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Vous connaissez sûrement le groupe Allt. Avec leur nouvel album Ataraxia, le groupe suédois ne cherche plus à imaginer la fin du monde : il explore désormais les ruines laissées par les combats que l’on mène en soi. Formé en 2020 en Suède, Allt s’est rapidement fait remarquer par son approche du metalcore progressif, mêlant puissance, atmosphères et narration. Le nom du groupe, qui signifie « tout » en suédois, résume d’ailleurs assez bien sa philosophie : ne jamais se laisser enfermer dans les frontières d’un genre et rester ouvert à l’exploration musicale.
Après From The New World, sorti en 2024, qui plongeait l’auditeur dans un univers post-apocalyptique marqué par l’effondrement de la société, la survie et la condition humaine, Ataraxia opère un changement de perspective radical en abordant des thèmes beaucoup plus personnels tout en conservant la violence et l’agressivité caractéristiques de son metalcore à travers neuf titres soigneusement élaborés.
Ce second album s’ouvre sur New Day qui évoque le recommencement : après les désillusions, il faut se lever et continuer. Pourtant, le morceau ne donne pas l’impression d’un nouveau départ parfaitement serein mais suggère plutôt une reconstruction encore fragile, comme si le passé restait difficile à laisser derrière soi.
Omertà comme son nom l’indique, fait référence à la loi du silence. Dans le contexte de l’album, il exprime la colère qui naît lorsque les mensonges et l’hypocrisie deviennent impossibles à supporter. La tension monte progressivement entre vocaux gutturaux et voix hurlées avant de retomber brièvement dans une partie plus douce avec les passages chantés, comme une accalmie trompeuse, puis de repartir de plus belle jusqu’à une fin brutale. Une construction qui accompagne parfaitement cette colère contenue, jusqu’au moment où les non-dits et les rancœurs finissent par tout faire exploser.
Nevermind plonge dans une forme de résignation face à ses propres désastres. Musicalement, le morceau alterne puissance vocale, hurlements et passages mélodiques, faisant constamment osciller le morceau entre violence et apaisement. La voix chantée prend progressivement davantage de place avant que le morceau ne s’achève dans une atmosphère calme, comme si toute cette tension finissait par laisser place à l’épuisement.
Pour poursuivre, Enemy évoque la perte de contrôle et l’emprise d’une force intérieure dont il devient difficile de se libérer. Le morceau nous plonge dans un véritable cycle dont il semble impossible de sortir entre passages mélodiques et envolées criées ou gutturales, comme si l’accalmie était constamment rattrapée par une nouvelle montée de tension.
Ataraxia est le coeur de l’album. Le terme désigne un état de paix intérieure, mais ici cette paix est d’avantage recherchée qu’acquise. En effet, le morceau nous fait plonger dans un esprit au bord de la rupture avant de laisser entrevoir une forme de paix au-delà de ce chaos. Musicalement, l’atmosphère mystique et les moments de douceur contrastent avec les ruptures et les montées de tension, comme si le morceau oscillait constamment entre effondrement et apaisement, jusqu’à une conclusion qui montre cette quête de sérénité encore fragile.
Ultraviolence plonge dans une relation aussi intense que destructrice qui mène à la perte de soi. Dans la continuité, Snowblind ralentit le rythme et laisse plus de place au chant, évoquant cette sensation de perte de repères et d’épuisement avec l’impression d’avancer sur une glace prête à céder à tout instant. High Hopes fait ensuite renaître une lueur d’espoir : malgré un combat permanent contre soi-même et un esprit encore en désordre, on refuse d’abandonner.
Enfin Avalon clôt l’album sur un monde qui se fissure constamment et où il faut apprendre à se sauver soi-même. Musicalement, le groupe entretient cette impression avec une atmosphère mystérieuse, des passages chantés et chuchotés qui ralentissent le temps avant que les vocaux plus agressifs ne viennent rappeler toute la tension encore présente.
Cet album se veut ainsi comme l’œuvre la plus intime, humaine et honnête du groupe à ce jour. Une recherche de paix intérieure qui donne tout son sens au titre Ataraxia : non pas une paix facilement acquise, mais un état que l’on cherche, que l’on construit et que l’on tente d’atteindre malgré la difficulté de la vie.
