Michael Wöß et Anti reviennent sur la longue gestation de Ride the Storm, la profondeur des textes, la liberté créative, le contraste des voix et l’avenir possible du projet sur scène.
Sorti le 21 août 2026, Ride the Storm transforme des années d’expérience dans des univers metal plus sombres en un power metal plus direct, mélodique et narratif. Metal Alliance Magazine s’est entretenu avec Michael Wöß, créateur et guitariste de Ristridi, et Anti, chanteur et parolier, afin d’évoquer les origines de l’album, les histoires qui nourrissent ses textes, l’équilibre entre technicité et accessibilité, ainsi que les perspectives d’avenir du projet.
Michael, tu as longtemps évolué dans des formes de metal beaucoup plus sombres. D’où vient cette facette power metal de Ristridi ?
J’ai toujours eu une vraie affection pour le power metal. Je suis notamment un grand fan de Symphony X et Michael Romeo fait partie de mes idoles à la guitare. Mais chaque fois que je rejoignais un groupe, je me retrouvais plutôt dans des projets plus sombres, black metal, blackened death metal ou dark metal et je n’avais jamais vraiment eu l’occasion d’exprimer cette autre facette de mes goûts. Ride the Storm m’a enfin permis de le faire. Certains morceaux m’accompagnent depuis très longtemps ; l’un d’eux remonte même à mes quinze ou seize ans. Cet album est donc l’aboutissement d’un très long parcours. Il faut parfois du temps pour faire naître ce que l’on porte en soi et que l’on veut partager.
Michael, tu as écrit et interprété toutes les parties instrumentales. Comment as-tu évité que Ride the Storm ne devienne un simple album de guitariste ?
C’est quelque chose qui a évolué avec le temps. J’ai toujours aimé la musique virtuose et techniquement exigeante, et certains de mes albums plus anciens, pourtant très sombres, étaient également assez progressifs. Mon passage chez Agathodaimon a changé ma manière d’aborder l’écriture. Le fait d’intégrer un groupe déjà établi m’a poussé à réfléchir davantage à la façon de rendre les chansons accessibles sans leur enlever leur substance. J’ai appliqué cette philosophie à Ride the Storm. Je ne voulais pas compliquer les morceaux inutilement : les chansons, les mélodies et les atmosphères devaient passer avant la démonstration technique.
Anti, les textes s’inspirent de la fantasy, de la mythologie et de l’histoire, tout en abordant des sujets très humains : liberté, culpabilité, vengeance, oppression, compassion… Était-il essentiel pour toi qu’ils possèdent une signification au-delà des récits ?
Oui, énormément. Je suis probablement connu et parfois gentiment critiqué pour vouloir donner du sens à tout. Je n’aime pas vraiment les textes vides, sauf si l’objectif même de la chanson est d’être volontairement absurde. Lorsque j’écris, je veux que les mots ajoutent une couche supplémentaire et donnent quelque chose à penser à l’auditeur. Même lorsqu’on part d’un personnage de fantasy ou d’une vieille légende, la question humaine qui se cache derrière est importante pour moi.
Anti, d’où viennent toutes ces histoires et ces idées ? Y a-t-il des auteurs ou des univers qui nourrissent particulièrement ton imagination ?
J’ai toujours beaucoup lu de fantasy, surtout depuis l’adolescence. De la dark fantasy comme les grands classiques. Tolkien est évidemment une référence. Brandon Sanderson est arrivé plus récemment, et Kaladin Stormblessed est devenu l’inspiration du morceau-titre. Ce qui m’intéressait, ce n’était pas simplement son statut de héros, mais le fait qu’il soit presque contraint d’endosser ce rôle tout en menant un combat intérieur. Souvent, j’ai déjà un thème en tête, mais l’histoire et le sens viennent ensemble. Dans la meilleure fantasy, on ne peut pas réellement séparer l’aventure de notions comme la compassion, la responsabilité ou le sacrifice.
Tu as également mentionné avoir écrit toi-même de la fiction. Est-ce un domaine que tu aimerais développer en dehors de la musique ?
J’ai effectivement écrit en anglais une petite histoire inspirée de Cthulhu, volontairement très influencée par le style de H. P. Lovecraft. Elle est née d’un événement que j’avais vécu des années auparavant. J’aime l’horreur autant que la fantasy, que ce soit à travers les livres, les films ou surtout les jeux vidéo. L’inspiration peut donc venir de partout. Je ne la cherche pas toujours : très souvent, c’est elle qui me trouve.
Michael, l’un des points forts de l’album est le contraste entre le chant mélodique d’Anti et les vocaux beaucoup plus agressifs d’Alex Meyer. À quel moment cette idée est-elle apparue ?
Très tôt. Anti et moi avons rapidement décidé de travailler autour d’une sorte de dualité entre le bien et le mal. En composant, je me suis rendu compte que j’aimais beaucoup ces contrastes : la positivité d’un côté, des émotions plus sombres de l’autre. C’est aussi quelque chose que nous connaissons tous au quotidien. Les bons et les mauvais jours, les pensées constructives et celles qui le sont beaucoup moins. La musique est naturellement partie dans cette direction, et c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles j’ai proposé à Anti de rejoindre le projet.
Anti, et du point de vue du parolier, qu’est-ce que cette dualité vocale t’a apporté ?
J’ai immédiatement accroché à l’idée parce que disposer de ces deux voix ouvrait énormément de possibilités. Je pouvais structurer les textes autour de personnages opposés, de conflits intérieurs ou de différentes facettes d’une même personnalité. La voix harsh n’est donc pas uniquement là pour rendre l’album plus lourd : elle peut devenir un autre personnage, un adversaire ou la partie la plus sombre de l’esprit du protagoniste.
Michael, si tu devais choisir un seul titre représentant le mieux Ristridi aujourd’hui, lequel serait-ce ?
Je choisirais Ride the Storm. C’est le premier morceau qui a été écrit spécifiquement pour cet album et, à mes yeux, celui qui résume le mieux le style actuel de Ristridi.
Michael, l’expression « Ride the Storm » peut aussi symboliser les hauts et les bas d’un parcours musical. Le titre possède-t-il cette résonance plus large pour toi ?
Oui, clairement. À l’origine, Ristridi était un nom que j’utilisais pour moi-même et pour ma chaîne YouTube. Ce n’est pas un groupe fixe au sens traditionnel du terme, mais davantage un projet, un nom créatif. La musique a toujours reflété différentes périodes de ma vie, y compris certaines plus difficiles, ainsi que les changements qui les accompagnent. Ces hauts et ces bas finissent forcément par se retrouver dans ce que j’écris. Pour moi, Ride the Storm signifie aussi continuer à avancer au milieu de ces changements plutôt que faire comme s’ils n’existaient pas.
Michael, ce fonctionnement en projet signifie-t-il que le public ne doit pas espérer voir Ristridi un jour sur scène ?
Je n’irais pas jusque-là. Ce n’est pas vraiment prévu à court terme, car une version live demanderait de trouver des musiciens qui aient réellement envie de s’investir. À notre niveau, ce serait forcément une aventure portée davantage par la passion que par l’argent. J’ai aussi d’autres priorités actuellement. Mais l’album reçoit déjà des réactions encourageantes, donc je ne fermerais jamais complètement la porte. C’est une idée qui me plaît.
Anti, serais-tu partant pour défendre ces chansons sur scène ?
Absolument. J’adore jouer live et je pense que ces morceaux pourraient très bien fonctionner avec un groupe de cinq musiciens. Cela demande énormément de travail et je suis déjà actif avec d’autres formations, mais je trouverais de la place si l’occasion devenait concrète. J’aime vraiment ces chansons, donc je serais ravi de pouvoir les interpréter sur scène.
Michael a tenu à te remercier pendant l’interview pour la fluidité de votre collaboration. Pourquoi cette association a-t-elle si bien fonctionné ?
Michael : De mon point de vue, tout le processus s’est déroulé de manière remarquablement fluide et agréable. Je tenais à le dire ouvertement, car Anti a énormément contribué à l’identité du disque.
Anti: Et le sentiment est totalement réciproque. L’un des éléments les plus importants pour moi a été la véritable liberté créative que Michael m’a accordée. Lorsqu’il m’a dit que je pouvais écrire tous les textes, j’étais déjà convaincu. Cette confiance a rendu la collaboration très naturelle.
Pour quelqu’un qui découvre Ristridi pour la première fois avec Ride the Storm, qu’aimeriez-vous qu’il ressente lorsque l’album se termine ?
Michael : Au sens le plus large, j’aimerais que les gens sentent que les périodes difficiles peuvent être traversées. Certains jours peuvent sembler presque impossibles, mais il y aura toujours un lendemain, et celui-ci peut être totalement différent. En affrontant ces moments, on apprend énormément sur soi-même, sur le monde et sur les personnes qui nous entourent. L’important est de continuer à avancer, de surfer sur la vague, même lorsqu’on a l’impression que rien n’a de sens.
Anti: Pour moi, il y a clairement un message de type « n’abandonne pas » au cœur de l’album. La liberté, c’est aussi la possibilité de prendre des décisions et de conserver une forme de contrôle sur sa propre vie. J’aimerais que les auditeurs ressortent de l’album avec de la motivation, de la force et même une certaine colère justifiée. Cette énergie qui pousse à résister plutôt qu’à renoncer. C’est aussi pour cela que l’expression power metal a du sens à mes yeux : la musique peut réellement transmettre de la puissance. Le message essentiel est simple : continuez à vous battre. De meilleurs jours peuvent arriver.
L’un et l’autre m’ont aussi partagé leurs trois albums les plus
| ARTIST | ALBUM | WHY IT MATTERS |
|---|---|---|
| Anti — Blind Guardian | Nightfall in Middle-Earth | Un album de power metal fondateur qui l’a profondément marqué. |
| Anti — Iron Maiden | Live After Death | L’une de ses principales portes d’entrée dans le metal et un live resté culte. |
| Anti — Janus | Auferstehung | Lui a montré jusqu’où des textes personnels, douloureux et sincères pouvaient aller. |
| Michael — Megadeth | Rust in Peace | Une influence majeure sur son jeu de guitare, notamment grâce à Marty Friedman. |
| Michael — Symphony X | V: The New Mythology Suite | Un disque clé dans son amour du progressif et du power metal. |
| Michael — Nevermore | Dead Heart in a Dead World | Une référence durable dans son vocabulaire musical le plus heavy. |
Michael, Anti, merci pour votre temps, votre sincérité et la qualité de cet échange. Ride the Storm n’est pas seulement un solide album de power metal : c’est également un projet construit sur une véritable alchimie créative et une conviction très claire dans la force des histoires. Metal Alliance Magazine souhaite le meilleur à Ristridi pour la suite et suivra avec attention la possibilité de voir un jour cette tempête gagner la scène.
