Bonjour Kenny, et merci d’avoir répondu à nos questions. L’édition 2023 du Blast from the Past marquait le dixième anniversaire du festival, mais précédait aussi une pause d’un an, prévue et annoncée. Quelle était la raison de cette décision ?
Salut ! Merci de m’avoir invité !
La raison principale, c’est que ma relation entrait dans une nouvelle étape — je me mariais un an plus tard, en janvier 2025 — et les choses devenaient tout simplement trop chargées avec toute la préparation.
En plus de cela, comme nous l’avions déjà annoncé au BFTP 2023, j’allais devenir père quatre mois plus tard. Donc oui… de grands événements arrivaient dans ma vie.
Et pour être honnête, nous avons toujours organisé le festival tous les deux ans. Cela n’a changé que durant les années Covid pour des raisons évidentes. Donc pour l’instant, nous revenons à ce rythme de deux ans.
C’est juste ma femme et moi qui organisons tout l’événement, donc prendre une année pour souffler semble juste, au lieu de replonger directement dans la machine. J’adore absolument faire ça — mais cela demande énormément de temps et d’énergie.
L’édition 2025 s’annonce mémorable, avec Adrian Vandenberg en tête d’affiche, une tournée avec une setlist spéciale, et un événement notable impliquant Savage Grace… Peux-tu en dire davantage à nos lecteurs ?
Vandenberg figurait sur notre liste de souhaits depuis longtemps, mais dès qu’ils ont commencé à proposer cette tournée basée sur la setlist de Whitesnake, il n’était plus possible de passer à côté. Nous les avons bookés, puis nous avons vu leur concert au Graspop — absolument inoubliable.
Décembre est toujours une période compliquée pour les tournées. Peu de groupes sont sur la route, donc lorsque l’un d’eux l’est, c’est l’occasion idéale de le saisir. D’habitude, nous devons compter sur des concerts exclusifs, ce qui rend tout plus coûteux, mais Savage Grace nous a contactés — et nous avons foncé. Un excellent choix pour le festival.
Pour moi, c’est un véritable « blast from the past », exactement le genre de groupe unique que nous adorons programmer — le genre qu’on ne voit plus très souvent.
Et en bonus : à ma connaissance, ils enregistreront un DVD live au BLAST !
Le groupe culte Medieval Steel fera également partie de l’affiche. Le groupe est revenu à l’activité dans les années 2010, mais les fans se souviennent surtout de leur unique sortie des années 1980, l’EP Medieval Steel (1984). Espérez-vous attirer un public particulier grâce à cela ?
Tout d’abord, je suis un immense fan de Medieval Steel. Sans aucun doute.
Mais nous essayons toujours de garder la direction musicale du festival aussi proche que possible du true heavy metal des années 1980, et d’attirer si possible des fans venus de l’étranger. Medieval Steel a un public assez solide en Allemagne, par exemple, et cela aide clairement.
Comme je l’ai dit, nous voulons que l’expérience du festival reste unique en programmant des groupes qui ne jouent pas souvent ici. Et comme c’est leur toute première fois en Belgique… eh bien, tout est dit.
En plus des concerts et du merchandising habituel, BFTP propose à ses visiteurs de découvrir de nombreux stands d’exposants externes. Peux-tu détailler ce à quoi nous pouvons nous attendre ?
Comme c’est un festival d’une journée avec une seule scène, et qu’il y a toujours un changement de plateau — ou parfois un groupe qui n’est pas votre tasse de thé — nous faisons en sorte qu’il y ait plein de choses à faire.
À l’arrière de la salle, vous trouverez un immense metal market, où vous pouvez continuer à voir et entendre les groupes tout en fouillant dans les piles de CD, vinyles, patchs, t-shirts, merchandising… tout ce que vous voulez. Cela rend l’expérience amusante, dynamique et jamais ennuyeuse.
Le BFTP se déroule à Kuurne (Cuerne), à un jet de pierre de la frontière franco-belge. J’imagine que cette proximité est avantageuse, puisque vous devez attirer un public français important…
En effet, il suffit de 15 minutes de route pour passer la frontière. Nous adorons la scène française, et nous essayons toujours de programmer au moins un groupe français — il y a tellement d’excellentes formations !
Bien sûr, cela aide aussi pour attirer du public de l’autre côté de la frontière. La plupart de nos vendeurs de merch sont francophones, donc les visiteurs français devraient se sentir chez eux.
La France a connu un âge d’or du heavy metal dans les années 1980 et est souvent représentée dans la programmation de BFTP. On pense à Sortilège, tête d’affiche en 2022. Cette fois, ADX — un pilier incontestable et un glorieux vétéran de la scène française — sera de la partie. C’est fantastique, mais y a-t-il une raison particulière derrière ces choix ?
Tout d’abord, lorsqu’une musique est bonne, elle mérite simplement d’être programmée. L’un de nos avantages, c’est que la France — tout comme les Pays-Bas, ou même le Royaume-Uni ou l’Allemagne — est juste à côté de la Belgique. Cela donne une dimension internationale et unique au festival.
Mais bien sûr, la France n’a pas un nombre illimité de groupes en tournée à un moment donné, donc ce n’est pas toujours facile. Nous essayons aussi de soutenir des groupes plus récents et/ou plus jeunes qui méritent une scène et s’intègrent parfaitement dans la programmation. Je pense à Tentation, dans le sud de la France, Existance, et d’autres… notre future génération !
De manière générale, qu’est-ce qui guide vos choix lorsque vous construisez une programmation ? J’imagine que la disponibilité des groupes à la date souhaitée, et le fait qu’ils soient en tournée à ce moment-là, sont des critères fondamentaux, mais au-delà, comment se font les choix finaux ?
Oui, exactement. Organiser un festival pendant la saison principale des tournées serait clairement plus facile — et moins cher. Donc dès que j’ai l’opportunité de booker un groupe qui tourne en décembre, surtout des groupes américains (encore plus difficiles à attirer), je saisis généralement cette chance — tant que cela s’intègre bien dans la ligne artistique.
Les têtes d’affiche sont la partie la plus difficile lorsqu’on veut rester unique, donc cette année j’ai simplement commencé par réserver la tête d’affiche, puis j’ai construit le reste de la programmation autour du budget disponible.
Au final, les décisions reposent toujours sur le budget, sur le caractère unique ou l’actualité du groupe, sur la manière dont un groupe s’intègre à l’ensemble, sur l’équilibre entre formations plus anciennes et plus récentes, et sur le respect du mélange de genres propre à l’esprit BFTP : doom, thrash, power, heavy metal… il y en a pour tout le monde.
On regrette de voir, dans la situation actuelle, de nombreux festivals indépendants, petits comme moyens, contraints de s’arrêter pour des raisons financières. Sans entrer dans un débat sur le sujet, le BFTP est un festival heavy metal old-school avec une programmation d’un niveau plutôt rare, du moins dans le Benelux. Penses-tu que cette qualité intrinsèque le protège de ce phénomène ?
Je vois des festivals en difficulté partout. Même si cela ne semble pas toujours être notre cas vu de l’extérieur, nous ressentons clairement la pression, nous aussi. Pas tellement financièrement, mais surtout à cause des règles et réglementations interminables qui rendent l’organisation de quoi que ce soit extrêmement difficile.
En plus, les gens achètent leurs billets de plus en plus tard, ce qui complique encore les choses. Donc voici mon message à double tranchant : achetez vos billets tôt — cela soutient vraiment vos festivals préférés et les groupes. Ils en ont vraiment besoin.
En même temps, les festivals doivent parfois accepter de perdre de l’argent pour ne pas nuire à leur réputation ou à la confiance du public dans l’achat de billets à l’avance. Il faut rester honnête.
Et oui, construire une programmation solide est un vrai casse-tête. Je commence tout en bas de l’affiche, par les premiers groupes. Ils sont aussi importants que n’importe quel autre groupe programmé.
Pour conclure, et en te remerciant pour ton temps, j’aimerais savoir si tu as déjà des projets pour l’édition 2026, et t’inviter à dire quelques mots sur ce que tu souhaiterais ajouter et que nous n’aurions pas abordé pendant cette interview…
Merci pour l’interview. Pour 2026, cela n’arrivera probablement pas. Comme nous ne sommes que deux à faire tourner tout le festival, la charge de travail est assez lourde, donc nous reviendrons très probablement en 2027. On verra — la santé et notre relation passent avant tout.
À côté de cela, je consacre aussi du temps aux deux groupes dans lesquels je joue : je suis batteur dans Eternal Breath, et guitariste dans DPEEL (Reflections From Hell — anciennement Wizz Wizzard). Ça vaut vraiment la peine d’y jeter une oreille !
Enfin, j’aimerais vraiment encourager tout le monde à acheter ses billets à l’avance — non seulement pour soutenir les festivals, mais aussi les groupes. Prenez aussi du merch ; c’est encore un autre sujet, mais les difficultés sont très similaires, et les groupes comptent beaucoup plus sur ce soutien qu’on ne le pense.
J’espère que nous pourrons tous profiter de la musique ensemble au BLAST — et partager un verre au passage. À très bientôt !

Oli de Wacken
Interviewer / traducteur pour l’émission « Tohu-Bohu » sur Equinoxe FM (Liège, Belgique) de 1998 à 2013
Animateur de cette même émission de 2013 à 2017
Rédacteur pour Hellzine (interviews, live-reports, chroniques) de 2018 à 2019


