Helloween, Thy Art Is Murder, Orbit Culture, Soulfly, Sanguisugabogg, Bloodred Hourglass, Møl, Hæresis
Dinkelsbühl (DE)
Date 15 août 2026
Chroniqueur Nathan Bonzon
Photographe François Feleki
https://www.summer-breeze.de/en

C’est déjà le dernier jour du Summer Breeze Open Air 2026 ! On termine ce super festival avec la météo la plus chaude de la semaine et (heureusement) une journée un peu plus tranquille en terme de concerts.

A 13 h, devant la T-Stage, il fait chaud, très chaud ; ainsi, à cause de la chaleur, les agents de sécurité arrosent le public avec une lance à incendie, un geste extrêmement bienvenu ! Le cagnard de ce samedi n’a cependant pas empêché Sanguisugabogg de se produire devant le public de Dinkelsbühl, quoiqu’un peu trop tôt dans la journée par rapport à leur popularité actuelle. Pour réveiller les campeurs, les Américains délivrent leur death metal groovy et ultra gras, porté par la voix caverneuse de Devin Swank. Bien que je préfère les autres projets de ce dernier (comme Bludgeoned by Deformity, Dyskinesia et Ablation) pour ce qui est des versions studio, il faut avouer que Sanguisugabogg tape bien fort en live. La setlist comporte un assez grand nombre de morceaux issus de Homidical Ecstasy (tels que Face Ripped Off et Skin Cushion), mais également d’autres de leur récent album Hideous Aftermath (comme Rotted Entaglement, Felony Abuse of a Corpse ou encore l’excellent Abhorrent Contraception), avant de se terminer par le classique Dead as Shit. Afin d’introduire le titre Dragged by a Truck, le chanteur annonce « This next song is about getting dragged by a truck, it’s called Dragged by a Truck ! », ce qui est devenu une inside joke parmi le groupe et son public. Groupe que j’avais d’ailleurs déjà vu trois semaines auparavant dans un minuscule bar doté d’une capacité de 100 personnes, alors assister à son concert sur une aussi grande scène du Summer Breeze est assez amusant, bien que le son soit évidemment moins massif en festival.

On reste devant la même scène pour assister au show de Bloodred Hourglass, un groupe de death mélodique que j’ai déjà vu plusieurs fois en live. Bien que je sois moins fan de leurs sorties plus récentes (des titres comme Chasing Shadows, God Has Favourites ou Royally Done issus de leur dernier album We Should Be Buried Like This) qui penchent davantage du côté du metalcore moderne, les Finlandais délivrent tout de même une performance engageante et agréable à regarder, interagissant souvent avec le public. Leurs morceaux plus anciens, tels que Where the Sinners Crawl, Drag Me the Rain et Veritas, rappellent quant à eux beaucoup plus leurs origines thrash et melodeath à l’aide de leads mélodiques et quasiment néoclassiques. Le groupe est composé de trois guitaristes, c’est donc un peu dommage qu’il ne les utilise pas davantage sur les derniers albums ! Bloodred Hourglass reste cependant un très bon groupe live.

Après une petite pause d’une heure, je me rends devant la Main Stage pour voir Orbit Culture, un des concerts que j’attendais le plus cette année. Il s’agit en effet d’un groupe que j’écoutais beaucoup lors de ma phase de découverte du melodeath il y a plusieurs années et que je n’avais jamais pu voir jusqu’ici. Entretemps, l’identité musicale du groupe a pas mal changé, passant d’un death mélodique thrashy à un groove metal fortement influencé par le metalcore. En effet, leurs morceaux plus anciens comme North Star of Nija (mon préféré) sont très énergiques, dotés d’un riffing acéré, d’une dose conséquence de shred et de growls franchement impressionnants. Le groupe a même ramené le titre Rasen, issu de l’album éponyme sorti en 2016, pour le plus grand bonheur de ses fans old school. Cependant, je ne peux m’empêcher de me sentir ennuyé et un peu déçu par les morceaux de leur nouvel album, qui constituent d’ailleurs la moitié de la setlist (avec par exemple Bloodhound, Death Above Life, The Storm ou Tales of War). On a ici affaire à du groove metal relativement mou, soutenu par des riffs quasi industriels, répétitifs et dépourvus de toute identité, ainsi qu’évidemment de gros breakdowns un peu forcés. J’ai eu de la peine à me mettre dans l’ambiance et à pleinement profiter, de plus que la voix de Hetfield que fait Niklas Karlsson n’aide pas vraiment. Mais bon, le public a eu l’air de beaucoup apprécier, tant mieux pour eux !

Ensuite, la fatigue et la chaleur me forcent à me poser à la zone presse pendant un assez long moment, pendant lequel je profite pour faire connaissance avec les autres journalistes sur place. Aux alentours de 20 h, je me rends à la T-Stage pour voir Soulfly, le projet du légendaire Max Cavalera. Et après la déception qu’a été le concert d’Orbit Culture, j’avais besoin de ça ! En effet, je n’avais jamais vu le groupe en live, ni écouté d’autres morceaux que Jumpdafuckup, j’ai donc été grandement surpris par la lourdeur de la musique et, tout simplement, de réaliser à quel point Max est cool. Le voir sur scène, avec son fils Zyon à la batterie, s’enjailler sur des morceaux diamétralement opposés à ce qu’il a fait avec Sepultura, est une expérience très sympa. J’apprécie aussi beaucoup l’ambiance tribale qu’il cultive avec Soulfly, notamment sur des morceaux comme Back to the Primitive, Prophecy et Bumba, morceaux qui comportent d’étonnamment bons breakdowns et de sacrés riffs de nu metal. Pour Bleed, Max invite son autre fils Richie au micro, et on peut dire que le talent coule dans ses veines !

Après le show de Soulfly, je cours à la scène du camping pour assister à un de mes concerts les plus attendus du festival : Hæresis, un groupe allemand que j’avais découvert par hasard sur internet en début d’année. Avec leur post-black metal atmosphérique, les Berlinois délivrent une performance vraiment captivante en jouant leur dernier album Si Vis Pacem Para Bellum en entier (et dans l’ordre). Les quatre morceaux, bien que longs de quasi dix minutes chacun, parviennent à rester intéressants en alternant entre des passages éthérés, presque incantatoires, et des blasts ultra rapides ainsi que des riffs incisifs ; l’émouvant Eradicate Taciturnity, avec sa magnifique intro chantée par la chanteuse Christin, en est un bon exemple. Tout en étant bien produite et assez technique, leur musique arrive tout de même à garder cette viscéralité caractéristique du black, notamment sur des titres comme Echoes of Ashes et I Who Repel All Light, frappant le public tel un épais mur de son. En bref, un concert extrêmement prenant et impressionnant qui témoigne du talent de ce jeune groupe à surveiller de près.

Retour à la Main Stage où Helloween est en train de terminer son show, et les Allemands jouent pour ainsi dire à la maison. J’arrive à la fin de l’avant-dernier morceau, d’immenses ballons en forme de citrouille volent dans les airs et les confettis semblent tomber du ciel. Même si je ne suis en aucun cas un fan du groupe, je dois reconnaître qu’ils savent mettre le feu à une scène.

Le groupe d’après propose un style radicalement différent, et la barrière au premier rang se libère plutôt vite. En effet, la lourde tâche de clôturer la Main cette année revient à Thy Art Is Murder, figure de proue du deathcore australien qu’on ne présente plus. Tout comme Fit For an Autopsy, il s’agit d’un groupe que j’écoutais énormément il y a quelques années et que je n’avais pas vu depuis un bon moment ; de plus, les Australiens ont un nouveau chanteur depuis peu, j’étais donc assez curieux de voir ce qu’il donne en live. Et bien, mon verdict demeure nuancé. Même si Tyler Miller était peut-être meilleur en terme de technique vocale, la voix de Jerry Grimefeld semble, à mon sens, davantage organique. Ses gutturales, en particulier, sonnent très profondes et se rapprochent du death metal par moment ; mais ses highs méritent tout de même un peu d’entraînement. Jerry devrait également travailler sur sa présence scénique et son énonciation. Premièrement, ce dernier gambade d’un côté à l’autre de la scène de manière un peu guillerette et étrange, son attitude de rappeur ne colle d’ailleurs pas trop à celle d’un chanteur de deathcore. Deuxièmement, son énonciation laisse en effet à désirer ; Thy Art Is Murder est un groupe ayant toujours eu des paroles très distinctes et déchiffrables, et le manque de clarté à ce niveau rend donc assez difficile de se situer dans le set ou de savoir de quel morceau il s’agit, ce qui est un peu dommage. Mais ne vous détrompez pas, le groupe n’a rien perdu de sa fougue et de sa lourdeur, le show reste très cool à voir ! J’ai bien apprécié revoir des titres comme Slaves Beyond Death, Join Me in Armageddon et Reign of Darkness qui sonnent absolument massifs sur une scène aussi grande. Tout de même un petit peu déçu que le groupe ne joue plus de titres issus de l’EP Infinite Death.

On arrive déjà à l’ultime concert de ce dernier jour de festival, avec Møl sur la Tool Rebel Stage. Il s’agit d’un de ces groupes par rapport auxquels je suis assez mitigé, surtout quant à la nouvelle direction qu’il a adopté récemment. En effet, les Danois semblent avoir troqué un blackgaze assez viscéral et teinté de post-black, extrêmement inspiré par Deafheaven, pour du post-metal beaucoup plus tranquille et doté de davantage de chamt clair, s’auto-qualifiant désormais de « shoegaze-metal ». À ce sujet, le chanteur dit au public : « Thank you for sticking with us even though we changed, but we are still the same« , ce qui m’a fait un peu relativiser leurs récentes décisions artistiques. Certains de ces nouveaux morceaux, comme CRUSH, ont presque une vibe cyberpunk ou de dancefloor de disco par moments, ce qui instaure une ambiance particulière pour ce dernier concert. Et même si je ne suis pas ultra fan de la nouvelle direction du groupe, je dois reconnaître que la voix et la batterie (les deux éléments les plus remarquables de leur musique, à mon sens) demeurent toujours intéressantes, en particulier le jeu ingénieux de Ken Klejs, qui est d’ailleurs l’ancien batteur de Sunken (un autre excellent groupe danois de black metal). Après être passé par des titres comme Photophobic, Garland, ou Jord, Møl clôt cet ultime concert sur l’excellent Bruma, apportant un clap de fin on ne peut plus flamboyant à ce festival.

Concerts préférés du jour 4 : Hæresis, Thy Art Is Murder, Soulfly.

On finit ainsi ce festival par une journée un peu plus tranquille et nostalgique que d’habitude, une bonne manière de clore le Summer Breeze Open Air 2026. Je dois avouer que j’ai énormément apprécié le troisième jour qui semblait fait exprès pour moi, alternant entre des groupes de black, de death et hardcore, sans trop d’attente ou de temps morts, il s’agit certainement de l’une des meilleures journées que j’aie vécues en festival. Personnellement, cette édition fut ma préférée, de loin. L’affiche, la qualité du son, l’infrastructure, tout semble s’améliorer d’année en année pour le plus grand bonheur du public. Les organisateurs en ont justement parlé lors de la conférence de presse annuelle tenue le vendredi matin ; ces derniers se sont montrés particulièrement conscients et soucieux des besoins de changement et des défis auxquels le festival devra faire face dans le futur (notamment le changement climatique ou l’affluence grandissante). Cette année, j’ai particulièrement aimé la manière dont l’horaire a été pensé, terminant chaque jour avec plusieurs groupes de black metal d’affilée, faisant en sorte qu’on ne voie pas un groupe de black atmo jouer à 15 h en plein jour (ce que beaucoup de festivals font).

Un grand merci à toute l’organisation, aux bookers, aux bénévoles, aux techniciens, aux groupes, bref, à tout le monde qui a aidé à rendre cette édition 2026 la meilleure en date. Merci de nous faire confiance d’année en année et de chaque fois travailler dur pour rendre ce festival mémorable. Sur ce, rendez-vous en 2027 pour le trentième anniversaire du Summer Breeze, avec une affiche déjà légendaire !