un groupe de changer revient parfois à confondre mouvement et progrès. L’enjeu, ici, n’est pas de produire un thrash inédit. Il est de vérifier qu’une formule connue conserve une raison d’être. Une signature musicale n’est pas un défaut ; elle le devient lorsqu’elle dispense de composer.

La reprise de Too Fast for Hell éclaire utilement les fréquentations du groupe. Witchburner va chercher ce morceau chez Vectom, sur Speed Revolution, paru en 1985. Le choix témoigne d’un attachement au speed metal allemand qui dépasse les références les plus attendues. Cette filiation ne fait pas l’objet d’un long discours : elle entre directement dans le répertoire.

Puis One Million Beers vient rappeler que tout cet attirail sinistre n’impose pas de tirer une tête d’enterrement. Le morceau referme le disque sur une humeur plus festive, tout en conservant son identité métallique. La plaisanterie n’est pas un numéro rapporté pour détendre artificiellement l’atmosphère ; elle appartient au même monde que le reste. Après avoir soigneusement entretenu sa réputation, le groupe peut bien desserrer un bouton.

Le verdict n’exige donc aucune indulgence particulière envers les anciens. Black Raging Flames mérite l’attention pour ce qu’il propose aujourd’hui : un format resserré, des compositions accrocheuses et une conviction qui ne dépend pas d’un changement de costume. Son conservatisme musical est évident ; son efficacité l’est tout autant.

Aux amateurs de thrash teuton, le dossier offre une excellente raison de passer de la curiosité à l’écoute, puis de réserver une place au disque dans leur collection. Non pour récompenser trente ans de présence, mais pour saluer des musiciens qui ont encore quelque chose à défendre.

Witchburner est reconnu coupable de persistance. La peine sera exécutée sur une platine.