Comme sur toutes les dates de ce Died Laughing Anniversary Tour, Serpents, jeune groupe polonais de pop-metalcore et de metal alternatif, ouvre la soirée. Très en place, il livre une prestation solide. Pour peu qu’ils s’en donnent les moyens et que la chance leur sourie, il n’existe aucune raison objective pour que ces musiciens visiblement motivés ne connaissent pas une belle ascension dans les années à venir. Le style général, ainsi que l’effet appliqué à la voix — démultipliée — confèrent à Serpents un aspect quelque peu décalé par rapport à la musique intimiste de Keith Caputo, sans que cela ne soit pour autant gênant.
Ce soir, à Liège, Keith Caputo joue l’avant-dernière date de la tournée européenne célébrant les… vingt-sept ans de son premier album solo, Died Laughing. L’opus est interprété dans son intégralité, en respectant le tracklisting original, et le guitariste de Life of Agony, Joseph Zampella, alias Joey Z., fait partie du line-up de cette tournée. L’entame sur Honeycomb se veut énergique, histoire de marquer le coup dès l’ouverture. Cependant, Died Laughing demeure, dans son ensemble, un album soft, à dominante acoustique ou électro-acoustique, et le concert s’inscrit logiquement dans cette atmosphère. Keith alterne ainsi entre le micro seul, la guitare acoustique et le clavier, selon les besoins de chaque composition.
Ici, il s’agit bien d’un concert plutôt que d’un show, tant Keith en fait le minimum en tant que frontman. Ses chansons, aux textes le plus souvent personnels, sont partagées avec le public en toute simplicité. Un public attentif, qui applaudit chaleureusement à la fin de chaque titre avant de se replonger dans le silence. Là où, dans d’autres contextes scéniques, une telle attitude pourrait passer pour un manque d’adhésion, voire pour de l’ennui, on devine ici, au contraire, que les fans sont venus savourer la musique dans toute sa sobriété et partager un moment d’émotion avec l’artiste. Keith introduit brièvement les morceaux, évoquant de façon pudique et évasive une vie rendue difficile dès l’enfance, tout en invitant à ne pas s’en faire pour lui. Loin de tout autoapitoiement et souriant, il glisse aussi quelques traits d’humour, comme lorsqu’il présente Just Be en lançant qu’il s’agit d’ « une chanson que John Lennon aurait sans doute voulu écrire », ou encore, alors qu’il ne reste que deux titres à jouer et que certains réclament davantage : « Je ne suis pas un putain de juke-box ». Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, j’ai trouvé cela vraiment drôle.
Les deux derniers titres seront une reprise de Would? d’Alice in Chains, suivie d’un morceau de Life of Agony, Angry Tree. Ce moment donne à Keith l’occasion d’annoncer la présence du groupe au Graspop Metal Meeting, le dimanche 21 juin.
Loin du gigantisme des festivals et des grandes scènes auxquelles Life of Agony est habitué, nous avons surtout eu droit à un beau moment de partage, dans un cadre intime — tout est relatif — comme Keith confie les apprécier particulièrement. Cette tournée en solo est peut-être, pour lui, une manière de se ressourcer, tout en nous faisant, à nous aussi, un bien fou.


