Bonjour messieurs, et merci de nous accorder cette interview pour nous parler de votre prochain album dont la sortie approche à grand pas, dans quelques semaines et qui s’appelle Divid. Comment vous sentez-vous à l’idée de bientôt le présenter à votre public ?

Adrien : Impatients !

Émile : Partagés entre l’excitation et, oui, l’impatience. C’est le fruit de longs mois, peut-être d’années de travail. C’est toujours particulier.

Ça va être très chouette de le partager. La sortie de cet album marque aussi le coup pour votre signature récente avec Innerstrength Records. C’est plutôt rare pour un groupe français de signer chez un label américain. Pourriez-vous raconter comment s’est faite cette signature ?

Adrien : Ça s’est fait assez simplement : Jason, le big boss d’Innerstrength Records, nous suivait déjà sur les réseaux. Lorsque l’album a été en cours de finalisation, on lui avait déjà envoyé la préproduction, et il a répondu présent, l’album l’intéressait. Puis il nous a demandé le master et il a continué à être intéressé… Il y a eu deux ou trois échanges de mails pour tout ce qui est de l’ordre administratif, puis c’était parti !

Maintenant, on va parler un peu de l’album. Pour commencer, pourquoi ce titre, Divid ? D’où vous est venue cette idée ?

Émile : Adrien avait en tête depuis un moment la question d’un titre pouvant renvoyer à la division, puisqu’on vit dans une ère, je ne t’apprends rien, où on divise les gens, on cherche à tout prix à nous séparer… bien sûr, toujours dans le même intérêt, celui des plus puissants. Du coup, Adrien voulait qu’on puisse mettre ça en avant, d’autant que cela correspondait tout à fait avec le visuel de l’album. S’en est suivie une épreuve de brainstorming — qui se fait d’ailleurs toujours depuis le dernier album, quand on est tous ensemble en phase d’enregistrement —, après quoi nous nous sommes arrêtés sur ce nom, qui ne signifie pas véritablement quelque chose, puisque c’est une abréviation de divide en anglais. Ce que j’aimais beaucoup, c’était que visuellement, ces cinq lettres pouvaient renvoyer également à une sorte de palindrome et de miroir ; on pourrait le plier en deux, ce titre. On a l’impression que les échecs de notre société tendent à se répéter éternellement, donc je trouvais que ça renvoyait cette image de miroir infini.

Effectivement, j’avais remarqué le palindrome dans le titre. Il y a aussi un message qui passe déjà au travers des deux premiers singles, Dust Off et Never Ending War, qui parlent de xénophobie pour l’un et de guerre pour l’autre. Hormis ces deux thèmes-là, quels sont les autres thèmes qui sont abordés dans l’album ?

Émile : L’ensemble des autres thèmes renvoie finalement au climat actuel, ni plus ni moins. Donc il renvoie bien à notre chère empreinte carbone qui ne cesse de grossir et à la Terre qui nous le rend bien. Également, du coup, au fait de rester relativement, pour certains, impassible à ce qui peut se passer autour de nous, tel un témoin, comment dire… surpris. Il y a aussi des titres qui peuvent renvoyer plus directement au conflit armé, parce qu’il n’y a pas que Never Ending War qui aborde la question de la guerre. Également, il y a la question de la singularité, notamment à travers des titres comme Anyøne qui peuvent renvoyer à l’interrogation : est-ce que chercher à être différent à tout prix ne nous condamne pas, finalement, à être tous pareils ? Et que serais-je prêt à faire pour essayer d’être différent, quitte à peut-être me ridiculiser sur les réseaux sociaux ? Sans jugement, mais en tout cas, toujours un questionnement autour de l’authenticité, de la singularité et de l’humanisme également. Parce qu’au vu de ce qui se passe dans notre cher monde, on est en droit de se poser la question sur le fait que nous sommes l’espèce la plus dotée d’empathie, la plus dotée de raison. Moi, je me pose véritablement la question quand je regarde aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest et que je vois ce que nos dirigeants appliquent pour des populations d’ailleurs très consentantes et très conciliantes. Sans être une ode à la révolution, disons que cet album a en tout cas vocation, peut-être, je l’espère, pour ceux qui savent lire, notamment l’anglais, qui savent ouvrir un livre, ou un livret,  à inviter à la réflexion et à la discussion. Je n’ai pas vocation à être moralisateur, mais en tout cas, si je peux, en toute humilité, ouvrir, accoucher certaines consciences sur une réflexion collective pour bouger chacun à son niveau et avec ses moyens… qui sait ? On pourrait espérer un tout petit peu de mieux-être et plus d’amour.

C’est intéressant que tu parles d’invitation à la réflexion parce que, et ma remarque va peut-être paraître un peu naïve, mais quand on voit Beyond the Styx et cet album de loin, on peut se dire que c’est du hardcore bête et méchant, avec des morceaux qui durent moins de trois minutes et qui servent à provoquer la bagarre… alors qu’en vérité, quand on écoute Divid, je trouve que c’est l’album où vos influences extérieures au hardcore se ressentent le mieux. En fait, ça va au-delà, comme quoi vous portez bien votre nom, Beyond the Styx, Au-delà du Styx ! J’ai parfois eu l’impression d’entendre du death metal, voire un petit côté slam death, notamment sur Bystander, un peu de thrash sur Chaosystem… et je me trompe peut-être, mais j’ai cru déceler un peu de black aussi, sur l’intro de Anyøne. Du coup, je voulais vous demander : comment composez-vous vos morceaux ?

Adrien : On met tout dans un bol et puis on voit ce que ça donne ! (rires) En fait, on a toujours un peu le même fonctionnement de composition : on brode autour d’un riff de guitare que peut apporter David, le guitariste rythmique, parfois un ou deux ou trois riffs, et à partir de là, on essaye de construire ensemble en salle de répèt’, en donnant notre avis, en apportant des idées, en échangeant, en jamant, en essayant, en composant… Ça se passe dans la salle de répèt’, le gros de la composition ; en tout cas, le défrichage, j’ai plutôt envie de dire. Ensuite, David repart avec des idées, on refait des échanges… Les morceaux avancent comme ça, au fur et à mesure. Émile pose sa voix tout au long du processus de composition aussi, sans qu’il y ait vraiment de paroles, mais pour avoir déjà une assise rythmique ou des idées d’impulse ou de choses comme ça. (À Émile) Une fois que le morceau est fini, en fonction de ce que ça a pu t’évoquer, ce que ça a pu t’inspirer, tu commences le processus d’écriture dans le dur des paroles. Ça se construit comme ça jusqu’au moment de préproduction, où on rentre dans la phase d’arrangements : on enregistre, on essaie des placements différents… Après, c’est le studio où normalement, on enregistre ce qu’on a composé, sauf pour cet album où en studio, on a changé pas mal de choses grâce à Dan, qui a produit l’album. Il nous a apporté des éclairages, des visions différentes, des idées qu’on a pu tester ; parfois, on en a gardé, parfois, on les a mises de côté parce que ça ne nous convenait pas. Ou même lui, des fois, il disait «  Il faudrait essayer ça », on essaie, et là il dit  « Non, c’était une mauvaise idée ! » (rires)

En deux mots, c’est un processus qui est à la fois collectif et continu, qui ne finit jamais vraiment…

Adrien : Ça finit quand même à partir du moment où on appuie sur stop après l’enregistrement. Après, on n’y touche plus ! (rires)

À propos de gens avec qui vous bossez, vous avez deux featurings sur l’album, l’un avec Okan Deniz d’I Am Revenge, l’autre avec Delphine, la chanteuse de Sisterhood Issue. Comment vous en êtes venus à travailler avec eux ?

Émile : C’est humain, tout simplement, comme on aime bien travailler. L’idée, ce n’était pas d’aller chercher des noms pour des noms, c’était plutôt d’aller chercher des êtres humains pour des êtres humains, un homme et une femme. Okan, parce qu’on a tourné ensemble par le passé avec Beyond the Styx et I Am Revenge et que c’est petit à petit devenu un ami. Et c’est vrai qu’en plus de me confirmer que c’est un artiste accompli, il m’a aussi persuadé que c’était un être humain hors pair. Lors de cette tournée, il m’a invité à chanter à plusieurs reprises sur un titre de leur album que je préfère, Violencer, à savoir le morceau qui s’appelle No Alternative et qui est une chanson contre l’extrême-droite allemande. Du coup, je me suis dit, pourquoi pas lui rendre la pareille ? C’est vrai qu’on n’en pense pas moins, mais qu’on n’a jamais véritablement écrit de chansons à proprement parler sur le racisme. C’est vrai qu’on en parle peu avec David, mais il a dû en être victime par le passé. Je suis vraiment fier d’avoir pu partager avec lui. Dust Off, c’est un titre qui a été co-écrit avec Okan, parce que, pour le coup, je ne lui ai pas écrit ses parties. Je pense que c’était véritablement la personne la plus à même, dans mon entourage véritable, de répondre à cet appel du featuring, qu’il a accepté avec grand plaisir.

Delphine, on se posait la question avec Adrien depuis un certain moment de faire un feat avec une femme, mais on ne trouvait pas forcément la personne ni le bon titre. Et là, il se trouve que j’ai eu un certain coup de cœur sur Flowerviolence, et Delphine, ce n’est pas n’importe qui, puisque c’est la première chanteuse que j’ai découverte sur scène dans notre ville de Tours, avec Sisterhood Issue ; c’est un groupe qui n’existe plus aujourd’hui et qui était essentiellement composé de femmes. C’était véritablement rare à l’époque, en tout cas en France. De fil en aiguille, on a partagé quelques karaokés, mais là, je lui ai demandé plus sérieusement si elle voulait poser sa voix sur le titre ? Elle a accepté ; elle était même en capacité de chanter tout le titre. Puis elle avait hâte de pouvoir partager ça en live […] La vie et la distance font que pour écrire un feat, on n’y met pas véritablement de sens. L’idée, c’est vraiment de pouvoir les faire vivre ; d’où le choix de ces deux artistes.

À propos d’artistes et de collaborations artistiques, parlons des visuels, ils sont très marquants aussi. Vous avez tous les deux parlé de la pochette qui est très belle. Il y a aussi le clip de Never Ending War, à l’imagerie très marquante qui évoque un film d’horreur et réalisé par Kévin Merriaux. Comment s’est passée la collaboration avec les artistes ? Jusqu’à quel point ont-ils insufflé leur univers dans le vôtre et inversement ?

Émile : Ta question est très intéressante, parce qu’il y a beaucoup de concours de circonstances dans ce clip. Déjà, il n’aurait pas dû être tourné à cet endroit-là… en fait, ça fait partie du live ! En vérité, il y avait des choses qui n’auraient pas dû être faites comme elles l’ont été, mais l’idée des miroirs, c’était quelque chose qui nous intriguait esthétiquement parlant — en tout cas, moi, et David aussi. Et au-delà même de l’esthétique, c’est l’image que ça renvoyait, ce miroir brisé. Je touche du bois et de la peau de singe parce que je n’ai jamais autant brisé de miroirs de ma vie ! (rires). J’espère que ça ne jouera pas en notre défaveur.

Adrien : Aucun miroir n’a été maltraité durant cette scène ! (rires)

Émile : Et puis Lu, l’acteur qui a pris part au clip, on l’a vraiment poussé dans ses retranchements. Je le remercie véritablement pour sa confiance, pour son sens de l’abnégation et de la dévotion. Faut dire qu’il a été amené à aller dans une eau à la température inférieure à 12 degrés, en plein mois d’octobre […] Il y avait plus évident pour les phases d’immersion. En plus, ce qu’on a découvert le jour du tournage, c’est qu’il n’aimait pas trop avoir la tête sous l’eau… (rires) Ça me fait rire, mais ça ne le ferait pas rire du tout s’il nous entendait… mais il s’est vraiment dépassé. Je trouve qu’en termes de colorimétrie, Kévin a su apporter quelque chose d’assez sombre, mais qui en même temps dispose d’un certain relief, avec cette couleur bleutée qui est très dominante dans le clip. Je repense aussi à ces courses poursuites dans le champ, dans une espèce de labyrinthe… Ça a été un clip qui nous a demandé quand même pas mal d’énergie, je dirais, surtout pour l’acteur, parce que pour nous, en vérité, les scènes de groupe se sont tournées assez rapidement. Il y avait aussi des contraintes en termes de temps, parce que je me souviens, dans le champ, on avait le soleil qui tombait, du coup, on avait la luminosité qui jouait contre nous. Ce n’était pas évident ! Il y a des anecdotes : Émile qui perd ses clés de voiture en plein milieu de la forêt et personne n’est capable, pas même moi, de les retrouver ; Adrien qui, gentiment, avec ma femme, accepte de faire respectivement plus de deux heures de route…

Adrien : Quatre heures, parce que c’était deux heures aller, deux heures retour ! (rires)

Émile : Voilà, pour trouver un double des clés, tout en sachant que j’avais tout le repas du groupe dedans… Il y a eu des péripéties assez rocambolesques, mais au final, le résultat est largement à la hauteur de nos attentes et tant mieux. Encore merci Kévin pour ce beau boulot !

Je parlais de la pochette, mais comment vous en êtes venu à choisir cet artiste — dont je n’ai d’ailleurs pas vu le nom ?

Émile : Hafidz Judin ; ce n’est pas un artiste très connu en Europe parce qu’en vérité, il est Indonésien. Quand je l’ai contacté, ça faisait deux ans à peu près que j’avais cette idée de collaboration. Les échanges n’ont pas forcément été très simples parce que je suis un petit peu plus à l’aise en anglais que lui, en tout humilité, et parler graphisme sans parler la même langue, ce n’était pas quelque chose de très facile. Finalement, je trouve qu’il a très bien compris où on voulait en venir, en terme d’esthétisme et de direction artistique, et ce qu’il nous a proposé a très rapidement matché. C’était aussi l’idée ; je ne veux pas être accusé d’appropriation culturelle, même s’il y en a toujours un peu, parce que… c’est un peu compliqué à dire, c’est de l’indien… (Adrien : Attention !) L’Avalokiteshvara, c’est une figure bouddhiste androgyne ; c’est le Bouddha à mille bras, le Bouddha rédempteur. Et moi, je voulais intégrer cette image-là de manière totalement scindée, un peu à l’image de notre monde. En plus, même si Hafidz est musulman, comme 98 % de la population indonésienne, je préférais quand même avoir affaire à une personne qui soit en capacité d’interpréter certains codes que nous, Européens, ne maîtrisons probablement pas, à juste titre. Lui, il est parti bille en tête là-dessus et ça a vraiment très bien marché. Je suis très satisfait du résultat et d’autant plus de pouvoir travailler avec un artiste méconnu change un peu, parce qu’en termes de colorimétrie, je pense que tu auras pu remarquer que par rapport à nos précédents albums, on revient à ce qu’on avait pu faire sur le premier : on sort un peu de ces tons sépia et je vois un truc qui tranche. On en avait parlé avec Adrien et les gars du groupe et je trouve le résultat largement à la hauteur.

Pour revenir sur les morceaux, je ne vais pas vous demander lesquels sont vos préférés, mais plutôt lesquels, selon vous, sont les plus susceptibles de fonctionner en live ?

Émile : Ceux qu’on a gardé ! (rires)

Adrien : Comme dirait David, c’est que des tubes ! (rires)

Émile : J’ai envie de laisser une part de secret. J’inviterai plutôt les gens à nous faire le retour. Déjà d’une part, parce que moi, je privilégie l’interaction et de venir nous voir en concert, aussi parce que nous, on a fait une sélection de certains de ces titres, même d’un certain nombre de ces titres, pour les jouer en live. Après, moi, je ne sais pas quel est, toi, le titre que tu as préféré. C’est une question que j’aime bien poser, peut-être en off, mais voilà, je suis assez curieux.

Moi, je dirais que c’est Never Ending War. Je ne suis vraiment pas du tout une grande adepte de hardcore, mais le côté très sombre, ça me parle un peu quand même.

Émile : D’accord, merci pour ta transparence et ton retour !

Justement, quand on parle de live, vous en avez un prévu le lendemain de la sortie pour fêter ça chez vous avec quatre autres groupes. C’est quand même une belle affiche. Comment s’est organisée cette soirée ?

Adrien : Ça, c’est grâce à l’association Rïïpost, dans laquelle on est bénévoles, Émile et moi. C’est une association qui nous fait confiance et qui nous soutient quasiment depuis le début, un an après, je crois… (Émile : Ouais.) Le projet, c’était de faire une release party à la maison parce qu’on aime bien l’idée de présenter notre travail en local avant de l’exporter un peu partout. Et on va dire que les agendas ont été un peu plus compliqués avec des salles locales… L’association a donc décidé de produire la date à 100 % et on a invité des groupes locaux, puisqu’il y a quand même deux groupes de Tours sur cette affiche : Fatal Move, un groupe avec qui on a déjà fait quelques dates à l’étranger et en France, et Six Grammes Eight, qui est un groupe de Colmar, de gens qu’on connaît pour certains depuis plus longtemps, avant même qu’ils rejoignent le groupe. On a déjà joué avec eux et quand on en a discuté, on a proposé ce groupe-là à l’association et ça a été banco. C’était un groupe qu’on avait déjà fait jouer aussi au niveau de l’association. Donc voilà, c’est surtout des échanges humains, je dirais ça comme ça.

Émile : Complètement, c’est bien résumé.

Je pense que ça va être une très chouette soirée. Et effectivement, j’avais noté la présence de groupes locaux. Du coup, j’avais une question au sujet de la scène de Tours ; ce n’est pas la plus connue, autant au niveau des groupes de metal que des groupes de hardcore. Du coup, si vous deviez la présenter à des gens qui ne la connaissent pas, comment la décririez-vous, et comment décririez-vous les relations entre ses musiciens ?

Adrien : Je sais pas, parce qu’on a quand même quelques groupes qui ont pas mal tourné ; je pense à Verbal Razors…

Émile : Ça a été le seul et unique groupe de thrash crossover français pendant un certain nombre d’années, jusqu’à ce qu’Illegal Corpse apparaisse du côté du Bas-Rhin, si je ne dis pas de bêtises. Disons qu’on a une scène vieillissante, on ne va pas se mentir. On a une scène assez intimiste dans le sens où quasiment tout le monde se connaît et on a une scène safe, je pense, également, à peu de chose près, on n’a pas de groupes déconnants, même si je n’ai pas la prétention de tous les connaître. Je trouve que pour une ville à la hauteur de Tours, que je ramène souvent à son niveau footballistique, c’est-à-dire bas, on s’en sort véritablement bien, parce qu’avoir autant de festivals sur une ville d’aussi petite taille et avoir, je ne dirais pas autant de groupes, parce qu’en vérité, on pourrait en avoir plus, mais c’est quand même, je trouve, relativement gratifiant. Je pense qu’un certain nombre de villes beaucoup plus grosses pourraient nous envier certaines manifestations, j’ai envie de dire, en tout humilité, bien sûr. Mais après, il faudrait qu’il puisse y avoir une meilleure transmission et une nouvelle génération aussi qui prenne les instruments ou qui arrive à jouer ensemble. Parce que mine de rien, former un groupe, je ne t’apprends rien, mais je le répète, c’est une expérience humaine et artistique. Ce n’est pas donné à tout un chacun, et encore moins dans ces contextes de crise économique où acheter un instrument et l’amplifier, ça a aussi un certain coût.

Moi qui suis de Lyon, je peux dire que la scène est jeune et je pense que, du coup, de la scène de Tours, on peut envier l’expérience…

Émile : Ouais, ouais, ouais. En même temps, c’est que Lyon, c’est…

Adrien : Ce n’est pas la même taille de ville aussi ! (rires)

Émile : Non, mais c’est qu’au-delà de ça, moi, je ramène toujours aussi au niveau footballistique : tu parles Ligue des Champions, tu pars du haut de la Ligue 1 ; nous, on doit être en National 3. Donc c’est vrai que si Tours disposait de la taille de Lyon, j’aurais bon espoir pour le coup de pouvoir griller la priorité ! (rires) Puis il y a des salles aussi : le Rock’n’Eat, la Péniche Loupika, vous en avez un certain nombre. On en parlait tout à l’heure en off avec une personne, c’est vrai que ce qui est important, c’est de permettre à la scène émergente de pouvoir émerger. Et le problème, c’est quand on ne dispose pas ou plus suffisamment de lieux à même de pouvoir permettre aux graines de germer. Je pense que Lyon dispose, en tout cas, peut-être à ma petite connaissance, de lieux susceptibles de faire ça, et c’est chouette. Moi, en tout cas, je vous envie.

Effectivement, on a pas mal de lieux. Justement, pour poursuivre sur les lives, quelles sont vos projets de scène après cette soirée de release party ?

Adrien : On a déjà quelques dates qui sont bookées et qui ont déjà été annoncées. On va faire un festival du côté de Pau, on va jouer à l’Xtreme Fest du côté d’Albi…

Émile : On va jouer à Frontignan, du côté de Montpellier, sur un nouveau festival, qui s’appelle l’Akufen Metal Fest.

Adrien : Ça, c’est les trois dates annoncées. Après, il y a d’autres dates qui ne sont pas encore annoncées, donc qui arriveront au fur et à mesure. Le but, c’est de jouer partout, de retourner dans des endroits où on a déjà joué, d’en découvrir des nouveaux…

Émile : De jouer à Lyon ! (rires) Je dis ça parce que Lyon, ça fait un petit moment qu’on n’y a pas joué.

Adrien : Découvrir de nouveaux lieux dans tous ces lieux lyonnais… (rires) Et puis aussi outre-Rhin et en Europe.

Je pense que ça promet pas mal ! Du coup, j’ai une petite question un peu plus générale sur le groupe : depuis un certain nombre d’années déjà, vous sortez des productions à un rythme assez régulier, vous enchaînez les dates et tout ça, vous restez fidèles à vous-mêmes et à votre âme. Quel est le secret de votre constance et de cette énergie qui ne faiblit pas ?

Émile : J’aime beaucoup ta question, parce qu’on ne me l’a jamais posée… en tout cas pas aujourd’hui. Moi, je dirais, la communication, parce que la communication, c’est le ciment, c’est le ciment de la relation, c’est le ciment d’un couple, c’est le ciment d’un groupe. Et je pense que sans cette communication, cette confiance, on n’en serait plus là où on en est. Il y a une amitié aussi. Le groupe a quinze ans, mais avec ce line-up, passer treize ans, pour quatre d’entre nous, à écumer les routes de France et de Navarre, ça forge. On est à l’abri de rien, après, on ne va pas se mentir. Il y a des familles aussi qui se sont formées autour du groupe…

Adrien : Et ce que je dirais aussi, c’est qu’on croit en notre projet. C’est ça aussi qui forge le groupe, c’est qu’on y met toute notre énergie parce qu’on sait ce qu’on veut et que ça nous permet d’avancer. Moi, je le vois comme ça aussi. C’est sûr que s’il n’y avait pas la motivation ou une motivation moindre, on sortirait peut-être moins d’albums ou on ferait moins de dates ou je ne sais pas…

Émile : La musique, c’est aussi quelque chose de vital pour nous. C’est vrai qu’on est plusieurs dans le groupe, même tous, je pense, à avoir ça dans le sang. Cette passion qui nous anime, tant sur scène qu’en dehors, on a besoin de la faire s’exprimer, tout simplement.

On arrive à la fin. Je vais encore une fois vous dire merci pour cette interview et pour vos réponses. J’ai beaucoup aimé la comparaison avec le foot, c’était très pertinent.

Émile : (rires) Ça parle à tout le monde. On aime ou on n’aime pas, mais ça parle !

Est-ce que vous avez un message à faire passer aux gens qui vont lire cette interview et au monde ?

Adrien : Au monde ? (rires) Aimez-vous les uns les… non, ça a déjà été utilisé !

Émile : Moi, j’ai toujours un message à passer, c’est : soutenez votre scène locale. C’est un peu rébarbatif, mais en vérité, on ne le dira jamais assez, il y a trop d’associations, trop de groupes, trop de salles qui ont besoin de soutien. On vit dans un monde où à l’heure actuelle, on préfère briller dans l’ombre des salles plutôt que de… quand je dis l’ombre des salles, c’est plutôt l’ombre des stades, et non pas dans la lumière des petites salles. Il ne faut pas oublier que toute graine, à un moment donné, a germé et que c’est grâce au public aussi. Et à ce niveau-là, je vous invite à soutenir les plus petits projets comme les plus gros, mais à soutenir local. Pensez que c’est grâce à vous qu’il y a des groupes, en tout cas comme nous, qui peuvent vous dédicacer leur album. Parce que nous, on est un groupe indépendant, et c’est vrai que même avec le soutien notable de notre label, on est conscient qu’il y a un certain montant d’argent qu’on n’aurait pas pu mettre si on n’avait pas eu une véritable confiance du public, des programmateurs, des associations, et que ça, ça n’a pas de prix, tout simplement. Donc, moi, je dis : big up à vous, et continuez de faire vivre vos scènes et d’en créer des nouvelles aussi, idéalement.

J’espère qu’on se reverra sur une des scènes de Lyon, ou peut-être d’ailleurs !

Adrien : Oui, carrément, avec grand plaisir !